Festival du cinéma africain de Khouribga

Cinéma : Khouribga rend hommage au pionnier et militant Tahar Cheriaa

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Le film de Mohamed Challouf, Tahar Cheriaa à l’ombre du baobab, projeté en ouverture de la 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (16-23 juillet 2016), revient sur le parcours et les combats que le fondateur des JCC – son père spirituel – portait avec les pionniers du cinéma sur le continent.

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« Les hommes politiques font du cinéma, nous, nous faisons des films ». Cette phrase du cinéaste sénégalais Ousmane Sembène (1923-2007) résume presque à elle seule la philosophie militante et progressiste qu’il partageait avec son complice tunisien Tahar Cheriaa (1927-2010), historien et critique de cinéma auquel le réalisateur Mohamed Challouf a consacré un documentaire en cours de finition.

De fait, le documentaire est un hommage aux pères fondateurs qui ont travaillé pour « une image digne de l’Afrique ». Une option partie du constat que l’indépendance politique n’avait pas de sens sans l’indépendance économique. Ce travail de mémoire sur le « panafricanisme du cinéma », soutenu par une extraordinaire recherche d’archives, a été fait pour exprimer « ma reconnaissance à quelqu’un à qui je dois ma connaissance de l’Afrique », avait expliqué en décembre 2014 à Tunis Mohamed Challouf, qui rencontre Tahar Cheriaa, pour la première fois à Ouagadougou, en 1985.

Les dix premières minutes du film sont consacrées à l’enfance de Cheriaa, petit berger à Sayada, un village de pêcheurs, où il est né le 5 janvier 1927. Son destin change lorsqu’il est envoyé à l’école. Devenu professeur d’arabe, il enseigne à Sfax, devient chef de Service du cinéma au ministère tunisien de la Culture (1962) avant de créer les JCC, dont la première session se tient du 4 au 11 décembre 1966. Il est décédé le 2 novembre 2010 à Tunis.

L’hommage de Mohamed Challouf à ce « vieux dingue » qu’est Tahar Cheriaa va au-delà du combat anticolonialiste de celui-ci, pour intégrer tous ceux qui, animés d’un idéal progressiste, se sont donnés corps et âme à ce combat pour la visibilité des valeurs de civilisation sur des écrans libérés de l’emprise paternaliste de multinationales féroces. Tahar Cheriaa à l’ombre du baobab – baobab sous lequel il palabrait des heures et des heures avec les anciens, au premier rang desquels se trouve le Sénégalais Ousmane Sembène, avec qui le Tunisien avait créé et nourri une complicité nationaliste.

Cheriaa admirait en son ami l’homme de lettres qui a écrit des livres. Dans ce travail de réécriture de l’Histoire, véritable manifeste pour l’existence d’un cinéma au service des aspirations des peuples à l’indépendance, la liberté et la dignité, il s’est établi une relation singulière entre les deux hommes. Il y a eu des divergences, qui n’ont pas, pour autant, causé de rupture.

Les deux ont joué un rôle éminent dans la création des Journées cinématographiques de Carthage (JCC, 1966), de la Semaine du cinéma africain devenu Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 1969) et de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI, 1970).

Avec, entre autres, l’Ivoirien Timité Bassori, le Nigérien Moustapha Alassane, les Sénégalais Paulin Soumanou Vieyra, Ababacar Samb, Djibril Diop Mambety, Mahama Johnson Traoré, le Sud-Africain Lionel Ngakane, le Syrien Mohamed Malas, les Egyptiens Youssef Chahine, Taoufiq Salah (Egypte), il a porté une vision fondée sur une stratégie de libération des écrans. Son combat pour une visibilité des films africains sur le continent a valu la prison à Tahar Cheriaa, accusé d’être un communiste, pour avoir voulu nationaliser l’importation et la distribution de films en Tunisie. Il a été accusé de complot, parce qu’il remettait en cause la mainmise des grandes compagnies de distribution sur la diffusion des films sur les écrans en Afrique.

En plus de cette lutte pour l’image de l’Afrique dans les salles, Cheriaa et les autres cinéastes de sa génération ont surtout dépassé les divisions artificielles créées par la colonisation, posé les bases d’un dialogue entre l’Afrique du nord et l’Afrique au sud du Sahara, entre le continent et le monde arabe.

Le documentaire de Mohamed Challouf permet en outre, comme le dit l’Ethiopien Hailé Gerima, de comprendre que le cinéma africain est né dans la lutte. « Nous ne sommes pas beaucoup à rester sur notre position que nous étions Africains », regrettait Tahar Cheriaa vers la fin de sa vie, face aux stratégies de division que le néocolonialisme continue de perpétuer dans les Etats africains et à l’individualisme qui s’est installé dans la démarche des cinéastes, plus préoccupés à défendre leur chapelle personnelle qu’à être dans un mouvement d’ensemble.

Pour revenir à la conviction fondamentale des pionniers comme Tahar Cheriaa, que la culture, au service de la construction de l’homme, doit être le fondement du développement économique et social de peuples toujours en lutte.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 16 juillet 2016

Echos de la 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga

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Entre les projections de films, les débats sur les œuvres en compétition, voici quelques échos de la  19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga qui s’est déroulée du 16 au 23 juillet 2016.

–ETHIOPIE et HOMMAGES : L’attribution du Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ de la 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga au film Lamb de Yared Zelek a été la cerise sur la gâteau pour le cinéma éthiopien auquel un hommage a été rendu. Dans ce cadre, il a été projeté Horizon Beautiful, de Stefan Jäger (2013), Le prix de l’amour, de Hermon Hailay (2014). En plus, les festivaliers ont été invités à un hommage éthiopien à travers une rencontre avec la journaliste et photographe Aïda Muleneh, sous l’égide de la Fondation de l’Office marocain du phosphate et de l’Association pour la promotion de l’art et la sauvegarde du patrimoine (ARKANE). Par ailleurs, le festival s’est ouvert et clôturé par deux hommages : le premier à Tahar Cheriaa, historien et critique de cinéma tunisien (décédé en 2010), le second au directeur de la photo et réalisateur marocain Abdelkrim Mohamed Derkaoui.

–ATELIERS DE FORMATION : Comme elle l’a fait l’année dernière, la Fondation du festival du cinéma africain de Khouribga a organisé cette année aussi, pour la 19-ème édition de la manifestation, des ateliers de formation à divers métiers (direction de la photographie, réalisation cinématographique, montage numérique, écriture de scénario). Pendant cinq jours (18-22 juillet), les participants ont profité de l’expérience du Malien Mohammed Lamine (directeur de la photo), des Marocains Youssef Karami, Amine Sabir (écriture de scénario), Mohamed Chrif Tribak et Younes Reggab (réalisation), Njoud Jadda et Zineb El Hardouz (montage numérique).

–DEBATS DE MINUIT : S’il y a une tradition qui se porte comme un charme au Festival du cinéma africain de Khouribga, c’est bien celle des ‘’débats de minuit’’, à l’occasion desquels des questions théoriques sont discutées sur la base de films visionnés. Pour cette 19-ème édition, il était question d’échanger sur la métaphore, le plan-séquence et le scénario. Au menu des ‘’veillées’’, quatre films de haute facture : Nostalgie de la lumière du Chilien Patricio Guzmán, Victoria de l’Allemand Stephan Schipper, La mort aux trousses de l’Américain Alfred Hitchcock et To Be Or Not To Be, de l’Américain Ernst Lubitsch. Commentaires et appréciations diverses ont meublé ces soirées qui ne prenaient fin qu’au milieu de la nuit.

–CARTE BLANCHE : Il y a, dans les festivals, des moments de pur bonheur qui restent pour longtemps dans les mémoires. La projection, sur proposition du festival ‘’Vues d’Afrique’’, du documentaire Un film avec toi…, de Jean-Daniel Lafond, sur Michaelle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, est de ces moments-là. Le documentaire s’attache à illustrer de manière émouvante comment elle s’est attachée à montrer son engagement pour la jeunesse, les femmes, les autochtones, la diplomatie culturelle. Un film avec toi… a été tourné de l’intérieur, et ce côté intimiste a mis en lumière la figure d’un personnage sensible que les fonctions étatiques n’ont pas fondamentalement changée.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 24 juillet 2016

 

 

Identité consolidée pour le Festival du cinéma africain de Khouribga

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La 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (16-23 juillet 2016) a définitivement consacré l’identité d’une manifestation culturelle dont l’objectif est d’être le lieu d’expression d’un point de vue critique sur le continent et sur le monde et de dialogue entre différentes régions de l’Afrique.

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Avec le colloque sur ‘’scénario et cinématographies africaines’’, les festivaliers ont échangé avec des cinéastes sur cette importante phase qu’est, pour la réalisation d’un film, le scénario. Ça a aussi été le lieu de témoigner du respect dû à ceux qui confectionnent le film dès le début, écrivent, corrigent, réalisent et supervisent le montage.

Khouribga 2016 a ainsi réaffirmé ce souci, pour les cinéastes, de montrer une Afrique ayant son mot à dire, selon ses références et son histoire propres. Les quinze films sélectionnés pour la compétition officielle en ont été le reflet. Dans sa programmation, le festival a donné à voir une belle palette de films venant de douze pays et reflétant une diversité tant dans les approches que dans les thématiques touchant à la vie d’un continent et aux luttes quotidiennes qui y ont cours.

Du film A Mile I My Shoes, premier long-métrage du Marocain Saïd Khallaf qui, sans prétention apparente, décrit, à travers l’histoire d’un jeune de la rue, le chaos et la misère d’une ville, à Mona du Nigérian Anthony Abuah, excellente fiction sur le soutien – peu connu – que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a apporté au Portugal dans sa guerre contre les mouvements de libération en Afrique dite lusophone, en passant par Fille de sa mère coréalisé par les Burkinabè Carine Bado et Serge Armel Sawadogo, qui s’interrogent sur les mutations des relations père-enfant…

L’histoire, la mémoire, l’amour, thèmes récurrents s’il en est, mais abordés ici avec un regard posé sur un vécu et à des valeurs humanistes. Avec, dans nombre de films proposés, des plans de paysages magnifiques, comme dans La lune est tombée du Guinéen Gahité Fofana, Lamb de l’Ethiopien Yared Zeleke, Things of the Aimless Wanderer, du Rwanda Kivu Ruhorahoza.

Ces œuvres qui, depuis 1977, ont façonné l’identité du Festival du cinéma africain de Khouribga, sont accompagnées de débats au lendemain de leur projection. Mais le lieu qui symbolise le mieux cette vocation à réfléchir à la fois sur le processus de fabrication des films reste les ‘’débats de minuit’’, à l’occasion desquels des questions théoriques sont discutées sur la base de films visionnés.

Pour cette 19-ème édition, il était question d’échanger sur la métaphore, le plan-séquence et le scénario. Au menu des ‘’veillées’’, quatre films de haute facture : Nostalgie de la lumière du Chilien Patricio Guzmán, La mort aux trousses de l’Américain Alfred Hitchcock, Victoria de l’Allemand Stephan Schipper et To Be Or Not To Be, de l’Américain Ernst Lubitsch. Commentaires et appréciations diverses ont meublé ces soirées qui ne prenaient fin qu’au milieu de la nuit.

Les ateliers de formation à divers métiers (direction de la photographie, réalisation cinématographique, montage numérique, écriture de scénario) et les hommages à Tahar Cheriaa – décédé en 2010 – et Abdelkrim Mohamed Derkaoui et au cinéma discret et riche cinéma éthiopien ont rendu exceptionnel cette 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga.

Et parce que la manifestation s’améliore et s’enrichit d’édition en édition, on peut croire à la déclaration du président de la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga, Nour-Eddine Sail, qui a annoncé samedi une ‘’édition grande’’ pour le quarantième anniversaire en 2017.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 25 juillet 2016

 

 

 

Festival de Khouribga : L’Ethiopien Yared Zelek remporte le Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’

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Le réalisateur éthiopien Yared Zelek a remporté le Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ de la 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga, qui s’est déroulée du 16 au 23 juillet 2016, pour son film Lamb.

Le jury présidé par le philosophe et sociologue français Edgar Morin a récompensé « un très beau film qui dépeint une fresque sociale de l’Ethiopie dans une esthétique parfaite ». Lamb relate l’histoire d’un petit garçon confié à des parents éloignés après le décès de sa mère et qui s’attache à une brebis, cherchant à la sauver à tout prix de la mort.

Les autres membres du jury sont la productrice italienne Rosanna Seregni, la comédienne et actrice burkinabè Maimouna N’Diaye, la critique de cinéma tunisienne Houda El Amri, la journaliste marocaine Aïcha Akalay, le réalisateur guinéen Mama Keita et le réalisateur marocain Yassine Fennane.

Quinze films étaient en compétition pour décrocher le ‘’Prix Ousmane Sembène’’. Les œuvres sélectionnées venaient de 12 pays (Tunisie, Ethiopie, Algérie, Guinée, Egypte, Burkina Faso, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, Rwanda, Bénin, Maroc).

Voici le palmarès complet :

— Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ : Lamb de Yared Zelek (Ethiopie)

— Prix spécial du jury : A Mile In My Shoes de Saïd Khalaf (Maroc)

— Prix de la meilleure réalisation : Starve Your Dog de Hicham Lasri (Maroc)

— Prix du meilleur scénario : Olivier Lorelle, Yasmina Khadra, Zoé Galeron et Rachid Bouchareb pour La route d’Istanbul (Algérie)

— Prix de la meilleure interprétation féminine : Grace Nikuze (Rwanda) dans Things Of The Aimless Wanderer de Kivu Ruhorahoza

— Prix de la meilleure interprétation masculine ‘’Mohamed Bastaoui’’ : Amin Ennaji dans le film A Mile In My Shoes de Saïd Khalaf (Maroc)

— Prix du second rôle féminin : Kidist Siyum dans le film Lamb de Yared Zelek (Ethiopie)

— Le Prix du second rôle masculin : Saïd Lalaoui dans le film A Mile In My Shoes de Saïd Khalaf (Maroc)

Le Festival du cinéma africain de Khouribga a été créé le 25 mars 1977 par la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc et l’Association culturelle de Khouribga. La deuxième édition est organisée six ans plus tard. Après la sixième édition, en 1994, le Festival n’a plus lieu jusqu’en 2000. Depuis 2009, année de création de la Fondation du festival, la manifestation est devenue annuelle.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 23 juillet 2016

 

Retour du Maroc à l’Union africaine : « essentiel » pour le secteur du cinéma

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Le président de la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga, Nour-Eddine Saïl, a souligné, pour le secteur du cinéma, l’importance du retour du Maroc au sein de l’Union africaine, estimant qu’il s’agit désormais de poursuivre « officiellement à l’intérieur des structures légales » une coopération qui ne s’est jamais arrêtée.

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S’exprimant le 23 juillet, à la clôture de la 19-ème édition du festival, il a dit : « Ce retour, pour nous, il est vraiment essentiel (…) J’ai déjà accepté l’invitation du Tchad, du Bénin, pour que ce Maroc qui a milité pour l’Afrique, milite maintenant officiellement à l’intérieur des structures légales de l’Union africaine. Pour nous, c’est un devoir et un honneur ».

« Il n’y a jamais eu de coupure réelle. Nous avons toujours maintenu le contact, les cinéastes le savent. Ce n’est pas un hasard si au moins le Maroc, depuis au moins quatre décennies, a continué à coproduire avec d’autres pays africains presque une quarantaine de films longs-métrages, qui n’auraient pas pu se réaliser si nous n’avions pas pu être présents comme coproducteurs », a-t-il dit.

« Attente fraternelle »

Il a rappelé qu’au cours de cette 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga, la Communauté des cinématographies africaines  qui regroupe neuf pays – s’est réunie pour échanger sur une dynamique de coopération engagée il y a un peu plus de trois ans.

« Ce qui était émouvant, venant des participants, c’est la façon dont tous les présents à cette réunion ont accueilli le Maroc comme s’il y a véritablement une attente fraternelle, une attente quasiment génétique de ce retour qui a été voulu par sa majesté le roi Mohammed VI, cette année’’, a indiqué Nour-Eddine Saïl.

La 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga s’est achevée samedi soir par l’attribution du Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ au réalisateur éthiopien Yared Zelek pour son film Lamb, dont le jury a dit qu’il dépeint « une fresque sociale de l’Ethiopie dans une esthétique parfaite ».

Lamb relate l’histoire d’un petit garçon confié à des parents éloignés après le décès de sa mère et qui s’attache à une brebis, cherchant à la sauver à tout prix de la mort.

Quinze films étaient en compétition pour décrocher le Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’. Les œuvres sélectionnées venaient de 12 pays (Tunisie, Ethiopie, Algérie, Guinée, Egypte, Burkina Faso, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, Rwanda, Bénin, Maroc).

Vers un quarantième anniversaire « grandiose »

Dans son discours de clôture de la 19-ème édition du festival, le président de la Fondation organisatrice, Nour-Eddine Sail, a annoncé que le quarantième anniversaire du Festival du cinéma africain de Khouribga, prévu en 2017 (20-ème édition), va être « grandiose.

« Oui, l’année prochaine ce sera le quarantième anniversaire du Festival de Khouribga et ce sera la vingtième édition. Je vous dirai, le moment venu, comment ça va se présenter, mais je peux vous assurer, avant de faire le bilan de celle-ci, que ça va être grandiose », a-t-il assuré.

Il a ajouté : « Ça va être grandiose, parce que Khouribga attend ce quarantième anniversaire, parce que les organisateurs attendent cet anniversaire, parce que les membres du jury de cette année – qui seront réinvités l’année prochaine – attendent aussi cet anniversaire ». Saïl a souligné que ce quarantième anniversaire sera aussi « le point culminant de ce qui s’est passé cette semaine : le retour du Maroc à l’Union africaine ».

Le Festival du cinéma africain de Khouribga a été créé le 25 mars 1977 par la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc et l’Association culturelle de Khouribga. La deuxième édition est organisée six ans plus tard. Après la sixième édition, en 1994, le Festival n’a plus lieu jusqu’en 2000. Depuis 2009, année de création de la Fondation du festival, la manifestation est devenue annuelle.

Esquissant un bilan de l’édition 2016, il a dit que les objectifs que les organisateurs s’étaient fixés ont été « pleinement atteints ». L’importance de cette édition, a-t-il poursuivi, s’est matérialisée par des débats sur les problèmes du scénario en Afrique.

L’hommage au cinéma éthiopien

« Nous savons que ce que nous avons commencé ici, nous allons le terminer en février-mars 2017, au Fespaco. Le Fespaco, pour nous, c’est un peu plus que de la complémentarité, c’est une véritable union », a affirmé Nour-Eddine Sail.

Sur le contenu de la 19-ème édition, Nour-Eddine Saïl est revenu sur l’hommage rendu à l’Ethiopie, en relevant qu’en choisissant ce pays, la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga a tiré « le gros lot ».

« L’Ethiopie, c’est le pays de l’avenir, a-t-il dit. C’est le pays où de jeunes cinéastes, qui ont commencé depuis à peine trois ou quatre ans, arrivent à présenter des films remarquablement réalisés. Et l’Ethiopie à laquelle nous avons rendu cet hommage, c’est le pays qui, dans les dix années à venir, va produire les plus beaux films africains. »

La 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga s’est achevée samedi soir par l’attribution du Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ au réalisateur éthiopien Yared Zelek pour son film Lamb, dont le jury a dit qu’il dépeint ‘’une fresque sociale de l’Ethiopie dans une esthétique parfaite’’.

Lamb relate l’histoire d’un petit garçon confié à des parents éloignés après le décès de sa mère et qui s’attache à une brebis, cherchant à la sauver à tout prix de la mort.

Quinze films étaient compétition pour décrocher le ‘’Prix Ousmane Sembène’’. Les œuvres sélectionnées venaient de 12 pays (Tunisie, Ethiopie, Algérie, Guinée, Egypte, Burkina Faso, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, Rwanda, Bénin, Maroc).

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 24 juillet 2016

Palmarès de la 18ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (FCAK)

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Le réalisateur marocain Mohamed Mouftakir a remporté le samedi 19 septembre 2015 le Grand Prix  »Ousmane Sembène » de la 18ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (12-19 septembre 2015), pour son film  »L’orchestre des aveugles ». C’est la deuxième fois qu’il décroche cette récompense, après 2010, avec  »Pégase ».

KHOURIBGA 2015

— Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ : L’orchestre des aveugles de Mohamed Mouftakir (Maroc)

— Prix spécial du jury : A l’heure du Caire d’Amir Ramsès (Egypte) pour le film

— Prix de la meilleure réalisation : Timbuktu d’Abderrahmane Cissako (Mauritanie/Mali)

— Prix du meilleur scénario : Mohamed Mouftakir (Maroc) pour L’orchestre des aveugles.

— Prix de la meilleure interprétation féminine : Maimouna Ndiaye (Burkina Faso) pour sa prestation L’œil du cyclone de Sékou Traoré.

— Pris de la meilleure interprétation masculine ‘’Mohamed Bastaoui’’ : Eskinar Tameru Teddy (Ethiopie) pour son rôle dans Le Prix de l’amour de Hermon Hailay.

— Prix du second rôle féminin : Ayten Amer (Egypte) pour rôle dans le film A l’heure du Caire d’Amir Ramsès.

— Le Prix du second rôle masculin : Axel Abessolo pour son rôle dans le film Claire ou l’enfant de l’amour de la réalisatrice Mary-Noël Niba.

— Mention spéciale du jury : Ilias El Jihani (Maroc) pour sa prestation dans L’orchestre des aveugles de Mohamed Mouftakir.

— Prix Coup de cœur du jury : Morbayassa, le serment de Koumba de Cheick Fantamady Camara (Guinée)

— Prix Coup de cœur du jury : Le prix de l’amour de Hermon Hailay (Ethiopie)

— Prix culturel ‘’Don quichotte’’ : Le prix de l’amour de Hermon Hailay (Ethiopie)

Présidé par le producteur français Jacques Dorfmann, le jury avait comme membres la réalisatrice marocaine Selma Bargach, l’enseignante-chercheur américaine Sally Shafto, le critique et historien égyptien Ali Abou Chadi, le réalisateur sud-africain Ramadan Suleman, l’écrivain marocain Ahmed Assid et le réalisateur tchadien Issa Serge Coelo.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 19 septembre 2015

Nour-Eddine Sail : « Le Sénégal nous a donné l’amour de l’image africaine »

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Khouribga, le 13 septembre 2015 – Le Sénégal a donné aux cinéphiles marocains « l’amour de l’image africaine » en étant le démarrage même, l’embrayage de ce qui va devenir par la suite différentes cinématographies africaines », a déclaré le président de la Fondation du festival du cinéma africain de Khouribga, Nour-Eddine Sail.

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« Si le Sénégal ne l’avait pas fait, je pense que l’Afrique aurait continué d’être ce qu’elle était à l’époque : un grand marché pour les produits américains », a dit Nour-Eddine Sail, justifiant ainsi le choix porté sur le cinéma sénégalais comme invité d’honneur de la 18-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga, ouverte samedi soir.

Sail a déploré le fait qu’aucun pays africain n’a été fidèle et loyal vis-à-vis de ce qui se disait, de ce qui se pensait dans les années 1970, soulignant que l’hommage ainsi rendu au cinéma sénégalais est une façon pour Khouribga de dire aux acteurs du 7-ème Art sénégalais, « comme on le dit en Afrique : si nous ne savons pas trop où nous allons, essayons de voir d’où nous venons. Nous venons tous de Dakar ».  

Auparavant, il avait relevé « un risque d’énorme subjectivité » à dire un mot sur ce qu’a représenté pour lui et pour nombre de cinéphiles africains le cinéma sénégalais, estimant toutefois qu’il ne peut pas échapper au fait de dire ce qu’il pense du Sénégal.

« Dans les années 1970, a rappelé l’ancien directeur général du Centre cinématographique marocain (CCM), nous étions encore tout jeune cinéphile, de cinéclubs pas encore organisés dans la Fédération nationale des cinéclubs (créée en 1973). Il s’est trouvé qu’en 1969-70, c’était une flambée d’intérêt pour les cinématographies africaines, grâce essentiellement à ce qui se passait à l’époque à Dakar et à Tunis. »

Il a ajouté : « Dans cette sorte d’effervescence, il fallait, pour nous tous, jeunes cinéphiles, aller à Dakar. Il y a une injustice de l’histoire qui a fait que Dakar qui a été la capitale du cinéma africain, s’est petit à petit cantonné à des rôles moins importants, pas premiers, secondaires de plus en plus, jusqu’à se trouver un pays africain normal à la cinématographie pratiquement inexistante ».

Pour Nour-Eddine Sail, Dakar était, dans les années 1970, « la capitale du cinéma africain », où les cinéphiles du continent se rendaient tous pour « participer à ce qui devait devenir un mouvement extraordinaire animé principalement par Sembène Ousmane, Paulin Soumanou Vieyra, Ababacar Samb Makharam et, autour d’eux, beaucoup de jeunes cinéastes sénégalais (…) C’était là que la parole cinématographique se distribuait. Avec l’apport des Ivoiriens, Timité Bassori en particulier, des Tunisiens, avec à leur tête Tahar Cheriaa ».

Le Sénégal a été « l’âme de l’esprit du cinéma africain en ce sens qu’il a posé deux thèmes fondamentaux que nous avons tous par la suite adoptés et utilisés : rien ne peut se faire sans production. Produire c’est exister et ça, il a fallu du temps pour le comprendre. Et derrière cela, produire, réaliser, créer de façon indépendante ».

« L’indépendance, a-t-il souligné, ce n’est pas seulement vis-à-vis des puissances d’argent, c’est une indépendance totale et radicale vis-à-vis de l’Europe, de la France, de son propre Etat qu’on interpelle à aider le cinéma à exister, mais à qui on dénie toute puissance d’intervention. »

S’adressant à l’actuel directeur de la Cinématographie du Sénégal, Hugues Diaz, Nour-Eddine Sail a dit qu’après leurs différentes discussions, « une chose est sûre : c’est qu’autant le Sénégal et les autres pays africains doivent exister, autant aucun de ces pays n’existera seul. Le Maroc a réussi une énorme prouesse, mais si le Maroc reste seul longtemps à faire ce qu’il fait, alors il ne pourra plus continuer ».

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 13 septembre 2015