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Youssou Ndour a 60 ans ! (3/5) — « J’ai obtenu la permission de chanter en résistant fortement »

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La star de la musique fête ce 1-er octobre 2019 ses soixante ans. Au cours d’interviews avec la presse, à l’occasion de sorties d’albums et d’organisations de concerts, dans des ouvrages qui lui ont été consacrés, Youssou Ndour a dit des mots pour parler de son parcours, exprimer des ambitions, expliquer sa démarche artistique, des engagements sociaux, artistiques et politiques. Ce sont des propos qui en disent long sur la personnalité de l’homme, la vision très claire qu’il a du chemin qu’il a voulu et veut tracer pour laisser son empreinte dans l’Histoire. Morceaux choisis…   

Presse - 2

= Résistance =

** « Mon père n’a jamais vu un musicien devenir riche. Il avait peur que je tourne mal (…) J’ai fait le mauvais garçon. Je suis parti plusieurs fois sans l’avertir » [Afrique Magazine, N°74, octobre 1990]

**« Griot, mon père ne l’est pas. Il est mécanicien et soudeur, et dès le départ, il voulait à tout prix que j’évolue dans un autre contexte que celui de la musique. Si je lui avais obéi, je l’aurais regretté toute ma vie. J’ai dû tout faire à son insu, il avait défendu à ma mère de chanter, alors elle ne me poussait pas ouvertement, même si elle m’arrangeait des coups en cachette. J’ai obtenu la permission de chanter en résistant fortement, ça a été très dur, mais c’était vraiment bien trop important pour moi. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 38]

= Groupe =

**« Ma plus grande réussite, c’est le Super Etoile. C’est un groupe qui a commencé en 1981. Je ne dis pas que tout le monde est resté mais la base du Super Etoile est restée. Et ce n’est pas parce que nous manquons de divergences de vue, mais c’est parce que j’ai du respect pour ces gens-là. Je suis très heureux de voir, par exemple, que le Super Etoile peut être considéré comme le groupe qui a la plus grande longévité. C’est aussi une école. » [Le Quotidien, 19 août 2004]

**« Les gens citent trop souvent mon seul nom en parlant de ma musique, alors que c’est presque toujours celle de Youssou Ndour & le Super Etoile. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 67]

= Amitié = « J’ai toujours attaché beaucoup d’importance à la fidélité, en amitié comme en amour. Avec mes meilleurs amis de la Médina, ceux du temps de mon enfance ou de mon adolescence, nous sommes toujours restés en contact. Nous nous téléphonons souvent et ils savent qu’à tout moment, ils peuvent venir manger ou dormir chez moi comme à l’époque. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 29]

= Equilibre = « A notre niveau, nous ne pouvons pas faire de la musique pour seulement des gens qui lisent les bouquins, des intellectuels. Ecrire des textes pour un chanteur musicien, c’est un métier. Il faut un équilibre parfait entre les sons et les paroles, pour que cela sonne bien. Un mariage heureux que les rappeurs réussissent à cause de leur beat standard qu’on retrouve partout dans le monde. Il est dommage qu’il n’y ait que très peu de paroliers au Sénégal » [Le Soleil, vendredi 16 mars 2001]

= Liberté = « Quelquefois, je me pose la question de savoir : ‘’Les gens s’adressent à qui ?’’ Je suis un homme libre de faire ce qu’il a envie de faire. Et je peux avoir une inspiration qui dérange à la limite et ça m’engage. Parfois, j’ai l’impression qu’on me dit : ‘’On t’a élu, tu dois faire ceci et pas autre chose.’’ Mais je ne peux pas comprendre qu’une personne débute dans la musique à l’âge de 13 ans et qu’on lui mette une pression jusqu’à son âge actuel. Je ne peux pas vivre cela tout le temps. Il faut que les gens me laissent vivre librement ma passion d’artiste, comme je l’entends. En voulant me confiner dans des schémas, les gens veulent m’induire en erreur puisqu’ils essayent de régler leurs propres problèmes. La musique n’est pas là pour ça. Elle doit être indépendante. » [Scoop, 12 novembre 2003]

= Kassak = « Si vous ne l’avez jamais vécue, vous ne pouvez pas imaginer l’ambiance. C’est vraiment extraordinaire, j’ai toujours rêvé de recréer la même chose dans mes concerts, mais c’est impossible. J’étais fou de ça et pendant les vacances scolaires, j’arrivais à faire une dizaine de kassaks dans la nuit, c’est ainsi que j’ai pris l’habitude de traîner dans la Médina jusqu’à 8 ou 9 heures du matin. C’est aussi là que j’ai appris à parler, à dire des choses et pas seulement à chanter. Ce sont des fêtes où chacun peut prendre la parole, pour une chanson ou un tassou, qui est notre rap traditionnel, avec des textes comiques ou même carrément érotiques, bien loin de la violence du rap américain. J’étais très fort pour ça, et dans la Médina tout le monde me connaissait quand je n’avais pas encore 13 ans. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 39]

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 1-er octobre 2019