Fespaco

Fespaco 2015/Lettres du Faso : impressions sur le fil

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Lors de la 24-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), organisée du 28 février au 7 mars 2015), nous avions rapporté sur notre page Facebook nos impressions quotidiennes. Intitulées « Lettres du Faso », ces chroniques posent un regard décalé sur cette importante biennale, essentielle à la visibilité des cinémas d’Afrique.

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Jour 1 : écrit noir sur blanc

«Vous allez où ?» En répondant «Ouagadougou» à la question du policier préposé au contrôle des tickets d’embarquement du vol Air Algérie, ce dimanche 1er mars 2015, à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, j’avais déclenché un interrogatoire d’un type singulier. «Qu’est-ce que vous allez faire à Alger, alors que votre destination c’est Ouaga ?», me lance-t-il. Je lui réponds qu’il en est ainsi parce que les vols de compagnies ouest-africaines affichaient complet jusqu’au 2 mars. Curieux, mais c’était cela ou rien, si je voulais couvrir le Fespaco, ouvert…samedi.

Il était quelque part écrit que ce voyage, le plus éprouvant que j’aie jusqu’ici effectué, allait être compliqué. Regroupement problématique, parce que nous sommes 10. Départ avec 30 minutes de retard. Sur la route d’Alger, en remontant donc vers le nord, escale… à Nouakchott. Une petite pause et nouveau départ. Entre la capitale de la Mauritanie et Alger, je tue le temps en écoutant d’abord de la musique – Tiens, la musique du film Timbuktu, magnifiquement interprétée par la Malienne Fatoumata Diawara – avant de me plonger dans la relecture du recueil Aube africaine et autres poèmes africains, de Keïta Fodéba, fondateur des Ballets africains de Conakry. Apaisant ! Comme l’est le temps doux que nous trouvons à Alger, à 6h 35.

«Patientez, vous êtes en transit !» Le policier algérien avait-il besoin de nous dire cela, puisque nous avions intégré le fait que nous n’étions qu’au début de notre périple fatigant. N’ayant pas de visa de transit, nous sommes obligés de passer toute la journée à l’aéroport Houari Boumediene. Nous nous servons des blagues pour…tromper le temps, qui était déjà trop long pour des festivaliers ayant déjà raté trois jours de fête dans la capitale du Burkina Faso.

Après un déjeuner sommaire, nous voilà sonnés par une relecture attentive de nos billets d’avion : sur le chemin du retour, le 10 mars prochain, nous allons passer une nuit entière à l’aéroport d’Alger. Cette perspective rajoute à notre fatigue que quelques moments de sommeil avaient du mal à évacuer. A 20 heures locales (19h GMT), nous reprenons l’avion d’air Algérie, pour transiter par… Niamey avant d’atterrir à Ouagadougou, à 00h 30’. Après toutes les formalités (Ebola, police, accueil par une équipe de l’Ambassade…), j’arrive à l’hôtel à deux heures du matin. Ce n’était pas encore la fin, pour moi, parce que je me suis promis de vous envoyer des lettres du Burkina Faso. Cette première a été, je l’avoue, laborieuse. Mais tout cela était écrit. Où ? Noir sur blanc. Vous comprendrez mieux tout ça si je vous dis que l’agence de voyage qui a émis nos billets s’appelle Odyssée S.A. A demain ! Pardon, à tout à l’heure !

Ouagadougou, le 3 mars 2015

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 Jour 2 : Fespaco particulier ? Pas encore vu !

Mardi 3 mars 2015, une première journée à Ouagadougou, au Festival panafricain du cinéma et de la télévision, a somme toute ressemblé à toutes les autres que j’ai vécues. Enfin presque. Au réveil, à…4h 45, malgré la fatigue d’un voyage au scénario écrit mais improbable, je me suis tout de suite mis dans le bain, allant de salle en salle, pour voir Rapt à Bamako du Malien Cheick Oumar Sissoko qui, à vrai dire, a raté son retour à la compétition pour l’Etalon d’or de Yennenga. Lui, le lauréat du Grand Prix en 1995.

Pour constater, avec cinq courts-métrages visionnés à la salle ‘’Burkina’’, que le fossé devient de plus en plus grand entre de jeunes réalisateurs anglophones à l’audace artistique certain et des créateurs francophones, qui se perdent dans une non maîtrise de l’écriture et, très souvent, un oubli que l’esthétique est un élément important dans le rendu d’une histoire à l’écran.

En dehors des salles, où le public est quand même présent, l’ambiance est là. Comme d’habitude, Ouagadougou grouille des bruits des milliers de mobylettes dont les conducteurs rivalisent d’ingéniosité pour trouver le chemin dans un décor sahélien fait de fumée et de poussière. Ouaga reste Ouaga. Et ça, c’est une première bonne nouvelle, les prévisions ayant été quelque fois des plus alarmistes.

Le Fespaco reste égal à lui-même, en ce sens qu’il est toujours difficile de se retrouver dans un programme éparpillé dans des endroits éloignés les uns des autres. C’est une chose qui doit changer ! Ceux qui ont déjà été ici pour ce festival ne sont pas dépaysés, parce que les pratiques restent les mêmes dans une organisation huilée à la manière burkinabè – c’est-à-dire que face aux difficultés les plus cocasses, le mot d’ordre est : «Il n’y a pas de problème, ça va aller !». Je ne saurai rendre à l’écrit le ton dans lequel cette assurance est déclamée.

Le soir, après les salles qui ferment au-delà de minuit, pas très difficile de trouver à manger, entre les fameux ‘’maquis’’ et les cabarets de toutes sortes proposant la panoplie de poulets et de la musique aux festivaliers. A la fin, la fatigue alourdit les jambes et les paupières. On se promet de bien dormir pour être d’aplomb quelques heures plus tard pour la suite des opérations. Mais, comme pris par une frénésie propre à cette biennale du cinéma, on saute très vite du lit pour affronter le programme. La magie opère de façon très naturelle. Cheick Oumar Sissoko – je reviens à lui – avait dit, le jour de l’ouverture, que le Fespaco 2015 avait été préparé dans des conditions difficiles, pour s’excuser, en sa qualité de secrétaire général de la Fédération panafricaine des cinéastes, des couacs notés ce jour-là.

Dans son déroulé, donc, le Fespaco reste un compagnon fidèle à ses visiteurs. Bon, j’exagère quand même. Deux choses ont changé à Ouaga : il faut montrer patte blanche avant d’entrer en salle de projection (fouilles des sacs, scanners…), et la salle de ciné sans toit, Oubri qui, hélas, n’existe plus. Il a été transformé en centre commercial où les chinoiseries ont la part belle. Mais cela existe ailleurs, non ? Il est 6h 52 et grand temps d’aller prendre le petit-déjeuner avant de reprendre la route. A demain !

Ouagadougou, le 4 mars 2015
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Jour 3 : Tom Sank avant, les films ensuite, Tom Sank après

Un trait distinctif du Fespaco : le réveil est toujours difficile, voire vraiment compliqué. S’il en est ainsi, c’est qu’il n’y a que la nuit pour trouver le temps de discuter à bâtons rompus avec des amis que l’on retrouve, de faire, très souvent, des rencontres humainement et professionnellement intéressantes. On échange sur les films qu’on a vus dans la journée, mais aussi et surtout de bien d’autres sujets. Ça a été le cas pour moi, cette du mercredi au jeudi, avec trois amis burkinabè, dans l’intimité du bar-restaurant nommé ‘’Le Foret’’.

Au menu des échanges, les films bien sûr, mais aussi et surtout le combat de la jeunesse africaine pour la liberté, la dignité, l’indépendance du continent. Nous avons pris un malin plaisir à nous moquer et à dénoncer l’imposture de ces artistes et ‘’activistes’’ culturels pour qui la proclamation verbale sur la révolution, sur les disques et autres supports, est devenue un lucratif fonds de commerce.

Le fait qu’ils crient avec les loups parvient difficilement à masquer leurs carences intellectuelles et leur capacité à être en phase avec le peuple en lutte. Un peu plus de quatre mois après l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, toute discussion sur ce sujet prend un relief particulièrement significatif et intéressant. Avec comme fil rouge la lumière d’un absent qui n’a jamais été aussi présent : Thomas Sankara. Entre jeunes, nous nous sommes émerveillés à constater que ce révolutionnaire, qui n’avait pas encore 37 ans à son assassinat, en octobre 1987, a été tellement juste dans ses propos, précis dans sa vision, intègre dans son comportement, que la tentation a été, tout au long de la discussion, de considérer que ce jeune homme était venu d’ailleurs, d’une planète dont il était le seul habitant…

Parlant de sujets aussi divers et cruciaux que la défense de l’environnement, la lutte contre la corruption, l’autonomisation des femmes, etc. Autant de thématiques d’une actualité plus que brûlante. L’impact et la force de cette vision ont été vus lors de la projection du film Capitaine Sankara, de Christophe Cupelin. Des applaudissements nourris ont accompagné le film au point de gêner un critique burkinabè, qui aurait aimé se concentrer un peu plus pour voir ce travail.

Voilà ! Au Fespaco, donc, il y a d’abord, avant tout et toujours Sankara, Tom Sank, et…les films. Pour cette édition, il y en a, c’est normal, de très bons, de moins bons, de mauvais. Les commentaires et appréciations des uns et des autres, les tendances montrent qu’on s’achemine vers un palmarès dans lequel figureront beaucoup de films. Une œuvre en particulier ne semble pas en mesure de triompher au point de ne laisser que des miettes aux autres. Au chapitre ‘’Coups de cœur’’, un certain consensus se dégage autour de quelques œuvres fortes : L’œil du cyclone, de Sékou Traoré (Burkina Faso), Avant le printemps d’Ahmed Atef, C’est eux les chiens de Hicham Lasri (Maroc), Cellule 512 de Missa Hebié (Burkina Faso), Des étoiles de Dyana Gaye (Sénégal), Price of love de Hermon Hailay (Ethiopie), Timbuktu d’Abderrahmane Sissako (Mauritanie).

Le jury a du pain sur la planche, mais ces films devraient se partager les récompenses, dont certainement l’Etalon d’or de Yennenga. Quel que soit l’heureux élu ou l’heureuse élue, tout le monde aura gagné en fin de compte. Parce qu’il y a bien plus important que les œuvres présentées en compétition. C’est la vision d’une Afrique en marche qu’elles tentent de traduire. Pour surveiller cette opération, il y a Thomas Sankara, un président de jury bien plus charismatique. Il faudrait bien un jour ou l’autre percer le mystère qui fait qu’avant et après avoir parlé des films, on revient toujours à ce jeune révolutionnaire qui a décidé et réussi à faire exister son pays sur la carte. Avec la rigueur et le sens de l’humour qui le caractérisaient d’ailleurs, il m’en aurait certainement voulu d’avoir tardé à vous envoyer ma lettre du jour. Demain, je ferai un effort. Promis, capitaine !

Ouagadougou, le 5 mars 2015

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Jour 4 : plus que le slogan, la réalité

Hier, jeudi 5 mars, j’ai été voir le film La sirène du Faso Fani, au Palais de la culture Jean-Pierre Guingané, dans le secteur de Cissin. C’est loin, parce qu’il faut trente minutes – pas moins – pour s’y rendre, à partir du centre-ville. Cette distance n’a fait qu’ajouter à l’intérêt et au charme de ce petit voyage dans Ouagadougou et surtout au caractère précieux du moment de cinéma que j’ai décidé d’aller vivre loin du centre névralgique du programme Fespaco. Après donc une trentaine de minutes, j’ai rejoint la salle après m’être plié aux formalités sanitaires et de sécurité d’usage. Une très grande enceinte pouvant contenir au moins 2.000 personnes.

Hier, il n’y avait pas beaucoup de monde – disons une soixantaine de cinéphiles – mais ça ne dit rien sur la qualité du film de Michel Zongo, une œuvre d’une belle facture. Oublions les mauvaises conditions de projection, parce que le dispositif mis en place n’était pas bon. Le cinéaste s’en est plaint, mais la portée sociale, culturelle et politique du sujet prend, heureusement, le dessus. Le réalisateur est allé rencontrer d’anciens travailleurs de la société Faso Fani, liquidée en 2001 dans le cadre des Politiques d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. En filigrane, il y a un vrai engagement à plaider la valorisation d’un savoir-faire endogène et l’impérieuse nécessité de promouvoir le ‘’consommer local’’.

Dans le contexte de transition politique que vit le Burkina Faso, ce travail prend un sens tout particulier, pour un pays qui cherche à revenir aux fondamentaux, des reflets de ce qui fait son identité et correspond à la vision que son peuple a de lui-même et du monde. Rapportée au contexte sénégalais, cette réflexion interpelle à plus d’un titre. Mais, plus que cela, c’est l’existence de l’infrastructure du Palais de la Culture Jean-Pierre Guingané qui doit faire réfléchir. Ici, à Ouagadougou, tout au moins dans la salle où j’ai vu le film La sirène du Faso Fani, c’est la réalité vécue du slogan ‘’une commune, une salle de cinéma’’, qui reste à l’état de projet au Sénégal. Mais ne le répétez surtout à personne ! Ce n’est pas sûr, parce qu’il paraît que je suis dans une zone sous la menace d’un groupe dénommé…comment encore Haram ?

Bon, vous me direz que je m’éloigne du Fespaco. Je sais, je sais ! Je reviens donc au festival, pour dire que l’heure est aux pronostics, après la projection de tous les films en compétition. Qui va remporter l’Etalon ? Qui sera le meilleur acteur ? La meilleure actrice ? Chacun a sa petite idée, mais celle-ci pourrait être ainsi résumée autour de quelques titres de films : il faut peut-être résider dans la Cellule 512, échapper à L’œil du cyclone, se lever Avant le printemps, briller avec Des étoiles, pour lesquelles C’est eux les chiens. Il faudra en outre payer Le prix de l’amour pour avoir le droit d’aller tourner à Timbuktu. Pas simple, hein ?

Ouagadougou, le 6 mars 2015

PS : à la surprise générale, c’est le réalisateur marocain Hicham Ayouch qui avait reçu l’Etalon d’or de Yennenga pour son film Fièvres. Le moins que l’on puisse dire, c’est que personne ne l’avait vu venir, celui-là.

====== Aboubacar Demba Cissokho ==

Fespaco : l’urgence d’une impérieuse réinvention !

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S’il veut continuer à mériter la qualification de « plus grande manifestation cinématographique » en Afrique, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou doit engager un impérieux, urgent et sérieux processus de réinvention portant notamment sur son mode de fonctionnement et de sélection des œuvres.

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Le Fespaco, « un festival à créer ». C’est ce que nous écrivions, dans une chronique, le 25 février 2017, jour de l’ouverture de la 25-ème édition. Cela peut être sujet à questionnement, parce que le festival existe déjà. Mais après une édition 2017 où la question de la qualité et de la représentativité du regard des cinéastes africains sur leur continent et sur le monde s’est posée avec acuité, il faut une petite révolution. Les choses ne peuvent pas continuer ainsi. La survie et la viabilité de la manifestation en dépendent.

La biennale de Ouagadougou fêtera son cinquantenaire en février 2019 (26-ème édition). Mais de nombreuses questions liées à sa direction, son organisation et la sélection des films inscrits à son programme suscitent des inquiétudes réelles et légitimes sur la volonté d’en faire un cadre représentatif de la vitalité de la création cinématographique et de ce qui s’écarte d’une uniformisation dans de nombreux secteurs de la création artistique.

Le FESPACO ne s’est toujours pas professionnalisé alors qu’il est et reste, pour les acteurs du 7-ème Art du continent le lieu le plus couru, où il faut être pour acquérir une légitimité venant de l’intérieur. Malgré tous ses défauts. Au vu de la qualité plutôt médiocre de la plupart des films présentés dans les différentes sections de la compétition officielle, lors de la 25-ème édition, l’un des sujets qui a fait l’objet de discussions soutenues est celui de la sélection. Existe-il vraiment un comité de sélection ? Si oui, comment fonctionne-t-il ? Quelle est sa composition ? A partir de quels critères décide-t-il de sélectionner ou de mettre de côté un film ?

De fait, ce qu’il faut revoir, d’urgence, c’est cette option consistant à demander aux producteurs et réalisateurs de soumettre leurs films à la sélection en s’inscrivant. Ce n’est pas efficace et on passe très souvent à côté de pépites que d’autres festivals s’arrachent et montrent en avant-première mondiale. Ils sont nombreux les très bons films produits depuis la dernière édition du FESPACO, en février-mars 2015, et que le cinéphile n’a pas vus – ne verra peut-être pas – dans les salles de Ouagadougou.

Quelques œuvres fortes illustrent ce raté de l’administration du FESPACO : comment, en effet, comprendre l’absence du puissant et touchant Hedi, un vent de liberté, ce drame réalisé par le Tunisien Mohamed Ben Attia, de la trame sociale et politique de Maman colonelle, du jeune Congolais Dieudo Hamadi, qui s’affirme de plus en plus comme porteur de son  langage propre, de l’intégrité que dégage The Revolution Will Not Be Televised de la Sénégalaise Rama Thiaw portée par un engagement à dénouer les fils d’enjeux sociaux et politiques à travers le message et l’activisme de musiciens ?

Le FESPACO 2017 n’a non plus pas eu dans sa sélection I Am Your Negro, cette bouleversante œuvre du Haïtien Raoul Peck sur James Baldwin, laquelle, avec les questions qu’elle soulève, a une résonnance particulière dans ce monde traversé et secoué par la question du racisme, de la financiarisation, des migrants, des inégalités, etc. The Wound, réalisé par le Sud-Africain John Trengove, était aussi absent. Le très rafraichissant Wallay de Berni Goldblat, qui aborde la subtilité et la délicatesse du processus d’initiation, n’a été intégré qu’au dernier moment au programme, dans la section ‘’Séances spéciales’’. Il aurait mérité beaucoup mieux que cela.

La bureaucratie du FESPACO, constituée de fonctionnaires, fonctionne plus sur des critères subjectifs aux relents politiciens que sur de véritables éléments de mesure de la valeur artistique des productions. Exemple de ces errances qui en disent longs sur le manque d’expertise des hommes et des femmes qui décident de la sélection officielle des films en compétitions : de source bien informée, Félicité du Sénégalais Alain Gomis, œuvre finalement récompensée par l’Etalon d’or de Yennenga, n’avait pas été retenue dans un premier temps, parce que notée 11/20. Et c’est seulement après avoir été informé que ce même film allait être en compétition officielle au Festival international de Berlin (Berlinale) que le délégué général du FESPACO demande qu’elle soit intégrée dans la liste des films en course pour la récompense suprême à Ouagadougou.

Un premier acte de changement consisterait à nommer un directeur artistique dont la mission sera d’aller chercher des films, au lieu d’attendre que des cinéastes veuillent bien remplir la fiche d’inscription. Au début de l’aventure et jusqu’à la fin des années 1990, cela pouvait être valable, mais plus maintenant.

S’informer sur les tournages, anticiper sur la postproduction et la sortie des films pour faire du FESPACO le lieu où s’organisent des premières mondiales, sont, aujourd’hui, devenus des missions à inscrire dans le cahier des charges d’un directeur artistique. Le festival de Ouagadougou n’est aujourd’hui, pour plus de 80% des œuvres sélectionnées, qu’un réceptacle de ce qui a été vu et revu dans d’autres festivals et dont personne ne veut plus. Les cinéphiles qui se retrouvent à Ouagadougou méritent mieux.

A quoi servent les voyages et missions des responsables du festival dans d’autres rencontres cinématographiques ? A rien, sinon à justifier un quota de films par régions de l’Afrique (deux ou trois de l’Afrique australe ; le Burkina, forcément ; si l’Algérie est là, le Maroc aussi doit être là ; le pays invité d’honneur aussi, même si, comme cette année, ses films n’ont pas le niveau…), à choisir des noms plutôt que des œuvres.

Le débat sur la professionnalisation du FESPACO est vieux, mais là, il est arrivé le moment de passer à une réelle transformation. Les ingrédients sont réunis pour cela : le contexte, une masse critique de compétences dans le domaine du cinéma et une exigence de qualité de plus en plus audible chez les cinéphiles. Il serait heureux de voir, lors du cinquantenaire prévu en 2019, une mise en œuvre de ces réformes salutaires pour un festival essentiel à la visibilité des œuvres cinématographiques d’Afrique.

Aboubacar Demba Cissokho

Ouagadougou, le 5 mars 2017  

FESPACO 2017 : Alain Gomis, un deuxième sacre

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La 25è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) s’est achevée le samedi 4 mars 2017 par l’attribution de l’Etalon d’or de Yennenga au réalisateur sénégalais Alain Gomis, pour son film Félicité. Il est le deuxième cinéaste à inscrire son nom au palmarès à ce niveau, après le Malien Souleymane Cissé (1979 et 1983).

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Le jury présidé par le Marocain Nour-Eddine Saïl a salué « la qualité du sujet, la puissance et la rigueur extraordinaire de la technique ». « Il nous a fait atteindre dans la salle le stade que Spinoza appellerait le stade de la félicité ! »  s’est exclamé M. Saïl

Après avoir reçu son trophée des mains des présidents burkinabè (Roch Marc Christian Kaboré) et ivoirien (Alassane Dramane Ouattara), Alain Gomis a rendu hommage aux réalisateurs guinéen Cheick Fantamady Camara, « ce grand soldat du cinéma récemment disparu et qui continue de nous inspirer », sénégalaise Khady Sylla, Ousmane Sembene, et Burkinabè Adama Sallé. Alain Gomis a également eu une pensée pour le photographe Kiripi Katembo et le cinéaste Idrissa Ouédraogo.

« C’est un grand honneur de recevoir ce trophée pour la deuxième fois », a-t-il déclaré avant de remercier toute son équipe, sa comédienne, mais aussi les Congolais. « Cette formidable actrice, Véro Tshanda Beya, je voudrais dire aux Kinois et aux Congolais de RDC à quel point nous pensons à eux. »

Mais il a avant tout dédicacé son prix à « la jeunesse et aux jeunes réalisateurs et à réalisatrices », qu’il a appelé à « se battre », déplorant l’attitude des « grands opérateurs ». « On parle de moins en moins de culture et de plus en plus de commerce », s’est désolé le réalisateur, estimant que le « cinéma est en danger aujourd’hui ».

Pour sa part, Ousmane William Mbaye a décroché le premier prix dans la catégorie ‘’documentaire’’ avec son film ‘’Kemtiyu – Séex Anta’’, portrait de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986). Abdoulahad Wone, lui, a reçu le prix de la meilleure série pour ‘’Tundu Wundu’’. Pour les courts-métrages, le Poulain d’or est allé à la Marocaine Violaine Maryam Blanche Bellet (Maroc) pour son film Hymenee.

Voici le palmarès complet du Fespaco 2017 :

COMPETITION OFFICIELLE : LONGS METRAGES DE FICTION

— Etalon d’or : Félicité d’Alain Formose Gomis (Sénégal)

— Etalon d’argent : L’orage africain – Un continent sous influence de Sylvestre Amoussou (Bénin)

— Etalon de bronze : A mile in my shoes de Saïd Khallaf (Maroc)

COMPETITION OFFICIELLE : FILMS DOCUMENTAIRES

— Premier prix : Kemtiyu, Séex Anta (Kemtiyu, Cheikh Anta) d’Ousmane – William Mbaye (Sénégal)

— Deuxième prix : Congo ! Le silence des crimes oubliés de Gilbert Balufu (R.D. Congo)

— Troisième prix : A Footnote In Ballet History ? de Abdel Khalek HISHAM (Egypte)

COMPETITION OFFICIELLE : FILMS DES ECOLES AFRICAINES DE CINEMA

— Prix du meilleur film de fiction : Down side up de Peter OWUSU – University of Legon (Ghana)

— Prix du meilleur film documentaire des écoles de cinéma : Nubuke de Aryee Bismark – National Film and télévision Institute (Ghana)

— Prix spécial des écoles africaines de cinéma : Héritage de Fatoumata Tioye Coulibaly (Mali)

OFFICIELLE : SERIE TELEVISUELLE

— Meilleure série télé : Tundu Wundu – Abdoulahad Wone (Sénégal)

— Prix spécial du jury : Aphasie –  Hyacinthe Hounsou (Côte d’Ivoire)

COMPETITION OFFICIELLE : FICTION COURT METRAGE

— Poulain d’or : Hymenee de Violaine Maryam Blanche Bellet (Maroc)

— Poulain d’argent : The bicycle man de Twiggy Matiwana (Afrique du sud)

— Poulain de bronze : Khallina hakka khir de Mehdi M. Barsaoui (Tunisie)

— Mention spéciale du jury : A Place For Myself de Marie Clémentine Dusabejambo (Rwanda)

PRIX TECHNIQUES ET ARTISTIQUES

— Prix du meilleur montage : L’interprète d’Olivier Meliche Koné (Côte d’Ivoire)

— Prix de la meilleure musique : Le puits de Lotfi Bouchouchi (Algérie)

– Prix du meilleur décor : The Lucky Specials de Rea Rangaka (Afrique du Sud)

– Prix du meilleur son : Félicité d’Alain Formose Gomis (Sénégal)

– Prix de la meilleure image : Zin’naariya ! (L’alliance d’or) de Rahmatou Kéïta (Niger)

– Prix du meilleur scénario : La forêt du Niolo d’Adama Roamba (Burkina Faso)

– Prix de la meilleure interprétation féminine : A la recherche du pouvoir perdu de Mohammed Ahed Bensouda (Maroc)

– Prix de la meilleure interprétation masculine : Wùlu de Daouda Coulibaly (Mali)

–Prix de la meilleure affiche : The Lucky Specials de Rea Rangaka (Afrique du Sud)

–Prix Oumarou Ganda (meilleure première œuvre) : Le puits de Lotfi Bouchouchi (Algérie)

–Prix Paul Robeson : Frontières d’Apolline Traoré (Burkina Faso)

PRIX SPECIAUX

–Prix Félix Houphouët-Boigny du Conseil de l’Entente : Frontières d’Apolline Traoré, Burkina Faso

— Prix CEDEAO de l’intégration pour le meilleur film ouest africain : Frontières d’Apolline Traoré du Burkina.

— Prix UNICEF : La rue n’est pas ma mère de Jérôme N Yaméogo  (Burkina Faso)

— Prix de la ville de Ouagadougou : La rue n’est pas ma mère de Jérôme N Yaméogo  (Burkina Faso)

— Prix « Sembène Ousmane » de EcoBank : Wùlu de Daouda Coulibaly  (Mali)

— Prix « Soumanou Vieira » de la Fédération africaine de la critique cinématographique (FACC) : A mile in my shoes de Said Khallaf (Maroc)

— Prix « Signis » : « The Lucky Specials » de Rea Rangaka (Afrique du sud)

— Mention spéciale à « A mile in my shoes » de Said Khallaf du Maroc par le jury de l’Association catholique mondiale de la communication (SIGNIS).

— Prix « Thomas Sankara »  de la Guilde africaine des Réalisateurs et producteurs : A Place For Myself de Marie Clémentine Dusabejambo (Rwanda)

— Prix « de la chance » de la LONAB : A Place For Myself de Marie Clémentine Dusabejambo (Rwanda)

— Prix de l’ONG WaterAid pour l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement : Le puits de Lofti Bouchouchi (Algérie)

— Prix santé et sécurité au travail : Bons baisers de Morurua de Larbi Benchiha (Algérie)

— Prix spécial de l’Assemblée nationale : L’orage africain – Un continent sous influence de Sylvestre Amoussou (Bénin)

— Prix Union européenne et ACP : Kemtiyu, Séex Anta (Kemtiyu, Cheikh Anta) de Ousmane William Mbaye (Sénégal) et « The bicycle man » de Twiggy Matiwana (Afrique du sud)

Aboubacar Demba Cissokho

Ouagadougou, le 4 mars 2017

 

FESPACO 2017 : les projections parallèles

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La 25è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), prévue du 25 février au 4 mars 2017, propose, en plus de la programmation de films en compétition officielle (105), et du panorama des productions hors compétition, des projections parallèles. Une vingtaine d’œuvres seront ainsi montrées dans des séances dédiées.

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I/ == HOMMAGES

  1. Sembene ! de Samba Gadjigo (Sénégal)
  2. Tahar Cheriaa, à l’ombre du baobab de Mohamed Challouf (Tunisie)
  3. Destin commun, hommage à 3 éclaireurs du 7eme art de Stéphane Vieyra (Sénégal)

II/ == SEANCES SPECIALES  

  1. Turbulences 2016 de Daniel Kamwa (Cameroun)
  2. Bienvenue au Gondwana de Mamane (Niger)
  3. Il a déjà tes yeux de Lucien Jean Baptiste (France)

III/ == CARTE BLANCHE VUE D’AFRIQUE   

  1. Un film avec toi de Jean-Daniel Lafond (Canada)

IV/ == L’AFRIQUE VUE PAR…

Accra Power de Sandra Krampelhuber/Andrea Verena Strasser (Autriche)

Dahra, 11 Karmattani Awkay, After, Amogidbale… de Francesco Sincich (Italie)

Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté de Nicolas Wadimoff (Suisse)

Kolwezi On Air d’Idriss Gabel (Belgique)

L’homme qui répare les femmes- la colère d’Hippocrate de Thierry Michel (Belgique)

L’uomo  che dipingeva sulle donne (l’homme qui peignait sur les femmes) d’Annamaria Gallone (Italie

La belle At The Movies  (la belle au cinéma) de Cecilia Zoppelletto (Italie)

Le blanchiment des troupes coloniales de Jean-Baptiste Dusseaux (France)

Les paupières fermées de la Centrafrique d’Alfredo Torrescalles (Espagne)

10  Nakom de Norris Daniela Kelly/ Pittman TW (USA/Ghana)

11  Pieds nus de Christian Carmosino (Italie)

12  Salsa opus d’Yves Billon (France)

13  Shashamane d’Amati Giulia (France)

14  Un président au maquis de Laurent Goussou-Deboise (Burkina Faso)

15  Yenepa (une famille burkinabè) de Victorien Vialar (France)

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 5 février 2017

FESPACO : favoriser la diffusion de toutes les œuvres du cinéma africain

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Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), lancé en 1969 à Ouagadougou est la plus grande rencontre cinématographique d’Afrique visant notamment à favoriser la diffusion des toutes les œuvres du cinéma africain. Sa 25è édition est prévue du 25 février au 4 mars 2017. 

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Créé à l’initiative d’un groupe de cinéphiles, avec le soutien de l’Etat de Haute Volta (actuel Burkina Faso) et l’élan de pionniers à l’échelle du continent, l’événement suscite l’engouement et l’espoir auprès du public et des cinéastes d’Afrique, qui a permis d’institutionnaliser la manifestation qui devient FESPACO le 7 janvier 1972.

« La vraie spécificité du FESPACO, c’est de permettre aux Burkinabè de voir des films africains et de servir de test : certains films étant formatés aux normes des grands festivals, le public local réagit très mal…», explique le critique et historien tunisien Ferid Boughedir dans un livret de présentation réalisé à l’occasion de la 19-ème édition (26 février-5 mars 2005).

A partir de la sixième édition, organisée en 1979, le FESPACO est devenu biennal, débutant le dernier samedi du mois de février de chaque année impaire. La rencontre veut aussi permettre les contacts et les échanges entre professionnels du cinéma et de l’audiovisuel et contribuer à l’essor, au développement et à la sauvegarde du cinéma africain, en tant que moyen d’expression, d’éducation et de conscientisation.

Côté récompense, le grand prix du FESPACO, l’Etalon d’or de Yennenga, récompense le meilleur long métrage. Il est doté d’une enveloppe de dix millions de francs CFA. Le second prix est l’Etalon d’argent avec un montant de cinq millions et enfin le troisième meilleur film recevra l’Etalon de bronze doté de deux millions de francs CFA.

Les Poulains d’or, d’argent et de bronze (avec comme dotation, trois, deux et un million de francs CFA) récompensent les meilleurs courts métrages. Dans les projets des organisateurs du Festival figurent la construction d’un siège définitif, le renforcement de la banque de données sur le cinéma africain, la mise en place d’un marché permanent du film.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 1er février 2017

 

FESPACO : les débuts de l’aventure

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Les débuts du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) ont résulté du souci de cinéphiles de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) d’offrir une visibilité aux films africains en Afrique même et de débats entre cinéastes africains de l’époque qui s’étaient retrouvés aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC). La 25è édition de la manifestation est prévue du 25 février au 4 mars 2017.

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Dans son essai intitulé Le Fespaco, une affaire d’Etat(s) (L’Harmattan, 2012), Colin Dupré rappelle les origines du grand rendez-vous du cinéma sur le continent. Il souligne notamment qu’en novembre 1968, devant le constat que les écrans étaient encore « colonisés », des cinéphiles posent la question sur l’invisibilité du cinéma africain et proposent des projections publiques et la création d’un festival du cinéma africain, à Ouagadougou.

« L’idée est venue du centre culturel franco-voltaïque de l’époque, Claude Prieux », raconte Aminata Salembéré, alors réalisatrice à la Radiotélévision voltaïque (RTV), dans des propos rapportés par Dupré. Mme Salembéré fait partie du comité d’organisation du festival, qui élit son premier bureau le 11 décembre 1968. La première édition du ‘’Festival de cinéma africain de Ouagadougou’’ se tient du 1er au 15 février 1969, placée sous le ‘’haut patronage du chef de l’Etat’’.

C’est donc sur un terrain propice et préparé que des cinéastes africains viennent faire valoir leur volonté de créer un cadre de rencontre permettant de voir leurs productions dont des copies existaient déjà à Ouagadougou. L’historien et critique de cinéma Tahar Cheriaa (1927-2010), nous racontant ses souvenirs lors de la XIXe édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (26 février – 5 mars 2005), avait dit qu’au cours d’un « séminaire très réduit à Hammamet en octobre 1968 », des cinéastes avaient fait le point sur « cet artisanat d’art qui passe par le truchement de quelques appareils comme la caméra au départ, le projecteur ou l’écran à l’arrivée ».

« De cette réunion de réflexion entre copains, il est ressorti l’idée de faire un relais pour venir seconder les Journées cinématographiques de Carthage qui n’en étaient qu’à leur deuxième session », avait expliqué Cheriaa. Il avait ajouté : « Ce festival (les JCC) était contesté par les majors et ceux pour qui le cinéma est une industrie et les films des produits industriels. Pour eux, il n’était pas question d’en faire un objet culturel. Comme les JCC étaient menacées de ne pas continuer, on s’est dit qu’il devait y avoir un autre festival en Afrique ».

« Après le séminaire de Hammamet, Sembene Ousmane a pris son bâton de pèlerin pour chercher un Etat qui veuille bien héberger un petit truc qu’on appellerait ce qu’on voudra, explique le cinéaste. Il est passé en Côte-d’Ivoire, parce que tout le monde partait dans ce pays en se disant que c’est développé. Mais, ça n’a pas marché avec Félix-Houphouët Boigny. »

Et c’est à Ouagadougou, souligne Tahar Cheriaa, que Sembene rencontre Sangoulé Laminzana, « un vieux général retraité de l’armée française devenu chef de l’Etat et qui, par chance, était amateur de films ». « Il avait un projecteur 16mm et il achetait des films qu’il suivait chez lui. Quand Sembene est venu lui parler du projet, il a répondu : ‘’ah bon, il y a des films africains ? Tu en fais toi ?’’ Quand Sembene lui a répondu oui, il a dit : +j’aimerais bien les voir. Venez, on fait tout. Ça coûte combien ?’’ ».

Tahar Cheriaa ajoute que c’est ainsi que la manifestation s’est faite avec « ce vieux qui était admirable de naïveté ». « Ils (les cinéastes) ont apporté les films dont ils ont parlé. C’était en avril 1969. Le père Lamizana était au premier rang lors des projections parce qu’il aimait bien voir des films. Et c’était la première fois qu’il voyait des films faits par des Noirs », raconte Cheriaa.

« Dans les faits, les autorités par l’intermédiaire de la délégation spéciale de la ville de Ouagadougou accordent une exonération des taxes habituellement prélevées sur les spectacles. Exonéré de ces taxes (10% des recettes nettes de la manifestation) pour le festival, le Comité d’organisation a donc pu disposer des recettes dans leur totalité », écrit Colin Dupré dans son essai Le Fespaco, une affaire d’Etat(s), citant Hamidou Ouédraogo, auteur du livre Naissance et évolution du Fespaco de 1969 à 1973 (   ). Dupré ajoute que le président Lamizana a lui aussi offert « une aide budgétaire, venant de ses propres fonds, d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de Francs CFA ».

La réalisatrice Alimata Salambéré a été la présidente du comité d’organisation du premier festival en 1969. Elle a été secrétaire permanent du festival, de 1982 à 1984, et a été aussi ministre de la Culture (1983), puis ministre de l’Information (1987-1989). Le nombre de films effectivement projetés était de 30 : neuf du Sénégal, quatre du Cameroun, quatre du Niger, deux de Haute-Volta, un du Bénin, quatre de France, un des Pays-Bas et cinq classés dans une section ‘’Autres’’.

Pour Tahar Cheriaa, cette édition de 1969, qu’on pourrait appeler maintenant, a posteriori, expérimentale. Et l’idée de l’urgence de faire quelque chose était celle des cinéastes ouest-africains qui étaient majoritaires lors de la réunion de Hammamet. « Je dois être honnête », a-t-il dit en précisant qu’il y avait notamment les Sénégalais Sembene Ousmane, Ababacar Samb, le Nigérien Moustapha Alassane.

Il ajoute : « Le Premier ministre et le ministre de la Culture de Haute-Volta se sont dit : ‘’Il faut qu’on aide ces gens-là. On va remettre ça l’année prochaine’’. Les cinéastes ont dit : ‘’non, on a convenu avec Carthage, qui est en difficulté, d’y aller tous l’année prochaine (1970). On va tous se ruer là-bas. On veut être nombreux là-bas parce que ça risque d’être décisif’’ ».

Cheriaa était en prison alors que se déroulait la première édition du Festival de cinéma africain à Ouagadougou, mais le ministère tunisien de la Culture a continué à organiser les JCC qui, heureusement, se réjouit-il, ne se sont pas arrêtées. « On va plus loin avec la création d’une Fédération panafricaine des cinéastes. La FEPACI est née sur les papiers aux JCC de 1970. Le premier bureau a eu comme secrétaire général le Sénégalais Ababacar Samb », rappelle-t-il. L’année suivante, en 1971, il y a eu la deuxième édition du festival de Ouagadougou. C’est en 1972, deuxième étape des débuts, que la manifestation a pris le nom de Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 27 janvier 2017

 

FESPACO 2017 : le panorama des longs métrages hors compétition

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La 25è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) prévue du 25 février au 4 mars 2017. Aux 105 films retenus pour les différentes sections de la compétition officielle (long métrage, court métrage, documentaire, films d’écoles de formation, série télévisuelle), s’ajoutent 34 longs métrages choisis pour être projetés dans le cadre du panorama hors compétition. 

  • A l’ombre de la passion d’Ado Noël Bambara (Burkina Faso)
  • Adieu belle-mère Yacouba Napon (Burkina Faso)
  • Ayiti mon amour de Guetty Felin (Haïti)
  • Ben & Ara de Nnegest Likké (USA/Ethiopie)
  • Carton rouge d’Augusta Bomsoya Palenfo (Burkina Faso)
  • Cerveau noir d’Abdoulaye Maiga Djingareye (Niger)
  • Demain dès l’aube de Lotfi Achour (Tunisie)
  • Destin trouble de Rita Ambeu et Lidia Kassa (Côte d’Ivoire/Gabon)
  • Edition spéciale de Cheick Abdoulaye Camara (Guinée)
  • Esclave et courtisane de Christian Lara (Guadeloupe)
  • Fidaa de Driss Chouika (Maroc)
  • Grave erreur de Michael M’bebele (Congo Brazzaville)
  • Haram El gasad de Khaled El Hagar (Egypte)
  • Keneen « L’autre » de Cheick Diallo (Sénégal)
  • Koussaw d’Ibrahima Touré (Mali)
  • L’ombre de la folie de Boubacar Gakou (Mali)
  • La patrie d’abord ! de Thierry Ntamack (Cameroun)
  • La raison du plus fort de Missa Hébié (Burkina Faso)
  • Lamb de Yared Zeleke (Ethiopie)
  • Le pagne de Hamadou Djingarey Moussa (Niger)
  • Le prix de la séduction d’Abdoul Aziz Nikiema (Burkina Faso)
  • Le tableau troué d’Azizi Djamel (Algérie)
  • Le voyage des oubliés Sènami Kpetehogbe (Bénin)
  • Me A Belgian, My Mother A Ghanaian d’Adams Mensah (Ghana)
  • Medan Vi Lever de Dani Kouyaté (Burkina Faso)
  • Mona d’Anthony Abuah (Nigeria)
  • Mrs Right Guy Adze Ugah (Afrique du Sud)
  • G.O (Nothing Going On) d’Arnold Aganze (Ouganda)
  • Ouaga Girls de Theresa Traoré Dahlberg (Burkina Faso)
  • Permis d’exister d’Aissata Ouarma (Burkina Faso)
  • Sabaab biiga de Boubakar Sidnaba Zida (Burkina Faso)
  • Sans regret de Jacques Gohi Trabi (Côte d’Ivoire)
  • Une symphonie haïtienne de Clément Ndzana (Cameroun)
  • Wallay de Berni Goldbat (Burkina Faso)

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 25 janvier 2017