Ateliers de la pensée

Achille Mbembe : « Il faut repenser la démocratie entièrement, elle est en crise partout »

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L’historien, philosophe et politologue camerounais, Achille Mbembe, évoque les questions majeures qui font de l’Afrique « un extraordinaire laboratoire ». Il estime notamment que la démocratie, sous sa forme libérale, doit être repensée, et revient, dans cet entretien, sur le sens des ‘’Ateliers de la pensée’’ organisés du 28 au 31 octobre 2016 à Dakar et Saint-Louis.  

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Vous êtes, avec Felwine Sarr, à l’initiative des ‘’Ateliers de la pensée’’. En parlant d’atelier, on pense à cette idée de fabrication. De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qu’il faut construire, déconstruire et/ou reconstruire ?

Il s’agit justement d’un atelier, c’est-à-dire d’un espace où s’opère la fabrication de quelque chose, d’un espace où on essaye de faire comme du tissage. Qu’est-ce qu’il faut tisser, construire, déconstruire et reconstruire ? En gros, deux choses : d’une part l’idée de l’Afrique, de l’autre l’idée du monde. Quand je dis idée, je veux aussi dire la réalité de l’Afrique, la réalité du monde. Non l’une par opposition à l’autre, mais en tant que l’une est partie intégrante de l’autre, l’une est le signe de l’autre. Donc, nous voulions ouvrir une plateforme qui nous permette – aux Africains du continent et de la diaspora – de réfléchir sur cet événement majeur de ce début de siècle qu’est la planétarisation de la question africaine ; qui est le fait que, pour une très large part, l’avenir du monde se joue en Afrique. Parce que l’avenir du monde se joue en Afrique, nous avons besoin d’outils conceptuels, d’outils théoriques, mais aussi d’outils pratiques pour penser cette nouvelle figure de l’événement.

Pourquoi ces Ateliers maintenant ? Est-ce parce que vous estimez qu’on a atteint une masse critique pour se livrer à un tel exercice ?

Oui. Manifestement, il y a une masse critique. Au cours des quinze, vingt dernières années, on a assisté à l’émergence d’une nouvelle génération de penseurs, critiques, écrivains, artistes et experts africains, qui sont, je dirais, globalisés. C’est-à-dire des femmes et des hommes dont les capacités et les spécialisations permettent de bouger et d’avoir une parole claire, une voix qui porte. Ce que nous voulions, c’était de créer un lieu où, effectivement, on puisse mettre ensemble toutes ces voix, pour qu’elles aient davantage d’impact que les voix isolées ici et là, et qui tissent nos relations individuelles. Donc il y a cette masse critique qui est là, un ensemble de ressources, une puissance intellectuelle qu’il nous faut traduire en actes. Et c’est ce qui fait l’intérêt du moment actuel.

Vous avez parlé de voix isolées. Cela veut dire que ce n’est pas aujourd’hui que l’on a commencé à penser l’Afrique. Il y a eu des cycles. Qu’est-ce que cette démarche collective va changer dans la prise en compte de cette idée de l’Afrique, de cette idée du monde ?  

Ce que ça va changer, c’est que les gens vont prendre conscience du fait que ces voix qui étaient jusqu’à présent isolées font en fait partie d’un mouvement structurel. Et la prise de conscience du fait qu’il s’agit d’un mouvement, je l’imagine, ouvrira de nouvelles possibilités à son tour. Ce que l’on voulait, c’est déclencher une dynamique. Où est-ce qu’elle va aller ? On n’en sait rien. Mais il s’agissait de déclencher cette dynamique en créant cette plateforme ouverte, plurielle, flexible, qui, une fois de plus, permet aux voix africaines d’avoir un impact.

Vous avez dit que l’avenir de l’Afrique se joue en Afrique. Seulement en Afrique ?

Il se joue pour une large part en Afrique. Il ne se joue pas seulement en Afrique. Mais l’Afrique risque de jouer une part décisive dans les transformations en cours. On peut déjà l’observer. Pour qui veut comprendre et avoir une idée d’où va le monde, l’Afrique constitue un extraordinaire laboratoire. Parfois un laboratoire négatif, mais nous voulons que ça soit un laboratoire positif. Les formes de la démocratie, l’urbanisation accélérée, la manière dont on exploite les ressources naturelles, la manière de faire équilibre entre l’homme et la nature, équilibre entre les humains et les non-humains… Nous sommes un des gros laboratoires du monde où ce qui vient est en train d’être expérimenté.

Il y a aussi la question démographique…

Il y a évidemment la question centrale qui est celle de la démographie, c’est-à-dire de la possibilité de durabilité de l’espèce humaine. C’est pour ça que, en grande partie, nous disons que le futur se joue ici. Parce que sans les êtres humains, il n’y a pas de monde humain. Il y a un monde évidemment. On peut envisager le fait qu’il y ait une histoire d’un monde sans les humains. Et d’ailleurs, l’histoire des humains, dans l’Histoire générale du vivant, est très courte. Nous sommes arrivés récemment sur la scène du monde. Le monde a existé avant nous, il existera après nous. Donc, la question démographique ne se pose pas seulement en termes de nombre, en termes d’impact économique, etc. Elle se pose aussi en terme existentiel. Nous allons devenir, dans vingt, trente, cinquante ans, le réservoir de l’Humanité. Alors, la boucle sera bouclée, parce que les origines de l’Homme se situent chez nous. Et on peut dire que l’accomplissement de l’Homme, au cours du XXIe siècle, ce n’est pas le siècle prochain, ce sera ici. Un tel événement, on ne peut pas ne pas le penser, sur le plan fondamentalement philosophique.

En pensant de la sorte, vous agissez, c’est vrai. Mais après l’élaboration de cette pensée, il faudrait aussi mettre en œuvre une politique, des stratégies, pour que cette Afrique puisse venir. Mais il faut, sur un autre plan, des hommes et des femmes pour cette mise en œuvre ?

Il faut des hommes. Il faut aussi des passerelles. Ce qui manque ce sont les passerelles. Nous disposons aujourd’hui, dans le continent et à l’extérieur du continent, d’une expertise tout à fait nombreuse, dans plusieurs domaines de la vie collective. Economique, social, culturel, artistique… On ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas d’expertise. Il y a une expertise africaine qui existe. Elle est peut-être mal utilisée, mal capitalisée, mais elle existe. Alors, comment rassembler cette expertise et créer des passerelles les centres de décision ? Et comment assurer, d’autre part, les formes de la mobilisation sociale qui permet de transformer le rapport entre l’Etat et la société ? Ce sont les deux questions fondamentales qu’il ne faut pas perdre de vue lorsqu’on parle des élites. Les élites ne deviennent véritablement des élites que sous la pression de forces sociales qui font des demandes, contrôlent l’exécution des politiques et qui en déclarent les résultats. Il n’y a d’élites en dehors de cet espace d’interpellation qui fait partie du calcul démocratique.

Les intellectuels que vous êtes constituent des forces sociales. Quelles sont les autres forces sociales qui devraient être déterminantes dans la prise de décision ?

Ce sont les communautés. Au fond, nos sociétés sont des sociétés de communautés. Nos sociétés sont également des sociétés de réseaux, associatifs, religieux, syndical – là où elles existent. Donc, c’est cette mosaïque sociale – chacune avec ses forces – qu’il s’agit de mobiliser autour d’un ensemble d’idées et de projets qui reposent sur la force des idées qui en constituent le soubassement. Pour le moment, on assiste à plusieurs mobilisations sans idées. Il faut passer des mobilisations sans idées à des mobilisations autour d’idées.

L’actualité sur le continent nous donne à voir que la question démocratique  est au cœur de tensions et de débats. Comment, de votre point de vue, cette question doit-elle être abordée ?

Il faut repenser la démocratie entièrement, elle est en crise partout dans le monde, aux Etats-Unis, au Brésil, en Europe, en Chine, en Hongrie. Partout !

Mais quelle démocratie ?

La démocratie sous sa forme libérale. La démocratie dite de marché. Elle est en crise parce qu’elle a atteint ses limites. Sur le plan philosophique, il s’agit d’un côté d’une démocratie qui ne se conçoit que comme démocratie des semblables, une démocratie qui éprouve énormément de difficultés à accommoder le non-semblable, l’étranger, le migrant, le fugitif, le musulman, ainsi de suite. Une démocratie des semblables, c’est-à-dire une démocratie qui refuse le principe de l’hétérogénéité et de la différence. C’est aussi une démocratie qui a atteint ses limites dans la mesure où elle est une démocratie uniquement pour les humains. Et encore, pas tous les humains. Or, comme je l’ai suggéré, le monde qui est le nôtre n’est pas seulement habité par les humains. Il est habité par les animaux, les plantes, d’autres espèces vivantes, organiques, végétales, qui sont, elles aussi, des acteurs à part entière du dispositif écologique. Et qui, par conséquent, on pourrait le supposer, ne devraient pas être traités n’importe comment.

Elles ont aussi des droits ?

Ne disons même pas qu’elles ont des droits, mais on ne peut pas les traiter n’importe comment. Donc il y a une possibilité d’approfondissement de la démocratie dans ces deux directions.

Vous parlez d’approfondissement d’une démocratie qui a montré ses limites. Il faudrait plutôt changer de type de démocratie, non ?

Non, il y a des choses à conserver.

Qu’est-ce qu’il faut conserver ?

Il faut conserver, par exemple, un certain nombre de principes de libertés individuelles, le principe d’égalité – même si on sait qu’il n’y a pas de société égalitaire radicale. Il faudrait conserver le principe selon lequel la transmission du pouvoir se fait de façon pacifique, c’est-à-dire que la force de tout pouvoir repose sur le consentement des gouvernés. Il y a un ensemble de catégories cardinales de ce genre dont on ne peut pas se débarrasser sans dépouiller la démocratie de son contenu. Il y a quelque chose à sauver de l’idéal démocratique libéral.

Il faut donc faire entrer la notion de démocratie en atelier ?

Tout à fait ! Il faut la faire entrer en atelier. Pour nous, en Afrique, qu’est-ce que cela veut dire ? Il y aurait un ensemble de choses concrètes. Ça veut dire qu’il faut un supplément au principe ‘’un homme une voix’’, parce que dans l’anthropologie des sociétés africaines, on n’est pas aussi scandalisés que cela face à l’inégalité. Certaines de ces sociétés admettent l’existence de l’inégalité. Ce qu’elles n’admettent pas, c’est le principe de l’exclusion radicale. Elles admettent le fait qu’un homme n’est pas une femme, un grand n’est pas un petit…Tout cela s’exprime dans des aphorismes de ce genre. Cela veut dire que, ce qu’il faut, c’est mettre en place un certain nombre de ressources qui permettent d’assurer la protection de ceux qui ne sont pas nécessairement égaux aux autres. Pour tempérer la domination et tempérer les effets néfastes du pouvoir. Mais ce sont des sociétés qui acceptent la hiérarchie.

Propos recueillis le 29 octobre 2016, à l’hôtel Savana, Dakar

Aboubacar Demba Cissokho

Françoise Vergès : « Il faut réinvestir la notion de progrès »

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« Les Africains ont la possibilité de choisir d’autres formes de ce qu’on appelle le développement, de ce qu’on appelle le vivre-ensemble ». C’est la conviction de la politologue Françoise Vergès, qui estime que la notion de progrès, souvent analysée sous l’angle « occidental », doit être réinvestie. Elle a participé aux ‘’Ateliers de la pensée’’, tenus du 28 au 31 octobre 2016, à Dakar et Saint-Louis. Entretien.   

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Vous avez traité de la question de l’utopie. Qu’est-ce qui fait, pour l’Afrique, l’urgence de cette notion ?  

L’Afrique à qui on a dit, pendant très longtemps, qu’elle n’avait pas de moyens, qu’elle n’avait pas de capacités, doit se donner cette utopique que c’est possible. Pour moi, l’utopie c’est de se dire que tout autour de vous, tout vous dit que ce n’est pas possible, vous, vous dites : ‘’C’est possible, je rends cette chose possible’’. Tout le système dit que, de toute façon, c’est le néolibéralisme, il n’y a plus d’autre choix. L’Afrique a un choix, parce qu’elle a non seulement de grandes capacités, de grandes possibilités, mais elle n’est pas encore entièrement déterminée par le système. On n’est pas encore dans un monde totalement fermé, il y a beaucoup de choses ouvertes, beaucoup de choses possibles de décider. On construit des trains. Où ? Pour faire quoi ? Pour aller où ? Si on veut construire des villes, comment on va le faire ? On a cette possibilité. L’horizon est ouvert. Le champ des possibles est vaste, c’est ça l’utopie. Au lieu de dire : ‘’Vous n’avez pas le choix, tout est comme ça, il n’y a pas d’alternative’’. Si, il y en a.

Pour vous, quelles sont ces alternatives ?

Il y a des défis déjà très importants. Les défis sont environnementaux, démographiques, économiques, culturels, etc. Il y a d’énormes défis. L’Afrique a servi comme continent-source. C’est-à-dire que sans l’Afrique, vous n’auriez pas eu de révolution industrielle en Europe ; la première globalisation qui s’est faite avec la Traite négrière et l’esclavage, c’est en tirant la force de travail de l’Afrique. Sans avoir donné tout ce que l’Afrique avait donné, ses fils et ses filles, mais aussi les ressources qu’elle avait, vous n’avez pas le monde tel qu’il est. Donc elle doit renverser cette perspective au lieu d’être simplement un continent-source pour les autres qui viennent extraire des ressources. Elle devient ce continent de ses propres sources. Je pense que l’utopie c’est aussi de penser une autre forme de bien-être. On parle beaucoup du vivre-ensemble, du bien commun, mais ça ne veut pas dire qu’il faut choisir la manière dont l’Occident a pensé le bien commun, la question du profit pour le profit, de la richesse pour la richesse. Les Africains ont la possibilité de choisir d’autres formes de ce qu’on appelle le développement, de ce qu’on appelle le vivre-ensemble

Est-ce ce que vous avez exprimé en demandant aux Africains de questionner la notion de progrès ?

Dans le progrès, il y a deux choses. Il y a le progrès qui a été imposé en disant la manière dont le progrès doit être envisagé. Et finalement, on voit toutes les catastrophes environnementales ou humaines. Et, en même temps, il y a un rejet du progrès, parce qu’il serait ‘’occidental’’. Je pense qu’il faut reprendre ce terme de progrès et le réinvestir du côté positif. Parce qu’il y a des progrès qui sont bien. Il faut bien qu’on puisse soigner des enfants qui sont malades, qu’il y ait les soins prénataux pour les mamans, etc. Je parle de choses très simples. Je pense qu’il faut réinvestir la notion de progrès. Et la deuxième chose sur laquelle j’ai insisté, c’est qu’on a toujours mis l’Afrique dans le manque. L’Afrique manquerait de cerveaux, de techniciens, d’ingénieurs, etc. Et ce vocabulaire du manque a fait qu’on est passé à l’économie de rattrapage. Il fallait rattraper. Pour devenir quelqu’un, il fallait rattraper. En fait, le modèle c’était l’Occident. Ce que je dis, c’est qu’au lieu d’insister sur le manque, insistons sur ce que nous avons. Et ce que nous avons est énorme. Nous avons des savoirs, des pratiques, des expériences… Et on peut aussi emprunter ce qui vient de partout. Donc partir de ça pour construire l’avenir, plutôt que de dire qu’on n’a pas ceci ou cela. Il faut aussi intégrer l’idée du bien-vivre.

Vous parlez de choses simples, mais leur mise en œuvre nécessite de l’action. Suffit-il de penser seulement ?

Il ne suffit pas de penser seulement. Il y a une vraie révolution des mentalités. Quand je dis ça, c’est concret. Il faudra aussi que l’Afrique repense la circulation à l’intérieur du continent ; il faut faciliter une circulation qui va produire de l’énergie, des cerveaux qui vont se rencontrer, des idées qui vont se rencontrer. Il faut partir du rêve du panafricanisme pour le réinvestir et lui donner des formes qui répondent aux questions d’aujourd’hui. Répondre à des questions sociétales, culturelles, environnementales, puisqu’on sait bien qu’aujourd’hui, on ne peut plus penser qu’on se fiche de la nature. La nature, il faut qu’on s’en occupe. On vit avec des espèces, pas seulement la nôtre.

Vous avez beaucoup travaillé sur Aimé Césaire. Vous l’avez rencontré de nombreuses fois. Vous avez même publié un livre d’entretiens avec lui. Son nom est revenu dans presque toutes les communications du premier panel de ces ‘’Ateliers de la pensée’’. En quoi sa pensée reste-elle toujours aussi centrale ?

Aimé Césaire est ce jeune homme né en Martinique, descendant d’Africains déportés, et qui se dit : ‘’Ah bon, on me traite de nègre. Nègre je suis, nègre je resterai’’. Et dans ‘’nègre’’, pour lui, c’est une fidélité à une histoire. Ce n’est pas une question de couleur de peau, ce n’est pas une question d’identité, c’est la fidélité à une histoire. L’histoire de cette déportation, l’histoire de ce que cette présence africaine a apporté partout. C’est cette fierté qu’il redonne à être Africain dans le monde. La deuxième chose est que c’est quelqu’un qui va être extrêmement soucieux de ce qui se passe autour de lui. Il va s’intéresser à ce qui passe à Haïti, à Cuba, en Afrique. Comme je voyageais beaucoup, quand je le rencontrais, il voulait que je lui raconte tout. Il nous a appris à nous ouvrir au monde, à regarder autour de nous. Il dit aussi qu’il faut partir de ce que nous avons. Il dit : ‘’Je suis descendant d’esclave, je ne peux pas le réparer, je ne peux pas revenir en arrière. Mais je serai fier de cette histoire, j’en ferai quelque chose’’. C’est quelqu’un qui a très bien compris que le colonialisme contaminait le pays qui colonise. La colonisation, ce n’est pas seulement mauvais pour le colonisé, c’est très mauvais aussi pour le colonisateur. Aujourd’hui, en Europe, on le voit. C’est plus visible que jamais, ce choc en retour, dont parle Césaire dans Discours sur le colonialisme. C’est-à-dire comment le racisme est entré dans les démocraties occidentales, comment la pensée xénophobe est entrée. Il a aussi très bien compris que ça touchait les partis progressistes. Dans sa lettre de démission du Parti communiste, il explique comment, même la gauche européenne, même les partis qui devraient être les alliés des opprimés du monde, ont été contaminés par la pensée raciale. Donc il est très contemporain, parce qu’il pose cette question de la décolonisation, qui est un processus, pas une fin. Pour sortir de ces siècles de colonisation, il va falloir entreprendre un processus de décolonisation des mentalités, des pratiques, des institutions, des savoirs, etc.

Ces ‘’Ateliers de la pensée’’ participent à la déconstruction de choses qui ont été déjà élaborées, plus ou moins bien. S’il y a ce problème avec le colonialisme, n’est-ce pas parce que ce travail de décolonisation n’a pas été fait du côté du colonisateur ?

C’est ça justement. Le plus souvent, quand je suis en France, je leur dis : ‘’La décolonisation, ce n’est pas ce qui se passe au Sénégal, au Bénin ou au Togo. Les gens, là-bas, s’occuperont de ce qu’ils ont à faire. Ils sauront ce qu’ils doivent faire pour eux-mêmes. Mais vous les Français, qu’est-ce que vous faites pour vous décoloniser ? Votre société a colonisé. Donc, il y a quelque chose dans votre histoire, dans la manière dont l’Etat français s’est construit, que vous devez examiner’’. Même la Ve République est née de la guerre d’Algérie. Elle est née du chaos d’une guerre coloniale. Donc elle a des racines qui sont en relation avec ça. Il y a un travail. Je pense que la question de la décolonisation, aujourd’hui, est planétaire. Elle a été, historiquement, à un moment donné : ‘’Nous devons être indépendants, nous devons reprendre la souveraineté sur notre terre et construire notre Etat-Nation’’. Aujourd’hui, c’est planétaire. C’est-à-dire que ce n’est pas simplement reprendre une terre, c’est se demander comment on va habiter la Terre. Tous ensemble. Comment on va faire en sorte de ne pas la détruire et de ne pas perpétuer des guerres. Donc, il y a un processus de décolonisation qui concerne les anciennes sociétés colonisatrices (Europe, Etats-Unis…) et il y a une question de la décolonisation qui concerne le monde entier et dans lequel l’Afrique peut jouer un rôle d’avant-garde. Il faut écouter les paroles d’en-bas, celles des jeunes, des femmes, des paysans, de toutes ces personnes qui cherchent des solutions chaque jour et qui répondent de manière très concrètes à des questions politiques.

Il faut cette décolonisation planétaire, pour construire ce que le sociologue sénégalais Abdourahmane Seck appelle un ‘’En-commun’’, mais à une échelle globale, planétaire ?

Absolument. On n’a jamais vraiment vécu tout seul dans un coin. Encore moins aujourd’hui. La vitesse des communications fait qu’on est obligé de se penser de manière planétaire. Ce qui ne veut pas dire qu’on doit courir partout comme un poulet sans tête. On sait bien que la victoire de peuples amérindiens, au Brésil, contre une multinationale, va renforcer des combats de paysans au Burkina Faso. Donc, on voit bien que même l’énergie émancipatrice circule. Beaucoup de gens, partout, ont compris que ce système tel qu’il est, n’est pas possible. Il est en train de provoquer des dévastations et beaucoup de gens en sont conscients. Il va falloir entrer dans ce processus (de décolonisation) et comprendre que ce n’est plus simplement construire un Etat-Nation et retrouver ses frontières, c’est comment on vit les voisins, comment on vit avec l’Inde, la Chine, l’Amérique du Sud, etc.

Vous êtes de l’île de La Réunion. Si on y ajoute la Guadeloupe, Mayotte, la Martinique, la Guyane, on a ce qu’on appelle les départements et territoires d’Outre-Mer. Il y avait eu, en 2009, une « grève contre la vie chère », qui a duré un mois en Guadeloupe et en Martinique. J’avais estimé, pour ma part, que c’étaient les vestiges de la colonisation et, plus loin, de l’esclavage. Quelle analyse en faites-vous, avec le recul ? Et plus généralement du regard que la Métropole pose sur ces territoires ?

C’est une très bonne question, mais j’aimerais faire une remarque avant, puisque vous parlez de La Réunion. Je pense que c’est important pour l’Afrique de penser son histoire maritime, son histoire avec ses îles. Elle ne doit pas s’enfermer dans une pensée continentale. L’Afrique a été en lien avec l’Asie et avec le Golfe arabique, pendant des millénaires, bien avant que les Européens arrivent. Donc, il faut remettre ça aussi en histoire. Il ne faut pas laisser le monde maritime à l’Occident. Ce qui est vraiment invisible, c’est que l’Etat français continue à être un Etat qui a un empire colonial, dans le Pacifique, dans les Caraïbes, en Amérique du Sud et dans l’Océan Indien. Aucun Etat européen n’a autant de terres dans le monde. Ça fait de la France la deuxième puissance maritime mondiale. Ce sont des intérêts géopolitiques, des intérêts militaires, des intérêts culturels. La France, grâce à ça, peut siéger dans des régionales partout dans le monde. Le fait qu’on a fait croire aux Français qu’avec la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, le chapitre du passé colonial était fermé, a effacé le fait que toutes ces terres, de tous ces peuples, continuaient à être en dépendance. N’oublions pas que ce sont des terres où la France pratique des politiques toujours néocoloniales : les tests nucléaires dans le Pacifique, la pollution aux Antilles par un pesticide interdit, le nickel en Guadeloupe, etc. Ça participe aussi de la décolonisation. Pour la Réunion et Mayotte, ces îles sont sur un axe Afrique-Asie. Nous sommes dans une dépendance à la Métropole, mais notre monde culturel, notre monde historique, notre univers, c’est cet univers afro-asiatique. Puisque nous sommes dans l’Océan Indien, donc dans cette zone où les Africains ont passé leur temps à aller rencontrer les Asiatiques. Il faut faire ressurgir cette histoire. Ces territoires sont très abandonnés. Vous parliez de grèves. Il y a des taux de chômage de plus de 20%, depuis des décennies, il y a des taux d’illettrisme qui sont de 21% à la Réunion, où plus de la moitié de la population est au-dessus du seuil de pauvreté à la Réunion. Et quand ont dit pauvreté, c’est plus pauvre que dans les régions les plus pauvres de France. Donc on voit bien que le passé esclavagiste ou post-esclavagiste pèse toujours sur ces sociétés.

Propos recueillis le 29 octobre 2016, à l’hôtel Savana, Dakar

Aboubacar Demba Cissokho

Bonaventure Mvé-Ondo : « Il faut réinterroger les concepts » pour « retrouver le sens ».   

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Le philosophe et spécialiste de science politique, Bonaventure Mvé-Ondo, qui a pris part aux Ateliers de la pensée, organisés du 28 au 31 octobre 2016, à Dakar et Saint-Louis, revient sur les enjeux d’une pensée africaine sur l’Afrique et sur le monde, en dégageant des pistes de réflexion. Il appelle à poursuivre la déconstruction des concepts pour installer « une conscience critique ».

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Pour votre participation aux ‘’Ateliers de la pensée’’, vous avez intitulé votre communication : « Retrouver le sens ». De quoi s’agit-il pour vous ? Quel sens faut-il retrouver ?

« Quand on regarde les sociétés africaines, on a l’impression que, prises dans le mouvement, dans une sorte de cinétique, elles vont d’impasse en impasse. Et on le voit notamment autour des grands projets. On vous dit : La première espérance avait été les indépendances, après, il y a eu tout une décennie de développement. Tout ça n’est pas arrivé. La troisième ou quatrième espérance est ce qu’on appelle aujourd’hui ‘’émergence’’… Bref, tous ces concepts qui ne collent pas à leurs dynamiques internes, à leurs visions internes. Comme si, au fond, quand on est pris dans le mouvement, on a perdu ce qui faisait notre ressort. Ces concepts que j’ai donnés (indépendance, développement, émergence) n’étaient pas des concepts qui venaient de leur propre substratum intellectuel ou culturel. Et comme on dit chez nous : ‘’Quand on ne sait pas où l’on va, il faut peut-être commencer par savoir d’où l’on vient. Savoir d’où l’on vient, c’est déconstruire, voir ce qui est caché, ce qui n’a pas été dit, et ce qui a fait que le sens a été perdu. C’est essayer de dire que si on ne sait pas où on va, on pourra partir d’espérance en désespérance et rien ne changera. Or, ce n’est pas un concept qui change une société. C’est que, au fond, il arrive un moment où des mutations se font parce que des individus, tout d’un coup, se mettent à regarder la même chose, à avoir le même type de comportement et le même type d’espérance. C’est ce qui fait le changement et qui fait qu’au bout du compte, cette mutation se fait au niveau social. Donc retrouver le sens, c’est d’abord ça. Comprendre ce qui n’a pas marché, comprendre les concepts, qui sont des concepts, je dirais ‘’extéro-centrés’’, voire ‘’occidentalo-centrés’’. Par exemple, le concept d’ethnie qu’on a agité dans nos sociétés, qui a fait que les comportements et logiques politiques ont été d’opposer les ethnies dans la construction de l’Etat. Du coup, finalement, cette opposition stérile n’a pas permis d’avoir une respiration commune pour opérer le changement dans notre société. Il faut donc réinterroger les concepts.

Comment retrouver le sens ?

Prenons la notion de projet de développement. Vous ne pouvez pas comprendre le projet de développement, ici dans nos pays, comme en Occident. Même en Occident, on a mis quasiment un millénaire pour modifier sa vision de développement. L’Occident, comme toutes les sociétés traditionnelles, fonctionnait sur la base du non-changement. Ou alors quand il y avait changement, c’était très minime. La société grecque était une société esclavagiste. Mais pourquoi chez les Grecs, qui connaissaient déjà la technique, il n’y a pas eu saut technologique à ce moment-là ? C’est simplement parce qu’ils n’avaient pas élaboré la valeur ‘’souffrance’’ ou ‘’diminution de la souffrance’’ de l’homme au travail. Pour arriver à cela, il a fallu des siècles et des siècles de construction intellectuelle, qui a fait que, au XIXe siècle, cette valeur étant arrivée, il y a l’abolition de l’esclavage, on peut maintenant faire travailler les machines à la place des hommes, et donc libérer l’homme. Pour moi, cette rupture est majeure. Comment nos sociétés sont-elles ? Quand vous prenez, par exemple, la dimension du temps. Le temps n’est pas quelque chose qui est linéaire. Il y a le temps profane, le temps sacré… C’est quelque chose qui n’est pas objectif. Quand une femme est enceinte, est-ce que, immédiatement, elle l’annonce à son mari ou à la famille ? Pourquoi elle ne le fait pas ? C’est trois ou quatre mois plus tard qu’on découvre qu’elle est enceinte. Pourquoi ? Parce que l’annoncer à tout le monde, ça peut vouloir dire que tu veux provoquer l’avenir, et puisque tu veux provoquer l’avenir, les dieux vont intervenir et tu ne pourras pas garder ton enfant. D’où le silence. Donc la question de ce qui va arriver, tu ne peux pas la projeter. La question du projet ne vient que dans une société où le temps est linéaire, où tout le monde regarde dans la même direction, et où la construction d’un débat collectif sur un projet est possible.

C’est à une grande entreprise de déconstruction que vous appelez ?

Oui. Il faut déconstruire toutes les catégories implicites qui sont dans nos visions du monde, qui organisent cela. C’est quand on les a bien compris qu’on peut alors faire le traducteur, faire le passeur, pour nous permettre de passer d’un monde à un autre et d’évoluer. Donc il faut aller plus loin. Il ne suffit pas de dire qu’on va enlever quelques couches. La vérité a été cachée comme dans de l’oignon, c’est-à-dire qu’on a enroulé plusieurs peaux à tel point qu’on ne sait pas ce qu’il y a en dessous. Mais la question n’est pas de la (vérité) retrouver comme une relique. La question c’est que quand vous arrivez au bout de cette interrogation, vous comprenez bien que ce n’est pas une réponse qui vous parvient. Parce que vous vous apercevez que toutes les couches que vous avez enlevées étaient de fausses réponses à une question. C’est celle-ci : qu’est-ce qui est important pour moi et comment je dois vivre ? Et jusque-là, nous avons vécu comme si on se protégeait du monde, on ne voulait pas que les choses changent, etc.

Vous posez là la question du rapport au savoir, la question de la culture ?

Tout à fait. Vous savez que c’est la culture qui est première. C’est par elle que je vois le monde. Et si je ne suis pas bien avec ma culture, je ne peux pas être bien comme projet. D’où le fait qu’en revenant à ça, on peut avancer. Avancer c’est désormais quoi ? C’est faire en sorte que tout ce dont je me suis débarrassé, qui gênait la construction de mon affaire, ce sont des héritages qui m’ont été donnés par d’autres cultures, par des parties de mon histoire que je n’avais pas bien comprises. Ces réponses qu’ont amenées ces coquilles étaient données à des moments pour me sécuriser. Mais aujourd’hui, ces réponses ne peuvent plus fonctionner par rapport à la situation de maintenant. Mais c’est parce que j’ai déconstruit tout ça que je peux maintenant le dire. L’Afrique a été découverte par d’autres, mais nous, nous n’avons pas découvert le monde. Je disais qu’on a découvert comment on a inventé la science en Occident, mais cette science a été, regardant l’Afrique, tropicalisée. L’Occident a créé la tropicalité en parlant par exemple de ‘’médecine tropicale’’, parce qu’il y a des maladies particulières. C’est très bien ! Mais ce regard qui a été porté sur nous, nous ne l’avons pas porté sur les autres.

Sur quelles pistes peut-on s’engager pour déconstruire ?

Nous sommes, aujourd’hui, dans des Etats qui n’existaient pas avant et qui sont issus d’un processus. Ce processus essaie de créer des dispositifs pour avancer, mais ça n’avance pas. Les projets sont trop nationaux et même quand ils le sont, ils ne sont pas portés par la base. Donc, du coup, il y a des coupures. Ça veut dire aussi que nous ne regardons pas ce qui change dans nos sociétés. Dans beaucoup de sociétés africaines, la question des langues est un enjeu politique qui fait que les gens se battent. La question ethnique aussi. Pendant longtemps, la seule manière d’organiser le débat politique, c’était de diviser pour régner et de montrer que, parce que les ethnies étaient plurielles, elles ne pouvaient jamais s’entendre et ne pouvaient que se battre. L’objectif était de maintenir des équipes permanentes au pouvoir, qui ne permettent pas d’alternance.

Qu’est-ce qui, en définitive, fait sens aujourd’hui ?

Dans cela, il y a deux grands mouvements. Le premier a été celui de la transformation sociologue. L’autre n’est plus présenté comme celui qui est méchant, celui qui va me casser, etc. C’est quelqu’un avec qui je dois travailler. Ça, c’est un changement important. Ce nouvel amortisseur social est très important dans le projet d’avenir. On arrive alors à la dimension du temps linéaire et sur le sens de la positivité. C’est à ce moment que se construit quelque chose de nouveau qui ouvre le débat dans cette dimension-là. La question n’est plus ‘’une langue contre une autre’’, la question c’est ‘’ensemble’’. D’ailleurs, quand vous entendez les jeunes rappeurs parler, leur expression c’est : ‘’On est ensemble’’. C’est parce que désormais ils s’inscrivent dans le temps du monde dans lequel nous trouverons notre place. Tout cela a été possible, parce qu’ils ont retrouvé le ressort premier, qui n’est pas quelque chose qu’on va retrouver comme une relique, mais quelque chose qui vous remet dans le chemin parce qu’il vous amène à une interrogation fondamentale. Le second ressort c’est de commencer à comprendre que ce qui me vient d’ailleurs n’est pas si ailleurs que ça. C’est aussi à moi, je dois le revendiquer. Ce n’est pas seulement une apparence. Est-ce que la leçon n’est pas que ce n’est pas moi qui suis propriétaire d’un sens, ce n’est pas l’autre. C’est une construction commune.

Quel est le deuxième élément, en plus de la transformation sociologue ?

Le deuxième élément, c’est l’école. Le fait que tout le monde, dans des salles de classe, depuis le primaire jusqu’à l’université. Ça aussi, ça a été une mutation sociale. On ne la mesure pas toujours. Imaginez qu’on n’ait pas eu tout ce monde dans nos universités, on n’aurait pas eu de projets communs.

Vous prônez donc une rupture épistémologique. Mais quels sont les outils qu’on peut convoquer pour réussir cet exercice ?

Ce qui était important dans cette affaire-là, c’est de montrer que ce travail de déconstruction, de reconstruction, d’évaluation de tous les sens, qui est le travail le plus important. Ce que j’appelle ‘’les outillages conceptuels’’. Quand j’ai analysé les catégories comme le temps, la causalité, l’objet… Ces catégories ne sont pas aussi rigides. Il y a constamment une part oubliée, une part invisible. Il y a quelque chose qui ne peut pas être totalement et entièrement objectivé.

Vous pensez, c’est de l’action. C’est votre travail que de fournir des éléments dans la réflexion sur la marche de nos sociétés et sur la marche du monde. Est-ce que vous avez le sentiment de servir à quelque chose quand la situation du continent, de nombreux pays africains, est celle qu’elle est aujourd’hui ? Une situation où Afrique rime avec misère, instabilité, conflit, crise, dictature. Est-ce que vous avez l’impression de servir à quelque chose, en tant que penseurs, philosophes, intellectuels ?

Je pense qu’on sert à beaucoup. Ce que nous disons ici, c’est aussi ce que nous disons devant nos étudiants. C’est aussi ce que nous disons devant nos jeunes enseignants et assistants. Petit à petit, la mutation n’est pas rapide, mais c’est partagé par une communauté. L’école et l’université sont des outils de modernisation exceptionnels, des outils de conscience critique. Il n’est pas question pour moi d’enseigner quelque chose de manière idéologique à un étudiant. Ce que je veux, c’est que l’étudiant ait une conscience critique. A partir de moment, il peut aller dans le monde, il peut faire ce qu’il veut. On est utiles dans la déconstruction des choses, dans notre comportement au quotidien. J’ai écrit une Charte des recteurs et professeurs d’université. Je réfléchis beaucoup sur la gouvernance universitaire en Afrique. L’une des choses que j’ai réussi à déconstruire c’est de penser que quand on est professeur, naturellement on peut diriger une université. C’est faux ! L’université est un mastodonte, ce n’est plus l’époque où ça représentait une petite école où il y avait 400 étudiants. C’est un mastodonte, et le pilote de cette affaire ne doit pas seulement être l’enseignant le plus émérite dans la communauté, c’est quelqu’un qui doit savoir lire un budget, c’est quelqu’un qui doit manager une équipe, amener du changement, doit être un modèle de comportement éthique, doit aller discuter avec des patrons du monde, etc. La mutation est quelque chose de compliqué dans cette communauté-là, et la gouvernance universitaire reste un axe travail pour y contribuer.

Propos recueillis le 29 octobre 2016, à l’hôtel Savana, Dakar

Aboubacar Demba Cissokho