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Le billet de Fat’Kiné – « Elles font très bien le boulot »

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Les publications des groupes féminins sur la toile sont symptomatiques de l’état actuel de la société sénégalaise. Les thèmes abordés concernent le plus souvent le mariage et son escorte de violences. La polygamie y tient une place assez importante, les femmes devenant pour leurs congénères leurs plus féroces ennemies. Nul besoin qu’un homme s’en mêle. Elles font très bien le boulot.

Une publication a attiré mon attention ce jour, celle d’une femme enceinte de trois mois à qui le mari a gentiment accordé le droit d’avoir « une petite sœur ». Redoutant dépression, colère voire folie furieuse, elle se tourne vers ses consœurs afin d’y chercher quelque réconfort. Et là, les réactions fusent. « Mais c’est son droit le plus absolu », s’exclament certaines, qui ont probablement vécu peu ou prou la même situation et y voient un partage de la souffrance qui fut la leur. Oui, droit à la cruauté, admis et défendu par les femmes elles-mêmes.

« Réfugie-toi dans la prière », prônent les bigotes de plus en plus nombreuses. Non que la prière me semblât inutile dans ce cas-là, je la pense même plus utile que jamais, mais en quoi une telle injonction aidera a-t-elle notre future maman à ne pas plonger dans la déraison ?

Les plus nombreuses lui vantent les vertus du ‘’muñ’’. Ah le fameux ‘’muñ’’ sénégalais, mélange à doses inégales de retenue, de patience, d’acceptation stoïque de la souffrance mais surtout de résignation. Allez-y mes soeurs, tout va bien. Il suffit au bonheur d’accepter tout ce qui vous tombe dessus. Lâcheté et trahison d’un homme à qui vous avez sacrifié vos plus belles années pour qu’une fois parvenu au faite de ses ambitions, il vous laisse tomber comme une vieille chaussette bonne à meubler un vieux placard.

Tordez vos plaintes en arborant un sourire factice pour ne pas être prise en flagrant délit de manifestation de souffrance aiguë, car vos ennemis triompheraient. Je n’ai aucune certitude en la matière et peut-être même me trompé-je de bonne foi d’optique. Une question toutefois me taraude: comment voudrions-nous éradiquer les violences dans le couple si la seule option que nous avons est celle de la passivité ?

16 janvier 2019