Cinéma marocain

Moumen Smihi : « Voir le court-métrage comme terrain de recherche »

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La dixième édition du Festival du court-métrage méditerranéen de Tanger avait rendu au cinéaste marocain Moumen Smihi qui, à cette occasion, a affirmé que le court-métrage ne doit pas être vu comme un genre mais, dans le contexte du numérique, comme un « terrain de recherche » et un « mode d’approche de la création cinématographique ».

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« Il ne faut pas voir le court métrage comme un genre. C’est beaucoup plus important dans le contexte (du numérique) de ce que je dis, de le voir comme terrain de recherche, comme mode d’approche de la création cinématographique. Alors que ça soit cinq minutes ou dix ou vingt ou trente, ça n’a absolument aucune importance », nous a-t-il notamment dit dans un entretien.

Le premier film de Smihi, Si Moh, pas de chance (17 minutes), réalisé en 1970, a été projeté lundi soir en ouverture de la 10ème édition du Festival du court-métrage méditerranéen de Tanger (1-6 octobre 2012), organisé par le Centre cinématographique marocain (CCM).

« Se mettre le pied à l’étrier (en réalisant un ou des courts métrages) passe par un certain nombre de travaux qui sont entre le travail expérimental, le travail de recherche et ce qu’on appelle la carte de visite », a expliqué le cinéaste, auteur de six courts métrages.

Il a dit que, « du fait que le cinéma mobilise beaucoup de moyens en termes financiers, techniques, humains, etc., il est très difficile que, dès le départ, on réalise de grandes productions ».

« Il faut passer par ce moment qui est à la fois de recherche, de réflexion, de familiarisation avec ce monde du travail artistique », a insisté le cinéaste, estimant que « c’est effectivement une production qui doit être aujourd’hui, d’autant plus approfondie et développée que les techniques modernes, les nouvelles technologies le permettent ».

« Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, le cinéma se rapproche beaucoup de l’écriture avec un stylo. Avec le numérique, réellement, on est de plus en plus dans la théorie de la caméra-stylo. S’il y a une passion de l’image et du son, c’est très important qu’elle apparaisse par, non pas un, mais plusieurs travaux continus, persévérants, assidus ».

Selon lui, « le numérique donne aujourd’hui une énorme indépendance : avec son ordinateur, on peut à la fois importer des images, les sonoriser, s’enregistrer soi-même comme acteur ou comme commentateur ».

Smihi a souligné qu’un travail de recherche est fondamental, pas seulement dans les sciences exactes ou les sciences sociales, mais sur le plan esthétique. « C’est justement le numérique qui permettrait d’établir des programmes, des objectifs, des parcours de recherches importants », a-t-il indiqué.

Il a ajouté : « Je crois qu’à l’échelle de notre continent, s’il y a beaucoup de problèmes, c’est parce que la recherche est très en retard. La recherche en termes scientifiques, en termes d’expérimentation, en termes d’autonomie, de liberté d’expression. Là, le numérique vous permet toutes ces choses-là ».

Au sujet du festival du court-métrage méditerranéen, le cinéaste a dit qu’il s’agit d’un projet culturel, pas seulement une manifestation cinématographique de plus. « Effectivement, il y a un espace méditerranéen, il y a une profondeur du discours de la culture, de la pensée méditerranéenne. C’est vraiment la reprise à Tanger de cette idée de cosmopolitisme par rapport à un continent, l’Afrique, et par rapport à l’espace méditerranéen », a-t-il souligné.

Moumen Smihi, 67 ans, a effectué ses études de cinéma à l’Institut des hautes études cinématographiques à Paris (IDHEC) après une licence en philosophie à la faculté des Lettres et des Sciences humaines de Rabat. Il a réalisé, entre 1970 et 2008, 13 films (6 courts et 7 longs métrages).

Aboubacar Demba Cissokho

Tanger, le 3 octobre 2012

Mohamed Mouftakir : « Un bon court-métrage, c’est celui qui me raconte une situation »

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Le court-métrage n’est pas déterminé par la durée, mais par sa conception qui lui fait raconter une situation précise, estime le scénariste et réalisateur marocain Mohamed Mouftakir, soulignant que dire une histoire à travers ce genre est secondaire.

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« Le court-métrage n’est pas déterminé par la durée. La leçon que j’ai apprise du cinéma est que le court-métrage ne doit pas forcément raconter une histoire. Je pense qu’un bon court-métrage c’est celui qui me raconte une situation », avait-il soutenu dans une Leçon de cinéma, donnée en clôture de la 12-ème édition du Festival du court-métrage méditerranéen de Tanger (13-18 octobre 2014).

Pour lui, le court-métrage est défini par sa conception. « Souvent, explique-t-il, on fait la démarche de la fabrication d’un long-métrage. Et souvent, le spectateur est frustré. Il se sent mal à l’aise, parce que la conception du projet est celle d’un long-métrage réduit et compressé dans une durée temporelle. C’est ça qui nuit au court-métrage. »

Dans son analyse de la différence entre court et long-métrage, Mouftakir, auteur de quatre courts-métrages, a souligné que l’écriture d’une histoire implique un ou des personnages qu’il faut connaître. Il a ajouté : « Qui dit connaître le personnage, dit lui poser un problème. Il va entrer dans une péripétie, une descente aux enfers, etc. Ça c’est une démarche du long. Moi je pense qu’un bon court-métrage c’est celui qui me raconte une situation. Il commence au bon moment, finit au bon moment et pique là où il faut. »

Mohamed Mouftakir a ensuite donné un exemple : « Quelqu’un qui veut s’asseoir sur une chaise, il dit : ‘si je m’assoie sur cette chaise, je vais mourir’. Pour moi, voilà une idée de court-métrage. Qu’est-ce qu’il va faire ? Peu importe la durée. Je peux le traiter en deux, trois, en quatre, en trente minutes, mais que ça soit la situation ».

Le réalisateur a relevé que le court-métrage est un genre qui demande une écriture différente, un scénario tout à fait différent, depuis sa conception jusqu’à son élaboration. Il a dit avoir appris à être court aussi bien dans la durée que dans la conception : « J’ai appris à aller à l’essentiel dans la trame narrative que je construis. Je commence là où il faut commencer, je mets en crise la situation, pas le personnage, et je la fais chuter comme il faut, tout en restant logique ».

Mohamed Mouftakir, 49 ans, est une figure de proue de la génération de réalisateurs marocains ayant émergé au début des années 2000. Il a réalisé quatre courts-métrages, L’ombre de la mort (2003), La danse du fœtus (2005), Fin de mois (2007), Chant funèbre (2008). Son deuxième long-métrage, Pégase, sorti en 2010, a remporté de nombreux prix à travers le monde, dont l’Etalon d’or de Yennenga, grand prix au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), en 2011.

Aboubacar Demba Cissokho

Tanger, le 21 octobre 2014

Echos de la 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga

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Entre les projections de films, les débats sur les œuvres en compétition, voici quelques échos de la  19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga qui s’est déroulée du 16 au 23 juillet 2016.

–ETHIOPIE et HOMMAGES : L’attribution du Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ de la 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga au film Lamb de Yared Zelek a été la cerise sur la gâteau pour le cinéma éthiopien auquel un hommage a été rendu. Dans ce cadre, il a été projeté Horizon Beautiful, de Stefan Jäger (2013), Le prix de l’amour, de Hermon Hailay (2014). En plus, les festivaliers ont été invités à un hommage éthiopien à travers une rencontre avec la journaliste et photographe Aïda Muleneh, sous l’égide de la Fondation de l’Office marocain du phosphate et de l’Association pour la promotion de l’art et la sauvegarde du patrimoine (ARKANE). Par ailleurs, le festival s’est ouvert et clôturé par deux hommages : le premier à Tahar Cheriaa, historien et critique de cinéma tunisien (décédé en 2010), le second au directeur de la photo et réalisateur marocain Abdelkrim Mohamed Derkaoui.

–ATELIERS DE FORMATION : Comme elle l’a fait l’année dernière, la Fondation du festival du cinéma africain de Khouribga a organisé cette année aussi, pour la 19-ème édition de la manifestation, des ateliers de formation à divers métiers (direction de la photographie, réalisation cinématographique, montage numérique, écriture de scénario). Pendant cinq jours (18-22 juillet), les participants ont profité de l’expérience du Malien Mohammed Lamine (directeur de la photo), des Marocains Youssef Karami, Amine Sabir (écriture de scénario), Mohamed Chrif Tribak et Younes Reggab (réalisation), Njoud Jadda et Zineb El Hardouz (montage numérique).

–DEBATS DE MINUIT : S’il y a une tradition qui se porte comme un charme au Festival du cinéma africain de Khouribga, c’est bien celle des ‘’débats de minuit’’, à l’occasion desquels des questions théoriques sont discutées sur la base de films visionnés. Pour cette 19-ème édition, il était question d’échanger sur la métaphore, le plan-séquence et le scénario. Au menu des ‘’veillées’’, quatre films de haute facture : Nostalgie de la lumière du Chilien Patricio Guzmán, Victoria de l’Allemand Stephan Schipper, La mort aux trousses de l’Américain Alfred Hitchcock et To Be Or Not To Be, de l’Américain Ernst Lubitsch. Commentaires et appréciations diverses ont meublé ces soirées qui ne prenaient fin qu’au milieu de la nuit.

–CARTE BLANCHE : Il y a, dans les festivals, des moments de pur bonheur qui restent pour longtemps dans les mémoires. La projection, sur proposition du festival ‘’Vues d’Afrique’’, du documentaire Un film avec toi…, de Jean-Daniel Lafond, sur Michaelle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, est de ces moments-là. Le documentaire s’attache à illustrer de manière émouvante comment elle s’est attachée à montrer son engagement pour la jeunesse, les femmes, les autochtones, la diplomatie culturelle. Un film avec toi… a été tourné de l’intérieur, et ce côté intimiste a mis en lumière la figure d’un personnage sensible que les fonctions étatiques n’ont pas fondamentalement changée.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 24 juillet 2016

 

 

Identité consolidée pour le Festival du cinéma africain de Khouribga

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La 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (16-23 juillet 2016) a définitivement consacré l’identité d’une manifestation culturelle dont l’objectif est d’être le lieu d’expression d’un point de vue critique sur le continent et sur le monde et de dialogue entre différentes régions de l’Afrique.

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Avec le colloque sur ‘’scénario et cinématographies africaines’’, les festivaliers ont échangé avec des cinéastes sur cette importante phase qu’est, pour la réalisation d’un film, le scénario. Ça a aussi été le lieu de témoigner du respect dû à ceux qui confectionnent le film dès le début, écrivent, corrigent, réalisent et supervisent le montage.

Khouribga 2016 a ainsi réaffirmé ce souci, pour les cinéastes, de montrer une Afrique ayant son mot à dire, selon ses références et son histoire propres. Les quinze films sélectionnés pour la compétition officielle en ont été le reflet. Dans sa programmation, le festival a donné à voir une belle palette de films venant de douze pays et reflétant une diversité tant dans les approches que dans les thématiques touchant à la vie d’un continent et aux luttes quotidiennes qui y ont cours.

Du film A Mile I My Shoes, premier long-métrage du Marocain Saïd Khallaf qui, sans prétention apparente, décrit, à travers l’histoire d’un jeune de la rue, le chaos et la misère d’une ville, à Mona du Nigérian Anthony Abuah, excellente fiction sur le soutien – peu connu – que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a apporté au Portugal dans sa guerre contre les mouvements de libération en Afrique dite lusophone, en passant par Fille de sa mère coréalisé par les Burkinabè Carine Bado et Serge Armel Sawadogo, qui s’interrogent sur les mutations des relations père-enfant…

L’histoire, la mémoire, l’amour, thèmes récurrents s’il en est, mais abordés ici avec un regard posé sur un vécu et à des valeurs humanistes. Avec, dans nombre de films proposés, des plans de paysages magnifiques, comme dans La lune est tombée du Guinéen Gahité Fofana, Lamb de l’Ethiopien Yared Zeleke, Things of the Aimless Wanderer, du Rwanda Kivu Ruhorahoza.

Ces œuvres qui, depuis 1977, ont façonné l’identité du Festival du cinéma africain de Khouribga, sont accompagnées de débats au lendemain de leur projection. Mais le lieu qui symbolise le mieux cette vocation à réfléchir à la fois sur le processus de fabrication des films reste les ‘’débats de minuit’’, à l’occasion desquels des questions théoriques sont discutées sur la base de films visionnés.

Pour cette 19-ème édition, il était question d’échanger sur la métaphore, le plan-séquence et le scénario. Au menu des ‘’veillées’’, quatre films de haute facture : Nostalgie de la lumière du Chilien Patricio Guzmán, La mort aux trousses de l’Américain Alfred Hitchcock, Victoria de l’Allemand Stephan Schipper et To Be Or Not To Be, de l’Américain Ernst Lubitsch. Commentaires et appréciations diverses ont meublé ces soirées qui ne prenaient fin qu’au milieu de la nuit.

Les ateliers de formation à divers métiers (direction de la photographie, réalisation cinématographique, montage numérique, écriture de scénario) et les hommages à Tahar Cheriaa – décédé en 2010 – et Abdelkrim Mohamed Derkaoui et au cinéma discret et riche cinéma éthiopien ont rendu exceptionnel cette 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga.

Et parce que la manifestation s’améliore et s’enrichit d’édition en édition, on peut croire à la déclaration du président de la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga, Nour-Eddine Sail, qui a annoncé samedi une ‘’édition grande’’ pour le quarantième anniversaire en 2017.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 25 juillet 2016

 

 

 

Retour du Maroc à l’Union africaine : « essentiel » pour le secteur du cinéma

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Le président de la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga, Nour-Eddine Saïl, a souligné, pour le secteur du cinéma, l’importance du retour du Maroc au sein de l’Union africaine, estimant qu’il s’agit désormais de poursuivre « officiellement à l’intérieur des structures légales » une coopération qui ne s’est jamais arrêtée.

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S’exprimant le 23 juillet, à la clôture de la 19-ème édition du festival, il a dit : « Ce retour, pour nous, il est vraiment essentiel (…) J’ai déjà accepté l’invitation du Tchad, du Bénin, pour que ce Maroc qui a milité pour l’Afrique, milite maintenant officiellement à l’intérieur des structures légales de l’Union africaine. Pour nous, c’est un devoir et un honneur ».

« Il n’y a jamais eu de coupure réelle. Nous avons toujours maintenu le contact, les cinéastes le savent. Ce n’est pas un hasard si au moins le Maroc, depuis au moins quatre décennies, a continué à coproduire avec d’autres pays africains presque une quarantaine de films longs-métrages, qui n’auraient pas pu se réaliser si nous n’avions pas pu être présents comme coproducteurs », a-t-il dit.

« Attente fraternelle »

Il a rappelé qu’au cours de cette 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga, la Communauté des cinématographies africaines  qui regroupe neuf pays – s’est réunie pour échanger sur une dynamique de coopération engagée il y a un peu plus de trois ans.

« Ce qui était émouvant, venant des participants, c’est la façon dont tous les présents à cette réunion ont accueilli le Maroc comme s’il y a véritablement une attente fraternelle, une attente quasiment génétique de ce retour qui a été voulu par sa majesté le roi Mohammed VI, cette année’’, a indiqué Nour-Eddine Saïl.

La 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga s’est achevée samedi soir par l’attribution du Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ au réalisateur éthiopien Yared Zelek pour son film Lamb, dont le jury a dit qu’il dépeint « une fresque sociale de l’Ethiopie dans une esthétique parfaite ».

Lamb relate l’histoire d’un petit garçon confié à des parents éloignés après le décès de sa mère et qui s’attache à une brebis, cherchant à la sauver à tout prix de la mort.

Quinze films étaient en compétition pour décrocher le Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’. Les œuvres sélectionnées venaient de 12 pays (Tunisie, Ethiopie, Algérie, Guinée, Egypte, Burkina Faso, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, Rwanda, Bénin, Maroc).

Vers un quarantième anniversaire « grandiose »

Dans son discours de clôture de la 19-ème édition du festival, le président de la Fondation organisatrice, Nour-Eddine Sail, a annoncé que le quarantième anniversaire du Festival du cinéma africain de Khouribga, prévu en 2017 (20-ème édition), va être « grandiose.

« Oui, l’année prochaine ce sera le quarantième anniversaire du Festival de Khouribga et ce sera la vingtième édition. Je vous dirai, le moment venu, comment ça va se présenter, mais je peux vous assurer, avant de faire le bilan de celle-ci, que ça va être grandiose », a-t-il assuré.

Il a ajouté : « Ça va être grandiose, parce que Khouribga attend ce quarantième anniversaire, parce que les organisateurs attendent cet anniversaire, parce que les membres du jury de cette année – qui seront réinvités l’année prochaine – attendent aussi cet anniversaire ». Saïl a souligné que ce quarantième anniversaire sera aussi « le point culminant de ce qui s’est passé cette semaine : le retour du Maroc à l’Union africaine ».

Le Festival du cinéma africain de Khouribga a été créé le 25 mars 1977 par la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc et l’Association culturelle de Khouribga. La deuxième édition est organisée six ans plus tard. Après la sixième édition, en 1994, le Festival n’a plus lieu jusqu’en 2000. Depuis 2009, année de création de la Fondation du festival, la manifestation est devenue annuelle.

Esquissant un bilan de l’édition 2016, il a dit que les objectifs que les organisateurs s’étaient fixés ont été « pleinement atteints ». L’importance de cette édition, a-t-il poursuivi, s’est matérialisée par des débats sur les problèmes du scénario en Afrique.

L’hommage au cinéma éthiopien

« Nous savons que ce que nous avons commencé ici, nous allons le terminer en février-mars 2017, au Fespaco. Le Fespaco, pour nous, c’est un peu plus que de la complémentarité, c’est une véritable union », a affirmé Nour-Eddine Sail.

Sur le contenu de la 19-ème édition, Nour-Eddine Saïl est revenu sur l’hommage rendu à l’Ethiopie, en relevant qu’en choisissant ce pays, la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga a tiré « le gros lot ».

« L’Ethiopie, c’est le pays de l’avenir, a-t-il dit. C’est le pays où de jeunes cinéastes, qui ont commencé depuis à peine trois ou quatre ans, arrivent à présenter des films remarquablement réalisés. Et l’Ethiopie à laquelle nous avons rendu cet hommage, c’est le pays qui, dans les dix années à venir, va produire les plus beaux films africains. »

La 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga s’est achevée samedi soir par l’attribution du Grand Prix ‘’Ousmane Sembène’’ au réalisateur éthiopien Yared Zelek pour son film Lamb, dont le jury a dit qu’il dépeint ‘’une fresque sociale de l’Ethiopie dans une esthétique parfaite’’.

Lamb relate l’histoire d’un petit garçon confié à des parents éloignés après le décès de sa mère et qui s’attache à une brebis, cherchant à la sauver à tout prix de la mort.

Quinze films étaient compétition pour décrocher le ‘’Prix Ousmane Sembène’’. Les œuvres sélectionnées venaient de 12 pays (Tunisie, Ethiopie, Algérie, Guinée, Egypte, Burkina Faso, Mali, Nigeria, Côte d’Ivoire, Rwanda, Bénin, Maroc).

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 24 juillet 2016

‘’Aji-Bi, les femmes de l’horloge’’, documentaire joyeux sur fond de réflexion sur le traitement réservé au Noirs au Maroc

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La jeune réalisatrice marocaine Raja Saddiki pose dans son documentaire ‘’Aji-Bi, les femmes de l’horloge’’ (66mn, 2015), au-delà du portrait de coiffeuses et esthéticiennes sénégalaises de Casablanca, des pistes d’une réflexion sur la question de fond du traitement, souvent humiliant, réservé aux Noirs dans ce pays du Maghreb et, plus généralement, en Afrique du nord.

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Raja Saddiki, la réalisatrice du film

‘’Aji-Bi, les femmes de l’horloge’’, présenté en compétition officielle à la 9-ème édition du Festival international du film de femmes de Salé (28 septembre-3 octobre), c’est la vie de Marième, une Sénégalaise de 20 ans qui vit à Casablanca, la capitale économique du royaume chérifien.

A travers l’histoire de Marième, on rencontre plusieurs autres femmes qui travaillent avec elle, à l’ancienne Médina. Elles sont coiffeuses, esthéticiennes, mères de famille, soutiens de famille partagés entre une régularisation au Maroc et une traversée vers l’Europe…

« En sortant de chez moi, chaque jour, je passais en taxi dans l’ancienne Médina et je voyais des femmes qui faisaient des tresses dans la rue », explique la réalisatrice Raja Saddiki, qui s’est alors mise à se poser des questions sur elles : « Comment vivent-elles ?  Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? »

L’idée de faire de ces interrogations un film documentaire lui est venue en 2011, quand Raja Saddiki a été au Sénégal où elle a vu comment, en tant que Marocaine, elle a été bien accueillie et bien traitée pendant son séjour.

« J’ai vu comment elles (les Sénégalaises) étaient généralement mal traitées ici », dit-elle, ajoutant : « J’ai trouvé ça injuste, parce que nous, quand on part au Sénégal en tant que Marocain, on a un accueil chaleureux. On nous montre ce qui est Marocain à Dakar, par exemple la grande mosquée, la rue Mohamed V. J’ai trouvé ça un peu injuste, d’autant que nous, Marocains, nous ne sommes pas blancs. Moi, mon grand-père était noir ».

Raja Saddiki estima que « ces femmes gagnent bien leur vie, mais la société marocaine a un regard assez dur sur elles. Je pense qu’à partir du moment où on est noir au Maroc, on a de sérieux problèmes. Ailleurs aussi, mais je parle du Maroc parce que c’est mon pays, c’est là que je vis… »

« J’ai vraiment senti l’injustice d’autant plus que quand je suis seule, on ne m’insulte pas, mais quand je suis avec des amies sénégalaises, je reçois des pierres aussi, des remarques », poursuit la réalisatrice, ajoutant que « certaines personnes ont une vision arriérée ».

Pour elle, « il fallait en parler, pas pour avoir la prétention de régler les choses, mais pour pousser à la réflexion ». « Nous sommes tous des humains et c’est ce qui compte avant tout. Quand je dis vision arriérée des choses, je pense aux gens qui pensent que quand on est noir on est esclave. Ici au Maroc, on garde ça dans notre langage. Il faut évoluer, on est au-delà des couleurs, des races. On est humains avant tout et c’est quelque chose qui s’oublie certaines fois ».

« C’est une totale incompréhension de ma part, insiste Saddiki. Mais j’ai l’intime conviction que c’est très dur d’être noir au Maroc, après avoir fait ce documentaire, après avoir côtoyé plusieurs personnes, après avoir moi-même été lapidée certaines fois avec des amis sénégalais. Je le prends très mal et je pense qu’il était indispensable d’en parler… »

Aboubacar Demba Cissokho

Salé, le 5 octobre 2015

Le Festival du film de femmes de Salé rend hommage à l’actrice Nadia Niazi

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L’actrice marocaine Nadia Niazi a reçu un hommage appuyé de l’Association Bouregreg, organisatrice du Festival international du film de femmes de Salé (neuvième édition du 28 septembre-3 octobre 2015), pour sa contribution au rayonnement du 7-ème art dans son pays.

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L’actrice Nadia Niazi

Avant de recevoir un trophée du festival, l’artiste s’est dit « énormément touchée et émue » par les témoignages diffusés en même temps qu’un montage d’extraits de ses apparitions dans différents films marocains, soulignant que cette distinction va la pousser à faire encore plus d’effort.

« Je considère que je ne suis qu’au début de ma carrière et que j’ai encore tant à donner, mais après avoir entendu tous ces témoignages, qui m’ont énormément touchée et émue, ce que j’espère c’est ne pas avoir à décevoir, de devoir donner encore et encore », a-t-elle dit.

Elle a remercié les organisateurs du festival, saluant leurs efforts à faire en sorte que la manifestation mette en avant ‘’la femme en général, la femme intellectuelle, la femme artiste, la femme militante’’, à travers des œuvres qui proposent leurs regards sur la société et leurs luttes pour s’affirmer.

Nadia Niazi est une actrice très populaire au Maroc, qui a joué dans de nombreux films de ses compatriotes réalisateurs : ‘’Les anges de Satan’’ (Ahmed Boulane), ‘’les amantes du Rif’’ (Narjiss Nejjar), ‘’The End’’ et ‘’C’est eu les chiens’’ (Hicham Lasri), ‘’Pégase’’ (Mohamed Mouftakir), ‘’Les années de l’exil’’, ‘’Tabit or not Tabit’’ (Nabyl Lahlou)…

Elle est aussi apparue dans des courts-métrages – ‘’L’âme’’ (Youssef Britel), ‘’Rock’n’bled’’ (Touria Benzari), ‘’L’esclave du mâl(e)’’ (Mohcine Nadifi), ‘’Vengeance’’ (Houda Echouafni) –, à la télévision et dans des films étrangers – ‘’Traitors’’ de Sean Gullet (Etats-Unis), ‘’The Queen Of The Desert’’ de Werner Hertzog (Allemagne), ‘’A Hologram Of The King’’ de Tom Tykwer (Allemagne).

Aboubacar Demba Cissokho

Salé, le 4 octobre 2015