Politique culturelle Senghor

Civilisations noires : en attendant le musée !

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Ah, le Sénégal ! On se croit décidément si singuliers que l’on persiste à ne jamais faire comme les autres, même si l’on voit qu’ailleurs, les choses ont été bien faites, dans les règles de l’art. Ce lundi 30 mai 2016, le ministre de la Culture a installé le ‘’comité scientifique’’ du Musée des Civilisations noires. Déjà construit, l’édifice attend d’être inauguré – en novembre, avait annoncé le ministre, lors de cérémonie de réception des clés, le 26 janvier 2016.

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Invité de notre émission Arc-en-ciel, le 27 septembre 2014 sur Al-Madina FM, le muséologue sénégalais Ousmane Sow Huchard constatait que « Les Chinois ont démarré la construction du musée alors qu’aucun muséologue sénégalais ou africain, qu(il) sache, n’a défini ou participé à la définition ni du processus du projet ni du programme muséologique ».

« C’est un très grand problème », insistait-il, précisant que même à l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), on s’interrogeait. « Mais puisque c’est un rapport entre deux Etats, les organisations internationales n’ont rien à voir. Toujours est-il que c’est un problème », ajoutait Sow Huchard, ancien conservateur du Musée dynamique.

Selon lui, « les Chinois, voulant faire prévaloir leur expertise dans tous les domaines ont dit : ‘’Nous savons construire des musées, nous savons construire des stades’’. Tout ce que vous leur demandez, ils savent construire. Mais avec quelle philosophie ? Pour construire un Musée des Civilisations noires, il faut qu’il y ait un programme qui porte les Civilisations noires… »

L’infrastructure qui vient d’être construite à Dakar n’est ni un musée d’histoire ni un musée de la monnaie ni un musée du mobilier en bois. C’est un musée des Civilisations noires. Des musées de ce type il y en a beaucoup à travers le monde. Une civilisation étant comprise comme un concept descriptif qui s’intéresse à l’homme, à tout ce qu’il a créé à travers les institutions qu’il a créées, les traces qu’il a laissées  dans son environnement.

Dans le projet initial du Musée des Civilisations noires, imaginé par le président Léopold Sédar Senghor, une trentaine de jeunes Sénégalais avaient été envoyés en formation, pour qu’à la fin de leurs études, ils soient en mesure de prendre en charge les vocations basiques de conservation, de recherche, de communication, d’animation et d’éducation. Toutes choses devant assurées en amont pour permettre à l’institution de fonctionner, une fois que sa construction est terminée, selon les règles déontologiques du Conseil international des musées.

On a donc mis en place une infrastructure dont on ne sait ni l’orientation ni la véritable vocation ni le programme. Combien de temps va-t-on attendre pour que le Musée soit fonctionnel avec des éléments concrets illustrant à la fois la vision qui le porte et sa vocation ? L’installation du comité scientifique devait précéder tout cela. A moins que les règles qui président à la création d’un musée aient changé ! Mais bon, on est au Sénégal, pays où on persiste dans l’erreur, les incohérences et autres incongruités…

L’expérience du Grand Théâtre national, fonctionnel depuis plus de cinq ans – sans véritable direction scientifique et artistique – aurait pu montrer à nos autorités que c’est bien de construire des infrastructures cultuelles, mais que le plus important est ce que l’on met dedans. Et c’est ça qui doit être défini d’abord. Pour le Grand Théâtre, la Place du Souvenir, la Maison de la Presse, on a attendu et on attend toujours. Pour le Musée des Civilisations noires, on attendra…

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 4 juin 2016