Cheikh Anta Diop

Cheikh Anta Diop : 2016, le début d’un nouveau commencement

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Ce jeudi 29 décembre 2016, Cheikh Anta Diop aurait eu 93 ans. Pour ce savant qui avait inscrit sa démarche et son action dans l’Histoire, loin des contingences des logiques carriéristes et des petites querelles politiciennes, cette année 2016 a peut-être sifflé le début d’une revanche.

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La revanche dont il s’agit ici ne doit pas être comprise comme la reprise d’un avantage perdu à un moment, mais comme la réhabilitation d’un homme et d’un intellectuel dont le travail de restauration d’une conscience historique africaine commence à être compris et pris en charge dans des milieux et à des niveaux jusque-là réticents voire franchement hostiles. C’est timide, mais c’est un signe qui ne trompe pas, parce que l’idée que la pensée de Cheikh Anta Diop peut aider à fonder de nouvelles espérances est désormais inscrite dans un sillon.

2016 donc ! En cette année du trentième anniversaire de la disparition de l’homme politique, de nombreuses activités scientifiques, artistiques et culturelles ont été organisées, avec un soutien sans précédent de l’Etat du Sénégal, au plus haut niveau ; un Etat qui a décidé, répondant ainsi à une demande formulée par le groupe JàngCAD, d’engager la réflexion et le processus d’intégration de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes d’enseignement, du préscolaire au supérieur.

2016 c’est aussi l’année d’achèvement et de diffusion du film Kemtiyu – Séex Anta, réalisé par le cinéaste Ousmane William Mbaye, le premier qui dresse un portrait de Cheikh Anta Diop, sur la base d’archives sonores et visuelles ainsi que de témoignages de personnes l’ayant connu ou ayant travaillé avec lui. La première mondiale de l’œuvre, le 7 mai 2016 à Dakar, avait connu un succès retentissant. Depuis, le documentaire fait son chemin, dans des festivals ou à l’occasion de projections spéciales. Dans un contexte où l’image joue un rôle non négligeable, ce film devient un formidable outil de promotion de l’œuvre de Diop, en même temps une incitation à en savoir davantage, à aller le lire, donc. Incitation à aller à la recherche d’un maître.

Au mois de mars de cette année 2016, les éditions Zulma (France) et Mémoire d’encrier (Québec) lançaient les trois premiers titres d’une collection dénommée Céytu, contribution au trentième anniversaire de la disparition de l’historien et homme politique sénégalais. « Le nom choisi pour cette collection parlera d’entrée de jeu à nos lecteurs, Céytu étant le village du Baol où est né et où est inhumé Cheikh Anta Diop, savant, historien et homme politique sénégalais qui reste à ce jour l’une des figures africaines les plus influentes et respectées de tous les temps », expliquait le directeur de la collection, Boubacar Boris Diop, dans le communiqué annonçant cette initiative.

Pour Cheikh Anta Diop, qui était parti avec le sentiment perplexe et la petite frustration de n’avoir pas été compris de son vivant – même si, en vérité, il avait pris comme allié le temps – tous ces pas sonnent comme une réhabilitation dans ce pays même où les obstacles les plus (féroces) ont été posés sur son chemin, pour l’empêcher de diffuser son savoir auprès des jeunes, à l’université, et ses idées d’émancipation et de souveraineté sur le terrain politique. « L’Histoire ne se hâte jamais », répète souvent l’écrivain Boubacar Boris Diop. Avec la reconnaissance de plus en plus notée, cette formule trouve tout son sens.

Pour le reste, le chemin est encore long, qui verrait l’Afrique lever la tête, libre et débout, pour les leçons du passé, prendre la pleine mesure de ses forces, de ce que l’Humanité lui doit et de ce qu’elle peut et doit apporter à ce banquet auquel, jusqu’ici, elle n’a adhéré que parce que contrainte et forcée. Le continent a le choix, il doit l’assumer.

Ceux qui ont sérieusement lu et compris Cheikh Anta Diop ne le déifient pas, comme le leur reprochent très souvent des esprits polémistes et peu avertis. Ceux qui ont lu et compris sont toutefois conscients d’être en face d’une pensée féconde et profondément libératrice pour tous les humains. Ils sont convaincus de la richesse d’une œuvre pouvant, à tout moment, servir de base de départ pour de nouvelles recherches dans le domaine des sciences humaines et sociales surtout, pour la libération culturelle de l’Afrique, dans un contexte chargé de défis et d’enjeux politiques et culturels aussi cruciaux les uns que les autres.

La pensée de Cheikh Anta Diop est aux antipodes de la célébration d’un repli mortifère sur soi. Elle est fondée sur une ouverture qui part d’une connaissance de soi essentielle. Dans l’introduction de Civilisation ou barbarie (Présence Africaine, 1981), il écrit : « Aujourd’hui, chaque peuple, armé de son identité culturelle retrouvée ou renforcée, arrive au seuil de l’ère post-industrielle. Un optimisme africain atavique, mais vigilant, nous incline à souhaiter que toutes les nations se donnent la main pour bâtir la civilisation planétaire au lieu de sombrer dans la barbarie ». Le viatique est là. Pour un monde de dialogue et de paix. La question n’est donc pas de savoir s’il y a une pensée diopienne porteuse de solutions, mais celle-ci : que fait-on de ses pistes et propositions ?

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 29 décembre 2016

« Kemtiyu – Séex Anta », impressions hors-film…

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Le samedi 7 mai 2016, entre 19h 07 et 20h 41, un beau et nombreux public a assisté, au Théâtre national Daniel Sorano, à Dakar, à la première mondiale du premier film de création sur l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986), écrit et réalisé par Ousmane William Mbaye. Il y avait dans la salle des initiés qui connaissent l’homme et son œuvre « sur le bout des doigts », comme l’a dit Laurence Attali, monteuse et coproductrice du documentaire – même si je considère qu’on ne finira jamais d’apprendre de son travail et de sa démarche.

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Mais il y avait surtout de nombreuses autres personnes qui ne connaissaient presque rien de lui, de sa pensée ou de son colossal travail de restauration d’une conscience historique africaine. Avant la projection, la question concernait surtout  »Kemtiyu », le titre du film, mais les questions, observations, commentaires et remarques les plus incongrus – qui relevaient à la fois d’une grosse ignorance du travail de Cheikh Anta et des conséquences encore visibles du black-out dont il a fait l’objet dans le système éducatif national sénégalais -sont venus après la projection de Kemtiyu – Séex Anta.

Certains, dont beaucoup se considèrent et sont vus comme les plus brillants dans leurs disciplines ou faisant autorité dans leurs domaines d’activités, soufflaient, toute honte bue, qu’ils ne savaient rien de la pensée ou de l’œuvre de Cheikh Anta Diop ; D’autres – comme cet éditeur ayant pignon sur rue à Dakar – disaient qu’ils n’avaient jamais entendu la voix de l’homme…

D’autres encore ignoraient tout ou presque du combat politique d’un homme qui n’a jamais cédé aux honneurs, préférant préserver l’éthique et l’intégrité qu’il savait fondamentales pour donner l’exemple ; ou de l’énergie que le poète martiniquais Aimé Césaire (1913-2008) a consacrée à la défense de Nations nègres et culture (1954), le livre qui, en démontant les fondements de l’égyptologie occidentale, fit  »scandale », pour reprendre le terme du sociologue et intellectuel camerounais Jean-Marc Ela (1936-2008)… Pas totalement de leur faute, mais quand même !

Si le film pouvait constituer un moyen de pousser les uns et les autres à (re)lire Cheikh Anta Diop et à essayer de le comprendre dans le texte, Ousmane William Mbaye, Laurence Attali et tous les protagonistes de Kemtiyu auront réussi leur pari. Et la porte d’entrée de cette entreprise intellectuelle, qui n’est en fait qu’une œuvre de réconciliation avec nous-mêmes, c’est… Nations nègres et culture. Peut-être un pas vers ce feuilleton documentaire que Ousmane William Mbaye appelle de ses vœux, et que j’intitulerai simplement A la recherche du maître…C’est en cela, à mon avis, que le film  »Kemtiyu… », bien que déjà  réalisé, restera toujours un projet symbolique dont les  »fruits » ne seront récoltés que bien plus tard.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 9 mai 2016

Trentième anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop : le programme de la seconde partie !

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La seconde partie du programme du trentième anniversaire de la disparition de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986) débute ce mardi 29 mars 2016 par une table ronde sur le thème « industrialisation écologique de l’Afrique et recherche en amont ».

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1ER – 31 MARS : EXPOSITION Cheikh Anta Diop, l’homme et l’œuvre : Bibliothèque centrale UCAD

DU SAMEDI 26 MARS AU LUNDI 28 MARS : Accueil de la délégation du Burkina Faso et du Mali – Pays invité

MARDI 29 MARS : 9h00 – 18h00 UCAD 2

 Table Ronde : Industrialisation écologique de l’Afrique et recherche en amont

Sous l’égide de la Faculté des Sciences et Techniques (FST)

—- 8h30 – 9h00 Inscription / Installation des participants et des invités

—- 9h00 – 9h30 Cérémonie officielle sous la présidence de Pr. Mary Teuw Niane, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Allocutions de :

– Mariétou Diongue Diop, comité national préparatoire

– Pr. Joseph Sarr, Doyen de la FST

– Pr. Ibrahima Thioub, Recteur de l’UCAD

 —- 9h30 – 11h30  Panel 1 : Modérateur : Pr. Mamadou Sangharé

Introduction à la Table ronde / Dr. Cheikh MBacké Diop

1- L’Afrique et les défis de l’énergie / Pr. Ahmadou Wagué

2- La problématique des énergies renouvelables / Pr. Bassirou Bâ

Discussions

—- 11h30 – 13h00

3- L’Importance des STEM dans le développement industriel de l’Afrique / Pr. Hamidou Dathe

4-  Matières  grises  vs  Matières  premières  :  l’Innovation,  priorité  stratégique  pour  le développement de l’Afrique»/ Dr. Demba Diallo, Directeur Associé – société Innhotep

5- Gestion des déchets et développement durable : quels défis pour l’Afrique ? / Pr. Cheikh Diop, ISE (Institut des sciences de l’environnement)

—- 15h00 – 16h30  / Panel 2 : Eau – Agriculture-élevage et pêche

Modérateurs : Pr. Abdoulaye Samb, (ANSP) / Pr. Joseph Sarr, Doyen (FST)

6– Changements climatiques et accès à l’eau en Afrique / Pr. Raymond Mallou

7- La crise de l’eau et ses répercussions sur le développement / Pr. Alioune Kane, EDEQUE

8- L’Agriculture en Afrique, de la recherche – formation à la production et l’entreprenariat / Pr. Kandioura Noba

9- L’Agro-écologie comme alternative aux changements climatiques / Mariam Sow, ENDA TM

—- 16h45 – 18h15 L’Elevage : de la recherche – formation à la production Pr. Sawadougou, EISMV ; Bagoré Bathily, Laiterie Du Berger

La Pêche en Afrique, problèmes et perspectives / – Pr. Cheikhna Diabakhaté – Jean Fall – Khady Diouf, IFAN Cheikh Anta Diop

MERCREDI 30 MARS : 09H00 – 18H00 : UCAD2 / JOURNEE DU PARRAIN

FORUM : Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ? Sous la présidence de M. le recteur, Pr. Ibrahima Thioub

Modérateur : M. Adama Samassekou, Président du Réseau MAAYA, Mali

—- 09H – 11H30  DE LA NECESSITE D’UNE CULTURE FONDEE SUR LES LANGUES NATIONALES

1- Que dit Cheikh Anta Diop aux écrivains africains ? / Boubacar Boris Diop

2- Langues nationales et luttes démocratiques : l’expérience malienne / Hamidou Konaté

3- La production de livres en langues africaines : état des lieux / Jean Claude Naba

4- Le génie descriptif des langues africaines comme facteur d’acquisition des sciences :

exemple du Pulaar / Mouhamadou SY, Université de Cergy-Pontoise

—- 11H30 – 12H30   HOMMAGE A ARAME FAL DIOP

15h00 – 16h00 Art et Artisanat africain : enjeux culturels et économiques (Cas du Festival du Niger) / Mamou Daffé, Président de la Fondation du Festival du Niger.

Modérateur : Ibrahima Wane

—- 16H00 – 17H30 : HOMMAGES POSTHUMES

Youssouf Tata Cissé par Dr. Fodé Moussa Balla Sidibé

Contributions d’Issa Laye Thiaw et Hamidou Dia

Issouf Sawadogo dit Osiris / Bétéo NEBIE et Abdoulaye Diallo (MENES)

Ali Farka Touré (Projection de film), en présence de son fils Vieux Farka Touré

17h30 : Vernissage de l’exposition d’artisanat malien – UCAD2

JEUDI 31 MARS : UCAD2

Table Ronde : Etat et Société en Afrique : la Perspective de Cheikh Anta Diop

Sous l’égide de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP).

Modérateur : Dr. Ebrima Sall, Directeur exécutif, CODESRIA.

—- 09h00 – 13h00 :

  1. Typologie du pouvoir d’Etat en Afrique, des origines nubiennes prédynastiques aux grands empires précoloniaux / Dr. Ndongo Samba Sylla (Fondation Rosa Luxembourg)
  2. Statut et rôle de la femme dans la société et l’Etat selon la tradition africaine / Pr. Fatou Kiné Camara (UCAD)
  3. Etat fédéral ou fédération d’Etats : bilan des récentes tentatives d’unité politique en Afrique/ Pr. Pape Demba Sy (UCAD).
  4. Sécurité et souveraineté en Afrique contemporaine : enjeux et perspectives / Pr. Bakary Sambe (UGB).
  5. Apports fondamentaux de Cheikh Anta Diop à la connaissance de l’Afrique et à son développement (Contribution posthume de Mme Louise Marie Diop-Maes ; texte reçu en février 2016)

Discutants : – Dr. Cheikh Tidiane Gadio, IPS et M. El Hadji Ibrahima Sall, Université Polytechnique de Dakar

—- 16h30 – 19h00    Après-midi culturelle : Hommage à Louise Marie Diop – Maes dite Aram et Cheikh Anta Diop

Au programme : Projection de film (intervention de Mme DIOP, extrait de la conférence du 10-2013 à Paris « l’Image de l’Afrique ancienne travestie » suivie du témoignage de Rosa Amelia Plumelle URIBE.

Prestations de : Babacar Ndaak Mbaye – Shula Ndiaye – Vieux Mac Faye – Ma Sané – Didier Awadi – Ablaye Cissokho…

 Trentième anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop – Sous le haut patronage de Son Excellence, Monsieur Macky Sall, président de la République du Sénégal, sous la présidence d’honneur du professeur Amadou Mahtar Mbow, sous le co-parrainage du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de la Culture. Partenariat : Université Cheikh Anta Diop de Dakar – Fondation UCAD – Université Gaston Berger de Saint Louis – Université Alioune Diop de Bambey – Université Assane Seck de Ziguinchor – Université de Thiès – Fondation SONATEL – Institut Panafricain de Stratégies – Association KHEPERA – RND – Revue ANKH – ARCADE – CODESRIA – Fondation Léopold Sédar Senghor – Place du Souvenir Africain – SOS médecin – WARC …. Pays invité d’honneur : Mali

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Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 26 mars 2016

Cheikh Anta Diop bientôt dans les programmes d’enseignement : un pas en avant

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La première semaine de commémoration des trente ans de la disparition de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986) s’est achevée le mercredi 10 février 2016 sur l’annonce en Conseil des ministres, par le président sénégalais Macky Sall, de sa décision de promouvoir « les œuvres, enseignements et recherches » du parrain de l’université de Dakar. Un grand pas en avant dans la reconnaissance de la contribution de l’homme à placer l’Afrique au cœur de l’Histoire de l’humanité, et la première récompense d’efforts entrepris il y a deux ans par des Sénégalais de divers horizons.

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 « Le Président de la République demande au Gouvernement, en particulier aux Ministres chargés des Infrastructures, de l’Enseignement supérieur, de l’Education et de la Culture, de promouvoir auprès des jeunes et des étudiants notamment, les œuvres, enseignements et recherches de cet illustre fils du Sénégal… », indique le communiqué du Conseil des ministres.

Le texte ajoute que M. Sall a invité ces ministres à « engager, dans les meilleurs délais, la réalisation d’un projet de valorisation du village de Thieytou (où repose Cheikh Anta Diop), qui devra intégrer l’édification d’un centre de documentation et d’exposition sur sa vie et son legs ».

En Conseil des ministres, le président sénégalais à « saisi l’occasion de la commémoration du trentième anniversaire de sa disparition, pour rendre, au nom de la nation, un vibrant hommage au Professeur Cheikh Anta DIOP, un savant d’exception qui a fortement contribué au rayonnement scientifique, politique et culturel du Sénégal, de l’Afrique et du monde noir ».

Où en est-on ?

 Le 8 février dernier, à l’UCAD 2, lors de l’hommage conjoint de l’Institut panafricain de stratégies (IPS) et du Molefi Kete Institute (MKI) sur la pertinence et l’actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, le Dr Dialo Diop, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), avait évoqué « cette revendication de plus en plus massive pour un enseignement systématisé, évalué, organisé et structuré de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes de l’éducation ».

« Il faut que vous sachiez que c’est un processus qui est en cours. A la suite d’une pétition initiée par des compatriotes du Québec et qui, au moment où elle a été remise au Premier ministre, avait déjà recueilli 15 mille signatures », a-t-il dit. Selon l’enseignant Daouda Guèye, membre du groupe ‘’JangCAD’’, qui a lancé la pétition, celle-ci a recueilli 30 mille signatures à ce jour.

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Exposition des initiateurs de la pétition. Des ouvrages de Cheikh Anta Diop en exergue

Dialo Diop a signalé que les services de la Primature ont engagé une équipe de la question et mis en place une commission compétente, « qui a commencé ses travaux préliminaires et en est à l’étape de confection de fiches pédagogiques, parce qu’ils (les membres de la commission) ses ont rendus compte que si on veut introduire la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes alors que la majorité des enseignants en activités ignorent cette pensée, il est nécessaire de combler cette lacune ».

Dialo Diop a ajouté : « Les fonctionnaires de l’Inspection générale de l’éducation nationale sont en train d’élaborer des fiches pédagogiques avant de déterminer selon quelles méthodes et procédures elles vont être transmises aux enseignants et incluses dans les programmes de formation des futurs enseignants qui ne sont pas encore sortis des écoles de formation comme la Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation (FASTEF) ».

‘’JangCAD’’, pour « aller au-delà du rituel de la commémoration

Dans le programme de commémoration des trente ans de la disparition de Cheikh Anta Diop – qui s’étale sur deux mois -, l’exposition des initiateurs de la pétition pour l’enseignement de la pensée de l’homme dans les écoles et universités du Sénégal, le 6 février 2016, a suscité un intérêt qui s’est traduit par la visite de nombreux étudiants, qui ont pu apprécier les images et les extraits de déclarations et d’ouvrages de l’anthropologue.

La pétition a été lancée il y a deux ans, rappelle Daouda Guèye, enseignant et membre du groupe ‘’JangCAD’’ qui porte l’initiative, constatant « l’intérêt du public à prendre connaissance des écrits et idées de Cheikh Ana Diop ». « Ce qui nous conforte dans notre conviction que la pensée de Cheikh Anta Diop doit être introduite et enseignée dans les programmes scolaires. La pétition a été lancée il y a deux ans, lors du 28è anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop », a ajouté Guèye. L’année dernière, une caravane, partie de Dakar, avait fait escale dans quatre autres villes du Sénégal (Thiès, Mbour, Louga et Saint-Louis), a-t-il rappelé.

Au cours de ce voyage, les pétitionnaires ont visité des établissements scolaires et des universités  pour échanger sur la pensée de Cheikh Anta Diop et recueillir des signatures. Un travail qui a aujourd’hui trouvé un écho favorable auprès des pouvoirs publics. Ainsi, une commission dirigée par un inspecteur général de l’éducation nationale au sein de laquelle  siègent Dialo Diop, Aboubacry Moussa Lam, Daouda Guèye, entre autres. Deux semaines avant le début des activités de commémoration des trente ans de la disparition de Cheikh Anta Diop, « le chef de l’Etat, en recevant le comité d’organisation, avait dit ne pas comprendre pourquoi la pensée de Cheikh Anta Diop n’était pas enseignée à l’école », a rapporté Daouda Guèye, précisant que Macky Sall avait alors fait la promesse qu’il va « tout mettre en œuvre pour que cela devienne une réalité ».

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Exposition des initiateurs de la pétition. Un étudiant prend connaissance d’idées et de déclarations de Cheikh Anta Diop

Le groupe ‘’JangCAD’’ est né en 2014 entre Sénégalais, dont certains sont établis à l’étranger – au Canada essentiellement -, pour « aller au-delà du rituel de la commémoration et corriger l’anomalie qui fait qu’ailleurs la pensée de Cheikh Anta Diop est revisitée, enseignée et que dans son propre pays, ça ne soit pas le cas, de manière systématisée », a rappelé l’enseignant.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 11 février 2016

Felwine Sarr met en perspective la pensée économique de Cheikh Anta Diop

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Le deuxième acte des activités de commémoration des trente ans de la disparition de Cheikh Anta Diop (1923-1986), a été posé le samedi 6 février 2016, dans le cadre d’une édition spéciale des « Samedis de l’économie » organisée par ARCADE et la Fondation Rosa Luxembourg. Il y a été question de la pensée économique de Cheikh Anta Diop. A cette occasion, l’économiste Felwine Sarr a estimé que le travail de l’historien et homme politique sénégalais dans ce domaine doit être prolongé et enrichi par la prise en compte de l’intelligence, de l’innovation technologique, du capital humain, aujourd’hui intégrés dans la pensée économique et de la pensée d’une production de richesses.

« Bien que visionnaire, Cheikh Anta Diop reste l’homme de son temps et pense à partir des référents de son époque et à partir de la vision économique de l’époque qui consistait à dire que la production de valeur ajoutée et de richesses devait se fonder sur des ressources, du capital, du travail et très peu sur du capital immatériel », a notamment dit Sarr, qui a animé le panel avec un autre économiste, Makhtar Diouf. ‘’L’énergie et la voie africaine du développement’’ était le thème de son intervention.

« Fonder la production de richesses sur de l’immatériel »

« L’autre réserve (sur la pensée économique de Cheikh Anta Diop), sur laquelle je suis indulgent : l’intelligence, l’innovation technologique, le capital humain. Depuis quelques années, il y a un mouvement théorique qui a renouvelé les analyses et qui a mis ce facteur au cœur de la pensée économique et de la pensée d’une production de richesses. On remarque de plus en plus qu’on pourrait faire l’économie d’un certain type de ressources et fonder la production de richesses sur de l’immatériel. C’est l’une des rares réserves que j’ai eue en termes critiques sur sa vision économique », a-t-il affirmé.

Cheikh Anta Diop, a « une réflexion sur l’importance de la science, mais il n’a pas une réflexion sur le capital humain en termes de facteur générateur de croissance économique. On sent que c’est un scientifique dur et il a une vision de l’industrialisation qui doit être fondée sur le capital, le travail et sur les ressources qui existent ».

Selon Felwine Sarr, la vision immatérielle de la production de la richesse est actuellement l’un des chantiers de réflexion de l’économie depuis qu’on s’est rendu compte que le capital humain contribuait plus que les facteurs traditionnels de la production de richesses. « Il y a toute une réflexion sur comment créer de la richesse en dehors des ressources matérielles, de la terre, du capital, des mines… Cette réflexion est absente (chez Cheikh Anta Diop) ».

Huit zones naturelles à vocation industrielle 

Felwine Sarr a, dans une première partie de sa communication, restitué « l’essentiel de la pensée de Cheikh Anta Diop », celle qui est développée dans Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire (Présence Africaine, 1960) avant de la mettre en perspective avec les enjeux économiques actuels du continent africain et de l’interroger de manière critique. « Le point de départ de Cheikh Anta Diop, comme généralement dans tous ses travaux, c’est l’unité géographique, linguistique, psychique et la continuité historique du continent, a-t-il expliqué. Il ancre sa réflexion dans cet espace. Pour Cheikh Anta Diop, la restauration d’une conscience historique est un préalable à toute entreprise d’envergure. »

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Exposant les grandes lignes de l’ouvrage Les fondements…, Sarr a rappelé que Cheikh Anta y dégage huit zones naturelles qui ont une vocation industrielle : le bassin du Zaïre, « la première région industrielle du continent, qui peut fournir de l’électricité à toutes les branches industrielles du continent », le golfe du Bénin (Nigéria-Togo-Bénin), « le lieu d’une industrie électrochimique et électromagnétique »,  »Ghana-Côte d’Ivoire », « grande zone agro-alimentaire », la zone ‘’Guinée-Sierra Leone-Liberia’’ (industrie métallurgique), ‘’Sénégal-Mali-Niger’’ (pauvre en énergie, mais possibilité de prospection, industrie textile, oléagineux, élevage…), le Soudan nilotique (construction de barrages, réserves d’uranium, culture de coton), le bassin du Zambèze, l’Afrique du Sud.

Pour Felwine Sarr, Cheikh Anta Diop « dessine (dans cet ouvrage publié en 1960), « une vision de l’industrialisation et a vision de l’intégration verticale, identifie les différents foyers de ressources et réponde aux besoins des pays africains », soulignant qu’il a « le souci de la démographie, c’est-à-dire une urgence de repeupler le continent ». L’anthropologue a une réflexion qui va au-delà du recensement technique des ressources et des énergies, a poursuivi Sarr, précisant : « Cheikh Anta Diop affirme clairement qu’il est nécessaire qu’il y ait une nouvelle politique économique africaine et qu’il y a une nécessité pour les Etats africains d’avoir un plan d’industrialisation.  Il y a une nécessité qu’ils réfléchissent et pensent la structure de leur insertion dans le commerce international et de leurs échanges ».

Défi démographique

Après cette première partie de son exposé, consacrée à un résumé de la stratégie élaborée par Cheikh Anta Diop, Felwine Sarr a tenté une articulation de ces réflexions aux défis qui sont ceux des Africains aujourd’hui. A ce propos, il a dit que « l’un des défis pour le continent africain est le défi démographique ». En 2035, a-t-il indiqué, « l’Afrique constituera 25% de la population mondiale et va rattraper son retard causé par la Traite négrière », ajoutant : « Le repeuplement est déjà fait. C’est à partir de 1950 que le continent a décuplé sa population et que la révolution a eu lieu. Mais le plus important, c’est qu’en 2035, le plus grand nombre d’individus âgés de 15 à 45 ans se trouvera sur le continent africain. Ça veut dire que les équilibres démographiques, économiques, politiques et sociaux du monde seront infléchis par cette force motrice et que les enjeux en termes d’éducation et de capital humain sont fondamentaux. Donc, on est dans cette vision du repeuplement et du dividende démographique à retrouver, qui a été une vision de Cheikh Anta Diop dans les années 1950 ».

Les ressources naturelles et la vision d’une économie autonome

« Le continent dispose actuellement d’un quart des terres émergées, des terres arables qui ne sont pas utilisées ; du tiers des ressources naturelles du monde. Ce qu’il faut souligner, c’est que les neuf dixièmes de ces ressources ne sont pas encore exploitées. Ça veut dire que le potentiel est immense », a poursuivi Sarr dans sa mise en perspective de la pensée de Cheikh Anta Diop. Au regard de cette situation-là, a-t-il dit, « la vision prospective sur la manière d’exploiter ces ressources, la manière de les distribuer et la manière de les articuler dans une perspective continentale garde sa pertinence aujourd’hui, puisque ces ressources sont encore là. On a un avantage stratégique en termes de ressources disponibles et on a retrouvé l’avantage démographique ».  

Il y a dans les idées dégagées par Cheikh Anta Diop « la vision d’une économie autonome, qui use de ses ressources au profit de ses populations, et évite, dans l’échange international, d’être celle qui est victime de structures inégalitaires ou celle qui profite le moins de ses ressources », a fait remarquer Felwine Sarr, estimant que « l’un des problèmes de nos économies, c’est que pour celles qui sont actuellement en croissance, on a une croissance qui est tirée par les industries extractives, les services et les mines. »

Un autre problème, a-t-il relevé, c’est que sont essentiellement « des économies d’enclave au cœur desquelles on exploite un certain nombre de richesses et que ce sont des économies très peu intégrées verticalement ». « Les autres secteurs de l’économie ne profitent pas de la croissance dans ce secteur-là (secteur des matières premières, des ressources et des énergies…). Là aussi, une stratégie consisterait à avoir une vision sur ce que l’on échange, comment on l’échange et quel usage on fait des ressources, dans quel but, lié à quelles finalités ».

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 9 février 2016

Caytu : le pèlerinage 2016 en images

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Le rituel du pèlerinage au mausolée de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop, à Caytu (150Km), a été, ce dimanche 7 février 2016, plus que par le passé, un moment fort émouvant et plein d’enseignements à plusieurs titres. Des milliers d’élèves et d’étudiants ont fait le déplacement et ont été rassemblés sous une immense tente où se trouvaient aussi personnalités politiques, leaders de partis, universitaires, membres du corps diplomatique, autorités coutumières et religieuses…

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Le mausolée où repose Cheikh Anta Diop, auprès de son grand-père, Massamba Sassoum Diop

Au-delà de la reconnaissance de la communauté à l’endroit de Cheikh Anta Diop, restaurateur d’une conscience historique africaine, les revendications des jeunesses fédéralistes et des populations du terroir commencent à trouver un écho favorables auprès des pouvoirs publics : le chef de l’Etat, Macky Sall, a promis, en plus du soutien matériel dégagé cette année pour la commémoration des trente ans de la disparition de l’anthropologue, de satisfaire la doléance de bitumage du tronçon routier Bambey-Gawane-Caytu.

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De gauche à droite : le Pr Théophile Obenga, historien et linguiste, disciple de CAD, Cheikh Mbacké et Massamba Sassoum, deux enfants de l’historien sénégalais, lors de la cérémonie officielle

Le Conseil municipal de Dinguiraye a pour sa part décidé de baptiser l’école primaire de Caytu du nom de Cheikh Anta Diop.

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Des élèves en compagnie de membres de la famille de Cheikh Anta Diop, dont ses enfants Cheikh Mbacké Diop, en boubou clair au centre, et Massamba Sassoum, à gauche (les bras croisés)
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Le tronçon Bambey-Gawane-Caytu, long de 29Km

Dialo Diop, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), dernier parti politique fondé par Cheikh Anta Diop, a dit que la question de l’introduction de la pensée de ce dernier, dans les programmes scolaires – objet d’une pétition qui a recueilli quelque 30 mille signatures au Sénégal et dans la Diaspora – est à l’étude à l’Inspection générale de l’Education nationale.

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Dialo Diop, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), s’adressant à des journalistes devant le mausolée

Mariétou Diongue Diop, administratrice de la Fondation de l’Université Cheikh Anta Diop, a rapporté le souhait de la structure de voir la résidence de l’historien à Fann-Résidence être érigée en musée.

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Aboubacar Demba Cissokho

Caytu, le 7 février 2016

Commémoration des trente ans de la disparition de Cheikh Anta Diop : c’est parti !

Publié le Mis à jour le

La première journée des activités commémorant le trentième anniversaire de la disparition de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986) s’est achevée jeudi soir par un très beau concert, animé dans le grand amphithéâtre de l’UCAD 2. A l’initiative des Frères Guissé, des musiciens ont servi au public des notes, des mélodies et des mots rendant hommage à celui qui a « élaboré l’historiographie africaine moderne contemporaine », selon le mot du Théophile Obenga. El Hadji Ndiaye, Souleymane Faye, Shula Ndiaye, Vieux Mac Faye, Ablaye Cissoko, Djiby Guissé se sont succédé sur la scène avant de clôturer les deux heures de concert par une jam session. La commémoration des trente ans de la disparition de Cheikh Anta avait démarré de fort belle manière dans la même salle par une leçon inaugurale de l’égyptologue Babacar Sall sur l’homme et l’œuvre, une intervention de Théophile Obenga, la distribution d’un livret sur l’homme et l’œuvre, présenté par Cheikh Mbacké Diop. Le tout dans une tonalité empreinte de pédagogie.

 

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Dans sa communication, l’égyptologue Babacar Sall, a retracé le cheminement de la pensée de Cheikh Anta Diop. Il s’est, dans un premier temps, adressé aux nombreux collégiens et lycéens qui étaient parmi les 2000 personnes ayant fait le déplacement, sous forme de question : « savez-vous pourquoi, chers élèves, Cheikh Anta Diop est célèbre ? » Il s’est empressé d’y répondre en disant que si Cheikh Anta Diop est si célèbre dans le monde, « c’est parce qu’il a montré que l’essentiel de ce que l’Europe a écrit sur l’Afrique et les Noirs est faux ».

Enraciner l’égyptologie) en Afrique noire

 « L’Europe a écrit que les noirs n’ont créé aucune civilisation, qu’ils n’ont créé aucun outil, aucun instrument de transformation (…), que les Noirs n’apparaissent dans l’histoire qu’à partir du 13ème siècle avant Jésus-Christ, que la civilisation de l’Egypte des Pharaons a été créée par des Européens venus d’Asie et d’Europe, que les noirs sont intellectuellement inférieurs aux autres races, que partout et en tous temps les noirs apparaissent comme des subordonnés, que c’est par la colonisation que les noirs ont commencé à se civiliser. Cheikh Anta Diop a battu en brèche toutes ces affirmations », a poursuivi le Pr Sall, estimant que « seul l’enracinement d’une pareille discipline scientifique (l’Egyptologie) en Afrique noire amènera à saisir, un jour, la nouveauté et la richesse de la conscience culturelle que nous voulons susciter… ».

« La régression de l’Afrique est résultat des multiples agressions qu’elle a subies »

Il a ajouté : « Cheikh Anta Diop ne s’est pas contenté de l’écrire, il a démontré sur des bases scientifiques que les Noirs ont créé les plus anciennes civilisations historiquement attestées de l’humanité, à savoir l’Egypte, Koush et Axoum, que la civilisation grecque a emprunté l’essentiel des éléments de sa culture aux Noirs et à l’Egypte ».  Babacar Sall a souligné que « la régression de l’Afrique est le résultat des multiples agressions qu’elle a subies (traite négrière et colonisation, notamment)», reprenant le constat de Cheikh Anta Diop qui, a-t-il rappelé, appelait « les Noirs à renouer avec la science et la technologie pour leurs pays, le continent ». Invitant ses collègues chercheurs et enseignants à « consolider les arguments de Cheikh Anta Diop en fondant leurs propres appareils sur les perspectives épistémologiques », il a lancé : « A chaque individu d’écrire l’histoire de sa classe sociale, de son appartenance ethnique, de son pays et de sa Nation. Personne ne viendra le faire à votre place ou s’il arrive, le résultat risque de ne pas plaire ».

« On parle des millions de morts causés par la Traite négrière, mais combien d’éléments culturels, scientifiques, techniques ont disparu dans les villages brûlés d’Afrique ? Cela on ne le saura jamais. L’Europe a voulu exclure l’Afrique du devenir de l’humanité », a poursuivi le conférencier, soulignant qu’en faisant des études de philosophie, de physique-chimie, « Cheikh Anta Diop est allé aux fondamentaux du discours scientifique et s’est armé de sciences jusqu’aux dents».

Cheikh Anta Diop : « Il faut des arguments à bout portant »

Théophile Obenga a pour sa part dressé un portrait de Cheikh Anta Diop, ‘’créateur de concepts’’. Citant le philosophe allemand Emmanuel Kant, il a dit qu’il faut faire la distinction entre le talent et le génie. « Le talent découvre ce qui est déjà là, le génie invente l’inconnu, a-t-il relevé. Je persiste et je ne démords pas, mais je crois que dans le cas de Cheikh Anta Diop, on a affaire à un génie. C’est ma conviction. Non seulement un génie, mais – et c’est ça qui ennuie les autres – c’est qu’il a une intuition extraordinaire. Quand on a un problème, il a déjà la solution. Mais ce qui compte en Occident, il faut trouver le processus de la solution, la méthode. Lui, il dit que c’est comme ça. Les autres disent : ‘’oui, on veut ben, mais comment tu es arrivé à ça ? » (…)

« Je crois que, dans sa jeunesse, il (Cheikh Anta Diop) avait pratiqué la boxe comme sport. Parce que quand on discutait, il me disait parfois : il faut des arguments à bout portant, a-t-il dit, déclenchant des applaudissements et des rires dans l’amphithéâtre. Il a ajouté : « Pour Kant, le génie se remarque par la création des concepts, parce que ce sont les concepts qui peuvent nous mettre en connexion avec le reste de l’Humanité. Nous vivons dans un monde de concepts. Le monde humain, la civilisation, c’est les concepts. Cheikh Anta Diop, à mon avis, et c’est vérifiable, est l’Africain contemporain qui a créé plus de concepts. Ces concepts, parfois, sont devenus si communs qu’on ne s’en rend même pas compte ».

« Conscience historique »

Selon lui, Cheikh Anta Diop a insisté sur le concept ‘’Histoire’’, « c’est-à-dire un passé conscientisé, un présent conscientisé et un avenir projeté avec conscience ». « C’est ça l’Histoire. L’Histoire n’est pas seulement le passé, c’est le lien entre le passé, le présent et le futur. On ne peut pas avoir l’Histoire sans se projeter dans l’avenir. Cheikh Anta Diop a parlé de la conscience historique (…) Il dit qu’il y a des lambeaux, mais on peut reconstituer la conscience historique africaine. C’est fondamental. S’il n’y a pas de conscience historique pour un peuple, pour une nation, on vit comment ? On ne peut rien faire, on est éparpillés, il n’y a pas de ciment, pas de lien entre les individus, entre les projets communs, s’il n’y a pas de conscience historique. C’est-à-dire assumer ensemble l’Histoire, assumer ensemble les combats. C’est  Cheikh Anta Diop qui a créé ça. Et même les nations. On était habitués à ‘tribus’. Mais en 1954, il écrit ‘’Nations nègres et culture’’. Il donne le concept de nation dans un contexte où on n’entendait que ‘’colonies’, ‘’tribus’’, ‘’ethnies’’. Nation, c’est-à–dire qu’on est nés ensemble sur un territoire. Il y a une solidarité nationale, une communauté nationale. Le premier à formuler ça, à l’écrire, chez les Africains, c’est Cheikh Anta Diop ».

Afrique noire précoloniale

De la même manière, a poursuivi Théophile Obenga, « nous avions ‘’L’Afrique coloniale’’, ‘’l’Afrique postcoloniale’’ ou ‘’l’Afrique indépendante’’. Cheikh Anta Diop a été le premier à créer le concept de ‘’l’Afrique noire précoloniale’’, c’est-à-dire qu’avant la colonisation, il y avait une Afrique que nous ne connaissons pas et que nous devons connaître. Et c’est ça la vraie Afrique, qui a des traditions, des coutumes, un droit, de la science, de la philosophie, une expérience universelle, etc. Si vous n’avez que la conscience coloniale, même si vous êtes libres, libérés, vous êtes dans la continuation de la colonie. Si bien qu’on dit ‘’littérature africaine postcoloniale’’. Mais vous ne vous en sortirez jamais de la colonie ». « Il faut se détacher justement de la colonie. C’est cette Afrique (précoloniale) qui est importante, qui s’oppose à l’autre Afrique qui a subi l’Histoire. Il faut maintenant faire l’Afrique sans subir l’Histoire. Le ‘’précolonial’’ explique la colonie, ça l’élimine même, dialectiquement. C’est un moment qu’il faut dépasser dialectiquement. Mais si on n’a pas un moment pour dépasser la colonie, on reste dans la coopération, les conseillers, les budgets qu’on fait avec eux…ça n’avance pas, parce qu’on est toujours une colonie dirigée maintenant par des autochtones. Ce concept indique la rupture, le refus de la colonisation. Tu ne peux pas gagner ton indépendance sans couper le cordon ombilical… »

Nécessité conceptuelle

« Il faut revenir expliquer ces concepts, c’est-à-dire que tu existais avant que tu ne sois colonisé, et que la colonisation n’est qu’un moment qui est appelé à être transcendé, dépassé. C’est un moment qu’il faut vaincre. Ce n’est pas une fatalité. Ce ne sont pas des concepts vains, c’est des mots qui contiennent une idéologie, une philosophie, de l’action. Voilà pourquoi, à la place, d’autres créent des concepts : ‘’pays sous-développés’’, ‘’pays en voie de développement’’, ‘’pays en voie d’émergence’’…Nous, on boit les concepts des autres, on mange ça comme du pain béni. Il y a une faiblesse conceptuelle, une faiblesse intellectuelle. On nous dit ‘’Programme d’ajustement structurel, mais qu’est-ce que ça veut dire ? L’Afrique avale trop les concepts fabriqués par de jeunes gens de 35 ans, 40 ans…Tu ne peux pas t’émanciper avec les concepts des autres, parce que ce sont des concepts qui paralysent totalement. Ces concepts ne sont pas faits pour nous éveiller. Le ‘’tiers-monde’’ : tout le monde fait des thèses sur le ‘’tiers-monde’’. Mais qui a dit que nous sommes le ‘’tiers-monde’’, voyons ? Dès qu’on nous le dit, ça nous affaiblit, ça nous abat, on panique. Voilà pourquoi, Cheikh Anta Diop, chaque fois, inventait ses propres mots, ses propres concepts. Ce n’est pas par arrogance ou pour faire la mode, mais c’était une nécessité intellectuelle, une nécessité conceptuelle. C’est la marque du génie. Le génie n’obéit pas à des concepts qu’il ne maîtrise pas.

Unité culturelle

Au début, on parlait des Dogons, des Bambaras, des Wolofs, des Bantous, etc., a rappelé Théophile Obenga, soulignant que « Cheikh Anta Diop est le seul Africain à parler d’unité culturelle de l’Afrique noire. Il faut être conscient que nous avons l’unité culturelle ». « On a les conseils des aînés, le respect de la femme, la solidarité, l’hospitalité, les ancêtres, les morts, à peu près les mêmes coutumes, etc. On n’enseigne même plus ça. Comment allez-vous faire le panafricanisme sans ce sentiment que nous sommes en fait un, que nous sommes un seul grand pays ?», s’est-il demandé.

Antériorité

« Ce n’est pas parce que la chronologie le dit qu’il y a une antériorité. Ce mot résout le problème de l’Histoire universelle. Qui est le premier initiateur de cette histoire ? Comment l’exclure, donc ? Quel est cet arbitraire philosophique, historique, pour exclure celui qui a initié tous les éléments, ici sur terre ? Ce concept démolit le principe spirituel d’Hegel…Cheikh Anta Diop ne réintègre pas l’Afrique dans l’Histoire par idéologie. Il crée un concept d’histoire, c’est l’antériorité pour régler le problème à l’échelle internationale, universelle (…) Ça touche un point d’historiographie, c’est-à-dire la philosophie qui permet d’écrire l’Histoire (…) Cheikh Anta Diop a élaboré l’historiographie africaine moderne contemporaine. Il a fait la philosophie de l’Histoire africaine. Il a montré comment écrire cette histoire africaine en tant qu’histoire de l’humanité. Il fallait trouver d’autres concepts, il ne fallait pas bâtir l’Histoire de l’Afrique dans les vieux concepts, l’ethnologie, ethnographie, etc.  

« L’Etat fédéral, seule issue »

«  Aujourd’hui tout le monde constate que le monde vit dans une barbarie effroyable : les massacres sont répandus, la corruption est répandue partout, on ne sait pas où aller. Il n’y a plus de valeurs, plus de direction. L’humanité est complètement déréglée. L’argent devient cher, il y a la pauvreté, sans compter les maladies, les virus. Le monde a développé une barbarie, une haine, une séparation…Si l’Afrique lisait bien la géopolitique, la géostratégie, on perdrait moins de temps en faisant ce qu’on est en train de faire. Il y a une urgence absolue à faire l’Etat fédéral, et c’est la seule issue. »

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 5 février 2016