Panafricanisme

Festival panafricain d’Alger 2009 : organisation et contenu à la hauteur de l’événement

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Alger – « Je peux dire, sans exagération aucune, que nous avons gagné le pari ». La satisfaction du ministre algérien de la Culture, Khalida Toumi, est à la mesure de la réussite qu’a connue la deuxième édition du Festival culturel panafricain d’Alger (5-20 juillet 2009) aussi bien dans la richesse de la programmation que de l’organisation pratique sur le terrain.

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Le 4 juillet, veille de l’ouverture officielle, une parade de près de trois heures donne le ton avec des camions-chars — ornés aux couleurs de 53 pays — qui ont sillonné des artères de la capitale algérienne. Premier acte du démarrage du Panaf, ce défilé géant a précédé l’ouverture officielle, le 5 juillet au complexe sportif Mohamed Boudiaf, de la manifestation. Concoctée par l’Algérien Kamel Ouali, la chorégraphie d’ouverture a été un tableau relatant la vitalité d’un continent où l’Humanité a pris naissance et les résistances multiples que ses peuples ont mises en œuvre pour faire face aux dominations venues de l’extérieur.

Une préparation minutieuse

Pour la mettre en place, Ouali a sillonné pendant deux ans l’Afrique pour s’informer, dans le but de montrer avec fidélité la richesse culturelle des différentes zones géographiques du continent. Sur scène, cela a donné une fresque colorée et significative qui restera dans les mémoires. Après cela, le programme pouvait être déroulé, donnant l’occasion aux 8000 artistes invités de faire étalage de leur savoir-faire, tout en collant au thème du Festival axé sur le renouveau et la renaissance de l’Afrique.

La préparation de l’événement – décidée par l’Union africaine – a duré trois ans et demi. Un budget de plus de 40 milliards de francs CFA a été mobilisé pour son organisation. Plusieurs colloques ont été organisés, qui ont permis à des chercheurs, hommes politiques, leaders d’associations ou d’organisations, etc. d’échanger sur les anthropologues africains, la pensée de Frantz Fanon, les modèles d’avenir pour les cinémas d’Afrique, le théâtre africain entre tradition et modernité, l’entreprise coloniale et les luttes de libération en Afrique, les littératures africaines, les femmes africaines à l’épreuve du développement. S’y ajoutent des défilés de mode, des résidences d’écriture, d’artistes, des expositions sur les arts anciens et contemporains, le patrimoine immatériel, l’’artisanat d’art, la photographie, les bandes dessinées.

Le festival a permis à quelque 2.860 danseurs, 160 écrivains, éditeurs, conférenciers, poètes, conteurs, 232 cinéastes, 600 artisans, 2.300 chanteurs et musiciens de s’exprimer ou de présenter les résultats de leur travail. 41 pièces de théâtre ont été jouées par des troupes d’une vingtaine de pays, tandis que 9 expositions d’art visuel, 500 spectacles musicaux et la projection d’environ 150 films programmés. De grandes stars de la musique (Youssou Ndour, Mory Kanté, Ismaël Lô, Manu Dibango, Cesària Evora, Cheb Khaled) et de la diaspora (Kassav’, Ana Costa) ont joué devant un public enthousiaste qui a collé massivement à tous les autres plateaux.

Des dizaines de guides

Seul le cinéma a pâti de la coïncidence des heures de projection avec les débuts des spectacles théâtraux et musicaux. Au théâtre, 41 pièces ont été interprétées. Les metteurs en scène ont porté, à travers des satires sociales, des scénarios politiques, leur regard sur la marche du continent, son histoire, sa vie de tous les jours, ses désillusions, ses espoirs. Les cinéphiles, eux, ont eu droit à un colloque sur « des modèles d’avenir pour les cinémas d’Afrique », une rétrospective des films africains (primés à Ouagadougou et Carthage notamment), une présentation de dix courts métrages sur le thème l’Afrique vue par, etc.

Trois générations de cinéastes se sont retrouvées à Alger pour présenter leurs films et participer à un colloque. Les ‘’anciens’’, Mahama Johnson Traoré (Sénégal), Moustapha Alassane (Niger), Timité Bassori (Côte d’Ivoire) ont échangé avec de plus jeunes, Newton Aduaka (Nigeria), Teddy Mattera (Afrique du Sud), Alain Gomis (Sénégal) et ceux de la génération intermédiaire, Abderrahmane Sissako (Mauritanie), Gaston Kaboré (Burkina Faso), Balufu Bakupa Kanyinda (République démocratique du Congo), John Akonfrah (Ghana), Ousmane William Mbaye, Mansour Sora Wade (Sénégal), etc.

Mais avant la mise en œuvre du programme du Festival d’Alger, les autorités algériennes ont fait preuve de rigueur et de méthode dans l’organisation. Sous l’égide du Premier ministre, président du Comité national d’organisation, le comité exécutif présidé par le ministre de la Culture comprend un coordonnateur et huit chefs de départements gérant les différents axes du programme. Il existait même une commission de contrôle chargée de s’assurer que les festivaliers sont dans de bonnes conditions et que les manifestations se déroulent comme prévu. On s’entendait souvent poser les questions suivantes : Est-ce que tout se passe bien ? Vous ne manquez de rien ?

Par ailleurs, quelques dizaines de guides ont été mis à contribution pour accompagner les festivaliers aux spectacles et les ramener à leurs lieux d’hébergement. Ces guides sont des étudiants algériens et d’autres nationalités africaines. Ils ont aidé invités, artistes et journalistes à se retrouver dans l’organisation de cette manifestation. Leur travail commençait dès l’aéroport où ils participaient à l’accueil des festivaliers. A la fin, ils ont reconduit les festivaliers à l’aéroport.

« Les cimes de l’excellence et du sublime »

Rien n’a été négligé du point de vue infrastructurel ou sécuritaire pour exécuter la programmation riche, variée et représentative de l’activité culturelle sur le continent. Les centres culturels, espaces, théâtres de verdure et autres complexes ont été réhabilités et équipés en matériels de sonorisation et d’éclairage dernière génération. Le Palais de la Culture, la Bibliothèque nationale, six musées nationaux, un palais des expositions, l’Ecole supérieure des Beaux-Arts ont aussi servi de cadre à des activités.

Environ 300 journalistes ont couvert l’événement auquel différents festivals ont été intégrés : théâtre, danse, cinéma. Ils ont travaillé dans un centre de presse jouxtant leur hôtel situé à quelques encablures du centre-ville de la capitale algérienne. Le Village des artistes, véritable joyau architectural, a été construit en neuf mois à Zeralda (environ 30 kilomètres d’Alger). D’une capacité de 1250 chambres de deux lits chacune, l’infrastructure qui ressemble à un campus universitaire, offre toutes les commodités : un centre de presse, des salles de conférence, de spectacle et de répétition, une antenne médicale, entre autres.

Le souci de faire profiter au plus grand nombre d’Algériens le Festival culturel panafricain a conduit à la décentralisation dans 27 grandes villes algériennes qui ont accueilli des spectacles en dehors d’Alger, la capitale, où une vingtaine d’espaces fermés et autant de places publiques ont reçu des artistes.

Ainsi, comme l’a souligné le ministre de la Culture, Khalida Toumi, « les hommes de culture venus des quatre coins de l’Afrique, se sont rencontrés dans des ateliers de formation, dans des espaces dédiés au savoir (…). Ils ont atteint les cimes de l’excellence et du sublime, avec la culture africaine qui reflète la belle image des créateurs et artistes du continent ».

Belle partition des Sénégalais

Massamba Lam, ancien directeur du Musée de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), a participé au colloque sur les anthropologies africaines au cours duquel l’œuvre de Cheikh Anta Diop (1923-1986), entre autres sujets, a été abordée. Babacar Diop dit Buuba (historien et enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar), Sylvain Sankalé (critique d’art) et Eugénie Rokhaya Aw Ndiaye (journaliste, directrice du Centre d’études des sciences et techniques de l’information) sont intervenus lors du colloque sur Frantz Fanon.

Pour leur part, Fatou Sow Sarr, chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN Cheikh Anta Diop), Awa Badiane de l’Association des juristes sénégalaises, et Odile Ndoumbé Faye, secrétaire exécutive de l’Association des femmes africaines pour la recherche et le développement (AFARD), ont pris part au colloque sur ‘’les femmes africaines à l’épreuve du développement’’. Honoré en même temps que d’autres dramaturges et acteurs africains, Ousmane Diakhaté, directeur général du Théâtre national Daniel Sorano, a aussi présenté une communication lors du colloque sur ‘’le théâtre africain entre tradition et modernité’’.

Les passages de Youssou Ndour (7 juillet) et Ismaël Lô (12 juillet) à l’Esplanade Riad El-Feth ont été suivis par un public nombreux et enthousiaste. Les deux musiciens et leurs groupes ont assuré. Avant de monter sur cette scène qui a vu défiler de grandes stars de la musique africaine, Youssou Ndour a été un des acteurs de la chorégraphie d’ouverture du Panaf (5 juillet) au cours de laquelle il a notamment chanté son titre Wake Up.

Ballet national La Linguère

Le 12 juillet, le Théâtre national d’Alger a refusé du monde pour la prestation de la Troupe dramatique de Sorano qui a interprété la pièce Une saison au Congo mise en scène par Mamadou Seyba Traoré. Très applaudie, la troupe a réussi un sans-faute. Malick Pathé Sow et son groupe ont plutôt opté pour les échanges en jouant avec les Algériens Samira Brahmia et Mohamed Rouane. C’étaient des rencontres de styles différents représentatifs d’une musique africaine authentique jouée avec des instruments traditionnels. De leur côté, Yoro Ndiaye et Yoon Wi ont été appréciés à l’APC de Kouba, au Casif de Sidi Fredj, au Théâtre de verdure d’Alger, autant de lieux qui ont permis au ‘’musicien baay faal’’ de faire montre de la maturité acquise depuis la sortie de son premier album en 2005. Cette participation restera pour lui une belle expérience.

Les pensionnaires du Ballet national La Linguère du Théâtre Daniel Sorano, conduits par leur directeur Bouly Sonko, sont restés fidèles à la réputation établie par leurs devanciers. Ils ont fait bonne impression aux Algériens qui se sont déplacés en masse au Casif de Sidi Fredj. Avec deux prix (meilleure danseuse et meilleure réalisation scénique), la compagnie de danse Bakalama s’est illustrée lors de la 5-ème édition du Festival international des danses populaires de Sidi Bel Abbès. Les protégés de Malal Ndiaye, directeur artistique du groupe, se sont aussi produits au Palais des Congrès d’Oran (8 juillet), au Théâtre de verdure de Mascara (9 juillet) et au Théâtre de verdure d’Ain Temouchent (10 juillet).

L’écrivain Nafissatou Dia Diouf, elle, a reçu le Prix littéraire du magazine panafricain Continental Jeune espoir, lancé à l’occasion du Festival d’Alger. Elle gagne ainsi un abonnement d’une période de 24 mois au magazine et une campagne promotionnelle d’une valeur de 15.000 euros dans les colonnes du magazine et sur son site Internet, pour chacune de ses trois prochains ouvrages. Le photographe Pape Seydi a participé à l’exposition Reflets d’Afrique au Musée national d’art moderne et contemporain d’Alger. Il y a présenté une chronique quotidienne de travaux photographiques traduisant les multiples interrogations introspectives sur la responsabilité individuelle de l’homme pour le respect et le bien-être.

Une belle brochette de cinéastes

Le Sénégal était aussi bien représenté à la résidence des bédéistes dirigée par le dessinateur Alphonse Mendy dit T.T Fons. En plus de l’auteur de Goorgorlu, Samba Ndar Cissé et Malang Sène ont aussi participé à l’atelier qui a débouché sur la publication d’un recueil de contes et légendes.

Pour le volet cinéma, une quinzaine de films réalisés par des Sénégalais, entre 1955 et 2008, ont été projetés dans le cadre du panorama programmé dans les salles du complexe Riad El-Feth. Etaient présents au Panaf : Mahama Johnson Traoré (membre du jury qui a retenu deux projets sénégalais pour une coproduction avec l’Algérie), Momar Thiam, Mansour Sora Wade, Ousmane William Mbaye, Moussa Touré, Alain Gomis, Cheikh Ngaïdo Bâ (président de l’Association des cinéastes sénégalais), Laurence Attali, Thierno Faty Sow, Khalilou Ndiaye (exploitant, distributeur, directeur du Festival Image et Vie).

Un hommage a été rendu, le 15 juillet, au poète Léopold Sédar Senghor (1906-2001), dans le cadre du programme théâtre. A cette occasion, une soirée poétique a été organisée. La styliste Claire Kane a participé au défilé de mode qui avait pour objectif de montrer l’importante contribution de l’Afrique à la mode internationale. Directrice artistique du défilé, Claire Kane a présenté une mini-collection de tenues en similicuir, à l’effigie de différents drapeaux de différents Etats africains. Pour sa part, Mariam Diop, propriétaire de la ligne de prêt-à-porter Nomade’s, s’est inspirée du patrimoine culturel du continent, présentant boubous et foulards de différentes couleurs et formes.

Aboubacar Demba Cissokho

Alger, le 22 juillet 2009

Kwame Nkrumah, 44 ans après : l’actualité d’une vision pour l’Afrique 

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Il y a 44 ans, le 27 avril 1972, disparaissait le président Kwame Nkrumah, qui a décliné, dans son ouvrage intitulé L’Afrique doit s’unir (Heineman, 1963) les trois objectifs que devaient atteindre les dirigeants d’un continent uni politiquement et économiquement, une pensée actuelle au vu des défis auxquels leurs peuples font face. Il est décédé dans un hôpital de Bucarest (Roumanie), d’un cancer de l’estomac.

Kwame_nkrumah

« Notre continent nous donne le second territoire du monde (en étendue). Les richesses naturelles de l’Afrique passent pour être supérieures à celles de presque n’importe quel autre continent. Pour tirer le maximum de nos ressources actuelles et potentielles, en vue de l’abondance et d’un bon ordre social, nous devons unir nos efforts, nos ressources, nos compétences et nos intentions. Nous devons tous tirer une leçon de l’Europe par contraste. Cultivant par trop ses nationalismes exclusifs, elle a sombré, après des siècles de guerres entrelardées d’intervalles de paix instable, dans un état de confusion, simplement parce qu’elle n’est pas parvenue à se donner une saine base d’association politique et de compréhension.

« L’unité, but suprême »

Tandis que nous, les Africains, pour qui l’unité est le but suprême, nous efforçons de concerter nos efforts dans ce sens, les néocolonialistes font tout pour les rendre vains en encourageant la formation de communautés fondées sur la langue des anciens colonisateurs. (…) Le fait que je parle anglais ne fait pas de moi un Anglais. De même, le fait que certains d’entre nous parlent français ou portugais ne fait pas d’eux des Français ou des Portugais. Nous sommes des Africains et rien que des Africains, et nous ne pouvons poursuivre notre intérêt qu’en nous unissant dans le cadre d’une Communauté africaine. (…)

Trois objectifs

Pour nous, l’Afrique est une, îles comprises. (…) Du Cap à Tanger ou au Caire, de Cape Gardafui aux îles du Cap-Vert, l’Afrique est une et indivisible. J’estime donc qu’une Afrique unie (entendons : unie politiquement et économiquement, sur l’ensemble du continent) poursuivrait les trois objectifs que voici :

Tout d’abord, nous aurions une planification économique générale, à l’échelle continentale. Cela accroîtrait la puissance économique et industrielle de l’Afrique. Tant que nous restons balkanisés, régionalement ou territorialement, nous sommes à la merci du colonialisme et de l’impérialisme.

En second lieu, nous poursuivrons l’unification de notre stratégie militaire et de défense. Je ne vois pas l’intérêt de faire des efforts chacun de son côté pour entretenir d’importantes forces armées qui, de toute façon, seraient inefficaces en cas d’attaque sérieuse d’un Etat particulier.

Le troisième objectif dépend des deux premiers. Si nous instituions une organisation commune de planification économique et mettions nos armées en commun, il faudrait que nous adoptions une politique étrangère et une diplomatie communes, afin de donner une direction politique à nos efforts conjoints en vue de la protection et du développement de notre continent. (…)

La survivance de l’Afrique libre, les progrès de son indépendance et l’avance vers l’avenir radieux auquel tendent nos espoirs et nos efforts, tout cela dépend de l’unité politique. (…)

Tel est le défi que la destinée a jeté aux dirigeants de l’Afrique. C’est à nous de saisir cette occasion magnifique de prouver que le génie du peuple africain peut triompher des tendances séparatistes pour devenir une nation souveraine, en constituant bientôt, pour la plus grande gloire et prospérité de son pays, les Etats-Unis d’Afrique. »

« L’Afrique doit s’unir »

La conviction du président Kwame Nkrumah, pionnier du panafricanisme et premier président du Ghana indépendant, était que les forces qui unissent les Africains font « plus que contrebalancer » celles qui les divisent. «  (…) Je suis persuadé que les forces qui nous unissent font plus que contrebalancer celles qui nous divisent », affirme Nkrumah dans l’ouvrage L’Afrique doit s’unir, où il expose sa vision de l’avenir du continent africain.

« Certains affirment que l’Afrique ne peut s’unir parce qu’elle n’a pas les trois communautés indispensables pour cela : communautés de race, de culture et de langue »
, écrit celui que Amilcar Cabral, autre leader progressiste du continent, a qualifié de ‘’stratège de génie dans la lutte contre le colonialisme classique’’, celui de l’exploitation des ressources du continent au profit de l’extérieur.

Constatant que pendant des siècles les Africains ont été divisés, il ajoute que les limites territoriales qui morcellent le continent ont été fixées « il y a longtemps, souvent de façon très arbitraire, par les puissances colonisatrices ». La référence à la Conférence de Berlin, où cette division a été consacrée, est claire.

« Certains d’entre nous sont des musulmans, d’autres des chrétiens, beaucoup adorent des dieux traditionnels, qui varient de tribu à tribu. Certains parlent français, d’autres l’anglais, d’autres portugais, sans parler des millions qui ne savent que l’une des langues de l’Afrique, dont il y a des centaines », énumère le leader ghanéen. Pour Kwame Nkrumah, les Africains se sont ainsi « différenciés culturellement », et cela affecte leur façon de voir les choses et conditionne leur développement politique.

« Tout cela est inévitable et s’explique par l’Histoire. Néanmoins, je suis persuadé que les forces qui nous unissent font plus que contrebalancer celles qui nous divisent »,
soutient-il ajoutant : « Quand je rencontre d’autres Africains, je suis toujours impressionné par tout ce que nous avons en commun. Ce n’est pas seulement notre passé colonial, ou les buts que nous partageons : cela va beaucoup plus profond ».

Vision progressiste

« Le mieux, précise-t-il, est de dire que j’ai le sentiment de notre unité en tant qu’Africains. En termes concrets, cette unité profonde s’est manifestée par la naissance du panafricanisme, et, plus récemment, par l’intervention dans la politique mondiale de ce qu’on a appelé la personnalité. »

Kwame Nkrumah est né le 21 septembre 1909 à Nkroful (Ghana). Il a dirigé le Ghana indépendant, comme Premier ministre (1957-60), et en tant que président de la République (1960-66). Le 24 février 1966, il est renversé par un coup d’Etat militaire, alors qu’il se trouvait en voyage officiel au Vietnam, à l’invitation d’Ho Chi Min. Le parlement fut dissous, le Convention People’s Party (CPP), parti de Nkrumah, le CPP interdit. Nkrumah lui-même est banni.

Nkrumah se réfugie alors en Guinée, chez Ahmed Sékou Touré. Celui-ci lui propose la coprésidence de la Guinée, offre qu’il décline. C’est dans son pays d’exil qu’il fonde une maison d’édition qui publie ses théories révolutionnaires et ses livres sur l’Unité africaine.
Avec sa vision socialiste, l’Osagyefo (le rédempteur) a tenté de poser les bases d’une politique visant à réduire la dépendance de son pays par rapport aux produits étrangers et à le sortir de son rôle de fournisseur de matières premières.

 Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 27 avril 2016

Trentième anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop : demandez le programme !

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De nombreuses activités scientifiques et culturelles vont meubler, entre le 4 février et le 31 mars 2016, le programme du trentième anniversaire de la disparition de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986), placé sous le haut patronage de Macky Sall, président de la République du Sénégal. Le Mali en est le pays invité d’honneur.

CHEIKH_ANTA_DIOP

=======  ======== P R E MIÈ R E P A R T IE  / F É V RIE R  2 0 1 6

JEUDI 4 FEVRIER : UCAD2

15 h – 18 h Cérémonie d’ouverture officielle

— — «  Connaître et  développer  la Pensée de Cheikh Anta  DIOP  » : Présentation par le Professeur Babacar Sall du Livret illustré de vulgarisation et de synthèse sur la vie et l’œuvre de Cheikh Anta DIOP (offert sur place).

— — Concert d’ouverture à l’UCAD avec les frères Guissé, Abdoulaye Cissokho, Souleymane FAYE, Vieux Mac Faye, Shula et El hadj Ndiaye.

–SAMEDI 6 FEVRIER

MAISON CULTURE DOUTA SECK

9 h 30   Hommage d’ARCADE : La pensée économique de Cheikh Anta Diop, dans le cadre des « Samedis de l’économie »

«  L’Intégration économique africaine au 21e siècle » (Pr. Makhtar Diouf) « L’énergie et la voie africaine du développement » (Pr. Felwine Sarr (UGB) — Modérateur : Demba Moussa Dembélé. Fin de séance à 13 h suivie d’un cocktail.

–UCAD – CAMPUS SOCIAL

Vernissage de l’Exposition des initiateurs de la pétition pour l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les  écoles et universités du Sénégal.

–DIMANCHE 7 FEVRIER   

PELERINAGE A CAYTU

Départ prévu à partir de 8 h 30, à bord de cars gratuits, devant l’entrée de la FASTEF (ex Ecole normale supérieure). Retour à Dakar dans l’après-midi. Déjeuner sur place

–LUNDI 8 FEVRIER : UCAD 2

 15 h – 18 h  Hommage conjoint de l’Institut Panafricain de stratégies (IPS) et de Moléfi

Kété  Institute (MKI) sur la pertinence et l’actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop. Co-animé par Dr. Moléfi Kété Asante et Dr. Cheikh Tidiane Gadio Invitée : Samia Nkrumah

–MARDI 9 FEVRIER

UCAD2

9 h – 13 h Table ronde 1.1  Les sciences exactes au service de l’histoire africaine – restitution de la 22ème  Conférence Carbone 14

  1. Les sources écrites de l’histoire africaine. / Pr. Babacar Diop
  2. Les sources orales et linguistiques de l’histoire africaine. / Pr. Aboubacry Moussa Lam
  3. L’histoire : questionnements et méthodes d’investigation. / Pr. Iba Der Thiam

–15 h – 18 h  Table ronde 1.2  Les sciences exactes au service de l’histoire africaine

–4. L’apport des méthodes de datations physico-chimiques : grands principes, évolution de l’homme, ancienneté des civilisations sur l’ensemble du continent … / Dr. Cheikh Mbacké Diop

— 5. L’apport de l’archéologie à la connaissance de l’histoire du continent africain : exemples de la métallurgie, de la céramique …. / Pr. Hamady Bocoum et Mandiomé Thiam

— 6. L’apport de la génétique et de la biologie moléculaire à l’histoire. / Jean-Philippe Gourdine, Ph D. USA

–7. L’apport de la climatologie et de la géologie à la connaissance du passé. / Pr. Aminata Ndiaye

MERCREDI 10 FEVRIER 

BIBLIOTHEQUE CENTRALE – UCAD

16 h  Vernissage de l’Exposition Cheikh Anta Diop, l’homme et l’œuvre

SAMEDI 20 FEVRIER – DIMANCHE 21 FEVRIER

Départ de Dakar le matin à 9H – CHANTS AUX CHAMPS. Lieu : Saly

Au programme : accueil à Kër Siggi ; Visite de la ferme agro-sylvo-pastorale, échanges avec les étudiants – Déjeuner – après midi : Babacar Ndaak Mbaye raconte Cheikh Anta Diop, accompagnement au xalam

Soir : Concert avec El hadj Ndiaye, Frères Guissé, Shula Ndiaye et Vieux Mac Faye ; Veillée culturelle… avec la participation des Espoirs de la Banlieue

Dimanche : petit déjeuner et retour sur Dakar

SEMAINE DU 15 AU 27 FEVRIER

Expositions – Conférences dans les régions – projections d’extraits de conférence de Cheikh Anta Diop…Saint-Louis, Bambey, Thiès, Ziguinchor, Diourbel.

======  ======= S E C O N D E PAR T I E / M A R S  2 0 1 6

Du 1er   au 31 Mars : Expositions – Apports de l’Afrique noire au développement des sciences et des techniques : Bibliothèque centrale Université Cheikh Anta Diop

L’art africain, l’histoire, les techniques et les sciences : Place du Souvenir Africain

Expositions, conférence dans les régions….

4 – 5 Mars : Journées d’intégration de l’UCAD / Parrain Cheikh Anta Diop

(Conférences, dégustation des plats des différentes nationalités, défilés de costumes traditionnels, animations diverses…)

5 – 6 Mars : Consultations médicales gratuites à Caytu  / SOS Médecin, avec l’appui de la

Fondation SONATEL et de la FMPO (UCAD)

DU VENDREDI 25 MARS AU JEUDI 31 MARS

Accueil de la délégation du Mali, pays invité d’honneur.

Au  Programme  :  CONFERENCES  –  MUSIQUE,  THEATRE,  LITTERATURE  EN  LANGUES NATIONALES – EXPOSITION ARTISANAT – HOMMAGES : Youssouf Tata Cissé, Issouf Sawadogo dit Osiris et  Ali Farka Touré.

SAMEDI 26 MARS

Théâtre « La messe est dite » Adama Traoré ; avec Les Espoirs de la Banlieue ou concert UCAD2

LUNDI 28 MARS : UCAD2

 9 h – 13 h Table ronde 2.1 Industrialisation écologique de l’Afrique et recherche en amont

  1. La   typologie    actuelle    du   développement   industriel. Forces, faiblesses, opportunités, risques et perspectives.
  2. Le développement énergétique : état des lieux et perspectives.
  3. L’eau : ressources, accès, traitement, dimension sanitaire.
  4. L’agriculture et l’élevage : de la recherche à la production.

16 H – 19 H Table ronde 2.2 Industrialisation écologique de l’Afrique et recherche en amont

  1. Les TIC et l’innovation : état des lieux et perspectives.
  2. La formation technique pour les besoins des secteurs agricole et industriel. La dynamique  des  relations. Entre milieu  académique  et  le  milieu  industriel  et agricole.
  3. La formation des élites africaines. Relations à l’international

MARDI 29 MARS : UCAD2

 15 h – 19 h Table ronde 3 : Etat et société en Afrique : la perspective de Cheikh Anta Diop

  1. Typologie du pouvoir d’Etat en Afrique, des origines nubiennes prédynastiques aux grands empires précoloniaux ;
  2. L’Etat colonial en Afrique, de la conquête à nos jours ;
  3. Leçons à tirer des échecs des récentes tentatives d’unification politique en Afrique ;
  4. L’unité politique : Etat fédéral ou Fédération d’Etats ?
  5. Sécurité et souveraineté en Afrique contemporaine : enjeux et perspectives

MERCREDI 30 MARS : UCAD2

15 h – 19 h FORUM : Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ?

Conférences – Hommages

–JEUDI 31 MARS

 21 h CONCERT DE CLOTURE : Théâtre National Daniel Sorano

Vieux Farka Touré, Baaba Maal, Ismaël Lô, Shula et Vieux Mc Faye

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Trentième anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop – Sous le haut patronage de Son Excellence, Monsieur Macky Sall, président de la République du Sénégal, sous la présidence d’honneur du professeur Amadou Mahtar Mbow, sous le co-parrainage du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de la Culture. Partenariat : Université Cheikh Anta Diop de Dakar – Fondation UCAD – Université Gaston Berger de Saint Louis – Université Alioune Diop de Bambey – Université Assane Seck de Ziguinchor – Université de Thiès – Fondation SONATEL – Institut Panafricain de Stratégies – Association KHEPERA – RND – Revue ANKH – ARCADE – CODESRIA – Fondation Léopold Sédar Senghor – Place du Souvenir Africain – SOS médecin – WARC …. Pays invité d’honneur : Mali

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Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 3 février 2016

Il y a trente ans Julius Nyerere quittait volontairement le pouvoir

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Il y a trente ans, le 5 novembre 1985, Julius Nyerere choisissait, à l’âge de 63 ans, de se retirer de la politique, après avoir passé 24 années au pouvoir. Ali Hassan Mwinyi, alors président de Zanzibar depuis 1980, prend sa succession.

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Mort le 14 octobre 1999 à Londres (Angleterre) Julius Kambarage Nyerere, premier président de la Tanzanie indépendante, était un panafricaniste convaincu et théoricien d’un socialisme africain.

En se retirant du pouvoir, il avait dit qu’il  laisserait le pays expérimenter une économie capitaliste, admettant, dans son discours d’adieu, qu’il avait « échoué » dans ses choix de politique économique. « Il faut l’admettre », ajouta-t-il, réitérant toutefois son option pour le socialisme.

Nyerere fut critiqué pour s’être plus consacré à la politique étrangère qu’aux problèmes internes du pays. C’est ainsi que la Tanzanie fut, en 1981, contrainte, comme de nombreux pays africains, de faire appel au Fonds monétaire international pour subir un programme d’ajustement structurel. En 1986, la dette extérieure du pays atteignait 3,7 milliards de dollars.

En dépit de résultats négatifs de sa politique de développement économique, Nyerere a conservé jusqu’à sa mort en 1999 l’estime de la plupart de ses concitoyens tanzaniens et d’Africains. Ils lui reconnaissent le mérite d’avoir posé les bases d’un État démocratique pluriethnique et de s’être fait l’avocat de l’unité africaine.

Julius Kambarage Nyerere est né le 13 avril 1922 à Butiama, dans le nord de la Tanzanie. Brillant et plein d’ambition, l’instituteur Julius Nyerere, passe par Édimbourg pour terminer ses études. Il prend, en 1953, à 31 ans, la tête de la Tanganyika African National Union (TANU) qui prône l’indépendance. Celle-ci sera accordée par la Grande Bretagne, le 9 décembre 1961.

Le Mwalimu

Julius Nyerere est, un court temps (1960-61), Premier ministre, puis il devient premier président de la République du Tanganyika à la suite des élections de décembre 1962. Le 26 avril 1964, il devient président de l’Etat né de la fusion entre le Tanganyika et Zanzibar qui ont formé la République unie de Tanzanie.

Le Mwalimu (maître) revendique l’unité africaine. Il en devient un théoricien convaincu. « Sans unité, dit-il, les peuples d’Afrique n’ont pas de futur, sauf comme perpétuelles et faibles victimes de l’impérialisme et de l’exploitation. » A la tête de son pays, Nyerere s’engage dans une politique socialiste destinée à accélérer l’émancipation des Africains vis-à-vis du monde occidental. Il s’inspire en cela de l’expérience communiste chinoise.

Dans l’ouvrage ‘’Liberté et socialisme’’ (Editions Clé Yaoundé, 1972), un recueil d’articles et de discours écrits ou prononcés entre 1965 et 1968, on retrouve la définition de Nyerere du socialisme : « Le socialisme ne se construit pas avec des décisions gouvernementales ou des décrets du Parlement. Un pays ne devient pas socialiste grâce aux nationalisations ou à de grands projets sur le papier. Construire le socialisme est bien plus difficile et demande bien plus de temps. »

« Nous avons décidé de plein gré de croître, en tant que société, à partir de nos propres racines, mais dans une direction et vers un type d’objectifs donnés, ajoutait-il. Le socialisme est international. (…) Le socialisme n’est universel que dans la mesure où il tient compte des différences entre les hommes, tout en étant également valable pour chacun d’eux. Cela est possible, car l’universalité du socialisme n’implique pas une uniformité complète de toutes les institutions, les habitudes sociales et les langues de la terre. »

Dans la Déclaration d’Arusha, en février 1967, il définit les principes et doctrines, qui devraient conduire, selon son idéal, à la création d’une société égalitaire, juste, solidaire, qui trouve dans ses propres ressources les moyens de son autosuffisance. Nyerere fait de l’éducation la priorité numéro un de son programme de gouvernement.

Ujamaa

Cette urgence se justifie par le fait que son pays ne produit à cette époque que 120 diplômés par an. Sur un autre plan, les premières mesures d’application de cette politique interviennent avec la nationalisation des principales industries et sociétés de services, l’augmentation des impôts pour une plus grande répartition des richesses.

Les changements les plus forts sont remarqués dans le domaine de l’agriculture, le principal secteur économique de la Tanzanie. Les principes collectivistes fondent l’organisation des communautés villageoises appelées Ujamaa.

Il disait à ce sujet : « Nous avons choisi le mot Ujamaa pour des raisons spéciales. D’abord c’est un mot africain qui met ainsi l’accent sur l’africanité de la politique que nous voulons poursuivre. Ensuite son sens littéral est +l’état de famille+, si bien qu’il apporte à l’esprit de notre peuple l’idée d’un engagement mutuel dans la famille telle que nous la connaissons. (…) Il ne s’agit pas d’importer en Tanzanie une idéologie étrangère pour quelle étouffe nos modèles sociaux particuliers. »

Malgré les incitations financières qui encouragent la formation de coopératives, les premiers résultats sont décevants. Le premier choc pétrolier de 1973 n’arrange pas les choses en termes de bonnes perspectives économiques pour le pays. Dans la même période, l’Afro-Shirazi Party mène à Zanzibar une politique qualifiée de révolutionnaire. La nationalisation y touche les propriétés arabes et indiennes.

Les désaccords se font jour entre le leader de l’Afro-Shirazi Party, Amani Abeid Karume, partisan d’un plus grand rapprochement avec le monde communiste, et Nyerere, qui, lui, cherche plutôt à composer avec l’Occident tout en gardant sa liberté de choix. Karume est assassiné en 1972, pour des motifs non encore élucidés. Faiblement soutenu par les Occidentaux qui lui reprochent, entre autres, son appui aux mouvements de libération, Julius Nyerere se rapproche de la Chine dont il reçoit de l’aide. C’est dans ce cadre qu’est construite, en 1975, la ligne de chemin de fer reliant Dar-es-Salaam à la Zambie.

La création de 800 villages collectifs se fait aussi sur le modèle des communes chinoises. Le nombre de personnes déplacées dans ce cadre est estimé à 9 millions, entre 1973 et 1976. Ce dirigisme n’apporte pas les résultats escomptés. La production manufacturière et agricole régresse. S’y ajoute l’inefficacité de la politique de la planification de l’économie par l’administration.

« Prendre part à la formation de notre propre destinée »

Au plan international, les relations de la Tanzanie avec ses voisins africains (en particulier l’Ouganda et le Kenya) se détériorent au fil des années, malgré les bonnes intentions qui animaient les leaders de ces pays lorsqu’ils ont formé, en 1967, la East Africain Community (Communauté est-africaine).

Cette organisation avait pour but de constituer à terme un marché économique commun. Les premières coopérations visaient notamment à uniformiser la politique des changes et de contrôle des devises. Mais le Kenya, plutôt proche des pays occidentaux, s’éloigne de plus en plus de la Tanzanie soutenue par les communistes chinois, et la frontière entre ces deux pays est même fermée de 1977 à 1983.

En Ouganda, Idi Amin Dada, qui nourrit des ambitions d’expansions territoriales, reproche à son voisin tanzanien d’héberger des opposants à son régime. Les deux pays s’affrontent après l’attaque de l’Ouganda à la fin de l’année 1978. Pour la Tanzanie, pays sans réelle industrie et avec un secteur agricole pas très performant, la guerre a coûté cher, environ 500 millions de dollars.

Les échecs successifs poussent le président Nyerere à modifier progressivement sa politique dirigiste menée depuis, son élection au milieu des années 1960. L’intervention de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) conduit progressivement à une libéralisation de l’économie et de la société. Cela se précise, à partir de 1984, avec la possibilité d’une propriété privée des moyens de productions.

Le 5 novembre 1985, Julius Nyerere choisit, à l’âge de 63 ans, de se retirer de la politique, après avoir passé 24 années au pouvoir. Ali Hassan Mwinyi, alors président de Zanzibar depuis 1980, prend sa succession. Après son retrait de la présidence de la République, Julius Nyerere resta cinq ans président du Chama Cha Mapinduzi (CCMParti de la révolution, au pouvoir) jusqu’en 1990, avec une grande influence sur la vie politique de son pays.

Le président Nyerere a théorisé dans ses écrits et allocutions la politique pour laquelle il a lutté pour l’indépendance et le développement économique et social de son pays, la Tanzanie. Dans ‘’Liberté et socialisme’’, un recueil d’articles et de discours écrits ou prononcés entre 1965 et 1968, il a aussi exposé sa vision d’une « révolution africaine » fondée sur un socialisme qui offrirait à tous les citoyens la possibilité de s’épanouir. Il y affirme notamment la nécessité, pour les Africains, de prendre part à leur propre destinée.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 5 novembre 2015

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« L’Afrique doit changer » (1)

« L’Afrique doit changer ; passer d’une époque où les gens suppléent à l’insuffisance de leur existence et s’adaptent à leur environnement, à un continent qui met en question l’environnement et l’adapte aux besoins de l’homme. L’Afrique doit changer ses institutions pour réaliser ses nouvelles aspirations ; les Africains doivent changer leur comportement et leurs pratiques pour les accorder avec ces objectifs. Et ces transformations doivent être positives. Elles doivent être amorcées et façonnées par l’Afrique, et non être une simple réaction à des événements qui affectent l’Afrique. (…) Car une révolution a commencé en Afrique. C’est une révolution que nous espérons contrôler et guider pour que notre vie en soit transformée. C’est une révolution qui a un but, et ce but est l’extension à tous les citoyens d’Afrique des exigences de la dignité humaine. (…)

La seule chose qui soit sûre, c’est que si nous oublions un seul de nos principes, même quand nous les délaissons ou les enfreignons, alors nous aurons trahi l’objectif de notre révolution et l’Afrique ne réussira pas à apporter sa véritable contribution au développement de l’humanité. (…) Nous préférons prendre part à la formation de notre propre destinée, et nous croyons que nous avons la résolution et les capacités de surmonter les difficultés et de construire le genre de société que nous voulons. »

  • Extraits de ‘’Liberté et socialisme’’ (Editions Clé Yaoundé, 1972), recueil d’articles et de discours écrits ou prononcés entre 1965 et 1968

Thomas…

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En ce jour anniversaire de ta disparition physique, le 15 octobre 1987, je prends le temps de t’écrire pour te faire, en quelques lignes, non pas un compte rendu de la tache révolutionnaire – que tu as commencée et que tu nous as confiée – mais un petit point de la situation, sachant très bien que tu sais, en visionnaire que tu as été, ce qui se passe.

Thom !

« La graine semée il y a 30 ans (une génération !!!) est en train de donner des fruits au Burkina… La question est de savoir comment faire pour que les senteurs enivrantes parviennent dans les autres pays… », me disait il y a quelques jours mon ami Ousmane Boundaoné. Oui, les luttes politiques en cours sur le continent, sont menées par une jeunesse débarrassée de toutes ces attitudes de soumission et d’aplatissement et qui s’est fait sienne cette idée si simple et si juste : chaque peuple doit pouvoir, en toute liberté, écrire son histoire et donner la trajectoire qu’il souhaite à sa destinée.

« Je souhaite qu’on garde de moi l’image d’un homme qui a mené une vie utile pour tous », disais-tu. Ton passage n’a pas été vain, puisque tu as montré à une jeunesse qui ne t’a pas connu et qui porte aujourd’hui tes idéaux dans ses combats pour le respect, la dignité et le progrès, qu’il est possible de transformer la société dans le sens des intérêts des peuples africains.

Il est possible de rester debout. Comme l’ont montré Samori Touré, Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobe, Amilcar Cabral, Modibo Keita… C’est l’énergie salvatrice de ces patriotes qui nous porte aujourd’hui. C’est celle qui porte les jeunesses d’Afrique, de Dakar à Brazzaville, d’Abidjan à Bujumbura, de Yaoundé à Ndjamena, de Libreville à Bamako, de Kinshasa à Banjul. Avec la certitude et la conviction chevillées au corps que la victoire est au bout. Elle est proche.

Ce combat est sans fin. Il fait notre humanité. Il est sans fin, parce que – l’actualité nous en donne toujours la preuve – les forces hostiles à la marche du continent vers le progrès, la souveraineté politique et économique, la réalisation de l’Etat fédéral sont plus que jamais actives et déterminées, avec des méthodes plus insidieuses que celles qui ont conduit à ton élimination physique.

En t’assassinant, le 15 octobre 1987, tes bourreaux ont, malgré eux, réussi une prouesse : celle de donner plus de vigueur à cet idéal de progrès scandé le 4 octobre 1984, à la tribune des Nations unies : « Sept millions d’enfants, de femmes et d’hommes (la population du Burkina Faso à l’époque), refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim, de soif, tout en n’arrivant pas à vivre véritablement depuis un quart de siècle d’existence comme Etat souverain, siégeant à l’ONU ».

« A la révolte passagère, simple feu de paille, devait se substituer pour toujours la révolution, lutte éternelle contre la domination ». Cette cause, pour laquelle tu es mort, vaut pour moi et tous ceux de ma génération qui refusent la fascination pour un ailleurs hostile et décadent, la démission, la résignation, la désertion, la forclusion.

La lutte pour le triomphe de cette cause vaut tous les sacrifices. En homme de devoir, toi, tu as fait ta part de la route. De fort belle manière. Et pour ça que tes idées et prises de positions courageuses et justes ont germé et poussé dans les esprits de jeunes dont beaucoup n’étaient pas nés le 15 octobre 1987. Par deux fois, octobre 2014 et septembre 2015, ton programme politique a porté les Burkinabè, de Ouahigouya à Banfora, en passant par Bobo-Dioulasso et Koudougou, pour faire échec à un groupuscule de réactionnaires attachés à ne voir « leur » pays évoluer que sous l’emprise des démons.

Et même ça, tu l’avais prédit (septembre 1987) : « Je ne pense pas que Blaise (Compaoré) veuille attenter à ma vie. Le seul danger, c’est que si lui-même se refuse à agir, l’impérialisme lui offrira le pouvoir sur un plateau d’argent en organisant mon assassinat. Même s’ils parvenaient à m’assassiner, ce n’est pas grave ! Le fond du problème, c’est qu’ils veulent bouffer, et je les en empêche ! Mais je mourrai tranquille car plus jamais, après ce que nous avons réussi à inscrire dans la conscience de nos compatriotes, on ne pourra diriger notre peuple comme jadis ».

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 15 octobre 2015

Moussa Ngom !

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Presque toute la philosophie de vie de Moussa Ngom, décédé dimanche 11 octobre 2015 à Dakar, à l’age de 62 ans, est résumée dans le morceau Métier, premier titre de la face B de la cassette Borom Daarou, du Super Diamono de Dakar, sortie en 1987 : maîtriser un métier dont la pratique permet de dire son point de vue sur sa société et sur le monde, la nécessité absolue d’Etat fédéral africain, la vanité de la  »valeur » argent, la fraternité…

Évoquer la figure de ce Sénégambien dans l’âme et dans la tenue, c’est redire et réaffirmer avec force qu’un artiste doit travailler sur la durée – en disant des choses que ses semblables n’aimeraient pas forcément entendre -, avec pour cela, comme seul allié, le temps, l’Histoire. Si la nouvelle du décès de Moussa Ngom a ému autant de monde c’est qu’il a dit des vérités et porté un idéal humaniste dans lesquels beaucoup se retrouvaient et se reconnaissaient. Il l’a fait en solo ou au sein de groupes, le Guelewar Band Of Banjul et le Super Diamono de Dakar, notamment.

Moussa Ngom restera vivant dans notre mémoire collective. Parce que ce qu’il a tenté d’incarner à son humble niveau d’humain mortel dépasse les hommes, les espaces et les époques, parce qu’il a cru en l’unité culturelle de la Sénégambie (et de l’Afrique) – divisée par les absurdités de la colonisation -, parce qu’il s’est efforcé de faire valoir de vraies idées progressistes (liberté, panafricanisme, respect de la créativité, justice sociale, fraternité humaine…). N’est-ce pas lui qui disait que  »artiste du daanu » ?

La ville de Touba, qu’il a merveilleusement chantée, saura l’accueillir avec le faste et la joie que l’on réserve aux dignes fils ayant honoré l’homme, tous les hommes. Moussa Ngom peut reposer en paix. Il n’est pas passé inaperçu dans cette circulation terrestre troublée.

Aboubacar Demba Cissokho