Recherches Arts plastiques nègres

Exposition d’Ibou Diouf : regard prospectif dans le rétroviseur

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L’artiste-peintre Ibou Diouf a déclaré que, Du sommeil au rêve, l’exposition de ses peintures qui se tient du 14 au 24 décembre 2016, à la Galerie nationale d’art, à Dakar, est un hommage à « tous les pionniers qui ont contribué à asseoir la réputation du Sénégal comme pays de culture ».  

affiche-exposition

« L’idée est de remercier le pays sur le plan culture, de rendre hommage à toutes les personnes qui ont contribué à cette démarche, les pionniers, les personnes qui ont continué à aimer, à soutenir la culture dans ce pays », a-t-il indiqué dans un long entretien qu’il nous a accordé le mardi 13 décembre 2016, à son domicile, à Cambérène.

Diouf a évoqué, entre autres, la mémoire de « (ses) deux académiciens » – Léopold Sédar Senghor (1906-2001) et Ousmane Sow (1935-2016), de Papa Ibra Tall (1935-2015) ainsi que d’autres artistes ayant fréquenté, comme lui, la section ‘’Recherches Arts plastiques nègres’’ de l’Ecole des Arts de Dakar.

« Evidemment, il y a des absents, c’est-à-dire tous ces amis que j’ai connus et qui ont vécu le Festival mondial des Arts nègres, en 1966 », a-t-il ajouté, relevant que le contenu de l’exposition « tourne autour du cosmique, des croyances, des religions et surtout des doutes de ce pays ».

Pour lui, « c’est confus, aujourd’hui au Sénégal, parce que c’est voulu ». « Ce qui est important, c’est d’utiliser la mémoire, humainement et honnêtement, a-t-il ajouté. Je fais un clin d’œil à des amis, mais j’essaie en même temps de rappeler mes préoccupations d’artiste. Le cosmique que j’essaie de mettre en lumière, c’est nous. Ce sens-là est résumé par l’intitulé de l’exposition. »

Cette exposition est organisée pour « rendre hommage à toutes les personnes qui ont fait que ce pays compte culturellement », a insisté Ibou Diouf, 75 ans, estimant que les Sénégalais, en général, ont tendance à « vite oublier les pionniers qui ont posé les premiers jalons ».

Sur l’idée de l’exposition, l’artiste a dit qu’il s’agit de « repenser le cinquantenaire du Festival mondial des Arts nègres de 1966 », dont il est l’auteur de l’affiche. Il a ajouté : ‘’C’est ce qui a déclenché cela. Mais je n’avais pas une idée d’exposition en vue, parce qu’il se passe en moyenne quatre ans entre mes expositions (la dernière, intitulée Rétroviseur, remonte à 2014).

« Il fallait nécessairement faire quelque chose dans le cadre de ce cinquantenaire (du Festival mondial des Arts nègres), mais à ma façon, a souligné Ibou Diouf. Il s’agit de créer un cadre de lecture et de compréhension de cet événement, et de remerciement pour des personnes avec qui j’ai travaillé. » Ibou Diouf a dit qu’il fallait « mettre quelque chose en place » et en a discuté avec un ami avant que Demba Ndiaye, commissaire de cette rétrospective, accepte de soutenir cette idée et de la mettre en œuvre. « C’est une sorte d’analyse de ce festival, entre le théâtre, peinture, tapisseries, etc. », précise-t-il.

L’exposition est aussi une lecture de la trajectoire personnelle d’Ibou Diouf, artiste né en 1941 à Tivaouane. Il fréquente, de 1962 à 1966, la section ‘’Recherches Arts plastiques nègres’’ de l’Ecole des Arts de Dakar. En 1966, il remporte le premier prix du concours d’affiches du premier Festival mondial des Arts nègres et le Grand Prix des tapisseries récompensant le meilleur carton.

Peinte, décorateur, illustrateur, Ibou Diouf – affecté à sa sortie de l’école comme chef décorateur au Théâtre national Daniel Sorano – est l’auteur de plusieurs décors et costumes de pièces de théâtre et de films, dont Mossane de Safi Faye (1996) et Hyènes de Djibril Diop Mambety (1992).

Il a exposé à Montréal (1967), Paris (1967, 1974), Alger (1969), Mexico (1968), Sao Paolo (1969), avant d’effectuer, à partir de 1973, une dizaine d’années de recherche sur la matière plastique, en Suisse. En 1991, il réalise, en collaboration avec d’autres artistes, une œuvre monumentale de 400 mètres carrés, au Palais de Chaillot (Paris), dans le cadre du Sommet de la Francophonie. Sa dernière exposition en date, intitulée Rétroviseur, s’est tenue du 27 novembre au 10 décembre 2014, à Dakar.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 14 décembre 2016