Youssou Ndour anniversaire

Youssou Ndour a 60 ans ! (5/5) — Hey You, réenchante-nous !

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« Le seul musicien sénégalais qu’on peut appeler star, c’est Youssou Ndour. »  Ce mot du chanteur Souleymane Faye – qui ne jamais n’importe quoi ! – en dit long sur la dimension et l’importance du travail artistique dont l’enfant de la Médina est le génial auteur. Il a apporté respectabilité et légitimité pour la musique que des pesanteurs et considérations socioculturelles avaient confinée au rang de secteur à ne pas fréquenter ou à éviter soigneusement. Ndour a cru à son étoile, lui qui s’est révélé, en tant que leader d’un groupe, le Super Etoile, au tout début des années 1980. Cette décennie semblait inaugurer une nouvelle ère après vingt années d’une politique culturelle encadrée et quelque peu étouffante pour toute initiative accordant liberté totale au génie de l’artiste. Surtout dans la musique.

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Youssou Ndour a beau dire, dans une interview avec Afrique Magazine (N°74, octobre 1990), « c’est vrai, je suis très populaire mais je ne suis pas une star. Moi, je fais la musique que j’aime. J’apparais à la télévision quand il faut, je parle avec les journalistes quand j’ai quelque chose à expliquer », il est assurément une star. Youssou Ndour l’est devenu au sens où à la seule évocation de son nom, c’est un intérêt qui se manifeste pour une musique dont il a écrit et continue d’écrire de belles pages de l’histoire, dans son pays et au-delà. Il continue de remplir salles et espaces publics pour ses concerts, suscite commentaires de toutes sortes pour la moindre déclaration. Ses propos, faits et gestes sont disséqués et commentés – jadis dans les salons et ‘’grand-places’’, aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Et, des fois, même quand il ne parle pas, c’est un problème.

Il est et restera star pour ce qu’il sait faire le mieux : la musique. Depuis ses débuts au milieu des années 1970, dans un pays qui cherchait, sous la direction du président Léopold Sédar Senghor, à se parer d’une personnalité culturelle propre… Youssou Ndour est le chanteur dont les textes des chansons sont fredonnés par des mélomanes de tous les âges. Chose curieuse : les plus jeunes apprécient davantage des créations des années 1980 et 1990, trouvant qu’elles dégagent authenticité et insouciance.

Dans la même interview à Afrique Magazine, citée plus haut, en réponse à la question « Qu’est-ce que ça te fait d’être plus connu que (le président Abdou) Diouf ? », il dit : « Je m’en fous, je fais ma musique. Je ne cherche pas à être plus connu que qui que ce soit. Où est le problème ? » « As-tu conscience de ta responsabilité ? Les Sénégalais, les Africains attendent beaucoup de toi », insistent les journalistes. Youssou Ndour tranche : « Ce que les gens attendent de moi, c’est de la musique. Des paroles avec des chansons. Rien de plus. » Ou encore : « Je ne joue pas autre chose. La musique, j’en ferai toujours. Si les gens aiment ce que je fais, c’est tant mieux pour moi. »

Et c’est essentiellement pour sa musique que ses compatriotes aiment Youssou Ndour. Pour la dignité qu’il a réussi à conférer au génie que porte une voix sachant dire et exprimer, avec mélancolie, lyrisme et spiritualité, l’amour dans toutes ses facettes et sa puissance à rendre fou le plus téméraire des idéalistes, l’histoire en ce qu’elle apporte la conscience à un peuple en quête de soi, les valeurs positives d’une société en mutation constante, les engagements citoyens et politiques pour un monde plus juste…

Dommage qu’il n’y ait pas de sondage pour le mesurer, mais à l’écoute et à la lecture  d’appréciations ici et là, le constat est que « les gens » aiment plus ce qu’il a fait jusque dans les années 2000 que ce qu’il fait depuis une dizaine d’années. Au plan discographique et dans les spectacles, ça ne crée plus vraiment, hormis quelques bijoux qui émergent au milieu de titres aseptisés et très peu porteurs d’émotions. Il serait bon qu’il revienne à l’exigence des débuts, au moment où il avait à cœur, lui et ses amis – Habib Faye en tête – de se faire plaisir, de s’offrir et d’offrir au public des œuvres presque parfaites. On sait que depuis plus de quarante ans, il a écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la musique « Made In Sénégal ». On lui restera redevable pour cela. Mais on sait aussi qu’il y a en lui un… potentiel qui, s’il décide de se concentrer à nouveau sur la musique, rien que la musique, reste grand. Même pour lui qui n’a plus rien à prouver. Alors, en lui souhaitant joyeux anniversaire, en ce 1-er octobre, pour ses soixante ans, on lui soufflera à l’oreille : réenchante-nous !  

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 1-er octobre 2019

 

Youssou Ndour a 60 ans ! (4/5) — Si près si loin !

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Youssou Ndour a 60 ans ce 1-er octobre 2019. La fierté est chaque fois légitime de pouvoir dire « je viens du même pays que cet artiste » dont la seule évocation du nom et de l’itinéraire renvoie au « petit » Sénégal qui rayonne grâce à des ressources humaines de qualité. C’est cette sensation que peut avoir un Sénégalais en voyant des images de Youssou Ndour exprimer avec génie et talent sa créativité sur les scènes du monde, recevoir des prix, intervenir dans une prestigieuse université pour aborder un sujet ou parler de son expérience, être récompensé pour son parcours, ou cité parmi ‘’les personnalités les plus influentes dans le monde’’ ou encore être vu avec d’autres artistes dont la voix et la notoriété peuvent pousser des dirigeants politiques à se pencher sur les urgences sanitaires, humanitaires ou climatiques…

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Youssou Ndour et son groupe, le Super Etoile, font se lever, chanter et danser, depuis plus de trois décennies, des mélomanes du monde entier, venus les écouter et les acclamer dans des salles qu’ils n’ont aucun mal à remplir. Mais, souci réel, il y a, ces dix dernières années, de moins en moins, pour des journalistes sénégalais, des occasions sérieuses de documenter ces instants de vie qui jalonnent la route artistique de l’enfant de la Médina, racontés et mis en perspective par lui-même. Il est aujourd’hui très compliqué – il n’est pas exagéré de dire que c’est devenu impossible – d’avoir un contact organisé avec le musicien pour recueillir des réponses à des questions que l’on peut se poser et les relayer…

Par son attitude et la stratégie ( ?) qu’il a adoptée, celles d’un entourage qui ne veut pas ou a du mal à accepter une certaine ouverture, une organisation inexistante au plan local – du moins dans le domaine des relations avec la presse, Youssou Ndour est devenu inaccessible pour les médias de son pays, n’accordant pas l’attention qu’elles méritent à leurs sollicitations pour éclairer leur lanterne sur ses activités, ses options artistiques, ses sorties de disques, ses prestations… Il est même loin le temps où les journalistes spécialisés avaient droit à des séances d’écoute (Sant, novembre 2003 ; Alsaama Day, avril 2007…) ou à des invitations à des lancements d’albums (Dakar-Kingston, avril 2010).

La ‘’cassure’’ – si l’on peut employer ce terme – est intervenue, à notre avis, lorsque l’artiste a décidé d’entrer en politique, de lancer un mouvement et de tenter de briguer les suffrages des électeurs sénégalais (2011-2012). A partir de ce moment, il a plus parlé de politique que de musique, évitant soigneusement ( ?) de parler de son art. Et, voulue ou non, une distance s’est créée avec ceux et celles qui ne sont intéressés que par son aventure dans la musique et la culture en général. « Les politiciens ne parlent pas au peuple, c’est entre eux qu’ils parlent. Ce n’est pas une bonne chose », avait regretté un jour Youssou Ndour. Et c’est lui, devenu aujourd’hui… politicien, qui, ce n’est pas exagéré de le dire, s’est enfermé dans la même bulle, un monde qui semble avoir ses règles. Encore que les politiciens traditionnels aiment parler aux médias, sont disponibles et sont même ceux qui prennent l’initiative pour s’adresser à leurs compatriotes.  C’est à croire que l’entrée en politique de Youssou Ndour en a fait un autre homme, changeant son attitude vis-à-vis de la presse de son pays.

Ce qui est frappant et que tout le monde peut remarquer, c’est la différence de traitement que Youssou Ndour a pour les journalistes et les médias selon qu’ils soient d’Occident ou de son pays. Il n’est pas exagéré de parler de complexe – qu’il partage il est vrai avec beaucoup de nos artistes – tant il est loisible à tout le monde de voir que chaque fois qu’il sort un nouveau disque (comme cela a été le cas récemment avec History, sorti en avril dernier chez Naïve Records), il parle aux journalistes et médias d’ailleurs. Peut-être est-ce l’organisation de son équipe de production européenne qui lui permet et l’oblige à accorder un important nombre d’interviews, à participer à des émissions sur des chaînes de radio et de télévision où il livre des explications et anecdotes sur la ‘’cuisine’’ de son travail ?

C’est un choix et il n’est pas ici question de le récuser. C’est une excellente chose qu’il s’exprime, parce que cela devient une source d’informations pour tous. Ce qui, à notre avis, n’est pas bien, c’est d’ignorer l’existence d’hommes et de femmes qui, chez lui au Sénégal, peuvent valablement faire le même travail, pour apporter d’autres regards et perspectives fondés sur un vécu et une minutieuse observation. C’est de cela qu’il s’agit finalement : une question de point de vue, un journaliste européen ou américain n’ayant pas la même grille ou le même matériau qu’un autre ayant grandi et évolué dans le même univers culturel et social pour alimenter sa conversation avec Youssou Ndour. Il est essentiel qu’émerge et se développe un discours critique, point de vue ou regard venu de l’intérieur pour accompagner le travail de création et de mise en valeur de la culture de nos pays. L’expérience que nous avons de conversations avec des acteurs des milieux culturels et de chercheurs étrangers nous montre que cette critique endogène est vivement souhaitée, demandée et attendue. La vérité est que c’est nous qui en avons d’abord besoin.

Ce propos ne peut se limiter, pour les médias de nos pays, à la critique ou à une appréciation plate de productions discographiques ou scéniques. Il a besoin d’être habillé, contextualisé et mis en perspective à travers des échanges avec les artistes, qui sont très souvent les seuls à pouvoir livrer des détails utiles. C’est important. Pour demain. Pour l’Histoire. Pour que, à l’avenir, les chercheurs et journalistes, pour leur travail de mémoire, n’aient pas comme seules sources les ouvrages ou les interviews et déclarations (de première main) faites dans des médias d’ailleurs, sur des plateaux de télévision ou des colonnes de journaux dont les animateurs ont leurs lignes de préoccupation, mais ne peuvent être les seuls à pouvoir faire le travail.

Comment expliquer le caractère déroutant des choix artistiques de Youssou Ndour, ces dernières années, pour des mélomanes de son public sénégalais – celui qui le suit depuis plus de trente ans – et qui aime ou ne se retrouve plus dans sa musique ? Bien sûr qu’il est libre de donner à celle-ci l’orientation qu’il souhaite, mais il peut bien en parler sur des plateformes médiatiques de chez lui. Surtout que les sollicitations ne manquent pas. On ne peut un seul instant raisonnablement douter du respect que le musicien a pour les médias sénégalais dans leur pouvoir à le relayer convenablement. On ne peut non plus penser qu’il n’a plus besoin de ces mêmes médias aujourd’hui que la notoriété est établie. Youssou Ndour a investi dans les médias (Com 7, Futurs Médias). Il en connaît donc l’intérêt et importance. D’autant que, jusqu’en 2010 – et très rarement depuis – Ndour a régulièrement parlé aux journalistes. Dans les archives (Walfadjri, Le Quotidien, Nouvel Horizon, Scoop, Le Témoin, Le Soleil, Sud Quotidien…), il y a des textes et des entretiens qui font aujourd’hui figure de documents de première main.

C’est le Youssou Ndour du Sénégal, pour paraphraser El Hadji Mansour Mbaye qui a eu cette appréciation à l’endroit du l’emblématique percussionniste Doudou Ndiaye Rose (1930-2015). A ce titre, il est important, pour l’Histoire, qu’il ne se détache pas de ces médias qui le suivent malgré tout. Cela ferait, à notre avis, tâche que celui qui, dans toute sa carrière, sa musique, ses actions sociales et ses projets, s’est efforcé et s’efforce encore de travailler à faire voyager l’image et la culture du Sénégal et du continent, ne laisse pas de traces significatives dans les médias de son pays sur une longue période. Je ne parle pas des réactions après tel ou tel événement ou des émissions spéciales provoquées où il a très souvent le beau rôle ou le contrôle du menu avec des animateurs choisis et volontairement complaisants… On ne lui demande pas de parler tout le temps de tout et de rien, mais d’être ouvert et disponible le mieux possible.

Dans notre pays, l’on se plaint très souvent, après la retraite ou la disparition d’un artiste, qu’il n’y ait pas, dans les archives de nos médias, des documents de référence sur leurs productions. On ne retrouve ceux-ci que dans les boîtes de plateformes étrangères. La faute n’incombe pas seulement aux journalistes de notre pays – dont bon nombre seraient capables d’être les acteurs de ce travail de documentation. Nos artistes – les têtes d’affiche comme Youssou Ndour – ne nous parlent pas de manière sérieuse. A ceux qui se demandent pourquoi il n’y a pas beaucoup d’archives locales sur le sculpteur Ousmane Sow (1935-2016), je réponds ceci : pendant un quart de siècle, sa communication a été orientée vers l’étranger. Ce n’est pas parce que c’est là-bas que son travail a été le plus exposé que les médias de son pays ne pouvaient pas légitimement en parler avec lui. Sa fille, Marianne, très heureuse de la visibilité et de la notoriété que le monumental travail de son père a en France, se bat aujourd’hui pour le faire connaître auprès du grand public, dans son pays. Elle estime que c’est cela le plus important. On est certainement loin de cela quand on parle du leader du Super Etoile, mais cela doit faire réfléchir. Joyeux anniversaire, You !

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 1-er octobre 2019

Youssou Ndour a 60 ans ! (3/5) — « J’ai obtenu la permission de chanter en résistant fortement »

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La star de la musique fête ce 1-er octobre 2019 ses soixante ans. Au cours d’interviews avec la presse, à l’occasion de sorties d’albums et d’organisations de concerts, dans des ouvrages qui lui ont été consacrés, Youssou Ndour a dit des mots pour parler de son parcours, exprimer des ambitions, expliquer sa démarche artistique, des engagements sociaux, artistiques et politiques. Ce sont des propos qui en disent long sur la personnalité de l’homme, la vision très claire qu’il a du chemin qu’il a voulu et veut tracer pour laisser son empreinte dans l’Histoire. Morceaux choisis…   

Presse - 2

= Résistance =

** « Mon père n’a jamais vu un musicien devenir riche. Il avait peur que je tourne mal (…) J’ai fait le mauvais garçon. Je suis parti plusieurs fois sans l’avertir » [Afrique Magazine, N°74, octobre 1990]

**« Griot, mon père ne l’est pas. Il est mécanicien et soudeur, et dès le départ, il voulait à tout prix que j’évolue dans un autre contexte que celui de la musique. Si je lui avais obéi, je l’aurais regretté toute ma vie. J’ai dû tout faire à son insu, il avait défendu à ma mère de chanter, alors elle ne me poussait pas ouvertement, même si elle m’arrangeait des coups en cachette. J’ai obtenu la permission de chanter en résistant fortement, ça a été très dur, mais c’était vraiment bien trop important pour moi. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 38]

= Groupe =

**« Ma plus grande réussite, c’est le Super Etoile. C’est un groupe qui a commencé en 1981. Je ne dis pas que tout le monde est resté mais la base du Super Etoile est restée. Et ce n’est pas parce que nous manquons de divergences de vue, mais c’est parce que j’ai du respect pour ces gens-là. Je suis très heureux de voir, par exemple, que le Super Etoile peut être considéré comme le groupe qui a la plus grande longévité. C’est aussi une école. » [Le Quotidien, 19 août 2004]

**« Les gens citent trop souvent mon seul nom en parlant de ma musique, alors que c’est presque toujours celle de Youssou Ndour & le Super Etoile. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 67]

= Amitié = « J’ai toujours attaché beaucoup d’importance à la fidélité, en amitié comme en amour. Avec mes meilleurs amis de la Médina, ceux du temps de mon enfance ou de mon adolescence, nous sommes toujours restés en contact. Nous nous téléphonons souvent et ils savent qu’à tout moment, ils peuvent venir manger ou dormir chez moi comme à l’époque. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 29]

= Equilibre = « A notre niveau, nous ne pouvons pas faire de la musique pour seulement des gens qui lisent les bouquins, des intellectuels. Ecrire des textes pour un chanteur musicien, c’est un métier. Il faut un équilibre parfait entre les sons et les paroles, pour que cela sonne bien. Un mariage heureux que les rappeurs réussissent à cause de leur beat standard qu’on retrouve partout dans le monde. Il est dommage qu’il n’y ait que très peu de paroliers au Sénégal » [Le Soleil, vendredi 16 mars 2001]

= Liberté = « Quelquefois, je me pose la question de savoir : ‘’Les gens s’adressent à qui ?’’ Je suis un homme libre de faire ce qu’il a envie de faire. Et je peux avoir une inspiration qui dérange à la limite et ça m’engage. Parfois, j’ai l’impression qu’on me dit : ‘’On t’a élu, tu dois faire ceci et pas autre chose.’’ Mais je ne peux pas comprendre qu’une personne débute dans la musique à l’âge de 13 ans et qu’on lui mette une pression jusqu’à son âge actuel. Je ne peux pas vivre cela tout le temps. Il faut que les gens me laissent vivre librement ma passion d’artiste, comme je l’entends. En voulant me confiner dans des schémas, les gens veulent m’induire en erreur puisqu’ils essayent de régler leurs propres problèmes. La musique n’est pas là pour ça. Elle doit être indépendante. » [Scoop, 12 novembre 2003]

= Kassak = « Si vous ne l’avez jamais vécue, vous ne pouvez pas imaginer l’ambiance. C’est vraiment extraordinaire, j’ai toujours rêvé de recréer la même chose dans mes concerts, mais c’est impossible. J’étais fou de ça et pendant les vacances scolaires, j’arrivais à faire une dizaine de kassaks dans la nuit, c’est ainsi que j’ai pris l’habitude de traîner dans la Médina jusqu’à 8 ou 9 heures du matin. C’est aussi là que j’ai appris à parler, à dire des choses et pas seulement à chanter. Ce sont des fêtes où chacun peut prendre la parole, pour une chanson ou un tassou, qui est notre rap traditionnel, avec des textes comiques ou même carrément érotiques, bien loin de la violence du rap américain. J’étais très fort pour ça, et dans la Médina tout le monde me connaissait quand je n’avais pas encore 13 ans. » [Gérald Arnaud, Youssou N’Dour le griot planétaire, Editions Demi-Lune, 2008, p 39]

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 1-er octobre 2019

 

Youssou Ndour a 60 ans ! (2/5) – Voix, mélodies et émotions  

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La star de la musique fête ce 1-er octobre ses soixante ans. Depuis plus de trois décennies, il enchante le monde. L’enfant de a Médina – le quartier dakarois qui l’a vu naître – s’est forgé, par son talent, sa créativité et des choix artistiques de génie, la stature d’une véritable star rayonnant bien au-delà des frontières du Sénégal. Cinq albums pour évoquer ce parcours…

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  1. JAMM-LA-PAIX (Productions SAPROM, 1986) : les six titres de cette cassette enregistrée en live au Thiossane Night Club sont un pur régal, expression et concentré de ce que peut donner la réunion d’étoiles habitées à un moment précis par la grâce. Ce moment est à classer parmi ceux qui n’arrivent que rarement dans la vie d’un groupe. Youssou Ndour et le Super Etoile, qui avaient alors fini de trouver, sous la direction d’Adama Faye – dont l’audace artistique à arpenter des sentiers nouveaux est connue une identité à leur mballax – donnent là la pleine mesure de leur talent. « Zéro faute ! » est-on encore tenté de dire aujourd’hui, plus de trente ans après la production de Jàmm-La-Paix. Youssou Ndour et Ouzin Ndiaye (voix), Alla Seck (animateur), Papa Oumar Ngom (guitare rythmique), Habib Faye (Basse et synthé), Jimi Mbaye (Solo et basse), Oumar Sow (Solo et synthé), Assane Thiam (Tama), Mbaye Dièye Faye (Percussions), Falilou Niang (Batterie), Thierno Koité (Saxophone) et Ibou Konaté (Trompette), ont assuré la réussite de cette œuvre classée numéro 12 dans la série des ‘’volumes’’ que le Super Etoile proposait aux mélomanes. Réalisée de bout en bout à Dakar, entre l’enregistrement au Thiossane et le mixage au studio 2000, elle aborde, avec un air jazzy qui laisse les instruments s’exprimer pleinement, les voix de Youssou Ndour et Ouzin Ndiaye faisant le reste.
  1. EYES OPEN (40 Acres & a Mule/Columbia-Sony, 1992) : pour aller à la conquête des Etats-Unis, de l’Amérique du Nord plus généralement, un univers quelque peu fermé aux musiques venues d’ailleurs, Youssou Ndour sort en 1992 Eyes Open, opus chanté en wolof, peul, anglais et français, et décliné en plusieurs registres d’harmonies. Sans doute pour toucher un public encore plus large que précédemment. Eyes Open est enregistré rue Parchappe, dans le studio de Francis Senghor – fils du premier président sénégalais – qu’il venait de racheter et baptiser Xippi. L’album a eu, parmi ses producteurs exécutifs le cinéaste et producteur africain-américain Spike Lee. Il porte musicalement la marque d’Habib Faye, Jean-Philippe Rykiel – qui l’ont coproduit – et, bien sûr, de Youssou Ndour qui y déploie sa maîtrise de l’art du chant. A sa sortie, l’album n’a pas eu, comme le précédent Set, le succès commercial espéré, le public traditionnel du musicien y ayant certainement perçu un souci de s’ouvrir à des oreilles ‘’occidentales’’. Mais, plus d’un quart de siècle après, une écoute apaisée et détachée permet de savourer le trésor que constituent des titres sur lesquels il dénonce une passion incontrôlée pour des séries télévisées américaines (Live Television), met en avant une préoccupation pour le sort des enfants (Couple’s Choice), salue la grâce de la femme soucieuse de la famille (Marie-Madeleine la Saint-Louisienne), rend hommage à la grand-mère, première source d’inspiration (Hope), dénonce les inégalités et l’absence de plus en plus visible de solidarité dans la société (Survie)…

3. EGYPT (Nonesuch/Warner Music, 2004) : un des sommets de l’œuvre discographique de Youssou Ndour. Sur les plans des mélodies et du contenu des textes, des odes inspirées et puissants sur les maîtres et promoteurs de l’islam soufi – ouvert et tolérant – au Sénégal (Cheikh Ahmadou Bamba, Limamou Mahdiyu Laye, El Hadj Ibrahima Niasse, El Hadj Malick Sy, Cheikh Oumar Foutiyou Tall…), l’album est apparu comme atypique, inattendu chez un artiste qui a habitué le public à un contenu plus ‘’profane’’. Ce public a été, dans une large mesure, dérouté, surpris qu’il a été par la démarche du chanteur. Cette incompréhension est sans doute à l’origine du fait que Egypt, sorti un premier temps le 10 novembre 2003 sous le nom Sant au Sénégal, n’a pas eu l’accueil que Youssou Ndour lui-même n’a pas compris. Le musicien a été pris à partie de manière verbale, certaines personnes lui reprochant de ne pas avoir la légitimité pour chanter leurs guides. Des médias ont arrêté la diffusion du spot annonçant la sortie du disque. « Je ne sais pas pourquoi mais Sant n’a pas eu un grand succès au Sénégal. Mais je pense que ça va venir. C’est un album classique, Honnêtement, je pense que c’est un super album. Ça a surpris beaucoup de gens », avait-il confié au journal Le Quotidien (entretien paru le 19 août 2004). Il espérait qu’ils allaient « prendre le temps de le connaître ». Il y a bien eu un intérêt pour le disque lorsqu’il a permis à Youssou Ndour de décrocher le Grammy Award (février 2005) – Egypt ayant été globalement mieux accueilli à l’étranger. Une nouvelle sortie, avec une reprise du titre Yonnent, a fait que les radios ont passé à cette période des morceaux, sans plus (pas de régularité, pas de débats sur l’album…). Et il n’est toujours pas courant d’entendre un titre de cet album à la radio ou dans la rue.

  1. THE GUIDE –WOMMAT (Chaos/Columbia, 1994) : c’est l’album – sorti en mai 1994 – dont on peut dire qu’il a définitivement installé Youssou Ndour dans le gotha des stars planétaires de la musique, au bout d’une décennie de quête de cette notoriété pour laquelle il avait clairement affiché ses ambitions et travaillé avec patience, organisation et méthode. La couleur et les mélodies de la plupart de ses titres ont à voir avec le fond mballax dont l’artiste est devenu le chantre et le porte-drapeau, mais l’option de Youssou Ndour d’explorer de nouvelles voies tout en s’attachant à rester fidèle à l’expression d’un art du chant dont il est un héritier est là. Illustration parfaite de cette idée de rencontre, le titre Seven Seconds (chanté avec Neneh Cherry), qui a propulsé le Sénégalais en tête des hit-parades dans le monde, avec des distinctions. C’est album qui porte les très beaux Mame Bamba, Old Man (Gorgui), Tourista, Undecided (Jàppulo), Without a smile (Same), Tongo… que l’on écoute toujours en y percevant la puissance des textes intemporels dont la valeur philosophique et sociale est chaque jour plus forte, ainsi que celle de la voix de Youssou Ndour dont certains critiques avaient déploré ‘’l’absence’’ à la sortie du disque.

5. Lii! (Jololi, 1996) : après The Guide (Wommat) qui a fait atteindre à Youssou Ndour une certaine apogée au plan de la popularité, l’on se demandait comment l’artiste allait faire pour rester le plus haut possible. La réponse, magistrale et révélatrice d’un génie singulier, est venue le 12 décembre 1996 avec la sortie de l’album Lii! Style dépouillé, mélodies à la fois apaisées et entraînantes, textes forts. Tout était réuni dans cet album pour qu’il plaise au public, qui ne s’y est pas trompé en l’adoptant. Youssou Ndour y chante sa mère (Sunu Yaye), le sens de la gratitude manifestée à une personne spéciale (Tourendo), le sens de la famille des émigrés (Solidarité)… Il pensait que le titre Lii! (chanson d’amour) allait être le grand succès de l’album – annoncé une semaine plus tôt dans l’émission ‘’Très gros plan’’ (TGP) de la Télévision nationale sénégalaise (RTS) – mais il a été surpris de voir Birima s’imposer comme un hymne. L’une des premières fois où il l’a repris en public a été au stade Léopold Sédar Senghor, devant le président Abdou Diouf. Il est vrai que le lyrisme et une certaine puissance d’évocation de Birima, bâtis autour de l’épopée d’un personnage historique du Kajoor, ajoutés à la touche de Jean-Philippe Rykiel, ont conféré à ce morceau un cachet particulier qu’il mérite amplement, parce qu’il est beau. Youssou Ndour et le Super Etoile le reprennent très souvent lors de leurs concerts, au Sénégal comme à l’étranger.   

           Aboubacar Demba Cissokho

           Dakar, le 1-er  octobre 2019

Youssou Ndour a 60 ans ! (1/5) — Villes-repères, lieux de mémoire

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La star de la musique fête ce 1-er octobre 2019 ses soixante ans. Auteur-compositeur,  chanteur adulé, au génie et au talent respectés, homme d’affaires avisé, citoyen s’essayant à la politique, il est l’une des plus grandes figures culturelles de notre temps, dont la seule évocation du nom renvoie à un parcours artistique digne d’éloge et d’estime. Voyage, de Dakar, la ville où il est né – dont il dit qu’elle est la seule qui pouvait être la base et la source de sa créativité – à Londres, où son concert à l’Union Chapel (décembre 2002) est encore dans les mémoires, en passant par Bamako, lieu d’une rencontre marquante pour lui, Paris – dont la salle de Bercy sert de cadre à son plus grand bal hors du Sénégal, et New York où il a ses habitudes depuis un quart de siècle…

Villes - 1

  1. DAKAR (NDAKAARU) : Dakar, bien sûr ! Dakar, évidemment ! C’est là, au quartier de la Médina, que tout a commencé. Youssou Ndour y est né, s’y est forgé – en résistant il est vrai à son père qui ne voulait pas qu’il s’adonne à la musique. L’histoire familiale du côté maternel, le théâtre promu par les groupes et associations culturels, les kassak (cérémonies nocturnes au cours desquelles des chansons sont entonnées en l’honneur des circoncis), les cérémonies familiales de la très populaire Médina, etc. ont été parmi les premiers lieux de formation pour lui. Du Miami Club, la boîte la plus branchée et la plus courue de la Médina, à partir du milieu des années 1970 – avec le Star Band – au Thiossane Night Club, où il a joué régulièrement dans les années 1990 et 2000, en passant par le Jandeer de Soumbédioune qu’il investit avec l’Etoile de Dakar (formé en 1979), le Sahel ou le Théâtre national Daniel Sorano (dixième anniversaire du Super Etoile en 1991, Live biir Sorano en 1993, Avant-première de Bercy 2005, lancement de Dakar-Kingston en avril 2010…), Dakar a été, et reste, un formidable lieu de mémoire pour Youssou Ndour dans la construction d’une esthétique et la relation spéciale qu’il entretient avec son public. C’est à partir de Dakar – ville multiculturelle ouverte sur le monde – où il a toujours vécu, que Youssou Ndour est allé à la conquête des cœurs aux quatre coins du monde. Dakar, « parce que, dit-il lors de la sortie de son album Joko, from Village to Town (2000), l’ambiance dans laquelle j’ai vécu depuis mon enfance est extraordinaire. Rien ne vaut cette atmosphère. » Dakar a naturellement fait l’objet d’une chanson : Ndakaaru figure sur le Vol 2 du Super Etoile, sorti en 1982, moins d’un an après la création du groupe. Comme pour dire : « Allo le monde, ici Dakar ! » Ces dernières années, Youssou Ndour en a souvent fait une reprise lors de concerts. L’une des plus marquantes, la plus belle, reste celle du 1-er octobre 2005 à Bercy…

2. BAMAKO : dans le répertoire du Super Etoile, le titre Bamako (Vol. 14, Gaïndé, 1989), du nom la capitale du Mali, composé par le bassiste Habib Faye – dont Youssou Ndour a dit, à sa mort, le 25 avril 2018, qu’il a été « l’architecte » de sa musique – occupe une place singulière, autant par la qualité de la musique que par l’histoire que son texte évoque. Cette histoire, au caractère quasi mystique, est celle d’une rencontre fortuite à la gare ferroviaire de Bamako, que le chanteur raconte avec un voile de pudeur qui en laisse tout de même voir ce que cela a changé dans sa vie. L’une des rares fois où il en a parlé en dehors de la chanson – sans essayer d’entrer dans des détails – c’était dans une interview parue le 19 août 2004 dans les colonnes du journal sénégalais Le Quotidien : « Des rencontres qui m’ont marqué dans la vie, j’en ai plein. De magnifiques rencontres, il y en a beaucoup (…) J’ai fait des rencontres, j’ai fait des rêves, j’ai senti des choses. J’ai rencontré effectivement quelqu’un à Bamako et il a prié pour moi. Il faut me croire. C’est la réalité, il faut me croire. » Bamako a été la première étape de la première tournée africaine de Youssou Ndour, en 1985.

3. PARIS : la salle du Palais omnisport de Bercy, dans la capitale française, a accueilli ces dernières années le « Grand bal » de Youssou Ndour en Europe, qui rassemble environ 15 mille personnes enthousiastes à l’idée de (re)vivre l’ambiance des soirées sénégalaises. L’histoire du Super Etoile à Paris débute en 1984, quand le groupe y joue pour la première fois. C’était à l’invitation de l’Amicale des chauffeurs de taxi sénégalais, au Phil’One, loué à des associations africaines de Paris, selon Gérald Arnaud, auteur du livre Youssou N’Dour le griot planétaire (Editions Demi-Lune, 2008). Cette salle avait été rebaptisée ainsi après la faillite du Jazz Unité, « un club assez somptueux aménagé dans les sous-sols déserts (la nuit) du Quartier de La Défense par le grand producteur Gérard Terronès, pour accueillir les meilleurs musiciens du jazz », écrit Arnaud. Dans sa biographie Youssou Ndour – La voix de la Médina (Patrick Robin Editions/Télémaque, 2005), Michelle Lahana rapporte les souvenirs du guitariste Papa Oumar Ngom : « Pour ce concert organisé par les taximen, on était logés dans un hôtel à Saint-Denis. On parlait tellement fort que le patron nous a mis dehors ! Nous nous sommes retrouvés à Bagnolet, chez un ami de Latyr Diouf, le manager sénégalais de Youssou, qui nous a tous accueillis dans son appartement. Un demi-frère de Youssou habitait Paris et nous a fait prendre le métro pour la première fois ! On avait peur de sortir sans lui ! Les membres de l’association avaient cotisé pendant un an pour nous faire venir, ils n’étaient pas professionnels mais ça ne nous dérangeait pas ! On est resté quatre jours à Paris, le concert a eu lieu au Phil’One, un club à La Défense, c’était super… » Le groupe était retourné à Paris, « avec  une autre association quelques mois plus tard, mais là, c’était vraiment trop mal organisé », raconte Ngom, ajoutant : « On changeait d’hôtel chaque jour car les producteurs ne payaient pas les chambres, ils étaient saouls tous les soirs et nous n’avons jamais été payés ! » Youssou Ndour et le Super Etoile se sont produits à l’Olympia (avril 1990 et avril 2019 notamment), au Bataclan (novembre 2016, un an après les attentats dont cette boîte avait été la cible), Philharmonie (novembre 2016), entre autres prestigieuses salles de spectacle.

4. NEW YORK : en 1995, Youssou Ndour et le Super Etoile jouent à Broadway, reproduisant, toutes proportions gardées, l’ambiance des soirées dakaroises du Thiossane Night Club. New York, c’est d’abord la tournée de promotion de l’album So (1986) de Peter Gabriel qui lui permet de s’y produire. Il rencontre, dans ce cadre, Paul Simon qui l’invite à participer à son album Graceland (sorti en août 1986), alors en préparation. Mbaye Dièye Faye, Assane Thiam et Youssou Ndour sont aux percussions sur le morceau Diamonds on the soles of her shoes. Après le succès commercial mitigé de son album Eyes Open – qui était censé lui ouvrir les portes du marché nord-américain et l’y installer –, le chanteur rebondit sur le succès du suivant (The Guide-Wommat), qui s’y vend mieux, pour faire apprécier la musique de son groupe. Pour ce qu’elle représente comme lieu d’expression pour les artistes, la ville de New York devait bien acclamer Youssou Ndour. Il y est en novembre 2005, quelques mois après avoir été auréolé de la récompense de l’Académie du Grammy pour l’album Egypt, pour un concert dans la prestigieuse salle du Carnegie Hall. Même si son enregistrement n’a pas fait l’objet d’un disque publié de manière officielle, le concert – d’une qualité artistique exceptionnelle – a tellement circulé qu’il s’est inscrit parmi les prestations live les plus appréciées de Youssou Ndour et du Super Etoile. Les musiciens y reprennent de manière dépouillée une quinzaine de titres. Le 20 octobre 2018, Youssou Ndour et le Super Etoile y ont rejoué dans le cadre d’une tournée aux Etats-Unis. Cette nouvelle prestation n’a pas eu le même retentissement ni le même écho, même si elle a ravivé des souvenirs pour des mélomanes qui y sont retournés.

5. LONDRES : la connexion de Youssou Ndour avec l’Angleterre s’est faite d’abord avec un des musiciens contemporains les plus importants de ce pays, Peter Gabriel, qui est littéralement tombé amoureux et sous le charme d’une voix au lyrisme et aux puissants accents spirituels. Il était bien allé à son concert pour le festival Africa Fête (fondé par le promoteur et producteur culturel d’origine malienne Mamadou Konté), en 1984, mais n’avait pu voir Youssou Ndour. La rencontre se fait finalement, fin 1985, lorsqu’il fait le déplacement à Dakar, accompagné du guitariste et producteur sénégalais Georges Acogny. C’est la période où Youssou Ndour et le Super jouaient tous les week-ends au Sahel, un club branché de la capitale sénégalaise. Dans le livre Youssou N’Dour le griot planétaire, de Gérald Arnaud, il raconte : « Il (Peter Gabriel) était presque inconnu au Sénégal. Il se baladait seul dans les rues de Dakar, en short et t-shirt, comme n’importe qui. Il est venu me voir à la Médina et nous avons passé de bons moments ensemble. Quelques mois plus tard, j’étais à Londres et je lui ai téléphoné. Il était en studio avec son producteur Daniel Lanois, et il m’a proposé sans façon de les rejoindre. J’ai passé une journée entière à chanter. Ils m’ont enregistré sur la plupart des morceaux de l’album. » Cet album, c’est So. Youssou Ndour y chante sur le titre In Your Eyes. Lui et des musiciens de son groupe sont invités à accompagner le chanteur anglais dans la tournée de promotion de l’album. Le 11 juin 1988, Youssou Ndour est à Londres, au stade de Wembley, parmi les 83 artistes qui ont animé le concert organisé pour fêter le 70-ème anniversaire de Nelson Mandela alors en prison (Nelson Mandela 70th Birthday Tribute). Stevie Wonder, Tracy Chapman, Harry Belafonte, Whitney Houston, Peter Gabriel, entre autres, y étaient aussi. En août 2018, il s’est produit, avec le Super Etoile, au Royal Albert Hall, prestigieuse salle de la capitale anglaise, dans le cadre d’une mini-tournée européenne, un peu moins de seize ans après le mémorable concert à l’Union Chapel (décembre 2002), d’une rare beauté.

            Aboubacar Demba Cissokho

            Dakar, le 1-er octobre 2019