MASA 2018 – A Abidjan, on ‘’s’enjaille‘’ malgré tout

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A la fin de la première journée de la 10è édition du Marché des Arts du spectacle… d’Abidjan (MASA), remarquablement clôturée par le génial joueur de ngoni malien Bassékou Kouyaté, accompagné de son épouse Ami Sacko, je me suis dit : « Tout est bien qui finit bien ». Le couple, bouclant, sous le regard du  une soirée au cours de laquelle les festivaliers ont eu droit à du conte, de la danse, un défilé de mode, a servi des notes et mélodies qui ont enchanté plus d’un, allant du classique Djandjon à un medley alliant afrobeat (Shakara de Fela) et mélodies mandingues (Kanimba). Le tout agrémenté de la très belle voix et des envolées lyriques d’Ami Sacko, qui m’ont fait oublier les premiers instants de mon séjour dans la capitale ivoirienne.

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Parce qu’en vérité, je n’espérais pas un dénouement aussi tranquille.  A l’instant joyeux où j’arrivais à l’aéroport, vendredi en fin de matinée, accueilli par une affiche sur laquelle…Didier Drogba, faisant la publicité d’un opérateur de téléphonie, me souhaitait « un agréable séjour en terre ivoirienne », ont succédé des moments de doute qui m’ont poussé à presque remettre en cause la capacité des organisateurs à tenir le pari d’une édition réussie marquant les 25 ans du MASA.

A peine arrivé aux Résidences ‘’M’Maya’’, après plus d’une heure passée à l’aéroport à attendre la navette, j’ai dû, avec mon ami John Owoo du Ghana, reprendre mes bagages pour mettre le cap sur les ‘’Résidences Hôtel du roi’’. Il est vrai que j’y avais une suite…royale, mais l’endroit où se trouve ce site, ‘’Faya’’, est tellement éloigné du cœur du festival, qu’une amie d’Abidjan n’a pas hésité à me dire que nous n’étions pas à Abidjan mais dans un village. Il fallait donc trouver une solution d’autant que les facilités de transport ne suivaient pas. Sollicitée, la bienveillante et coopérative dame chargée de l’hébergement a accepté notre proposition de nous loger à ‘’TreichHôtel’’, dans la célèbre comme de Treichville, que je connais assez bien pour y avoir séjourné en mars 2016.

Me voilà donc installé à quelques encablures du Palais de la Culture Bernard-Dadié, cœur vibrant du MASA. Pour le Abidjanais, Treichville c’est ‘’le quartier des Sénégalais’’. Ce qui est vrai : en marchant samedi soir, du Palais de la Culture, pour rentrer à l’hôtel, j’ai emprunté une rue où j’en ai eu une nouvelle preuve de cette assertion. En moins de deux minutes, je suis passé devant les boutiques d’Alune Diop et Fall, vendeurs de téléphones portables et d’accessoires divers, du vendeur de tissus ‘’Chez Guèye’’. J’ai salué en wolof deux jeunes vendeurs de café ‘’Touba’’ et reçu dans les oreilles la musique de Youssou Ndour. Ce sont ces petits moments qui vous permettent de vous dire « on s’enjaille » (on fait la fête), en dépit des couacs et des incertitudes.

Tous ces éléments m’ont soulagé, me faisant oublier les premiers errements constatés à mon arrivée. Peut-être pas totalement, parce que le programme qui permet de voir les artistes et créateurs des quatre coins du monde performer, est des plus incertains. « J’ai reçu le programme », dis-je au journaliste Yacouba Sangaré, qui me répond aussitôt : « Non, oublie ça, beaucoup de choses ont changé. Il faut plutôt venir voir, chaque matin, le programme affiché au jour le jour devant la Palais de la Culture. » Ainsi donc va la 10è édition du MASA qui fête cette année son 25è anniversaire. Une édition censée marquer un tournant. Un soutien moins fort de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a comme première conséquence visible le changement de nom du festival : nous avons maintenant affaire au Marché des arts du spectacle…d’Abidjan – et non ‘’Africain’’. Cela, sur la durée, devrait certainement confirmer une (re)prise en mains de la manifestation par l’Etat de Côte d’Ivoire et une plus grande ouverture sur des espaces non francophones. Pour cette édition, des délégations ou représentants de 65 pays sont à Abidjan, une diversité qui donne plus de couleurs à la ville déjà illuminée tous les soirs par les reflets des enseignes du Plateau sur la tranquille et emblématique Lagune Ebrié, témoin silencieux de tant de célébrations fraternelles des arts, de la culture.

Abidjan, le 11 mars 2018

Aboubacar Demba Cissokho

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Adama Dahico et son humour alcoolisé

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En octobre 2010, l’humoriste Adama Dahico a été candidat à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Ce n’était ni une blague ni de l’humour. C’était sérieux. Sur 14 candidats, il s’était classé à la 11è place. « Donc, je n’étais pas dernier », rigole-t-il aujourd’hui. « Si les politiques font de la comédie à ma place, moi je fais de la politique à leur place », ajoute-il pour justifier sa candidature à la magistrature suprême de son pays. Dahico était candidat sans illusion, sachant bien que le rapport de ses concitoyens à la politique et aux politiciens professionnels ne lui donnait aucune chance.

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Mais là où il est sur son terrain, magistral de maîtrise et faisant rire aux larmes, c’est celui de l’humour. Le One-man-show, intitulé Le chef, qu’il a présenté dimanche en début de soirée à la salle Kodjo-Ebouclé du Palais de la Culture Bernard-Dadié, dans le cadre de la 10è édition du Marché des arts du spectacle d’Abidjan, est un bijou du genre. Bien écrit et d’un contenu qui, derrière les rires, fait réfléchir sur la nature humaine et les farces des politiciens, le spectacle d’une heure brosse un tableau des convulsions sociopolitiques de la sous-région, du continent et d’un peu du reste du monde.

Doromikan (la parole de l’ivrogne) est le titre générique de l’univers de création d’Adama Dahico, dont l’humour soule de plaisir et de bonheur celui qui l’écoute. De cet univers, il est le ‘’président à vie’’, et quand il apparaît sous la lumière, il lance, comme introduction générale, à son auditoire : « Le chef a une responsabilité, un engagement. Un chef c’est la parole donnée, la parole respectée. Il n’a pas besoin qu’on lui rappelle ses engagements, parce que le peuple est sa préoccupation. »

Et c’est pour tout de suite enchaîner : « Quand un comptable dure au bureau, ce n’est pas parce qu’il est compétent. C’est parce qu’il a fait un manquant ; Les politiciens ne mentent pas, ils économisent la vérité pour la dire un jour. » Face au constat qu’il n’y a jamais eu de cérémonie de passation de charge entre deux chefs d’Etat en Côte d’Ivoire, il estime que le cadeau demandé aux Ivoiriens, en 2020, à l’issue de la présidentielle, c’est « une belle cérémonie de passation de charge entre le président sortant » et l’entrant qui ne peut, dans son raisonnement, être que lui. C’est parce que, quand il fait son spectacle, Adama Dahico, se livre au jeu des politiciens, se met dans leurs habits, pour mieux se moquer d’eux. « La politique, dit-il, c’est comme la drogue. Ce n’est pas celui qui consomme qui en subit les conséquences, mais ceux qui entourent le consommateur qui en payent les pots cassés. » Il ajoute : « Le string est le vrai symbole de la démocratie. Il sépare la gauche et la droite, arrondit les bords, maintient la masse et attire le peuple. »

‘’Le chef’’, c’est aussi un voyage. Dahico part du Gabonais Jean Ping, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite à la présidentielle de 2016 (« Ali Bongo est en train de faire une transition de sept ans ») à Joseph Kabila dont le sigle du pays, RDC, signifie pour l’humoriste ‘’Regarder en dessous de la ceinture’’, en passant par un partisan du président camerounais pour qui « le remplaçant de Paul Biya s’appelle Biya Paul ». Dahico tombe sur le Malien Ibrahim Boubacar Keita, dont les discours sont ponctués par des références au Coran et de nombreux ‘’Inch’Allah’’. A la question de Dahico de savoir s’il est président ou imam, il répond : « Président de tous les imams, donc imam. » Autre pays, la Côte d’Ivoire, autre question : « M. Alassane Dramane Ouattara, pourquoi avez-vous choisi comme slogan de campagne à la présidentielle +ADO Solution+ ? » Réponse de l’intéressé : « J’ai choisi ADO Solution parce que c’était moi le problème ».   

Et sur ce registre de l’imitation des voix des chefs d’Etat dans leurs habitudes et tics, Adama Dahico atteint ce qui peut être considéré come le sommet de son One-man-show : la conversation entre Alassane Ouattara, Henri Konan-Bédié et Laurent Gbagbo. Les deux premiers ne s’entendent que sur le fait que le troisième est leur ‘’frère’’. Bédié veut-il revenir aux affaires ? « Je n’ai jamais dit que e voulais revenir aux affaires, c’est mon épouse Henriette qui veut redevenir Première Dame. »

Hormis une partie sur les chiffres, moins réussi, le spectacle d’Adama Dahico a été un vrai régal pour le public qui a contribué à le rendre total en répondant aux interpellations de l’humoriste qui, sur les délestages récurrents en Guinée, a lancé : « En Guinée, quand le courant revient, le lendemain c’est férié. Le courant, on ne joue pas avec. » Il ne pouvait pas, dans son spectacle, ne pas évoquer le ‘’terrorisme’’, pour rester collé à l’actualité et à la situation politique de la sous-région ouest africaine et du reste du monde, fils conducteurs de son texte. Dans une partie consacrée à l’alphabet, il s’attarde sur la lettre ‘’B’’, faisant remarquer que le nom de nombre d’endroits touchés par des attentats commence par cette lettre. Bataclan, Bamako, Burkina Faso, Bassam, Barcelone, Benghazi, Bruxelles…  « Et quand les Béninois ont vu le danger venir, ils ont dit qu’ils devraient changer le nom du pays et lui redonner celui de Dahomey ». Fou-rire dans la salle. Rideau.

Abidjan, le 12 mars 2018

Sénégal/Cinéma – Cheikh Anta Diop à la télé nationale : les lignes bougent

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En février 1983, lors de la campagne pour les élections législatives, l’Office de radiodiffusion télévision sénégalaise (ORTS) avait suivi la tête de liste du Rassemblement nationale démocratique (RND), Cheikh Anta Diop, pendant 21 jours, filmant ses interventions, et diffusant, chaque soir, les trois minutes réglementaires. On ne sait pas ce que sont devenues ses archives dont un extrait a été montré en février 2016 pour le trentenaire du décès de l’historien. Ils ne sont pas nombreux les Sénégalais qui ont vu ces images à la télévision, parce que, sans être ouvertement affirmée, il y avait une sorte d’omerta, de black-out, qui faisait que l’on ne parlait pas de manière organisée et élaborée de Cheikh Anta Diop à la télévision nationale.

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Ce mercredi 7 février 2018, les téléspectateurs de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (1 et 2) ont donc été témoins d’un ensemble d’actes couronnés par la diffusion des versions française (RTS 1) et sous-titrée en wolof (RTS 2) de Kemtiyu – Séex Anta, premier film documentaire de création sur la vie et l’œuvre de Cheikh Anta Diop, écrit et réalisé par Ousmane William Mbaye. Evénement exceptionnel s’il en est, que même ceux qui ont vu au moins une fois le film n’ont voulu manquer sous aucun prétexte. La diffusion de Kemtiyu – Séex Anta’’ sur la RTS permet ainsi, dans un pays où les salles de cinéma n’existent presque plus, à un grand nombre de Sénégalais de ‘’recevoir’’, dans leurs foyers, la parole d’un scientifique, intellectuel et homme politique d’exception.

Une pétition avait été lancée en 2017 par Dieynaba Sar, enseignante sénégalaise établie à Bordeaux (France), pour demander la diffusion sur les chaînes de télévision sénégalaises de ce film qui permet de (re)découvrir le parcours et la pensée de Cheikh Anta Diop. Elle a été entendue par les autorités de la RTS qui ont saisi ‘’l’offre’’ du réalisateur de permettre cette diffusion sans aucune contrepartie financière. Ainsi, de Matam à Ziguinchor, en passant par Kédougou, Saint-Louis, Dakar, Kolda, Kaolack , Louga ou Foundiougne, on a pu voir le film. Ce devait être normalement un fait banal, mais il est tellement rare de suivre Cheikh Anta Diop à la télévision, que ce sont de précieux moments que les téléspectateurs ont vécus.

De fait, la diffusion de Kemtiyu prolongeait l’hommage que la rédaction du journal télévisé de la RTS a rendu, dans son édition de 20 heures, à l’auteur de Civilisation ou barbarie : trois reportages consacrés aux cinq ans d’enseignement de Cheikh Anta Diop au département d’histoire de l’Université de Dakar, au sort de l’égyptologie dans ce même département, et à un résumé de son parcours. Pour un homme qui a consacré sa vie à se battre pour la réhabilitation de l’histoire des peuples noirs, leur liberté et leur dignité, ce n’est quelque part que justice. Vivement que cela continue. Pas seulement sur la RTS, cette télévision qui, si on avait une sérieuse mesure d’audience, a dû réaliser un taux appréciable ce mercredi soir.

Dakar, le 7 février 2018

Aboubacar Demba Cissokho

Mali – ‘’Au cœur de Bamako’’, catalogue sur une ambition culturelle

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Le catalogue ‘’Au cœur de Bamako’’ (Edition Balani’s, 400 pages) est, physiquement, lourd. Il est surtout riche d’une vision pour la vie artistique et culturelle portée par un médiateur culturel, Lassana Igo Diarra, à partir d’un espace, la Galerie Médina, une ville, Bamako. Il est lourd d’un récit, celui d’une histoire passionnante, d’un présent difficile mais exaltant, et d’une grande foi en l’avenir. ‘’Au cœur de Bamako’’ est, au-delà, le témoin de la dimension politique de l’art et de toutes les initiatives dont il porte trace.

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Le choix de la couleur or pour la couverture du catalogue – pour un pays riche de ce métal – n’est certainement pas fortuit. Il y a, dans le discours du document, l’espoir de voir les graines semées au cours des expositions, ateliers, résidences, discussions…qu’abrite la Médina, créer une conscience artistique, culturelle, et, partant politique, des enjeux liés à la mémoire, à la préservation et à la valorisation du patrimoine, entre autres.  

Il s’agit de mesurer le chemin parcouru. Il est aussi question de se projeter. Dans un éditorial très justement intitulé ‘’Sini’’ (Demain en bambara), Lassana Igo Diarra écrit : « La jeunesse est la force de nos sociétés, et par la médiation culturelle, nous aurons demain des jeunes citoyens sensibles à l’écriture à l’art, à la culture, tout autant qu’ils le seront à la musique, si populaire dans notre temps. »

« Demain, poursuit-t-il, nos élites et les gens ordinaires fréquenteront les expositions, se reconnaîtront dans les produits des créateurs contemporains prestigieux dont ils seront fiers et qu’ils achèteront. Ils discuteront des œuvres d’Amadou Sanogo, ou des costumes créés par Abdou Ouologuem, des photos de Seydou Camara. Ils iront voir les films de Toumani Sangaré. Les jolies Bamakoises porteront les longs colliers de Tetou, s’habilleront en ikabook…Tous auront lu les livres d’Ousmane Diarra et admireront le design de Cheikh Diallo. Nous irons avec nos artistes et leurs œuvres à Lagos, Cape Town, Yokohama, Sao Paulo, New Delhi, New York, Lausanne, Luanda, Paris et Ségou. »

Diarra insiste : « Demain, nous gagnerons de nouvelles batailles ensemble, et, sans méconnaître le passé et l’histoire de l’art africain, où l’art contemporain mondial a trouvé son inspiration, nous mettrons le cap résolument vers le futur, inventant de nouvelles utopies. Nous améliorerons notre infrastructure, afin d’offrir les conditions optimales à la présentation des œuvres. »

« Demain, nous publierons des catalogues en bambara, en amharique, en yoruba, en zoulou, et en swahili. Nous ferons aussi de la Médina-Coura, ‘’le plus beau quartier du monde’’, avec ses manguiers historiques, sa nouvelle rue colorée des tisserands, et qui sait, pourquoi pas, un tramway à la place du ‘’Rail da’’, qui desservira les quartiers à partir du Boulevard du Peuple », promet Igo Diarra.

Lorsqu’on arrive dans cette « ville d’accueil » qu’est Bamako – « par les airs, les rails ou la route » – « on est frappé par les couleurs, les odeurs, les langues et la beauté des femmes en bazin mahidante, tamantaman, sontoro…», souligne pour sa part le sociologue et linguiste Ismaël Sory Maïga, exposant une partie du « riche patrimoine historique et culturel » de la ‘’Cité des trois caïmans’’ : des vestiges préhistoriques, une architecture coloniale élégante, inspirée de l’architecture soudanaise avec quelques traces d’influence arabo-musulmane. »

Maïga note que « malgré l’essor considérable et des quartiers très modernes qui s’y construisent, Bamako demeure parfois un gros village, de communautés… » Il parle des « différents processus d’installation et de socialisation » dans une cité où on peut voir « un chef de quartier octroyer un terrain d’habitation ou d’exploitation contre un coq rouge et sept colas blanches…transaction qu’ensuite les services publics entérinent volontiers. »

Bamako, « magnifique, complexe, attachante et secrète à la fois », c’est des « jeunes filles qui, le samedi soir en boîte de nuit, portent des jeans ou des jupes, parfois très courtes, sont en tenue traditionnelle le lendemain pour les mariages ou autres cérémonies sociales. Tandis que les jeunes fonctionnaires ou cadres dans des multinationales, sont, toute la semaine, en costume cintré ou cravate, ils revêtent le vendredi leur riche bazin ou brodé. »

A travers les pages du catalogue, défile l’histoire de Médina-Coura, la cité « en permanente construction », qui revendique sa « parenté spirituelle » avec Médine, refuge du prophète de l’islam, porte et assume l’histoire de la retraite des sofas, ces guerriers de l’armée de Samory Touré, résistant à la pénétration coloniale française en Afrique de l’ouest, l’animation du Boulevard du Peuple…

Le catalogue ‘’Au cœur de Bamako’’ conte aussi la résistance d’une ville par l’éducation, les initiatives visant la sauvegarde des manuscrits de Tombouctou, les visites d’écoliers, les activités des artistes et acteurs culturels à travers des expressions plurielles, des ateliers, panels et expositions (Fatoumata Diawara, Cheikh Diallo, Abdoulaye Konaté, Soly Cissé, Amadou Sanogo…). Il évoque, en plus de cette actualité, des combats culturels et politiques du siècle passé, ceux de Modibo Keita (premier président du pays), Mamadou Konaté, Fily Dabo Sissoko, les empreintes et souvenirs du musicien Ali Farka Touré, de l’écrivain Yambo Ouologuem, la carrière du footballeur Salif Keita

L’image à laquelle ce précieux document renvoie est, celle bien réelle, d’une plateforme devenu incontournable dans l’animation culturelle au Mali, d’où partent des expressions, des ambitions de liberté, des rêves de conquête de soi et du monde. Ceux qui ont une fois visité la Galerie Médina, et échangé avec son premier responsable, Lassana Igo Diarra, ont senti cette envie farouche de mettre en lumière le regard d’hommes et de femmes sur eux-mêmes, leur histoire, leur société, leur environnement physique et spirituel. C’est de cela que le catalogue ‘’Au cœur de Bamako’’ est le témoin.

Dakar, le 9 février 2018

Aboubacar Demba Cissokho

Ségou/Exposition – ‘’Fali Galaka’’ : les ânes ségoviens au cœur d’un questionnement artistique

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Du 1-er au 4 février 2018, la station-service Daou de Ségou, Boulevard de l’Indépendance, sur la Route nationale N°6, a abrité l’exposition ‘’Fali Galaka’’  de la photographe Delphine Gatinois, qui a allié installation et performance autour d’un personnage particulier mais très visible dans l’univers de cette contrée du Sahel qu’est Ségou : l’âne. Il ne s’agissait pas de se livrer à une opération de défense de la cause d’animaux en péril – même si le sort qui est mis en lumière peut incliner à cela – mais d’un projet qui, partant de dynamiques socioculturelles  internes, tente de poser un regard créatif et de faire ressortir une dimension artistique.

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Le nom ‘’Galaka’’ est celui l’on donne aux sandales en plastiques portées pour aller dans l’eau. « Ce sont des chaussures bon marché que les apprentis des cars de transport ‘’Sotrama’’ portent », explique l’artiste, précisant qu’il s’agit, avec le titre de la présentation, d’un jeu de mots, un clin d’œil pour mettre la lumière sur l’âne et cette utilisation du caoutchouc lui servant par ailleurs de chicote.

Il y a « cette image de l’animal qui est considéré comme maudit, un peu comme le dernier élément d’une hiérarchie », et des photos de différentes chicotes – un bâton enroulé de caoutchouc – mises en parallèle, pour « voir et faire voir à quel point la ligne peut changer mais continue de contribuer au même processus », souligne Delphine Gatinois, inscrite, non plus dans l’organisation d’expositions éphémères, mais dans une démarche qui questionne des processus, des habitudes, des modes de pensée et de vie.

Mais pourquoi une installation et une performance dans une station-service ? « Il y a beaucoup de stations-services qui sont en stand-by, n’ont plus de réservoir, répond la photographe. Ce sont des lieux intéressants, des espaces sonores. »

‘’Fali Galaka’’, c’est un focus sur les ânes « qui se font bien tabasser ». « Cela peut se comprendre quand on creuse dans le contexte socioculturel d’ici, mais la question que l’on peut se poser est : ‘pourquoi l’âne continue d’être l’objet d’une représentation aussi négativement chargée ?’ » Surtout à Ségou, au cœur du Mali, où une grande population d’ânes de la contrée se retrouve.

« L’âne est un outil de travail, et dans la conception admise, c’est une espèce animale qu’on n’a pas besoin de respecter », rapporte Delphine Gatinois, précisant que la question n’est pas de défendre une quelconque cause animale, mais de « faire en sorte qu’à travers cette exposition qu’on puisse essayer de lire les choses sociologiquement. » Et pour cette raison, entre autres, l’exposition ‘’Fali Galaka’’ ne peut être ponctuelle. Elle pose des questions appelées à être discutées en permanence.

En même temps que les soins vétérinaires, portés par l’ONG Spana, il y a l’aspect artistiques. Il s’agit de proposer « autre chose : pendant que s’opèrent les soins sur les ânes blessés par les coups de chicotes, sensibiliser à travers cette fresque ». « Il y a la dénonciation des maltraitances, mais, pour moi, c’est une occasion pour offrir à la vue de tout le monde cette forme de médiation qui renvoie en même temps à une partition musicale », affirme Delphine Gatinois. Rien que pour ça, sa proposition avait largement sa place dans le ‘’Off’’ du Festival sur le Niger.

Ségou, le 5 février 2018

Aboubacar Demba Cissokho 

Mali/Musique :  »The Lost Maestros », le projet qui redonne vie à des talents oubliés

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Ségou – Le 5 février 2018, dans un café situé à côté du bien nommé  »Hôtel Le Djoliba », j’ai eu un échange avec Delphine Gatinois, artiste française, autour de l’un des coups de cœurs de mon bref mais riche séjour à Ségou. Pendant près d’une heure, nous avons parlé du projet The Lost Maestros, un coffret de sept albums remastérisés par le label Mieruba, lequel a l’ambition d’offrir une nouvelle rampe à des artistes  »oubliés ». Le premier  »lien » que l’on peut trouver avec la fondation du Festival sur le Niger, c’est que le travail technique a été réalisé au studio Kôrè par Ahmed Fofana et Gaetan Marchand (masterisation et mixage). Le second est que le festival lui sert de cadre d’exposition devant un public divers et intéressé.

Mon contact, Delphine Gatinois, qui connaît le projet dans son esprit, ses objectifs et ses ambitions, a souligné qu’il s’agit de « travailler avec différents musiciens qui ont des moments de gloire, et qui, par un concours de circonstances lié, entre autres, à un défaut de structures et de management, sont retombés dans une sorte d’oubli. » « Ils avaient tout pour réussir, mais ils se sont arrêtés en plein vol », a-t-elle dit. Le plus emblématique de ces dernières années est le musicien de reggae Askia Modibo, très présent à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Il est l’auteur des tubes Nimato, Circulation de Bamako, qui ont tourné en boucle sur les ondes en Afrique de l’ouest.

Le label Mieruba porte ce projet qui mérite attention et intérêt. C’est le sort de Mangala Camara (1960-2010), artiste talentueux s’il en est, qui a connu les mêmes problèmes liés à une mauvaise diffusion de ses œuvres et à un management de sa carrière. Le coffret présente des œuvres d’artistes de différentes générations,  »des personnages atypiques », commente Delphine Gatinois, avec l’idée de leur offrir un cadre de masterisation et de mise en valeur de leurs créations. Il regroupe sept artistes pour des titres remastérisés au studio Kôrè, à Ségou, il y a un an et demi. Ils sont représentatifs d’une diversité de styles dont le Mali est le lieu, et que montrent ses artistes sur les scènes du monde.  »Le label essaie de structurer des concerts, de tourner des video-clips », indique Delphine Gatinois, auteur du design des produits du coffret.

Alors, quel meilleur cadre que le Festival sur le Niger, moment où il y a un focus sur les lieux de vie artistique et intellectuelle, pour offrir à ce travail une visibilité. Le coffret The Lost Maestros, dans le design extérieur de sa réalisation, a une dimension sociale et militante très forte. Les photos sur les pochettes ne renvoient pas aux artistes. Elles sont l’œuvre d’Adama Kouyaté, photographe ambulant qui a vécu une partie de sa vie à Ségou. « Il y a donc cette idée de valoriser un patrimoine local », précise Delphine Gatinois, ajoutant : « Le projet s’intègre parfaitement dans une vision et protection et de valorisation du patrimoine. »

Le travail photographique d’Adama Kouyaté est une écriture esthétique particulière représentative de l’époque d’effervescence des années 1960 et 1970. Kouyaté est de la génération de Malick Sidibé et Seydou Keita. Comme eux, il a fixé la vie urbaine au Mali. Mais, lui, avait ceci de particulier qu’il était mobile et parcourait le pays en immortalisant la vie des communautés à la rencontre desquelles il allait régulièrement. Avec The Lost Maestros, son travail retrouve une certaine visibilité. D’une pierre, le label Mieruba réussit ainsi deux coups.

Ségou, le 5 février 2018

Aboubacar Demba Cissokho

Ségou : l’esprit du festival sur le Niger est aussi dans le  »off »

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Ségou – A Ségou, il y a le Festival sur le Niger et son très alléchant programme  »In » (expositions d’art plastique et de photographie, concerts, colloque, foire, résidences…), qui en fait, pendant cinq jours, un lieu de défense d’expressions artistiques porteuses d’une vision du monde, des rapports entre les peuples, et illustratives d’un patrimoine que leurs auteurs tâchent, malgré les difficultés, de préserver. Il y a aussi un  »Off » qui, en le complétant et en le prolongeant, contribue à créer, pour des artistes confirmés ou  »émergents », une plateforme d’où partent des propositions diverses et intéressantes. C’était le cas de deux expositions : celles des collectifs  »Badialan » (le ruisseau asséché en bamanan) et  »Tim’Arts ».

A l’espace culturel  »Mieruba », dans le quartier de Ségou-Coura, une quinzaine d’artistes du collectif  »Badialan » – que les amateurs d’art ont vus à la biennale Dak’Art, en 2016 – présente jusqu’au 10 février 2018 leurs travaux. On a vu Diakaridia Traoré qui a montré deux pièces d’un travail sur  »les mouvements dans les bars ». « Les bars m’aident à réfléchir, à me distraire, à créer, à rêver, dit-il. Ce sont des espaces de liberté, de rencontre, des lieux importants d’inspiration, qui aident à connaître la société dans laquelle nous vivons, et les mutations qu’elle porte. On y apprend des choses qu’on n’apprendrait pas ailleurs. »

Comme Diakaridia Traoré, Moussa Traoré, Modibo Van Sissoko, Siaka Togola, Tary Keita, entre autres, sont aussi représentatifs de l’esprit du collectif  »Badialan » structuré autour de l’ambition de « faire tout pour avoir le plus d’artistes maliens dans les circuits africains et internationaux », selon le mot de son coordonnateur, Amadou Sanogo. Celui-ci forme, avec Abdoulaye Konaté et Amahiguéré Dolo, le trio d’artistes visuels le plus connu hors des frontières du Mali.

Sanogo souligne que  l’idée de créer les conditions « pour que les artistes maliens vivent de leur art » commence à « donner des fruits parce qu’une clientèle de collectionneurs locaux est en train de se structurer ». Les photographes qui « n’avaient pas compris au départ » demandent désormais à intégrer le collectif  »Badialan » – le nom de son quartier – qui regroupe sculpteurs, vidéastes, peintres, spécialistes de l’installation. De nombreux lieux de la capitale malienne reçoivent leurs expositions. Il arrive aussi que celles-ci soient montrées à l’atelier même.

Le collectif  »Tim Arts », quant à lui, rassemble des artistes plus jeunes, tous sortants du Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté. Il y en a même un qui est encore en formation. C’est la troisième fois qu’ils présentaient en  »off » leurs œuvres partagées entre peintures, techniques mixtes, utilisation de matériaux dits de récupération. Marie-Ange Dakouo propose sa lecture des coiffures féminines ; Mohamed Dembélé place un regard très politique sur les  »naufragés » de la Méditerranée ; Dramane Toloba fait du collage, Seydou Traoré présente des propositions qui sont une représentation  »physique » de proverbes maliens. Avec ses  »assoiffés » du thé »,  »faiseurs de thé », titres de deux de ses œuvres, Ibrahima Ballo travaille sur les  »grins », ces regroupements d’amis au sein desquels on discute de sujets sociaux et politiques. Tandis que Mariam Ibrahim Maïga, coordinatrice de ‘’Tim Arts’’,   »explore », avec sa touche tout en finesse, la nudité chez la femme.

Dans le cas de  »Tim Arts », il y a deux enjeux indispensables à l’œuvre : ceux du dialogue intergénérationnel et de la transmission. C’est de manière concrète que j’ai vécu cela, le 3 février 2018, jour du vernissage, en me faisant présenter, alors que j’allais prendre congé des artistes, sur l’immense Amahiguéré Dolo, propriétaire et promoteur de l’espace. Les jeunes savent la chance inouïe qu’ils ont d’échanger avec cet artiste fécond et disponible, et de profiter de son expérience. ça aussi, c’est l’esprit de Ségou.

Ségou, le 3 février 2018

Aboubacar Demba Cissokho