Art africain contemporain

Ndary Lô : de fer et de foi

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Le sculpteur, peintre et installateur sénégalais Ndary Lô, décédé le jeudi 8 juin 2017 à Lyon (France), à l’âge de 56 ans, s’est imposé de son vivant, par la force expressive de ses créations et installations, à la mémoire de ses contemporains avec lesquels il s’est évertué à parler et à partager son regard inquiet et militant sur le monde qui l’entoure, ses doutes et sa foi d’humain.

NDARY LO

Une image et un mot qui dénotent d’une qualité humaine rare : nous sommes à l’édition 2014 de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art). Ndary Lô n’exposait pas cette année-là. Mais, généreux comme tout, il aimait répéter à tous ceux qu’il croisait, qu’il avait fortement encouragé son ami Soly Cissé – qui avait, pour la première fois, pris l’option de sculpter du fer – à se mettre sous les feux de la rampe.

Les témoignages sur le génie d’un artiste qui a posé des interrogations essentielles sur son temps et sur le monde, sont unanimes. Ndary Lô a produit des œuvres imposantes, pleines de symboles et de significations renvoyant à des réalités terrestres et à des ambitions d’élévation spirituelle. Il avait l’élégance de s’effacer pour imposer au regard des hommes et du temps la fière allure de ces propositions, même si, à y regarder de près, celles-ci étaient à son image : majestueuses dans leur expression, dignes et fières, pour porter un point de vue sur soi.

Lô, un artiste ayant une haute idée de la dimension humaine et sociale de sa démarche, allant à l’opposé de « certains artistes travaillent avec le souci de la vente en tête ». « Je n’ai pas cette préoccupation, mais plutôt celle d’une femme qui porte un enfant. Sa préoccupation première n’est pas de savoir si ce sera une fille ou un garçon, si le bébé sera beau ou laid, mais de l’enfanter. C’est la force de l’expression qui m’intéresse », explique-t-il dans un entretien avec Virginie Andriamirado (Africultures – n°67, Paris, avril 2006).

Parce qu’elles relèvent d’un enfantement assumé, les œuvres d’art de l’artiste sénégalais prennent un caractère immuable, attachant aux messages visibles ou non une dimension intemporelle et universelle. N’est-ce pas là le but de l’art que de toucher, par sa puissance, l’humain, où que celui-ci puisse se trouver et de quelque époque qu’il soit.

De la cité de Tivaouane où Ndary Lô est né en 1961, le peintre Ibou Diouf, décédé le 7 juin 2017, disait qu’elle imprimait une dimension spirituelle aux créations artistiques. « Je suis convaincu qu’il y a quelque chose d’assez vertical sur le plan purement artistique. Ce n’est pas gratuit, parce qu’il y a beaucoup de choses qui se tramaient dans cette zone, dans les arts et l’artisanat, entre le Kajoor et le Baol», disait Diouf.

A voir la trajectoire de Ndary Lô, animé d’une foi à redonner vie à des objets ayant servi, la filiation est certaine. Avant de faire du fer à béton sa matière fétiche, il avait débuté par la récupération d’ossements, de têtes de poupées, de capsules en plastiques. En atteste son immense installation, à la Biscuiterie de la Médina, lors de la dixième édition de la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), en 2012.

« L’art remplit ma vie »

Ndary Lô avait aussi la capacité de s’adapter à son environnement, faisant de la rareté des ressources disponibles un atout pour produire du sens et du beau. En 1997, il participe à une exposition collective à Madagascar. Impossible pour lui  travailler de sa matière fétiche, le fer, car il ne pouvait pas souder. Comment procède-t-il pour livrer une proposition qui faisait la synthèse de sa parfaite maîtrise de la sculpture et de la récupération ? « J’ai transformé le mot ‘’adapter’’ en clin d’œil au ‘’dadaïsme’’. C’est une vraie philosophie, qui repose sur du vécu (…) Il y avait un atelier dans une clairière (…) J’ai vu des artistes sculpter le bois et je me suis mis à en faire de même », explique-t-il dans une brochure de l’année 2004 de la Fondation Jean-Paul Blachère. A la fin de l’atelier, chacun polissait sa sculpture. La mienne était toute rugueuse et je l’ai recouverte de capsules de Coca-Cola que j’avais ramassées pendant trois jours. Ça a donné un très bel effet et un des artistes présents m’a dit : toi, tu t’adaptes vite ! »

Exposé et collectionné au-delà des frontières de son pays, Ndary Lô est le seul artiste, à ce jour, à avoir remporté par deux fois le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art) : en 2002 avec La longue marche du changement, en écho à la première alternance au sommet de l’Etat sénégalais, et, en 2008 (partagé avec son compatriote Hadj Mansour Ciss), avec La Muraille verte, immense installation composée d’une centaine de sculptures de fer représentant la lutte de l’homme contre la désertification.

Diplômé de l’École nationale des Beaux-arts de Dakar, il avait poursuivi ses recherches sur le thème de l’Homme, avec le fer comme matériau de prédilection. Il a participé à diverses expositions au Sénégal et à l’étranger, et obtenu de nombreuses distinctions, dont le premier prix de la sixième édition du Salon national des artistes plasticiens du Sénégal (1995), et le Grand prix du président de la République pour les Arts, en 1999.

Au titre des récompenses et réalisations, il y a aussi le Prix de la jeune création contemporaine africaine (Dak’Art 1996), la réalisation d’une sculpture publique dans la ville de Monchon, Canada (1999), le Prix du Conseil régional de Thiès, pour son œuvre Cayorades 2000, d’une sculpture dans l’enceinte de Blachère SAS (2004), de sculptures publiques, Place Léopold Sédar Senghor, à Saint-Etienne, France (2005), d’un ensemble de sculptures pour la Société Delta Plus, au sud de la France (2006), des trophées du panafricanisme (2008).

Les sculptures de Ndary Lô représentent des marcheurs élancés et filiformes, ayant fière allure et racontant des histoires. Ces marcheurs étaient tous l’allégorie d’une communauté humaine devant compter sur elle-même pour avancer. Les œuvres ont été exposées à la Biennale de Dakar (éditions 2000, 2002, 2006), au Musée Dapper, à Paris (L’art en marche, 2002), à la Galerie Le Manège, à Dakar (Les Attaches célestes, 2006), aux Rencontres culturelles ACP, à Santo Domingo (2006), à la Cité des Sciences de Paris (Quand l’Afrique s’éveillera, 2007)…

Dans le catalogue de la huitième édition de Dak’Art (2008) – qui l’a distingué -, Ndary Lô est présenté comme un « chroniqueur de son époque », qui s’empare de l’actualité comme on peut « s’emparer des mouches qui volent et que l’on saisit au vol ». «Je ne fais que ça. Je ne parle que de ça. Je ne rêve que de ça. L’art remplit ma vie. Je deviens moi-même au contact de la sculpture», disait-il dans son entretien avec Virginie Andriamirado de la revue Africultures.

Le repos aux cimetières Dangou de Rufisque

Une semaine, jour pour jour, après sa mort, Ndary Lô a été inhumé le jeudi 15 juin 2017, en fin de matinée, aux cimetières de Dangou, à Rufisque, après une cérémonie de levée du corps qui a eu lieu à l’hôpital Principal de Dakar en présence du ministre de la Culture, d’artistes et d’acteurs culturels.

Représentant le président sénégalais Macky Sall aux obsèques, le ministre de la Culture, Mbagnick Ndiaye, a rendu hommage au sculpteur « au nom de la nation », relevant que Ndary Lô était « un artiste majeur », avec lequel « le pays (le Sénégal) a appris à marcher ». M. Ndiaye a rappelé une partie du parcours de Ndary Lô, depuis l’Ecole des Arts du Sénégal en soulignant sa « foi » et son « humanisme ».

L’artiste et enseignant Viyé Diba, qui a pris la parole au nom de ses confrères, a, lui, estimé que Ndary Lô, comme « ceux qui l’ont devancé, n’est pas parti ». « Un artiste ne part pas, il ne meurt pas », a-t-il dit, ajoutant : « Ndar Lô était un artiste talentueux, qui a eu un grand parcours en travaillant le fer. N’importe qui ne travaille pas le fer, mais aucune matière ne résiste à l’artiste ».

« Les œuvres de Ndary Lô sont à son image, et c’est maintenant qu’il est décédé que les gens vont commencer à le comprendre et à comprendre sa démarche », a poursuivi Viyé Diba, qui a insisté sur « la dimension peu ordinaire » du travail de Lô. « Il a laissé un patrimoine. Il faut préserver le patrimoine des artistes qui sont partis, parce que leur travail fait partie de la mémoire de ce pays », a-t-il conclu.

Ndary Lô marche désormais sur les pas de ses marcheurs géants, qui l’ont devancé dans les sillons d’une éternité dans laquelle, en réalité, il s’est installé depuis très longtemps. Depuis le moment où il a décidé de faire de l’interrogation de la matière qu’est le fer une sorte de profession de foi.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 15  juin 2017

 

 

Ousmane Sow, « le plus grand sculpteur de l’époque contemporaine » – Par Abdoulaye Wade  

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L’ancien président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, rend hommage au sculpteur sénégalais Ousmane Sow, décédé le 1er décembre 2016, à l’âge de 81 ans.

Le décès de M. Ousmane Sow est une perte immense pour le Sénégal, l’Afrique et le Monde des Arts. Ousmane Sow est l’un des plus grands sculpteurs du monde moderne. Vivant à Paris et amateur d’art, je ne pouvais jamais manquer de m’arrêter sur le penseur de Rodin à l’entrée du musée qui porte son nom. J’admirais ces muscles taillés avec force dans la pierre cependant que l’attitude du personnage penché, le menton dans le creux de la main, me faisait penser au vieillard dogon en attitude de méditation.

D’ailleurs, presque tous les peuples de la terre ont confié au bois ou à la pierre l’image d’un vieux et sage vieillard perdu dans une réflexion profonde, chaque visiteur se demandant à quoi pouvait penser cet homme au crépuscule de sa vie. Nul ne le saura car il s’agit d’une expérience personnelle caractéristique d’une étape de la vie humaine sur terre. Mais nul doute que ces vieillards réfléchissent non pour eux, mais pour l’homme.

Ousmane, kinésithérapeute de profession est le sculpteur des êtres humains et celui du gigantisme. Ses personnages ont plus de deux mètres, dominent et écrasent le visiteur qui ébloui par tant de beauté se replie sur lui-même, et sort de l’exposition, la tête en feu. Infirmier de profession, Ousmane Sow connaissait à merveille, la morphologie de l’être humain et les muscles dans leur détail. Le corps humain n’avait pas de secret pour lui et il nous en a montré la beauté cachée.

Ministre d’Etat auprès du Président de la République j’ai fait connaître Ousmane Sow au Conseil des Ministres où personne, y compris le Président de la République Abdou Diouf, ne le connaissait. J’expliquai que cet artiste était une fierté pour le Sénégal et qu’il était incompréhensible qu’on l’ignorât alors que, dans les pays développés, en Asie surtout on s’arrachait ses œuvres. Les Japonais, en particulier faisaient une véritable razzia sur les œuvres d’Ousmane Sow.

Le Président me demanda d’aller présider le vernissage de son exposition Avenue Sarraut à Dakar. Il ordonna que certaines pièces fussent exposées dans le jardin de l’Assemblée nationale et exprima son souhait d’en faire acheter deux ou trois pour le Musée national. Les Sénégalais et les Sénégalaises vinrent nombreux découvrir et admirer les créations d’un fils du pays connu partout dans le monde, sauf dans le sien. Et je conclu : ‘’ Nul n’est prophète en son pays’’, sur quoi un ministre répliqua en plaisantant : « Sauf le prophète du Sopi (1) ! »

L’assemblée nationale retint deux ou trois pièces pour les acheter mais plusieurs jours après ne payait pas. Ousmane, fatigué des faux rendez-vous avec le Questeur pour se faire payer menaça d’enlever les pièces. De guerre lasse, il fit venir des camions pour les charger. Dans son esprit, puisque son pays apparemment n’en voulait, pauvreté ou ignorance, les pièces étaient déjà en Asie où on se les arrachait.

Je prévins le Président Diouf du scandale qui se préparait et du ridicule dans lequel notre pays allait immanquablement sombrer. Le Président Diouf exprima bruyamment sa colère et, une ou deux heures après, Ousmane perçut le fruit de son travail.  Les pièces restèrent longtemps dans le Hall de l’Assemblée et furent, m’a-t-on dit envoyées au Musée. Le Chaka qui avait déjà trouvé preneur à l’étranger nous quitta, à mon grand regret et mon immense déception parce que ce chef-d’œuvre à la dimension d’un Léonard de Vinci qui vaut un Rembrandt ou un Auguste Lenoir n’aurait jamais dû quitter le Hall de l’Assemblée nationale où elle méritait d’être scellée à perpétuelle demeure. J’espère qu’elles y sont encore et ont échappé au trafic des œuvres d’art de l’Afrique vers l’Europe, les Amériques ou l’Asie. Où que je puisse être dans le monde, je vois la scène de Chaka Zoulou rendant la justice.

Par la force des choses je devins représentant attitré du Gouvernement, inaugurateur itinérant d’exposition d’art au Sénégal, me trouvant de la sorte au centre de tous les vernissages. Ma femme et moi considérions Ousmane Sow comme un ami et il le fut qui venait nous rendre visite de temps à autres.

Un point de friction fut lorsque j’ai lancé une consultation ouverte des sculpteurs sur le Monument de la Renaissance Africaine au sommet de l’une de deux mamelles de Ouakam.

Ousmane fut le seul à me présenter une statue d’un seul personnage, un paysan Sénégalais en habit de firdo (2) avec son kadiandou (3), je crois, mais coiffé d’un chapeau plus mexicain qu’africain, sur la tête pour s’abriter du soleil.

Je tirai simplement la conclusion que mon ami Ousmane, notre Ousmane, ne m’avait pas compris et qu’il y avait encore dans sa tête du mexicain. Car, au Sénégal les ethnies ont de très beaux chapeaux de paille, le maaka(4) des Ouolofs, le tengaadé (5) des Pulaars et bien d’autres dont aucun ne ressemble à un chapeau mexicain.

Mais, péché majeur, son personnage avait à peu près 2 mètres de hauteur, de la dimension de ses autres personnages, qui sont certes des géants mais loin du colosse du Monument de la Renaissance Africaine, la plus haute statue du monde représentant un symbole fort dans lequel se retrouve tous africains de l’Ouest à l’Est, du Nord au Sud. Je n’ai donc pas choisi le modèle d’Ousmane Sow, ce qui n’enlève rien à son mérite d’être, probablement, le plus grand sculpteur de l’époque contemporaine. A tous ses parents, à tous les Sénégalais, à tous les Africains, à tous ceux qui, dans le monde, surtout en Asie ont su apprécier l’art du grand sculpteur africain Ousmane Sow. Que Dieu l’accueille en son paradis.

Abdoulaye Wade

Ancien président de la République du Sénégal

Paris, le 21 Décembre 2016

(1) Changement en langue wolof

(2) Jeunes Peulhs de Guinée Conakry qui, à la veille de l’hivernage viennent en rangs au Sénégal chercher du travail.

(3) Instrument aratoire pour racler la terre ou creuser des sillons.

(4) Chapeau de paille aéré, à larges bords, pour se protéger de la chaleur

(5) Chapeau de paille tressée serrée, orné de lacets de cuir tanné, avec jugulaire en lamelles, de peau de vache.

 

Wagane Guèye : « Rendre à la Médina ce qui lui appartient »

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L’exposition « De Lods à Docta, Médina la cité Muse » — 11-30 octobre 2016 à la Galerie nationale d’art, à Dakar – un voyage dans le temps, montrant le rôle majeur que le quartier de la Médina dans l’expression artistique contemporaine au Sénégal. Son commissaire, Wagane Guèye, défend, dans cet entretien, l’approche géographique adoptée pour ce travail, et le rôle central que cette cité de la capitale sénégalaise a joué dans la vie artistique, intellectuelle, sociale et politique du Sénégal.  

Votre exposition s’intitule ‘’De Lods à Docta, Médina la cité Muse‘’. Quelle est son histoire ?

Oui, c’est une histoire que je tenais à retracer, parce que je me suis posé beaucoup de questions sur le personnage de Pierre Lods (1921-1988), en lisant des textes produits par l’enseignant et critique d’art Sidy Seck, ou Abdou Sylla, dans son livre Art sénégalais contemporain. Dans beaucoup d’écrits sur l’art et la naissance de l’art contemporain au Sénégal, le nom de Lods venait. Un personnage assez emblématique et surprenant dans sa démarche. Le fait d’avoir fait l’école de peinture de Poto-Poto (à Brazzaville, au Congo), avant de venir au Sénégal, n’est pas anodin. Quand Léopold Sédar Senghor amenait Lods au Sénégal, dans les années 1960, l’Ecole des arts de Dakar existait déjà. Des salons d’art se faisaient déjà au Sénégal, par des coopérants qui étaient là. C’était associé le Conservatoire de musique…Mais Senghor voulait ce personnage de Lods au cœur de cette formation. C’était le moins académique des autres : Pape Ibra Tall (1935-2015) que Senghor avait rencontré à Paris (dans le Paris de la Négritude). Il était moins académique qu’Iba Ndiaye (1928-2008) – qui était très classique aussi. Je pense que Senghor, très assis sur des certitudes et des théories, aimait cette permissivité de Lods. C’est cette permissivité qui nous a donné des peintres comme Amadou Bâ, Zulu Mbaye, Amdy Kévé Mbaye dit Kré – qui a produit le même procédé. Kré Mbaye peignait partout, et faisait peindre n’importe qui.

Centrer ce travail, cette exposition sur la Médina, est-ce essayer de montrer que cette cité a été un concentré de l’expression artistique ?

Le chanteur Youssou Ndour a ce sobriquet d’« enfant de la Médina », le garde toujours. Il a raison. Ce quartier, même au-delà du côté art visuel, a été le cœur, le fondement de la société sénégalaise contemporaine, à plusieurs points de vue : politique, syndical, musical… Je suis né dans ce quartier, j’y ai grandi. J’ai vu Pierre Lods venir souvent chez nous réparer sa voiture. Il y avait des peintres qui fréquentaient mon père, comme d’autres artistes aussi. Et puisque le projet avançait et que je me rapprochais d’une phase d’exposition, je voulais des choses très claires et très nettes. J’ai échangé avec Henri Guillabert, musicien du Xalam, et je lui ai demandé si le groupe – connu beaucoup plus comme un groupe parisien – avait vécu à la Médina avant d’aller à Paris. Il m’a répondu : ‘’Nous avons quitté l’immeuble où se trouve Sonatel aujourd’hui, sur l’avenue Malick Sy, pour aller à Paris’’. Il y avait, dans ce même immeuble, Ibra Kassé (producteur et manager musical). Ce quartier revient du point de vue musical, avec le studio d’Ibra Kassé, le studio-photo de Sala Casset – il y a même un arrêt de ‘’car-rapide’’ à son nom. Même pour l’histoire de la photographie en noir et blanc, le Sénégal a eu une part très importante. Il y avait plein de studios. Il y a un quartier que j’ai connu, enfant, très vivant. J’ai vu ma mère préparer pendant des semaines et des semaines, avec ses amies, des soirées de tam-tam que tout Dakar venait courir. C’était Doudou Ndiaye Rose ou Vieux Sing Faye qui animait ces soirées.

C’est dire que cette exposition donne à entendre tous les bruits, toute la musicalité, tout le dynamisme culturel d’un quartier

Exactement ! C’est un dynamisme qui a engendré énormément de choses. Il était prévu un panel sur cette exposition. Il est prévu un colloque en avril, mais par expérience, je sais qu’une exposition est lourde. Comme le dit le rappeur Keyti, « trop de causes tuent la cause ». Trop de projets dans un projet tuent le projet. Et un projet d’exposition, c’est pouvoir les avoir dans les normes, les montrer et pouvoir les rendre aux ayant-droits. Ça déjà, c’est un budget. Pour dire qu’au-delà de cette exposition – la Médina a fêté en 2014 son centenaire – le quartier garde une mémoire très forte à tout point de vue, y compris religieux. Le nom ‘’Médina’’ a été donné par El Hadji Malick Sy (1855-1922, grande figure de la Tijaniyaa). Dans le titre  initial du projet, il était mis : ‘’Cité muse, cité insoumise’’. Djibril Diop Mambéty (cinéaste, 1945-1998), c’est la Médina, même s’il fréquentait beaucoup le Plateau. L’artiste Fodé Camara a vécu et a eu sa carrière à la Médina. Ila été l’un des artistes les plus productifs de sa génération. Il a, lui aussi, révolutionné l’art dans les années 1990, par une démarche très innovante. Il avait des rapports affectifs très forts avec ses prédécesseurs comme Joe Ouakam. Les barricades de Mai-68, c’est la Médina. Babacar Mbow et son projet à Ndem, c’est la Rue 5 de la Médina. Serigne Fallou Mbacké, Serigne Abdoul Aziz Sy, Serigne Saliou Mbacké, Ndiouga Kébé, c’est la Médina.

Et les arts plastiques dans tout ça ?

C’est ma passion. C’est un domaine où je travaille aussi, en tant que commissaire d’exposition. Cette concentration d’artistes, dans ce grand damier, entre musiciens, intellectuels, journalistes, est quelque chose de significatif. Cette exposition n’est qu’une ébauche. L’histoire de l’art au Sénégal a été étudiée. On l’étudie toujours sous l’axe de l’Ecole de Dakar, du quatuor Léopold Sédar Senghor-Pierre Lods-Papa Ibra Tall-Iba Ndiaye. Ça a été écrit et réécrit, il y a plusieurs publications. Je pense aussi qu’il était important d’avoir cette approche géographique pour réaliser ce travail.

Comment articule-t-on les éléments d’une telle exposition ? Entre peinture, sculpture, photographies, entre artistes de différentes générations et de différents univers…

Le lien du quartier. Quand on voit ces artistes, il y a une proximité physique et donc des influences. Des artistes comme Zulu Mbaye, Kré Mbaye, Seyni Mbaye, El Hadji Sy, tous ces artistes vivaient ensemble. Ils vivaient en collectif, dans les mêmes maisons, dans les mêmes cercles géographiques. Avec le regretté Moussa Beydi Ndiaye. On trouve beaucoup d’influences. On peut même, s’il n’y a pas de signature, se méprendre à donner une peinture à un artiste qui n’en est pas l’auteur. Les connexions étaient très fortes. Quand vous quittez chez Docta pour aller chez les Mbaye (Kré et Seyni), c’est à deux rues. A côté, vous êtes chez Langouste Mbow. Il y a certains qui sont restés heureusement. C’est pourquoi le titre ‘’De Lods à Docta’’ était anecdotique. Il faut rendre à la Médina ce qui appartient à la Médina. La thématique de la cité est très présente dans le contenu de l’art contemporain. Est-ce que nous ne sommes pas, nous, villes africaines comme Dakar, un peu sur ces processus-là ? D’où un artiste comme Samba Fall, qui est né et a grandi à la Médina, et qui a produit un art proche du Pop Art, avec la récupération des tickets de PMU (Pari mutuel urbain) sur lesquels il travaille. C’est la société de consommation. Ça peut renvoyer à Andy Warhol avec la multiplicité des portraits. Fodé Camara a utilisé un moment les cars rapides…

Mais cet univers semble moins dynamique…

Les artistes ont migré vers d’autres cités. L’époque des Zulu Mbaye a donné  Ñetti Guy aux Almadies. Je l’ai dit dans le projet initial : les artistes vont aussi vers l’argent, c’est comme ça. C’est une économie, ils vont vers le marché de l’art, vers un mieux-vivre, vers des maisons-galeries, des espaces culturels, etc. Ce sont les mêmes qui ont quitté la Médina qui sont allés implanter des foyers culturels aux Almadies, à Ngor ou à Ouakam.

Est-ce qu’il y a eu un phénomène inverse ? Des artistes qui sont venus d’autres lieux pour investir la Médina et être influencés par cet univers…

D’autres artistes l’ont fait. Oumou Sy (styliste) est de la Casamance et de la région du Fleuve, mais le plus gros de sa carrière, ce qui a cartonné à l’international, a été fait à la Rue 31, à deux pas de chez Babacar Sadikh Traoré, à côté de chez Serge Corréa. On m’a dit ensuite que Mamadou Diakhaté habitait en face, chez Laye Bâ, ancien joueur de l’ASC les Jaraaf de Dakar… Mbaye Diop est entré ans l’exposition, parce que quand je suis allé voir un collectionneur pour emprunter ses pièces de Babacar Sadikh Traoré, il m’a dit que Mbaye Diop habitait la Médina. Je lui ai dit non, que Mbaye Diop est de Rufisque. Il m’a raconté qu’il était venu acheter des toiles de Mbaye Diop à la Rue 22 de la Médina, où celui-ci habitait. Quand je suis allé voir Ass Mbengue, critique d’art, journaliste, qui a enseigné à l’Ecole des Beaux-Arts, il me l’a confirmé. Viyé Diba est de Karantaba, en Casamance, mais si on respecte l’histoire, sa carrière a éclos à la Médina. Il y a un très beau livre, Viyé Diba, plasticien de l’environnement, écrit par Ousmane Sow Huchard, qui le traduit. Aujourd’hui, les gens sont aux Almadies, à Paris ou ailleurs. Mansour Ciss et Bassirou sont en Allemagne. Ils sont très contents de ce projet. Je les remercie parce que tous les artistes n’ont pas voulu avoir cette reconnaissance au quartier. Comme si aujourd’hui, en entamant une carrière internationale – c’est tout leur mérite – ils ne veulent pas rendre à cette cité son côté muse. Ils ont du mal à l’accepter. Je pense qu’au-delà même des artistes qui sont dans ce projet, on pourrait en intégrer d’autres. Serigne Mbaye Camara, mon professeur d’art plastique au collège Delafosse, dans les années 1980, 81, 82 – qui est de Saint-Louis à la base – est aussi de la Médina. C’est le quartier d’accueil, le quartier de l’envol, le quartier-muse.

Dans quelle mesure, l’exposition peut-elle évoluer ?

Par rapport au temps de l’organisation de l’exposition, il y avait toujours ce souci d’aller voir si ce qu’on nous dit ici et là est vrai, pour ne pas mettre un cheveu sur la soupe, le riz ou le lait. Serigne Mbaye Camara, je l’ai beaucoup vu dans la Médina. Il avait sa place dans cette exposition. Comme Ibrahima Kébé dont on m’a dit que c’était un élève de Lods. Donc si cette exposition se refait – je pense qu’on va la refaire sur une biennale (de Dakar). Je suis commissaire d’exposition, mais je ne me laisse pas bluffer par de grands concepts contemporains. Moi, ce qui m’anime au fond, c’est l’existant. Je pense que d’être né à Dakar, d’avoir grandi dans un ‘’Dakar culturel’’, d’avoir eu la chance et la curiosité d’assister à plein de choses dans les 1970, 80, 90, de voir Doudou Ndiaye Rose jouer pour ma mère, d’assister à la période de disco au Sahel (Une des plus anciennes boîtes de Dakar, située à la Médina), de voir des jeunes débuter et faire carrière dans la musique. Je pense qu’il y a un fonds culturel très important qui peut aider à aller vers l’Universel. Des artistes comme Mansour Ciss, qui ont une carrière internationale, ont su se renouveler et rendre à cette cité ce qu’ils lui doivent. Ils disent eux-mêmes que quand ils étaient enfants, ils ont Docta-Lods vu de grands intellectuels, assisté à de grands débats politiques et culturels. Ça crée des émulations vers d’autres jeunes, et c’est pourquoi le lien vers Docta est tout trouvé. Aujourd’hui, Docta est un peu comme une continuité de Lods, à sa manière. Docta développe ses projets à la Médina, va partout dans le monde, travaille avec d’autres  artistes graffeurs au Sénégal, en Afrique et dans le monde. Le fait qu’il développe ses projets à la Médina me parle énormément. Docta-Lods, c’est aussi un fil conducteur.

C’est quelque part, sur un plan plus personnel, votre Royaume d’enfance ?

Forcément ! Je crois qu’il y a de la psychanalyse à quatre balles à faire dedans. La maison où je suis né et où j’ai grandi et vécu jusqu’à l’âge de 10 ans, a été vendue. Aujourd’hui, je voyage, je vis ailleurs, mais j’effectue un retour vers l’enfance, mon enfance.

Propos recueillis le 11 octobre 2016, à la Galerie nationale, Dakar

Aboubacar Demba Cissokho

 

Une exposition rend à la Médina son rôle pionnier de foyer de création

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L’exposition « De Lods à Docta, Médina la cité Muse », dont le vernissage a eu lieu mardi 11 octobre 2016 à la Galerie nationale d’art, à Dakar, est un voyage dans le temps, montrant le rôle majeur que le quartier de la Médina, en tant qu’espace et lieu de vie, a joué dans la création et le renouvellement de l’expression artistique contemporaine au Sénégal.

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Entre peinture et sculpture, 70 œuvres de quelque 33 artistes de différentes générations y sont exposées dans une scénographie et une articulation réfléchies, qui portent la signature du commissaire de l’évènement, Wagane Guèye, pour qui cette entreprise peut être considérée comme « une ébauche de quelque chose de plus grand ».

Le fait que l’exposition – à voir jusqu’au 31 octobre – parte de Pierre Lods, que le président Léopold Sédar Senghor avait fait venir dans les années 1960, et se ‘’prolonge’’ par Docta, figure de proue de l’art du graffiti depuis une vingtaine d’années, illustre la dimension de laboratoire et de lieu d’innovation que la Médina a constituée non seulement pour les artistes visuels, mais aussi pour de nombreux autres arts (littérature, architecture, musique, etc.).

« C’est une histoire que je tenais à retracer. Je me suis posé beaucoup de questions sur ce personnage qu’est Lods, dont le nom revient souvent dans les écrits sur l’art. C’est un personnage emblématique et surprenant dont Senghor a compris et saisi la permissivité », a expliqué Wagane Guèye.

Il a relevé que, à plusieurs points de vue (politique, musical, sportif…), avec des artistes comme Amadou Ba, Zulu Mbaye, Amadou Kré Mbaye, Bassirou Sarr, Mansour Ciss Kanakassy, Amadou Sow, Kassim Mbaye, Mouhamadou Ndoye Douts…– qu’il expose – et d’autres acteurs, la cité de la Médina a posé « les fondements de la société contemporaine sénégalaise ». 

En parcourant l’exposition, le visiteur « entend » certainement les bruits et échos de rues et lieux de mémoire ayant vibré au rythme des bals populaires, des séances de sabar animées par Doudou Ndiaye Rose et Vieux Sing Faye, vestiges et témoins du dynamisme culturel d’un quartier qui a donné naissance à des mouvements, des parcours d’hommes et de femmes ayant eu des destins singuliers.

L’approche géographique de l’exposition De Lods à Docta, Médina la cité Muse permet aussi d’appréhender le concentré de mémoires sociales, politiques, culturelle, religieuse – le quartier doit son nom à El Hadji Malick Sy, figure emblématique de la Tidjaniya.

Et la proximité entre artistes, dans les mêmes cercles géographiques, a créé des connexions, des influences qui perpétuent un « esprit » permettant à Docta de faire partir ses créations de son domicile médinois.

C’est donc à une ‘’aventure de la création artistique’’ qu’invite le commissaire de l’exposition Wagane Guèye, qui a remercié les artistes ayant adhéré au projet, rendant à la cité ce qu’ils lui doivent.

« Tous les artistes n’ont pas voulu avoir cette reconnaissance au quartier. Comme si, aujourd’hui qu’ils entament des carrières internationales – ils ont du mal à rendre à cette cité ce côté muse », dit Guèye, relevant que la Médina a été, pour d’autres, « le quartier d’accueil, d’envol ».

Wagane Guèye qui n’exclut pas de « remonter » l’exposition, a dit que ce qui l’anime, « c’est l’existant ». D’être né à Dakar, d’avoir grandi dans un cadre culturel, d’avoir eu cette curiosité, d’avoir assisté à plein de choses dans les années 1970-80, d’avoir eu la chance de voir Doudou Ndiaye Rose jouer pour sa mère, il tire « un fond culturel très important qui peut aider à aller vers l’universel ». Avec comme point de départ, le fécond foyer de la Médina.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 12 octobre 2016

Hommage du monde arts au peintre et sculpteur Amadou Sow

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Dakar, le 1er décembre 2015 – – Des acteurs du monde des arts et de la culture, des politiques, des membres du corps diplomatique, des amis et des anonymes ont rendu hommage au peintre, sculpteur et artiste graphique sénégalais Amadou Sow, inhumé mardi 1-er décembre 2015, en fin de matinée au cimetière de Thiaroye, dans la ville de Pikine.

Dak'Art

Plusieurs orateurs ont fait des témoignages et salué, au cours de la cérémonie de levée du corps, à l’hôpital Principal, à Dakar, la mémoire de l’artiste décédé dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 décembre 2015, à l’âge de 64 ans. Ils ont tous relevé son militantisme, pour témoigner de plusieurs aspects importants de la culture africaine, son talent et sa générosité.

Le ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye, a annoncé que son département avait pris la décision, avant le décès de Sow, de lui rendre hommage lors de la 12e édition de la Biennale de l’art africain contemporain, prévue en mai-juin 2016. Cette décision sera maintenue, selon M. Ndiaye.

L’architecte et cinéaste Nicolas Sawalo Cissé a évoqué le poète Léopold Sédar Senghor, pour rendre hommage au défunt peintre, affirmant que c’est le premier président de la République du Sénégal, « qui est aujourd’hui debout pour l’accueillir ».

« Quand il a fallu envoyer de jeunes étudiants sénégalais dans un petit pays en territoire, mais riche en culture, berceau d’une civilisation occidentale, l’Autriche, il fallait faire un bon choix. Il (Senghor) choisit Amadou Sow et d’autres encore, pour porter la parole de la nation sénégalaise », a rappelé Cissé.

Senghor « avait le sentiment qu’elle (la culture sénégalaise) était aussi grande que la culture autrichienne », a-t-il dit, ajoutant : « Amadou Sow aura laissé un legs immense à la nation sénégalaise, et il est important qu’il soit encore présent pour les générations futures. »

Cheikh Hamidou Kane, lui, a rappelé que « Sow appartient à une culture de l’oralité, au versant hal pulaar, fuutanke, maasinanke, de cette culture orale ». Il dit avoir compris que Senghor ait pensé à envoyer Amadou Sow et d’autres artistes dans « l’un des hauts lieux de la culture universelle pour y porter le témoignage de l’existence d’une culture orale ».

« Amadou Sow était un militant de sa culture orale. Il l’a défendue et illustrée par la peinture, par la sculpture et par les signes, a poursuivi l’ancien ministre. Il a porté témoignage de cette culture orale dans un monde qui, de plus en plus, rend raison à l’Afrique en identifiant les valeurs dont ce continent est porteur. »

Ces valeurs ne sont pas seulement les richesses naturelles, énergétiques ou autres, mais aussi les richesses de la culture et l’identité culturelle, a souligné M. Kane, rappelant que Sow a milité pour la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art), dont il est l’auteur du logo.

Pour le professeur Maguèye Kassé, enseignant à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, Amadou Sow est « un passeur de cultures, un passeur de valeurs qui sont fondamentalement le fait de notre nation ». M. Kassé rappelle avoir connu le peintre en 1976, quand il était doctorant à l’Université de Vienne (Autriche). « Et depuis ce jour-là, nous ne nous sommes jamais quittés », a-t-il ajouté.

« Il y a environ 15 jours, certains d’entre nous ici étaient présents au lac Rose, à l’invitation d’Amadou Sow, a raconté M. Kassé. Il avait battu le rappel des troupes. C’est comme si, de façon prémonitoire, il nous rassemblait, pour qu’on lui dise, de son vivant, ce qu’on pensait de lui. (…) Nous avons dit, du fond du cœur, ce que nous pensions de la générosité d’Amadou… »

En saluant Amadou Sow aujourd’hui, « nous saluons un grand homme, qui a plein de talent et qui est très généreux. Nous savons qu’il a laissé des œuvres pérennes. Chaque fois que la biennale se tiendra et qu’on verra son logo, nous penserons à lui », a conclu Maguèye Kassé, la voix étreinte par l’émotion.

L’ambassadeur d’Autriche au Sénégal, Caroline Gudenus, en poste à Dakar depuis mars dernier, a admis qu’elle ne connaissait pas Amadou Sow depuis très longtemps, mais a souligné que pour le peu de temps qu’elle a passé avec lui, il est devenu un ami.

Mme Gudenus a qualifié de « très charmant, très généreux et très profond » cet artiste dont elle a eu la « chance » de pouvoir exposer les peintures pendant la célébration de la Fête nationale d’Autriche, à Dakar, fin octobre dernier.

Cette exposition, « Ecriture et lumière », « c’est ça qui reste avec moi de ce grand peintre. C’est la lumière qu’il a portée avec lui, et la sagesse avec laquelle il s’est comporté. Je suis forte dans la foi que, maintenant, il est allé dans cette lumière, dans cette sagesse », a dit Caroline Gudenus, relevant que « même s’il a fait de l’Autriche sa deuxième patrie, il était bien enraciné dans la culture sénégalaise, dans la culture de l’Afrique de l’Ouest ».

Pour l’historienne Penda Mbow, « Amadou Sow est parti, mais il reste immortel parce qu’il a produit des œuvres de valeur et de qualité ». S’adressant à la veuve de l’artiste et à ses enfants, elle a dit : « Vous avez perdu un grand homme, mais vous n’êtes pas seuls. Vous l’avez perdu avec nous. (…) Il avait le talent, la générosité et avait surtout la vertu. »

Appelé à témoigner, le directeur de la société Eiffage, Gérard Sénac, a affirmé, à propos d’Amadou Sow, qu’il préférait rester sur « les bonnes choses » qu’il a vécues avec lui, ainsi que sur le bonheur partagé.

« C’étaient des moments si pétillants, a souligné Sénac. Amadou aimait vivre. Amadou aimait son prochain. Il aimait ses amis et sa famille. Il en parlait souvent. Nous sommes malheureux aujourd’hui, mais je crois que nous sommes aussi tous heureux de l’avoir croisé et d’avoir partagé de bons moments avec lui. »

Né le 17 novembre 1951 à Saint-Louis, Sow a effectué sa formation académique à l’Institut national des Beaux-Arts du Sénégal et à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, en Autriche. La peinture, la sculpture, les arts graphiques, la gravure, la céramique et la lithographie sont les techniques qu’il a privilégiées dans son travail.

Fin octobre dernier, il inaugurait sa dernière exposition – intitulée ‘’Ecriture et Lumière’’ – à la résidence de l’ambassadeur d’Autriche, à l’occasion de la Fête nationale de ce pays. Aux journalistes venus assister à l’événement, il disait : « Quand on est un maître, on est maître de soi-même. On sait où l’on va. Je respecte tous ces aspects d’autres cultures et civilisations, mais j’ai ma propre personnalité dans mon travail. »

L’ambassadeur d’Autriche au Sénégal, Caroline Gudenus, avait, dans son discours, qualifié Amadou Sow de « pont vivant entre le Sénégal et l’Autriche », dont il a travaillé et contribué à faire se rapprocher les cultures.

Entre 1974 et 2015, des œuvres d’Amadou Sow ont été présentées au cours d’une cinquantaine d’expositions collectives et autant d’expositions individuelles, essentiellement en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis. Des œuvres de l’artiste se trouvent dans des collections publiques et privées au Sénégal, Congo, Côte d’Ivoire, Autriche, Allemagne, France, Etats-Unis, et Italie.

Aboubacar Demba Cissokho

 

Dak’Art : appel à candidature de la 12ème édition (mai-juin 2016)

Publié le Mis à jour le

Dakar, le 9 novembre 2015 — Voici le texte de l’appel à candidatures pour la participation des artistes à l’exposition internationale de la 12ème édition de la biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art). Il est ouvert du 28 octobre au 21 décembre 2015. Le texte de l’appel indique que, « Réenchantements », l’exposition internationale, entend « montrer une Afrique et des Africains dont l’objectif est de ré enchanter le monde. Elle sera le résultat d’une sélection d’artistes africains et de la Diaspora ».

Dak'Art

 Appel à candidature de la 12ème édition de la Biennale de Dakar

« La Cité dans le jour bleu »

Secrétaire général : Mahmadou Rassouloulaye SEYDI

Directeur artistique : Simon NJAMI

Organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication du Sénégal, la 12ème édition de la Biennale de Dakar se tiendra du 03 mai au 02 juin 2016. Elle sera mise en œuvre par le Secrétariat général, dirigé par Monsieur Mahmadou Rassouloulaye SEYDI. Dak’Art est la toute première biennale d’art contemporain du continent africain, fondée en 1994. Elle reste aujourd’hui la principale manifestation africaine dédiée à la création contemporaine. Simon Njami, écrivain et commissaire d’exposition indépendant, est le Directeur artistique de la 12ème édition de la Biennale de Dakar, prévue du 03 mai  au 02 Juin 2016.

Pour point de départ de Dak’Art 2016, qui a pour titre «  La Cité dans le jour bleu », Simon Njami a choisi un extrait d’un poème de Senghor : « Ta voix nous dit la République, que nous dresserons la Cité dans le jour bleu : Dans l’égalité des peuples fraternels. Et nous répondons : Présents, O Guelowâr »

« Ceux qui répondront présents seront ceux qui, sans honte et sans pudeur, oseront se dire Africains à la face du monde, en faisant fi de tous les préjugés et de tous les regards qui ont été portés sur le continent. Bien au contraire. En revendiquant les blessures, les erreurs, les tâtonnements, et en ne craignant pas d’affirmer le génie de leurs terres devant les rires goguenards des sceptiques professionnels. Car, au risque de paraître scandaleux, j’affirme que l’on ne nait pas Africain, on le devient. Devenir, c’est naitre au monde et c’est se découvrir. C’est opérer des choix existentiels qui vont déterminer la direction que va prendre notre vie. La seule manière d’appréhender cette Afrique dont chacun semble connaître la définition est de rassembler les pièces éparses de ce puzzle plusieurs fois millénaire. Devenir revient à exprimer au monde un point de vue. Et il n’est pas d’expression sans langage. Comprendre les artistes dits africains, c’est être capable de déchiffrer le langage original dans lequel chacun, à sa manière, dit son appartenance au monde. Car appartenir à un territoire et tenter d’en définir les contours ne doit pas nous faire perdre de vue le fait que tout territoire est avant tout une métaphore difficile à circonscrire. » (Simon Njami)

« Réenchantements », l’exposition internationale, au cœur de la manifestation, entend montrer une Afrique et des Africains dont l’objectif est de ré enchanter le monde. Elle sera le résultat d’une sélection d’artistes africains et de la Diaspora.

L’appel à candidatures pour la participation des artistes à l’exposition est ouvert du 28 octobre au 21 décembre 2015.

Le dossier de candidature doit être dûment rempli et les documents requis, décrits ci-dessous, seront réunis sur un disque CD, envoyé au Secrétariat général de la Biennale avant le 21 décembre 2015.

INFORMATIONS & CONTACTS

Secrétaire général de la Biennale de Dakar : Mahmadou Rassouloulaye SEYDI

Téléphones : Bureau : (00 221) 33 823 09 18

Portable : (00221) 77 099 11 99

Adresse Postale : Secrétariat général de la Biennale des Arts de Dakar,

19 avenue Hassan II (Ex Albert Sarraut), 1er étage,

BP : 3865 Dakar RP- SENEGAL

 Adresse courriel BIENNALE: http://www.dakart.net

DOSSIER DE CANDIDATURE

  • Formulaire de candidature à remplir

Le tout à envoyer sur CD à l’attention du Secrétaire général de la Biennale de Dakar

  • Biographie de l’artiste : en dix lignes (10 lignes)
  • Texte de présentation des 5 œuvres (lien avec le thème de la biennale) : en 1 page au maximum.
  • Visuels en haute définition : (300dpi pour 30×50 cm)

IDENTIFICATION DE L’ARTISTE 

Nom :

Prénom :

Date de naissance :

Pays de résidence :

Adresse de l’artiste :

Scan du passeport :

Portrait de l’artiste en haute résolution :

TABLEAU DES ŒUVRES

(À remplir correctement)

N° d’ordre Titre de l’œuvre Dimensions Année de création Matériaux Valeur de l’œuvre assurance Provenance des œuvres

Adresse de livraison des œuvres à l’issue de l’exposition :

Avez-vous présenté un dossier de candidature ou participé à une précédente édition de la Biennale de Dakar ? Si oui, en quelle année ?

Envoi par courrier ou mail : les pièces requises constituant le dossier de candidature doivent être envoyées avant le 21 décembre 2015 à l’adresse ci-dessous :

Secrétariat général de la Biennale des Arts de Dakar,

19, Avenue Hassan II (Ex Albert Sarraut), 1er étage,

BP.: 3865 Dakar RP- SENEGAL

Appel téléchargeable ici : http://dakart.net/fr/