Agenda/Culture – Semaine du 30 mars au 6 avril 2017

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Evénements, activités artistiques et culturels du jeudi 30 mars au jeudi 6 avril 2017.

=== JEUDI 30 MARS 2017

== 17 HEURES, IAM, Mermoz, Dakar : rencontre avec le journaliste Ibou Fall, directeur du journal satirique Le petit’railleur sénégalais, dans le cadre de ‘’Littér’ataya’’, le café littéraire de l’IAM.

== 18 HEURES, Fondation Konrad Adenauer, Mermoz, Dakar : projection du film ‘’Arrêts sur elles’’, de Maimouna Eliane Thior.

== 18H 30, Goethe Institut, Point E, Dakar : rencontre-débat sur ‘’cultures urbaines, cultures masculines ?’’, dans le cadre des sessions de l’afterwork SN Art. Invitées : Fatou Kandé Senghor (cinéaste), Dieynaba Sidibé (Zeinix, slameuse) et Mariama Touré (chorégraphe).

=== VENDREDI 31 MARS 2017

== 19H 30, Goethe Institut, Point E, Dakar : Nix présente son nouvel album, ‘’L’art de vivre’’, dans le cadre du programme ‘’Music & More’’. Pour ce nouveau disque, l’artiste s’est entouré des très expérimentés Mao Sidibé, Jean Pierre Senghor, Flag The Name, Tibass.

== 20 HEURES, Complexe Gaïndé, Hann Marinas, Dakar : Soirée-anniversaire de Vieux Mac Faye et du Mac Show Band. L’artiste fête quatre décennies de présence sur la scène musicale sénégalaise. Parrain : Ismaël Lô. Artistes invités : Carlou D, Souleymane Faye, entre autres.

== 21 HEURES, Institut Aula Cervantes, Avenue Cheikh Anta Diop, Dakar : ‘’Musica Rek : Medley project’’. Réunion de jeunes talents guinéens et sénégalais sous le leadership du guitariste Sarro ! King Albilal (Dance Hall), Sipaile (Reggae) et Gaza Killer (Dance Hall). Ils partageront le plateau avec les groupes sénégalais Issa La Révélation (Afro Mbalax), Malou P (Afro Urbaine), Tijani Sen Saafara (Rap) et Fizalo (Reggae). Sarro et son orchestre accompagneront le plateau.

=== 31 MARS – 2 AVRIL 2017

== Du 31 mars au 2 avril, Tambacounda : 12ème édition du Battle National – Danse Hip Hop sous le thème ‘’Innovons !  Fit rek !!’’ ; Co-organisée par le Réseau des Cultures Urbaines de Tambacounda en partenariat avec le Centre Culturel de Tambacounda, les autorités locales et divers partenaires. Au programme : -La présélection breakdance, le 31 mars au Centre culturel régional de Tambacounda ; -La Soirée culturelle, le 31 mars, 21h, au Terrain de la Gare ; -La finale, le 1er avril 2017, 19h, au Terrain de la Gare ; -La 4ème édition du Battle Of The Year Sénégal, la qualification pour le championnat du monde, le 2 avril 2017, à 18h, au Terrain de la Gare.

=== 31 MARS – 2 AVRIL 2017

Centre culturel Blaise Senghor, Dakar : VSD Hip-Hop — Divers ateliers (écriture de projet, slam, Dj, graff, danse, Musique assistée par ordinateur…), vente d’album, exposition Street Wear… ; demi-finale du concours Flow Up ; Concerts, lancement du concours Citizen Mic, conférences, Battle Danse, Battle Dj…

=== DU 31 MARS AU 3 AVRIL 2017

== Fatick : sixième édition des journées culturelles sérères, sous l’égide de l’Union des associations culturelles sérères Ndef leng, structure coordonnatrice de 45 associations de villages ou groupes de villages. La manifestation est, selon les organisateurs, ‘’une occasion de mise en valeur et de promotion de la culture sérère dans sa diversité’’.

=== SAMEDI 1er AVRIL

== 16 HEURES, Hôtel Radisson, Dakar : avant-première du film documentaire Maïmouna Kane : femme d’Etat et d’action réalisé par Cheikh Adramé Diop. Maïmouna Kane a été secrétaire d’Etat à la Condition féminine et ministre du Développement social, « sous les régimes » de Léopold Sédar Senghor (1960-1980) et d’Abdou Diouf (1981-2000).

== 16 HEURES, Espace L’Harmattan (salle Amady Aly Dieng), VDN, Dakar : cérémonie de présentation du livre 13 vies rêvées de Cheikh Mouhamed Diop. Intervenants : Pr. Ousseynou Faye (Faculté des lettres, Université Cheikh Anta Diop), Moussa Diop, journaliste, responsable éditorial de Soleil Diaspora.

== 21 HEURES, TenBi, Thiaroye : Yauur Events présente Baye alias 2 Fou. Une vingtaine d’artistes et de groupes invités.

==  23 HEURES, Just 4 U, Avenue Cheikh Anta Diop, Dakar : lancement exclusif du nouvel album de l’orchestra Baobab, Tribute To Ndiouga Dieng.

=== LUNDI 3 AVRIL

== 16 HEURES, Galerie nationale, Avenue Hassan II, Dakar : vernissage de l’exposition intitulée  »l’indépendance ? », du collectif D’Click. L’activité est prévue du 1er au 18 avril 2017. Parrain : Baidy Agne ; Commissaire : Viyé Diba.

== 20 HEURES, Esplanade de Keur Massar (en face de la société SEDIMA) : projection du film documentaire President Dia, d’Ousmane William Mbaye.

== 23 HEURES, Vogue, Route des Almadies, Dakar : prestation live d’Elage Diouf.

== 23 HEURES, Just U, Avenue Cheikh Anta Diop, Dakar : salsa indépendance avec Balla Ndiaye.

=== MERCREDI 5 AVRIL

== 17H 30, Raw Material Company, Zone B, Dakar : conférence inaugurale de la RAW Académie, Session 2, sous la direction de Chimurenga (plateforme éditoriale basée à Cape Town en Afrique du sud)

=== JEUDI 6 AVRIL

18 HEURES, Goethe Institut, Point E, Dakar : ‘’Autour de la photographie’’ avec Ousmane Dago, photographe, graphiste et designer. Echanges sur sa démarche artistique, son esthétique centrée sur le corps de la femme.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 29 mars 2017

Sénégal : pétition pour le respect des règles de transcription des langues nationales

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L’Association panafricaine pour l’alphabétisation et l’éducation des adultes (PAALAE), basée à Dakar, a lancé une pétition intitulée «stop au sabotage des langues nationales » pour dénoncer le fait que celles-ci sont « piétinées quotidiennement dans les  documents officiels, sur  les panneaux publicitaires et dans les médias ».

« La PAALAE ne peut manquer d’attirer l’attention sur un paradoxe. Au même  moment où on célèbre les langues nationales, ces dernières sont  piétinées  quotidiennement dans les  documents officiels, sur les panneaux publicitaires et dans les médias », souligne un communiqué que nous avons reçu ce dimanche 26 mars 2017.

La structure compte envoyer sa pétition « au président de la République, au président de l’Assemblée nationale, aux autres responsables d’institutions de la République, au patronat, à l’UNESCO BREDA et partout où besoin sera ».

Tout en saluant « les efforts des militants de l’alphabétisation » et en se réjouissant de l’attribution du Prix Confucius attribué par l’UNESCO au Sénégal, pour ses actions dans le cadre du Programme national d’éducation pour analphabètes adolescents et adultes à travers les TIC (technologies de l’information et de la communication), elle constate un « massacre de plus en plus massif contre des langues en général, africaines et sénégalaises en particulier ».

« A titre indicatif », la pétition relève les messages en langue nationale wolof inscrits à l’aéroport de Dakar Yoff et à l’hôtel King Fahd, sensés souhaiter bienvenue aux étrangers, et qui « se traduisent après lecture par des insultes, à savoir bienvenue aux esclaves ‘dalal jaam’ et ‘dalal diam’ ».

« Ce sabotage s’explique par le non-respect des règles de transcription préconisées par les linguistes et fixées par l’Etat. Nous sommes conscients des résultats néfastes de ce paradoxe entre les discours et les pratiques », souligne la PAALAE dans le texte disponible sur Internet (www.unepetition.fr/petition-Stopausabotagedeslanguesnationales).

Elle ajoute : « C’est pourquoi nous lançons la présente pétition dans le cadre d’une campagne intitulée : « Stop au sabotage des langues nationales ». Nous nous inscrivons dans la dynamique de la Déclaration de Barcelone 1996 concernant les droits linguistiques des peuples et dans le suivi de la Conférence Internationale sur l’Education des Adultes (Confintea V) en général, l’engagement des Etats Africains en particulier pour faire des langues africaines des instruments respectés, y compris dans l’administration ».

L’Association panafricaine pour l’alphabétisation et l’éducation des adultes interpelle « l’Etat,    le secteur privé, la société civile, les collectivités locales » et suggère, « dans l’immédiat, dans le cadre de la promotion des langues nationales : le retrait ou la correction des affiches fautives à l’aéroport de Dakar Yoff et à l’hôtel King Fahd ».

« Il faut rétablir dalal jàmm (Bienvenue donc à ceux et celles qui arrivent chez nous) au lieu de jaam ou diam, c’est-à-dire les esclaves ; qu’il y ait une commission nationale pour veiller à la transcription correcte (l’Etat et le secteur privé sont particulièrement concernés, car les ONGs et la société civile font correctement leur devoir) ».

Dans le communiqué qui accompagne la pétition, l’association soutient « toutes les initiatives pour l’hommage posthume à Mame Younouss Dieng, les initiatives d’hommage à Arame Fall Diop qui continue de se battre pour la promotion des langues nationales et aux précurseurs : Sembene Ousmane, Pathé Diagne, Assane Sylla,  Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Wade, Saliou Kandji, etc. »

Elle insiste par ailleurs sur l’enjeu de l’alphabétisation pour la sécurité, la solidarité, la démocratie, le développement économique, l’épanouissement individuel et communautaire, relevant les vertus de l’approche multilingue, multimédia, multi script.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 26 mars 2017

Agenda/Culture – Semaine du 20 au 25 mars 2017

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Evénements, activités artistiques et culturels de la semaine du 20 au 25 mars 2017.

=== MARDI 21 MARS 2017

== 10 HEURES – Hôtel Le Djoloff, Fann-Hock, Dakar : atelier national de formation de formateurs aux techniques de négociations collectives et débats sur « égalité Homme/Femme » dans le secteur de la musique au Sénégal, sous l’égide de l’Association des métiers de la musique (AMS) et de la Fédération internationale des musiciens. Fin de l’atelier, le 24 mars.

==16H 30, Goethe Institut, Point E, Dakar : présentation du recueil de poèmes intitulé Damné en années du slameur Franck Mboumba Kemit. Souleymane Diamanka et Anne-Marie Bonané seront les invités de cette activité qui se terminera par une prestation acoustique live.

=== MERCREDI 22 MARS 2017

== 9 HEURES – UCAD II (Université Cheikh Anta Diop, Dakar : ouverture d’un colloque de trois jours sur le thème ‘’Médiations africaines dans la construction et la réappropriation d’un savoir ethnologique’’.

== 20H 30 – Institut français, Rue Joseph Gomis, Dakar : projection, au Théâtre de verdure, du film « Wùlu », en présence de son réalisateur malien Daouda Coulibaly. Cette œuvre était dans la sélection officielle de la 25ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars).

=== JEUDI 23 MARS 2017

== 17H 30 – Musée Théodore Monod de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), Place Soweto, Dakar : vernissage d’une exposition sur ‘’Art rupestre : de la contribution africaine à la découverte d’un patrimoine universel’’.

== 20H30 – Institut français, Rue Joseph Gomis, Dakar : concert d’Elage Diouf, dans le cadre de la Quinzaine de la Francophonie 2017 au Sénégal. Le spectacle est organisé par l’Ambassade du Canada au Sénégal et le Bureau du Québec à Dakar.

=== VENDREDI 24 MARS 2017

== 18 HEURES, Raw Material Company, Rue Sans-soleil, Zone B, Dakar : panel et débats sur l’engagement politique des jeunes, avec Hamidou Anne et Fadel Barro. « Les ‘influenceurs’ africains ne servent à rien : que les jeunes fassent de la politique ! ».

=== SAMEDI 25 MARS 2017

== 16 HEURES – Hôtel de ville et Gare ferroviaire, Méckhé : vernissage de l’exposition ‘’Dissoo’’ de l’artiste EL SY

== 16H 30 – Raw Material Company, Rue Sans-soleil, Zone B, Dakar : conférence-débat sur le thème : ‘’La représentation de la femme dans le cinéma sénégalais’’, dans le cadre du ‘’Mois du cinéma au féminin’’, organisée par l’Association sénégalaise de la critique cinématographique (ASCC). Débateurs : Maguèye Kassé, enseignant du département langues et civilisations germaniques de l’Université Cheikh Anta Diop, Fatou Kandé Senghor, cinéaste, photographe, Baba Diop, journaliste-critique de cinéma. Modération : Oumy Régina Sambou, journaliste.

== 19 HEURES, Cunimb Productions, Ouakam Cité Comico n°118, Dakar : l’Orchestra Baobab présente son nouvel album, Tribute To Ndiouga Dieng (World Circuit).

== 20H 30, Institut français, Rue Joseph Gomis, Dakar : Sahad Sarr et le Nataal Patchwork présentent leur album Jiw, au cours d’un  »spectacle inédit ».

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 20 mars 2017

 

FESPACO 2017/LETTRES DE OUAGA – Quatrième partie (4/4)

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Lors de la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars), nous avons partagé une chronique quotidienne, pour parler de la manifestation sous un regard décalé, permettant, nous l’espérons, d’en appréhender l’importance, les enjeux et les défis liés à son existence même.

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== Jour 7 — Fespaco : le fantasme des prix

Bonjour,

Etre primé ou non, telle est-elle la question ? Les discussions de couloir sur les chances de tel ou tel autre film en compétition à la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou sont révélatrices d’au moins deux choses : le grand public et même certains professionnels pensent que la qualité d’un film dépend du nombre de récompenses qu’il obtient ; c’est à partir de la décision d’un jury de décerner des distinctions qu’une œuvre est appelée à avoir une ‘’carrière’’ plus ou moins importante.

A Ouagadougou, comme ailleurs, dès le lancement du festival, l’on commence à épiloguer sur…le palmarès éventuel, surtout quand, comme en 2011 (Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun), en 2015 (Timbuktu d’Abderrahmane Sissako) ou en 2017 (Félicité d’Alain Gomis), une réalisation arrive dans la capitale du Faso, précédée d’une ‘’réputation’’ qui en fait, à tort ou à raison, le ‘’favori’’ dans la course pour le prestigieux Etalon d’or de Yennenga.

Rien n’est plus incertain. Il n’y a en effet aucune garantie qu’un film primé dans un festival, aussi important soit-il, peut l’être tout autant dans une manifestation. Les contextes, les réalités sociopolitiques, l’environnement, ajoutés aux désidératas d’un jury, n’étant pas les mêmes.

Vraie ou fausse, la légende qui veut qu’il y a un ‘’lobbying’’ politico-diplomatique déterminant le lauréat du Grand Prix est tenace, traversant les éditions et alimentant parfois des méfiances et petites querelles entre réalisateurs. Elle est tenace, cette idée, mais je pense que c’est manquer de respect au jury, constitué très souvent de professionnels d’expérience, que de penser qu’il peut facilement se laisser influencer dans le sens voulu par un politique tapis quelque part.

Pour cette 25-ème du FESPACO, les rumeurs et pronostics vont bon train, mêlés à des considérations historiques, politiques, géopolitiques ou de genre. C’est ainsi que dans les médias burkinabè, l’idée que le tour du Burkina Faso doit revenir après…1997, année du dernier sacre d’un cinéaste de ce pays (Gaston Kaboré avec Buud yam). Les espoirs sont ainsi placés dans Frontières d’Appoline Traoré, qui aurait, selon certains cinéphiles et critiques, ‘’l’avantage’’ d’être…une femme. Il est vrai que le palmarès du Grand Prix du FESPACO, depuis l’institution d’une compétition, est encore exclusivement masculin.

Alors, les prix sont-ils la plus importante chose dans un festival ? Oui et non. Ça peut donner le sentiment au lauréat que son travail de dur labeur n’a pas été vain. Comme, s’il n’en a pas, ça peut le rendre philosophe quand il repensera à ce pourquoi il a décidé de s’exprimer par le biais d’un art. Si à la fin, on doit s’accrocher à des distinctions pour se sentir ‘’valable’’ et bon cinéaste, alors on n’a pas totalement compris qu’une œuvre est en soi un prix. Une récompense pour des années de travail et de sueur.

A demain

Ouagadougou, le 3 mars 2017

== Jour 8 — Fespaco : leçons d’une édition charnière

Bonjour,

Les rideaux sont tombés sur la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. La semaine a été intense, remplie de projections de films et de rencontres professionnelles au cours desquelles l’on constate que la passion du cinéma est tellement forte qu’elle fait oublier les nombreux problèmes d’organisation et incohérences d’une biennale qui va fêter son cinquantenaire en 2019.

C’est donc fini. Alain Gomis a remporté l’Etalon d’or du Yennenga pour son film Félicité, entrant ainsi dans l’histoire. Il est, après le Malien Souleymane Cissé (1979 avec Baara, et 1983 pour Finye), le deuxième cinéaste à remporter une deuxième fois ce prestigieux trophée, bien plus important que n’importe quel autre, quel que soit le festival qui le décerne. Il y a bien plus intéressant que ce fait statistique : le réalisateur sénégalais, 44 ans, tout en prolongeant une tradition filmique, s’inscrit dans une démarche offrant à voir un langage singulier éloigné des tendances à l’uniformisation notée dans plusieurs secteurs des arts. Le Malien Daouda Coulibaly, qui était en compétition pour l’Etalon d’or avec Wùlu, trace lui aussi un sillon novateur.

Plus globalement, en direction de ce cinquantenaire, il est intéressant d’esquisser un bilan de cette 25-ème édition, laquelle, à mon avis, porte les germes d’un tournant qui serait salutaire pour la plus grande manifestation cinématographique sur le continent. Ce sont ces petits éléments et signes qui donnent espoir que les lignes peuvent et doivent bouger pour le bien d’un secteur dont l’impact sur l’image et l’économie des pays africains doit être appréhendé avec plus de sérieux et de vision.

Il est d’abord heureux que les différents jurys de la compétition officielle aient remis au cœur du regard les dimensions artistiques et cinématographiques, avec des récompenses à des films techniquement bien réussis dans l’ensemble et faisant honneur au cinéma comme moyen de porter un point de vue lucide et critique sur soi et de transformation d’un réel pas toujours beau. Cette préoccupation est celle qui a admirablement guidé le choix du jury présidé par le Marocain Nour-Eddine Saïl sur Félicité, film dans lequel le traitement artistique est tout au service d’une idée d’un humanisme en mouvement

Deuxième point d’espérance : les riches débats sur la sélection des films en compétition du Fespaco qui ignore des œuvres de haute facture, un comité de sélection apparemment inexistant et une bureaucratie qui empêche l’efficacité espérée. Ces échanges sur les films qui méritent d’être montrés à la biennale de Ouagadougou existent depuis une vingtaine d’années, mais ils ont pris cette année une ampleur et une dimension qui augurent d’une prise de conscience. Reste maintenant à savoir si l’administration du festival va entendre le bruit de cette volonté de professionnalisation et d’efficacité dans les choix.

Troisième signe – et on revient à Alain Gomis – c’est la logique de production qui a permis la réalisation de Félicité : en plus du producteur sénégalais et de l’appui exceptionnel du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (FOPICA), des producteurs gabonais, libanais, belge, allemand et français ont contribué à la faisabilité de l’œuvre primée. L’avenir est dans la coproduction. Celle-ci, laissant une place importante à la participation des pouvoirs publics et contrairement à que l’on peut penser, donne une liberté et une indépendance permettant de faire entendre des sons de cloche venant de ce que Djibril Diop Mambety appelait ‘’les petites gens’’. Cela est important, parce que les traces d’humanité sont partout, ont la même dignité et méritent d’être vues et comprises.

A très bientôt,

Ouagadougou, le 5 mars 2017

PS : cette édition du Fespaco a été très riche pour moi. J’ai senti, à travers les posts quotidiens, presque le même lien qu’un artiste ayant produit une œuvre crée avec un public. Mais je repars de la capitale du Faso avec une frustration. Je n’ai pas pu voir certains de mes amis burkinabè avec qui j’entretiens des relations fortes tissées au fil de mes visites et de mes fréquentations de cette manifestation cinématographique, depuis 2003. Nous ne sommes restés en contact que par téléphone ou Facebook. Je sais, on ne peut pas tout avoir, mais savoir que l’on a des contacts sûrs dans une ville et ne pas avoir le temps de les voir autour d’un café, c’est frustrant. Mais je connais déjà la route…

Aboubacar Demba Cissokho

FESPACO 2017/LETTRES DE OUAGA – Troisième partie (3/4)

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Lors de la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars), nous avons partagé une chronique quotidienne, pour parler de la manifestation sous un regard décalé, permettant, nous l’espérons, d’en appréhender l’importance, les enjeux et les défis liés à son existence même.

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== Jour 5 —
Fespaco : fièvre filmique et sécuritaire

Bonjour,

La soirée de projection de films en compétition pour l’Etalon d’or de Yennenga, mercredi au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, a donné lieu à des scènes que seule cette biennale donne à voir. Un orage africain – un continent sous influence, de Sylvestre Amoussou (Bénin), et Félicité, d’Alain Gomis (Sénégal), ont été suivis par public hystérique, dans la salle du ciné Burkina laquelle, du coup, s’est avérée trop petite pour contenir les cinéphiles qui se sont pressés pour venir les voir.

Le premier film a fait salle comble parce que le réalisateur, joyeux et léger dans sa démarche artistique, s’est illustré, par le passé, par des œuvres (Africa Paradis et Un pas en avant – les dessous de la corruption) où les slogans et la comédie sont combinés dans la tentative de mise en lumière et de dénonciation des problèmes du continent africain à la souveraineté duquel le réalisateur, Amoussou, tient.

Le second long métrage, lauréat du Grand Prix du jury à la Berlinale 2017 (9-19 février), a été précédé d’une certaine aura, dont les cinéphiles, critiques et professionnels étaient curieux de voir et comprendre la trame. Il est tout aussi vrai que son réalisateur, Alain Gomis, est désormais suivi, depuis sa consécration à l’édition 2013, par l’Etalon d’or du Yennenga, récompense suprême au Fespaco.

Déjà le matin, à la projection presse de Félicité, un public nombreux a pris d’assaut la salle, la remplissant. Depuis 2003, année de ma première couverture du festival, je n’ai jamais vu une projection destinée aux journalistes, organisée tous les jours à 8h, faire l’objet d’autant d’intérêt et de curiosité.

Pour le film de Sylvestre Amoussou, comme celui d’Alain Gomis, il est resté du monde à l’extérieur du ciné Burkina. Et à l’intérieur, certains spectateurs se sont assis sur les allées. La projection de Félicité a été retardée de 20 minutes, pour calmer les nerfs qui commençaient à se surchauffer et permettre à un grand nombre de spectateurs d’assister à la projection.

Il en est ainsi pour de nombreux films programmés à cette manifestation cinématographique, pour laquelle l’engouement du public ne s’est jamais démenti. Même si la question de la sélection des œuvres est en débat. Je reviendrai sur ce sujet précis.

Tout cela se déroule dans une ambiance festive il est vrai – j’en ai déjà parlé dans une précédente chronique – mais marquée par un corset sécuritaire sans précédent. L’état du monde, le contexte géopolitique sous-régional et international marqué par le terrorisme – que le Burkina Faso a malheureusement expérimenté en janvier 2016 et continue de vivre de manière sporadique – le populisme et des craintes de déstabilisation, sont certainement à l’origine des nombreuses mesures prises pour parer à toute éventualité. Fouilles systématiques à l’entrée des salles, des hôtels, du siège du Fespaco, barrages à différents endroits de la ville, patrouilles régulières d’éléments de la police… Tout est fait pour assurer la quiétude des festivaliers qui, même s’ils sont aussi nombreux que les autres années (environ 4000 visiteurs), ne donnent pas l’impression d’être là. Parce que dispersés aux quatre coins de Ouagadougou, mais en communion pour le cinéma.

A demain,

Ouagadougou, le 1er mars 2017

== Jour 6 — Fespaco : vie de journaliste

Bonjour,

Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou n’est pas la plus grande manifestation consacrée aux œuvres cinématographiques et audiovisuelles par hasard. Tout ou presque y est grand. Et pour le journaliste appelé à couvrir cette biennale, plus que pour les autres festivaliers, il y a là une occasion exceptionnelle de vivre des moments à conter et de témoigner sur des tranches de vie, des films et des rencontres qui sont nombreuses et souvent intéressantes.

Mais comment le faire ? Comment arriver à rendre compte à ses lecteurs, auditeurs et téléspectateurs de la vie de ce festival tout en suivant le rythme effréné des projections ? Trouver le temps d’être sur le terrain du festival et dans les colonnes ou ondes de son organe reste un casse-tête qui demande une organisation précise, une discipline et…des sacrifices.

Après une nuit bien chaude, passée entre les salles, les boites de nuit ou les maquis comme le célèbre Taxi-Brousse, il faut bien se réveiller à 7 heures pour aller suivre la projection presse, prévue à 8 heures, dans l’une des deux grandes salles de Ouagadougou (ciné Neerwaya ou Burkina). Quand on est emballé par la qualité du long métrage projeté, on sort prendre une tasse de café – sans sucre généralement – avant de revenir s’installer tranquillement sur le fauteuil pour regarder quatre ou cinq courts métrages à la suite.

Quelques échanges avec des professionnels ou amis croisés dans les couloirs meublent le temps qui sépare du déjeuner qu’il faut prendre plus ou moins rapidement, de préférence dans un restaurant ou un maquis proche de la salle où est programmée la séance suivante à 16 heures. Deux heures après, le journaliste se retrouve dans un autre cadre pour suivre deux films à la suite (18h 30 et 20h 30). Là, il a le choix entre avaler un morceau et se remettre dans un fauteuil pour le film de 22h 30. Mais de toute façon, il va falloir manger et pour ça, pas de souci.

Le journaliste doit aller faire des envois à sa rédaction, mais il ne peut résister à la tentation de rester écouter de la musique, papoter avec des amis à l’endroit où il va prendre ce dîner. Ces moments sont précieux en général : c’est l’opportunité qui est offerte de croiser des acteurs, réalisateurs ou autres professionnels du cinéma, pour arranger une interview à venir, décrocher des anecdotes sur l’histoire du Fespaco, etc.

Comment tenir ce rythme, sans flancher ? On peut être perdus ou déboussolés, mais il y a quelques astuces si on veut tirer le plus grand profit du festival qui ne se tient que tous les deux ans : savoir pourquoi on vient au Fespaco, même si, sur le terrain, il est difficile de ne pas improviser ; cocher sur le programme général des projections et des rencontres professionnelles ce que l’on veut voir en sachant que des imprévus peuvent survenir à tout moment ; ne pas oublier de prendre des pauses café pour tenir…

C’est difficile, très difficile même. Pour un festival normal mais plus pour le journaliste invité à être ‘’les yeux et les oreilles’’ des nombreux cinéphiles qui auraient aimé être là et qui ne sont pas. Tellement difficile que pour certains journalistes, la parade consiste à réchauffer de vieux articles – toujours les mêmes – gardés au frigo. Et très souvent aussi, des marronniers reviennent. C’est ça aussi le Fespaco.

A demain,

Ouagadougou, le 2 mars 2017

Aboubacar Demba Cissokho

FESPACO 2017/LETTRES DE OUAGA – Deuxième partie (2/4)

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Lors de la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars), nous avons partagé une chronique quotidienne, pour parler de la manifestation sous un regard décalé, permettant, nous l’espérons, d’en appréhender l’importance, les enjeux et les défis liés à son existence même.

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== Jour 3 — Fespaco : films, fête et bouffe non-stop !

Samedi dernier, en souhaitant la bienvenue aux festivaliers, le maire de Ouagadougou, Armand Béouindé, a buté sur une liste de propositions gastronomiques, ne s’arrêtant qu’au… poulet braisé. Il a fait sourire les spectateurs du stade municipal, qui auraient certainement aimé entendre l’édile ajouter poulet ‘’bicyclette’’, ‘’télévisé’’, ‘’flambé’’ ou ‘’sauté’’…

Le Fespaco, c’est d’abord le cinéma : projections de films, débats, rencontres professionnelles, etc. C’est un lieu unique de promotion du travail de création de centaines de personnes impliquées à différents niveaux de la machine. Il ne faut donc pas rater les séances dans les salles disséminées à différents endroits de la capitale du Faso. De 8 heures du matin (projection de presse aux cinés Burkina et Neerwaya) à minuit passé, les invités et cinéphiles ont donc le choix entre films en compétition ou non.

La vérité est qu’en plus de vivre tout ça, le festivalier soucieux de partir avec des souvenirs de la capitale du Burkina Faso ne peut chômer, ayant la possibilité, en plus de la vingtaine de projections quotidiennes, d’aller faire une dégustation à ciel ouvert et dans les restaurants et maquis de la gastronomie locale et diverses fêtes organisées ça et là.

Cette année d’ailleurs, les organisateurs ont donné à la dimension festive une ampleur jamais notée. Ils ont proposé à des endroits stratégiques de la ville (Avenue Kwame Nkrumah et siège du Fespaco notamment) des plateaux musicaux, pour permettre aux artistes de toutes les sensibilités de s’exprimer, de se faire connaître et de renforcer le côté populaire de la biennale du cinéma.

Du cinéma, de la musique. A manger aussi. Le choix varié de plats (Attiéké, Aloko, Kédjénou, Yaasa, riz gras, riz sauce…) n’a d’égal que le nombre incalculable de maquis et de restaurants qui rivalisent d’ingéniosité et d’astuces, du siège du Fespaco, à La Forêt, en passant par L’Eau vive, Le Coq bleu, Le Verdoyant, Le Festival… pour attirer une clientèle exigeante venue des quatre coins du monde.

Et si au bout de la nuit, vous n’avez pas encore trouvé de quoi manger, pas de souci. Le Taxi-Brousse est là pour vous satisfaire. Lieu incontournable de la non moins emblématique Avenue Kwame-Nkrumah, ce maquis est le lieu qui fonctionne toute la nuit. Il propose lui aussi de la musique, mais à boire et à manger au festivalier qui n’a pas voulu rater les dernières projections de soirée.

Taxi-Brousse, c’est aussi l’occasion pour journalistes en quête d’échanges avec des professionnels et cinéphiles à la recherche de stars, de satisfaire leur curiosité. Et c’est presque au petit matin que l’on quitte cet endroit pour aller choper une ou deux heures de sommeil avant de reprendre la route pour les salles. Oui, à 8 heures déjà, la ronde reprend. Comme un projecteur à l’ancienne, faisant tourner la pellicule, la roue tourne à Ouaga. Elle ne s’arrête vraiment qu’au lendemain de la clôture du Fespaco.

A demain

Ouagadougou, le 27 février 2017

== Jour 4 — Fespaco : un amour de cinéma

Je vous parlais, dans ma chronique d’hier –pour la conclure – de cette fièvre unique, quasi magique, qui s’empare de Ouagadougou à l’occasion du Festival panafricain du cinéma et de la télévision, offrant à la capitale du Faso le visage du centre du monde pour les amoureux du cinéma et des expressions artistiques et culturelles.

Ce mardi matin, j’ai été voir une nouvelle preuve de ces moments de découverte : un restaurant amoureusement dénommé ‘’Chez Tantie-propre’’, situé à quelques jets de pierre du ciné Burkina, un endroit que je fréquente régulièrement depuis que je suis venu pour la première fois ici, en 2003.

Paradoxalement, je ne connaissais pas cet endroit, caché il est vrai, qui m’a littéralement séduit par l’accueil qui m’y a été réservé et surtout par le menu – fait d’un tô bien chaud, cette pâte de maïs, de mil ou de sorgho accompagné d’une sauce et consommé avec la main. Sûr que j’y referai avec plaisir un tour pour recharger les batteries au réveil avant les longues journées du Fespaco.

Ne me taxez pas de gourmand, mais il me fallait dire avant de parler de ces ‘’petits’’ gestes et actes qui traduisent l’attachement du peuple burkinabè à cette manifestation dont il a été, il faut le rappeler, à l’origine de la création, en 1969.

Deux points pour illustrer cet engouement à nul autre pareil. La décision gouvernementale qui intervient à chaque édition, pour instaurer la ‘’journée continue’’, de 7h à 15h, et permettre aux agents de la Fonction publique de se libérer et d’aller voir les films au programme, tant il est vrai que les expressions artistiques constituent une nourriture nécessaire à l’équilibre humain.

Et ça marche, puisque les salles sont prises d’assaut dès 16 heures pour les projections de films inscrits en compétition, surtout, ou dans d’autres sections. C’est devenu une tradition et c’est un communiqué officiel qui l’annonce. Le plus intéressant c’est que, à la sortie des salles obscures, ça discute sérieusement des œuvres, lesquelles sont critiquées, commentées et analysées.

Le second point qui montre cet amour de cinéma est l’intérêt des élèves, collégiens et lycéens, pour les activités du festival. Il fallait voir la file qu’ils ont formée, ce mardi en milieu de matinée, devant la siège du Fespaco, pour aller s’y renseigner sur le programme, connaître l’histoire de la biennale, rencontrer des professionnels du cinéma africain et échanger avec eux…  Nul doute que la puissance de l’image comme moyen d’éveil et d’éducation aura un effet sur au moins une partie – espérons qu’elle sera importante – de ces adolescents appelés à affronter les défis qui se posent et se poseront à eux.

Mercredi matin, je retourne chez ‘’Tantie-propre’’ avant d’aller suivre la projection de presse de Félicité, du Sénégalais Alain Gomis, en compétition pour l’Etalon d’or de Yennenga. L’engouement noté autour de ce film avec les nombreuses demandes d’interviews pour le réalisateur et ses acteurs, devrait se traduire par un public conséquent, dès 8h. Mais surtout à 20h 30, pour sa première africaine. Tiens, à propos des films, je sais que vous attendez mes impressions et remarques sur eux. Ils méritent des billets que je prépare et partagerai avec plaisir.

Ouagadougou, le 28 février 2017

Aboubacar Demba Cissokho

FESPACO 2017/LETTRES DE OUAGA – Première partie (1/4)

Publié le Mis à jour le

Lors de la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars), nous avons partagé une chronique quotidienne, pour parler de la manifestation sous un regard décalé, permettant, nous l’espérons, d’en appréhender l’importance, les enjeux et les défis liés à son existence même.  

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== Jour 1 — Fespaco : un festival à créer !

Ce samedi 25 février 2017, s’ouvre la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le plus grand rendez-vous cinématographique sur le continent. Entre mercredi et vendredi et jusqu’à lundi, des milliers de festivaliers (professionnels, journalistes, critiques, cinéphiles…) ont rallié, ou vont le faire, la capitale du Burkina Faso pour venir vivre ces moments de cinéma uniques. Territoire où se trament des histoires que seuls peuvent comprendre et aimer ou détester les passionnés du 7è Art, ce festival tient. Contre vents et marées.

Moments uniques, oui. Parce que ce n’est qu’à Ouagadougou qu’une magie opère depuis des décennies : beaucoup d’incertitudes font parfois planer des doutes sur la tenue ou non de la manifestation qui finit toujours par avoir lieu ; les habitués, mais surtout ceux qui viennent pour la première fois, vont constater et déplorer les problèmes liés à une organisation encore tatillonne, l’absence de programmes et de catalogues imprimés le jour de l’ouverture du festival, impairs qui ne  joueront en rien sur le fait que les salles de projection seront prises d’assaut ; le ‘’miracle’’ qui fait que l’on peut avoir un badge le jour même de l’ouverture alors que les procédures d’accréditation ont été closes au moins deux mois avant…

Le seul programme détaillé disponible et affiché au siège du festival est celui des…concerts de musique prévus à différents endroits de Ouagadougou, alors que les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel présentant un film ou un produit sont souvent obligés de s’organiser pour donner des indications sur les heures et lieux de déroulement de leurs activités. Le Fespaco, le festival où le rêve et l’idéal panafricains sont brandis à coup de slogans, mais qui est devenu, au fil des éditions et du désengagement progressif des Etats pour la chose cinématographique, le lieu de fantasme des experts et des critiques les plus audacieux, entretenant un regard somme toute bizarre sur des créations dont beaucoup, il est vrai, portent elles-mêmes les stigmates d’une aliénation infantilisante.

Mais quoi alors ? Oui, il ya un bien un ‘’mais’’ pour comprendre pourquoi et comment un tel événement, lancé en 1969, arrive à se tenir régulièrement depuis près de cinquante ans. Les signes que ce festival dont l’un des ténors des précurseurs du cinéma en Afrique, Sembène Ousmane (1923-2007), a une fois dit qu’il « porte » les cinéastes africains, sont visibles sur les visages, à chaque coin de rue de Ouagadougou – avec l’effervescence notée chez le plus petit commerçant, les hôteliers, les chauffeurs de taxi, etc.

Dans ces conditions, un éminent critique burkinabè peut rappeler, dans un grand éclat de rire, qu’il n’a pas été mis à la retraite de la fonction publique, mais seulement « remis à la disposition de madame pour emploi ». Au Fespaco, la bonne formule n’est jamais loin pour détendre l’atmosphère, faire oublier les difficultés ou contourner un obstacle. Ce Fespaco, il faudra bien le créer un jour.

A demain.

Ouagadougou, le 25 mars 2017

== Jour 2 — Fespaco : esprit rebelle

La 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) a débuté samedi après-midi, comme les précédentes, par une cérémonie d’ouverture au cours de laquelle les organisateurs ont tenté de proposer aux festivaliers un cocktail dont les éléments étaient à la fois enracinés dans la culture du terroir profond et ouverts sur du contemporain.

La star ivoirienne du reggae, Alpha Blondy, qui avait promis que ça allait « déchirer », a tenu promesse, après une première partie, inutilement longue il est vrai, marquée par des discours, une intéressante parade des masques et arts de la rue, un spectacle équestre, des prestations musicales de différents artistes burkinabè, dont l’emblématique Smockey, star du hip-hop local et leader d’un mouvement ‘’Le Balai citoyen’’, très en vue depuis un peu plus de trois ans pour faire entendre la voix des masses.

En fait, la dimension politique de l’après-midi n’a échappé à personne, le Fespaco étant ce festival qui en porte, depuis ses débuts, en 1969, les ingrédients, même si la machine administrative qui le gère n’est pas tout à fait saisie de cette fibre.

Cet esprit rebelle, les cinéastes le portent dans leurs œuvres comme dans leurs prises de position. Les Burkinabè aussi, eux qui ont répondu par des applaudissements nourris au maire de Ouagadougou, Armand Béouindé, qui a exprimé le désir de faire retrouver à la biennale le lustre que le capitaine Thomas Sankara lui avait insufflé dans les années 1980.

Comme obligé de suivre la mouvance, le ministre de la Culture Tahirou Barry espère que cette édition sera celle du « renouveau », citant dans son discours…Sankara, et annonçant un monument à sa mémoire. Célébrant les « valeurs républicaines »  dans ce « pays du peuple insurgé, du 30 et 31 octobre 2014, qui a su briser, au prix de mille sacrifices, les chaînes de l’esclavage de tous ordres et qui entend marcher fièrement vers le champ lumineux de la liberté ». Alpha Blondy, lui aussi, parle de Sankara et de Norbert Zongo, chante « Ouaga rack », une composition spéciale.

« Tuez Sankara, des milliers de Sankara naitront »…Cette déclaration, Thomas Sankara l’avait faite quelques mois avant son assassinat par des bourreaux auxquels, près de trente ans après, son esprit et sa vision d’une Afrique libre, digne et indépendante s’imposent. Ne dit-on pas que les idées ne meurent pas ?

C’est cet idéal que portait aussi l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop, esprit dissident s’il en est, auquel le réalisateur Ousmane William Mbaye a consacré un documentaire en compétition dans la section documentaire de cette 25-ème édition du Fespaco. Et c’est lui que je cours voir au ciné ‘’Neerwaya’’. Dans le contexte panafricain du Fespaco, ce film devrait avoir une résonnance singulière.

Ouagadougou, le 26 février 2017

Aboubacar Demba Cissokho