Berlinale 2017

Berlinale 2017 : quelques échos

Publié le Mis à jour le

Entre les nombreuses projections de films en compétition officielle ou dans les autres sections (Forum, Génération, Panorama), les conférences de presse et diverses rencontres, voici des échos de la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin (9-19 février).

p_20170217_2125141

== VISA : Le réalisateur sénégalais Alain Gomis, en compétition à la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin pour Félicité (Grand Prix du jury au palmarès), s’était réjoui de la présence des trois comédiens principaux de son film, Véro Tshanda Beya, Gaétan Claudia et Papi Mpaka, tout en déplorant le fait qu’ils ont eu des problèmes à avoir le visa pour l’Europe, ne l’obtenant que la veille de leur départ de Kinshasa (République démocratique du Congo). A ce sujet, le cinéaste a eu une réflexion qui a fait sourire les journalistes et critiques présents dans la salle : « C’est quand même déplorable cette histoire de visas et les difficultés d’en obtenir un pour venir en Europe. On parle beaucoup de Trump aujourd’hui, mais Trump est en Europe depuis quelques années déjà ».

== DELEGATION SENEGALAISE : Pour cette 67-ème édition du Festival international du film de Berlin, une forte délégation est présente, pour à la fois accompagner et soutenir la projection de deux films en compétition, Félicité d’Alain Gomis (long métrage) et Khalé Bou rérr d’Abdou Khadir Ndiaye, et, pour les officiels de la Direction de la cinématographie (Hugues Diaz et Abdoul Aziz Cissé), parler de la nouvelle dynamique engagée avec le Fonds de promotion du cinéma et de l’audiovisuel (FOPICA) et envisager des partenariats avec les cinémas de pays représentés au festival. Oumar Sall et Souleymane Dia (CINEKAP producteur d’Alain Gomis pour l’Afrique) ont fait le voyage, de même que, dans le groupe, il y a aussi le professeur Maguèye Kassé, enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et critique d’art, Adama Seydi et Alpha Sadou Gano, de l’Académie des métiers. Des Sénégalais installés à Berlin se sont joints à eux le jour de la première mondiale. Mais l’absence remarquée de l’ambassadeur du Sénégal en Allemagne a été déplorée, suscitant une incompréhension, le diplomate ayant reçu une notification et la fiche technique du programme autour de Félicité et de Khalé bu rérr.

== FETE : Le samedi 11 février, la première mondiale de Félicité s’est prolongée au « Silent Green » de Berlin, où une fête a réuni de nombreux professionnels du cinéma (réalisateurs, producteurs, programmateurs, critiques, officiels de la Berlinale…). La soirée a été organisée en partenariat entre le lieu où elle s’est déroulée, ‘’Jour2Fête’’, ShortCut Films, le Fonds (sénégalais) de promotion de l’industrie cinématographique (FOPICA), Andolfi, Granit Films et Cinekap. En plus de l’animation assurée par deux DJ et un batteur, les festivaliers présents ont vu défiler sur un écran des images du tournage de ‘’Félicité’’ dont certaines n’ont pas été montées dans la version finale du film.

== MARCHE : l’un des lieux les plus courus de la Berlinale a été le Marché du film européen (European Film Market), où des rendez-vous importants se donnaient entre professionnels de différentes branches de la chaîne de production et de vie d’un film. Ici, ce sont des producteurs qui vont à la rencontre de structures ou de fonds de financements, là, des programmateurs et directeurs de festivals croisent des réalisateurs pour miser sur la présence de films dans leurs rencontres. Toutes les parties du monde sont représentées à cette grande foire, à travers des stands montés sur trois niveaux d’un immense bâtiment auquel on a accès, comme pour les autres lieux de la Berlinale, après un contrôle des badges et des tickets. Il s’agit, à la fin, d’avoir un compte exact des statistiques du festival.

== MESSAGES : le Festival international du film de Berlin est connu pour être un lieu où les messages politiques traversent les différents actes, de la sélection des films (choix audacieux) à la cérémonie de clôture au cours de laquelle les prix sont remis aux films en compétition. Cette 67-ème édition n’a pas échappé à la règle, les prises de position ayant été affirmés par des cinéastes préoccupés par les injustices de leur temps. Le 18 février, lors de la cérémonie de remise des trophées, on a eu droit à un florilège. En voici des morceaux choisis. Esteban Arangoiz   : « Je veux dire au gouvernement mexicain que la seulement façon de lutter contre la violence est d’investir dans l’éducation et la culture. Nous cherchons les 43 étudiants disparus (en septembre 2014). Nous les attendons ». En recevant le Prix Alfred Bauer (un Ours d’argent) pour son film Pokot (Spoor), la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland s’est fait l’écho d’un monde troublé que le cinéma, les arts en général, peuvent aider à comprendre. « Nous vivons des moments difficiles. Nous avons besoin de nouvelles perspectives. Nous avons besoin de films importants pour notre planète », a-t-elle dit. Le Sénégalais Alain Gomis, lui, a eu un mot sur les luttes en cours sur le continent africain pour le respect des constitutions, évoquant notamment les élections à venir en République démocratique du Congo, où il a tourné son film Félicité. Avant de quitter la scène où il était venu prendre son trophée (Grand Prix du jury), il a lancé : « Justice pour Théo ». Pour sa part, le réalisateur palestinien Raed Andoni, qui a remporté le prix du meilleur documentaire, pour son film Istiyad Ashbah (Ghost Hunting), a fait résonner dans la grande salle du Berlinale Palast les turbulences liées au conflit israélien. Il a crié sa colère « contre l’occupation de territoires palestiniens », ajoutant : « Il n’est pas normal que des Palestiniens  soient encore réfugiés alors qu’ils ont une terre qu’il faut libérer de l’occupation ».

Aboubacar Demba Cissokho

Berlin, le 18 février 2017

Publicités

« Maman Colonelle », l’humanité d’une policière pour redonner goût à la vie

Publié le Mis à jour le

Le documentaire Maman colonelle du réalisateur congolais Dieudo Hamadi, présenté dans le cadre du Forum de la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin (9-19 février), a reçu le Prix des lecteurs du Tagesspiegel et un autre de la part du jury œcuménique. Récompenses méritées pour ce film qui dresse le portrait d’une policière portée par un humanisme rare dans sa mission régulière de protection des citoyens. Elles peuvent être aussi être saluées comme un encouragement à ce jeune auteur qui creuse son sillon.

maman-colonelle

Pour Dieudo Hamadi, qui a réalisé le film dans un contexte particulièrement hostile, avec des moyens limités, l’idée de mettre en lumière le travail de Maman Colonelle s’est imposée parce que le personnage s’illustre avec courage et abnégation dans la protection de femmes et d’enfants victimes des violences de la guerre en République démocratique du Congo.

La démarche artistique du cinéaste fait voir, sur les traces d’ Colonel Honorine Munyole (la policière), les blessures d’une guerre déclenchée il y a une vingtaine d’années et le dénuement dans lequel des femmes et des enfants tentent de remonter la pente, de reprendre goût à la vie et de redonner sens à leur part d’humanité et de dignité souillée et bafouée.

Dans le Sud-Kivu, où débute le film de 72 minutes, puis à Kisangani où elle est mutée, Mama Colonelle, veuve et mère de sept enfants (quatre biologiques et trois adoptés) apparaît, pour les veuves et les orphelins, comme celle qui vient, en plus d’assurer la sécurité, apporter un réconfort moral contribuant à un remembrement d’individus blessés dans leur chair. Sur fond de croyances religieuses, les enfants auxquels elle apporte son soutien sont accusés de sorcellerie. Dieudo Hamadi a réalisé ce film avec peu de moyens, filmant lui-même. Il met le doigt sur des phénomènes auxquels, malheureusement, les populations locales se sont habituées.

Dans un travail de véritable psychologue, la policière recueille les témoignages les plus poignants sur des histoires de viol, de violences sexuelles, faisant voir l’humanité et la sensibilité d’un agent qui n’en reste pas moins l’agent qui incarne une autorité crainte et respectée par ses collègues et les populations et crainte par ceux qui seraient tentés de semer le désordre.

Maman Colonelle se déplace vers les populations, soutient des enfants orphelins ou abandonnés, accusés de sorcellerie, aide à la reconversion de femmes qui avaient presque perdu goût à la vie. Elle réussit à les mettre ensemble : des enfants qui n’ont plus de mères et des femmes seules qui vont ainsi réapprendre à vivre, à sentir et à donner de l’amour.

Le documentaire de Dieudo Hamadi pose, à travers ce travail sur une policière, de dures réalités sociopolitiques, le drame d’une guerre ‘’oubliée’’, les défaillances de l’Etat dans la protection des citoyens, l’insécurité causée par l’appétit pour les ressources naturelles du Congo, la question du non respect des décisions de la Cour internationale de justice – qui a condamné l’Ouganda et le Rwanda à dédommager les victimes.

Colonel Honorine Munyole que le réalisateur suit de très près, dans son travail et dans ses activités à la maison, est le symbole de personnes qui ont décidé de ne pas céder à la fatalité et de faire plus que le travail pour lequel elles sont payées. Leurs combats quotidiens portent l’espoir et le souci de préserver la dignité humaine.

Avec ce film, le jeune Dieudo Hamadi, 33 ans, a réussi au moins deux choses : il s’inscrit dans cette tendance de plus en plus marquée dans le cinéma africain de donner à voir la vie de gens ordinaires et de lieux peu mis en lumière ; sa démarche artistique lui fait prendre une voie ouvrant sur un langage qui lui est propre, loin de la tendance à l’uniformisation des productions.

La promesse était déjà dans ses deux précédents films, qui exploraient des univers connus mais peu abordés ou alors, s’ils le sont, c’est dans une superficialité qui ne laisse pas percevoir les enjeux sociaux et politiques.

En 2013, Hamadi avait réalisé Atalaku, dans lequel il suivait un « crieur » engagé par des politiciens pour mener leur campagne. Dans le contexte des premières élections démocratiques organisées en 2011, le film montre avec subtilité la cacophonie qui les a entourées, entre velléités de fraudes et achat de conscience des électeurs.

Ce souci de mettre le doigt sur les failles et absurdités du système est aussi au cœur du documentaire Examen d’Etat. Tourné, comme Maman Colonelle, à Kisangani, la ville natale de Dieudo Hamadi, Examen d’Etat raconte le parcours du combattant des 500 000 lycéens candidats à l’obtention de l’équivalent congolais du baccalauréat. En suivant un groupe d’élèves dans leurs derniers mois de préparation, il fait voir les nombreuses entraves, en faisant percevoir l’urgence des défis à relever pour une société gangrenée par la corruption et l’incurie des élites politiques.

Aboubacar Demba Cissokho

Berlin, le 18 février 2017

Berlinale 2017 : l’Ours d’or pour la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi

Publié le Mis à jour le

La cinéaste hongroise Ildikó Enyedi a remporté l’Ours d’or (meilleur film) de la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin (Berlinale) pour Testről és lélekről (On Body and Soul). La cérémonie de remise des récompenses s’est déroulée le samedi 18 février 2017.

180217_ag_0114_img_367xvar

Produit par Monika Mécs, András Muhi, Ernő Mesterházy, le film raconte l’histoire d’amour fondée sur la dualité entre le sommeil et l’éveil, l’esprit et la matière. L’œuvre pose des questions essentielles sur les rapports que l’homme entretient ou peut entretenir avec les autres espèces du monde qui l’entoure.

Dix-huit films du monde entier étaient en compétition pour l’Ours d’or, récompense suprême du festival. Le jury désigné pour les apprécier était présidé par le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven. Il avait ses côtés, la productrice tunisienne Dora Bouchoucha Fourati, le sculpteur islandais Olafur Eliasson, l’actrice américaine Maggie Gyllenhaal, l’actrice allemande Julia Jentsch, l’acteur et réalisateur mexicain Diego Luna et le réalisateur et scénariste chinois Wang Quan’an.

Le palmarès de la Berlinale, édition 2017 :

 == Ours d’Or : Testről és lélekről (On body and soul) d’Ildikó Enyedi (Hongrie).
== Grand prix du jury : Félicité d’Alain Gomis (Sénégal).
== Prix Alfred Bauer (un Ours d’argent) : Pokot (Spoor) d’Agnieszka Holland (Pologne)
== Ours d’argent pour la mise en scène : Aki Kaurismäki pour Toivon tuolla puolen (The Other Side of Hope) (Finlande)
== Meilleur scénario : Sebastián Lelio et Gonzalo Maza pour Una mujer fantástica (A Fantastic Woman) by Sebastián Lelio (Espagne)
== Prix d’interprétation masculine : Georg Friedrich dans Helle Nächte (Bright Nights) de Thomas Arslan (Allemagne)
== Prix d’interprétation féminine : Kim Minhee dans Bamui haebyun-eoseo honja (On the Beach at Night Alone) de Hong Sangsoo (Corée du Sud)
== Ours d’argent pour la contribution artistique : Dana Bunescu pour Ana, mon amour de Călin Peter Netzer (Roumanie)
== Ours d’or du meilleur court-métrage : Cidade Pequena de Diogo Costa Amarantes (Portugal).

== Meilleur documentaire:
Istiyad Ashbah (Ghost Hunting) de Raed Andoni

== Meilleur premier film:
Estiu 1993 (Summer 1993) de Carla Simon

== Ours d’or d’honneur: Milena Canonero
== Berlinale Kamera: Nansun Shi, Geoffrey Rush, Samir Farid

== Ours d’or du meilleur court métrage:
Cidade Pequena (Small Town) de Diego Costa Amarante
== Ours d’argent du meilleur court métrage:
Ensueno en la pradera d’Esteban Arrangoiz Julien

== Berlinale Shorts – Audi Short Film Awards:
Street of Death de Karam Ghossein et Jin Zhi Xia Mao (Anchorage Prohibited) de Chiang Wei Liang

Panorama (prix du public)

– Meilleur film: Insyriated de Philippe Van Leeuw (2e place : Karera ga Honki de Amu toki wa (Close-Knit) de Naoko Ogigami, 3e place: 1945 de Ferenc Török)
– Meilleur documentaire : I Am Not Your Negro de Raoul Peck (2e place : Chavela de Catherine Gund et Daresha Kyi ; 3e place: Istiyad Ashbah (Ghost Hunting) de Raed Andoni)

Prix du jury œcuménique

== Compétition : On Body and Soul de Ildiko Enyedi
== Mention spéciale: Una mujer fantástica de Sebastian Lelio
== Panorama: Tahqiq fel djenna de Merzak Allouache
== Mention spéciale: I Am Not Your Negro de Raoul Peck
== Forum: Maman Colonelle de Dieudo Hamadi
== Mention spéciale: El mar la mar de Joshua Bonnetta and J.P. Sniadecki

Prix de la FIPRESCI
== Compétition : On Body and Soul de Ildikó Enyedi
== Panorama: Pendular de Julia Murat
== Forum: Shu’our akbar min el hob de Mary Jirmanus Saba

Prix CICAE du cinéma art et essai
== Panorama: Centaur de Aktan Arym Kubat
== Forum: Newton d’Amit V Masurkar

Label Europa Cinema
Insyriated de Philippe Van Leeuw

Prix Caligari
== El mar la mar de Joshua Bonnetta et J.P. Sniadecki

Prix Amnesty International
== La libertad del diablo d’Everardo González

Prix du jury des lecteurs du Berliner Morgenpost
On Body and Soul de Ildiko Enyedi

Prix des lecteurs du Tagesspiegel
Maman Colonelle de Dieudo Hamadi

Generation Kplus
== Crystal Bear du meilleur film: Piata lo’ (Little Harbour) d’Iveta Grofova
== Mention spéciale: Amelie rennt (Mountain Miracle – An Unexpected Friendship) de Tobias Wiemann
== Crystal Bear du meilleur court métrage: Promise de Xie Tian
== Mention spéciale: Hedgehog’s Home d’Eva Cvijanovic
== Grand Prix Generation Kplus du meilleur film (ex-aequo): Becoming Who I Was de Chang-Yong Moon et Jin Jeon ; Estiu 1993 (Summer 1993) de Carla Simon
== Prix spécial du jury Generation Kplus pour le meilleur court : Aaba (Grandfather) de Amar Kaushik

Compass Perspektive Award : Die Beste aller Welten d’Adrian Goiginger

Aboubacar Demba Cissokho

Berlin, le 18 février 2017