Egyptologie

Une thèse de doctorat analyse le « système africain du monde » de l’Egypte ancienne

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Le chercheur burkinabè Yoporeka Somet a reçu le samedi 29 octobre 2016 le grade de docteur d’Etat d’égyptologie de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) pour sa thèse intitulée L’Egypte ancienne : un système africain du monde, un travail scientifique pour lequel il a obtenu la mention « très honorable », les félicitations et encouragements du jury.

Le nouveau docteur d’Etat – inscrit à l’Ecole doctorale ‘’Arts, cultures et civilisations (ARCIV)’’ de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UCAD – a effectué « un excellent travail, produit un document bien écrit, bien construit, dans une démarche en spirale, un résultat atteste du dynamisme de l’école africaine de l’égyptologie », a souligné le président du jury, le professeur d’histoire ancienne Babacar Buuba Diop.

« Il s’agit d’égyptologie, de philosophie, de science et de littérature. Le travail de Yoporeka Somet a été apprécié très positivement, le jury a décidé de conférer le grade de docteur d’Etat au candidat avec la mention très honorable. Le jury l’encourage à tenir compte de l’ensemble des remarques » faites par ses membres, « pour que, dans les meilleurs délais, ce travail remarquable puisse être à la disposition d’un large public », a-t-il dit.

« Ce travail constitue un tournant très important dans les études égyptologiques. Les Africains en ont besoin, les égyptologues d’une manière générale en ont besoin », ont ajouté les membres du jury constitué majoritairement d’Africains, une première dans le cadre de la soutenance d’une thèse d’égyptologie en Afrique.

Pour cette thèse de plus de 500 pages – en deux volumes (une analyse du système africain du monde à travers une relecture de différentes cosmogonies ; une traduction d’un texte du Moyen-Empire égyptien intitulé les complaintes du paysan) – Yoporeka Somet procède à une lecture du principe d’égalité entre les hommes, promu par les anciens Egyptiens, ‘’les tout premiers à défendre que la vie humaine est sacrée’’.

Le chercheur examine la ‘’Maat’’, « qui est d’abord une notion cosmogonique avant d’être une notion sociale » exprimant l’équilibre, l’égalité, la justice, entre autres principes forts. Il souligne la cohérence de l’ordonnancement du système, objet de son étude, et insiste sur la modernité des théories et pratiques, dont des survivances existent dans différents groupes socioculturels africain (Dogon, Mossi, etc.).

« Le système du monde que j’étudie est un système cohérent dont le déroulé se trouve dans la cosmogonie, a expliqué Yoporeka Somet. Il s’agissait, pour moi, de montrer comment les anciens Egyptiens ont cherché à concilier un système pyramidal avec le paradigme de la ‘Maat’ qui se définit d’abord par l’équilibre, l’égalité, la justice », a expliqué Somet.

Dans son travail, il s’occupe de l’ordre social des institutions qui dépendent du pharaon, passe en revue le rôle et la place de l’écriture ainsi que le statut du scribe, la condition du travailleur manuel, les conditions de travail des ouvriers dans les tombeaux, le système de justice, la conception de la mort chez les anciens Egyptiens – qui prend en compte l’au-delà, la question de l’esclavage, etc.

Les membres du jury ont relevé dans leurs appréciations du travail de Somet des problèmes de forme, l’insuffisance d’explications sur la méthodologie annoncée, la faiblesse de la méthode de comparaison entre la culture de l’Egypte ancienne et les cultures africaines, lesquels problèmes, selon le président du jury, « ne sont rien pour un texte original, bien écrit, avec élégance ».

« Votre thèse reste, malgré ces imperfections, une pierre importante à l’édifice de l’égyptologie. La démarche est cohérente, elle aide à comprendre un système trois fois millénaire », a pour sa part souligné le professeur Babacar Sall, estimant qu’avec cette thèse, Yoporeka Somet « contribue au renouvellement des méthodes de recherche, en apportant de nouvelles grilles de lecture et d’analyse ». « Votre conception, du point de vue d’un philosophe, montre la puissance d’un système du monde et la longévité du fait culturel égyptien », a en outre dit le professeur Sall.

La soutenance de cette thèse d’Etat – dirigée par le professeur d’égyptologie Aboubacry Moussa Lam – qui a duré environ cinq heures, s’est déroulée à la salle de visioconférence de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF). Le jury était présidé par le professeur d’histoire ancienne Babacar Buuba Diop et comprenait les professeurs d’égyptologie Hartwig Altenmüller (Université de Hambourg, Allemagne), Babacar Sall (Université Cheikh Anta Diop), d’archéologie et de philologie Stephen Quirke (University College, London), Aminata Sackho-Autissier (Département des Antiquités égyptiennes Musée du Louvre).

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 30 octobre 2016

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