CHRONIQUES

Boubacar Boris Diop : « Arriver à se débarrasser du français comme langue officielle »

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L’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop émet des réserves sur le fait que le français soit « une langue sénégalaise », relevant un statut qui le met « au-devant de toutes les autres langues » alors qu’elle est « la moins parlée et la moins comprise de la population ». Lors d’une session du programme ‘’Parlons Sénégalaiseries’’, organisée le 20 janvier 2017 au Raw Material Company, il a souligné que « le problème, ce serait d’arriver à se débarrasser du français comme langue officielle plutôt que de lui trouver un compagnon ».

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Diop a donné cette position lorsqu’il a été interpellé sur le statut de la langue arabe dans la société sénégalaise, dont certains voudraient que la place soit reconsidérée. « Je crois que le problème ce serait d’arriver à se débarrasser du français comme langue officielle plutôt que de lui trouver un compagnon (l’arabe). Ou peut-être ne pas s’en débarrasser, mais remettre cette langue (le français) à sa place », a-t-il dit. Le débat portait sur le thème : ‘’enseigner les langues nationales ou enseigner dans les langues nationales’’.

« J’ai des réserves sur le fait de dire que le français est l’une des langues sénégalaises. Sauf que c’est la langue sénégalaise la moins parlée et la moins comprise de la population. Et malgré ce statut, elle est au-devant de toutes les autres langues. Elle est la langue de l’école, de l’administration, etc. Et pourtant, personne ne la comprend », a souligné le romancier, invité à discuter du thème ‘’enseigner les langues nationales ou dans les langues nationales’’.

Il a replacé le débat dans le contexte en signalant que « depuis quelque temps, la question des langues nationales, qui semblait avoir été étouffée, revient au-devant de la scène ». « On en parle dans les médias – la presse écrite et audiovisuelle, a-t-il expliqué. Il y a souvent de gens qui poussent des cris de colère : pourquoi pas les langues nationales ? C’est largement relayé. Sur Internet, c’est omniprésent. C’est aussi présent dans le débat public. Je pense que c’est une bonne chose, parce qu’il s’agit, là, d’une question vitale. La question, d’ailleurs, est venue à maturité ».

« Des élites en amour avec la langue française »

Boris Diop a rappelé que ce n’est pas aujourd’hui qu’on a commencé. Il a dit à ce sujet : « On peut remonter – et là on voit à quel point Cheikh Anta Diop est capital – à 1954, avec (le livre)Nations nègres et culture’, où il développe ses fameuses thèses (sur la nécessité de promouvoir les langues nationales). Quatre ans plus tard, en 1958 à Grenoble, naît un groupe d’étudiants sénégalais connus sous le nom de ‘Groupe de Grenoble’ et qui produit ‘Ijib ouolof’. Cheik Aliou Ndao, Abdoulaye Wade, Assane Sylla, Massamba Sarré, entre autres, en faisaient partie ».

Après, a-t-il poursuivi, il y a eu, dans les années 1970, le journal Kaddu. Légèrement plus tard, Sofaa de Yéro Sylla, la maison d’édition Papyrus-Afrique de Seydou Nourou Ndiaye…    « Il y a eu aussi des personnalités Pathé Diagne, qui a été mon professeur de wolof à l’université de Dakar, Sakhir Thiam, évidemment Arame Fall. Tout ce travail a été fait, mais ça n’avait pas d’impact, a ajouté Diop. Ça restait concentré dans deux sphères : celle des linguistes, des scientifiques, de ceux qui connaissant vraiment la langue et qui travaillent dessus ; celle des militants linguistiques, souvent des disciples de Cheikh Anta Diop. Aujourd’hui, c’est très bien que l’on soit là à en parler. »

Pourquoi l’écho, à l’époque, était faible ? L’écrivain pense que le Sénégal a vécu pendant longtemps dans l’illusion que la langue française n’est pas ce qu’il y a de mieux pour nous, mais ça pose moins de problème. « On est déjà dedans, on peut aller de l’avant avec. Evidemment, on avait un président, Senghor, académicien, qu’on présentait d’ailleurs de manière assez bizarre comme le premier agrégé de grammaire de l’Afrique noire. Comme si c’était en soi un titre de gloire. Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, … Bref, des élites tout à fait en amour avec la langue française. Il n’y a pas de problème », a-t-il indiqué.

Effondrement du système éducatif

Pour Diop, le modèle pédagogique français, qui table sur des élites supposés entraîner le reste de la société, a failli avec l’effondrement du système éducatif. « L’école s’est littéralement effondrée et avec cela, la langue française s’est de moins en moins bien portée », a-t-il affirmé à ce sujet, rappelant qu’en littérature aussi, la langue française se sentait « très bien au Sénégal ».

« Au début, a-t-il expliqué, la littérature africaine, que nous connaissons tous ici assez, était quasi essentiellement sénégalaise. Tous les premiers auteurs, Birago Diop, Bakari Diallo, Ousmane Socé Diop, Abdoulaye Sadji, Léopold Sédar Senghor, Sembene Ousmane, Cheikh Hamidou Kane, Malick Fall, etc. Aujourd’hui, regardons où en est la littérature sénégalaise de langue française, regardons où en est l’utilisation de la langue française dans l’espace public. Ça a complètement disparu. »

Boubacar Boris Diop se fait catégorique : « Maintenant, il y a une situation de fait : la langue française, au fond, est morte de sa belle mort au Sénégal. Mais elle continue, comme si de rien n’était, à être la langue officielle, la langue supposée de l’administration. Alors que dans le débat public, cette langue a complètement disparu. Ce n’est pas parce que les Sénégalais sont des patriotes, mais c’est le système qui s’est effondré et c’est la langue qui en a souffert… »

Reprenant le thème du panel, ‘’enseigner les langues nationales ou enseigner dans les langues nationales’’, il a raconté l’expérience de l’Unité de formation et de recherches ‘Civilisation, religion, art et communication’ (UFR-CRAC), à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, où on enseigne le wolof et le pulaar.

Expérience saint-louisienne

A son arrivée, en 2011, il propose de faire « un pas de plus que l’université de Dakar qui, jusque-là, avait enseigné les langues nationales du Sénégal dans une optique purement scientifique, comme matière de la linguistique ». « J’ai dit qu’on va ajouter un corpus littéraire et on va travailler sur les romans, rappelle-t-il. Quand je démarre, il y a une quarantaine d’étudiants dont beaucoup ne sont absolument pas intéressés. Ils étaient plus intéressés à être à Saint-Louis avec la bourse qu’à étudier le wolof. »

Ces étudiants, rejetés de toutes les autres UFR, se sont résolus à aller étudier le wolof. La  première question qu’ils posent à l’écrivain est celle-ci : Pourquoi devrions-nous apprendre une langue que nous connaissons déjà ? Pour Boubacar Boris Diop, « le débat commençait très bien ». Réponse teintée de lucidité : « Je leur ai dit que s’ils réfléchissaient bien, ils verraient que le jeune Italien parle italien comme eux ils parlent le wolof, mais il va l’apprendre quand même à l’école. A leur question sur les débouchés, j’ai répondu : ‘Je ne vais pas vous mentir. Je ne vais pas vous dire que quand vous sortirez d’ici vous allez trouver du travail’. Je leur ai dit : ‘Placez-vous dans une perspective à moyen terme. L’école sénégalaise est dans une telle impasse qu’on va très vite avoir besoin de personnes formées pour travailler. Parce qu’on ne peut pas continuer comme ça, avec la langue française. Elle ne nous mène nulle part’ ».

D’une quarantaine au début, « venus en traînant les pieds », ils sont passés à près de deux-mille « extrêmement enthousiastes, continuant à m’envoyer des mails, à me demander des conseils, à vouloir qu’on travaille ensemble » et « l’année dernière (2016), les premiers licenciés exclusivement en langue wolof et en langue pulaar, de l’histoire du Sénégal, ont été formés. Maintenant, ils sont en master ».

Comment le cours se passait-il ?

« Dès que je leur parle de Cheikh Anta Diop, du Groupe de Grenoble (…), ils se sont mis à insulter la langue française. Je leur ai dit : ‘Il ne s’agit pas de ça. Nous sommes dans une université où l’enseignement se fait en français. On fera cet enseignement en français, et en plus, vous n’êtes en guerre contre aucune autre langue. Si vous avez deux langues, vous avez deux pieds. Tant pis pour ceux qui n’ont qu’une langue. N’allez pas dire que vous allez lâcher le français. Moi, je ne lâche pas le français, mais, quand même, je la remets à sa place’. Ça s’est très bien fait ».

Diop dit avoir « délibérément choisi non pas d’étudier la poésie mais d’étudier le roman ». Il explique : « Je voulais leur montrer ainsi l’ancrage de cette langue dans la sphère de l’écriture. Tu fais de la poésie – même si c’est Serigne Moussa Kâ, Serigne Mor Kairé – pour eux (les étudiants), on est dans l’oralité. Je voulais les éloigner de ça. Je voulais que, dans un premier temps, on travaille sur le roman. Et c’était formidable. Qu’est-ce qui parle davantage à une personne qu’un roman, qui est un miroir tendu  chacun ».

Les étudiants de l’UFR-CRAC « adoraient deux livres : Buur Tileen de Cheik Aliou Ndao et Aawo Bi de la regrettée Mame Younouss Dieng », a poursuivi Boubacar Boris Diop dans son exposé, ajoutant : « Ils ont tellement de problèmes avec la langue française que je crois que, plus ou moins inconsciemment, ils en étaient arrivés à croire leur cas désespérés et à croire qu’ils n’étaient pas intelligents. Mais là, avec la langue wolof, on voyait une espèce de lueur. C’était le sentiment qu’ils maîtrisent leur univers mental et la réalité, et comprennent mieux le monde ».

Situation néocoloniale

Au sein de ce CRAC, il y a une section dénommée LCA (Langues et cultures africaines), où on enseigne non seulement la langue mais aussi la culture wolof. Djibril Ndiaye faisait de même avec la culture pulaar. « Les cours étaient en français, mais assez souvent, il y avait des blocages, reprend Boris Diop. J’essaie de l’expliquer en français, mais ça ne passe pas. Un mot en wolof, la question est réglée. Au départ, on a un exposé et chaque étudiant choisit de le faire en wolof ou en français. Chez ceux qui le faisaient en wolof, on sentait une telle jubilation. C’était tellement jouissif. C’était une autre gestuelle, une grande confiance en soi, une maîtrise de la logique du discours, de l’humour aussi. »

Pour le romancier sénégalais, « on est dans une situation néocoloniale ». « Je pense que pour nos présidents – c’est le cas de Macky Sall – qui doivent leur position de chef d’Etat à l’aide active des chancelleries occidentales, ça peut ressembler à un casus belli. Leur marge de manœuvre est extrêmement limitée. Ils en sont conscients et à force de faire attention, ils ne font rien », tranche-t-il avant de répondre à la question d’un intervenant sur le statut de la langue arabe dans la société sénégalaise.

« Je pense qu’il faut que nous soyons clairs sur le statut de la langue arabe dans la société sénégalaise, souligne-t-il. Moi, par exemple, je suis un vieux monsieur, mais je ne connais pratiquement personne qui parle arabe. Evidemment, je suis né à Dakar, j’ai grandi à Dakar. J’ai une existence urbaine. Et peut-être que si on va hors de Dakar, la situation sera différente avec plusieurs personnes qui parlent arabe. Mais je ne le crois pas. On n’a pas besoin d’aller à Kébémer ou plus loin. »

Pour lui, si les gens parlaient arabe, on l’entendrait dans l’audiovisuel. « Et qu’est-ce qu’on voit dans l’audiovisuel ? Ce sont des personnes qui citent le Coran : ‘Tel compagnon du prophète a dit ; il est écrit dans le Coran’. Cela ne va pas plus loin. Et je ne suis même pas sûr que l’audience comprenne ».

Sur la demande d’inscription de l’arabe comme langue officielle à côté du français, il a dit que le débat est « sérieux ». « A chaque fois que j’ai entendu ça, je me suis demandé ce serait sur quelle base », affirme-t-il, estimant que son expérience est limitée sur la question. Il a ajouté : « Peut-être que je suis ignorant, voilà. Je ne sais plus tellement ce qui se passe, mais j’ai l’impression que c’est une demande politique totalement artificielle qui ne correspond pas à la pratique dans le pays ».

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 25 janvier 2017

 

FESPACO 2017 : Alain Gomis, un deuxième sacre

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La 25è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) s’est achevée le samedi 4 mars 2017 par l’attribution de l’Etalon d’or de Yennenga au réalisateur sénégalais Alain Gomis, pour son film Félicité. Il est le deuxième cinéaste à inscrire son nom au palmarès à ce niveau, après le Malien Souleymane Cissé (1979 et 1983).

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Le jury présidé par le Marocain Nour-Eddine Saïl a salué « la qualité du sujet, la puissance et la rigueur extraordinaire de la technique ». « Il nous a fait atteindre dans la salle le stade que Spinoza appellerait le stade de la félicité ! »  s’est exclamé M. Saïl

Après avoir reçu son trophée des mains des présidents burkinabè (Roch Marc Christian Kaboré) et ivoirien (Alassane Dramane Ouattara), Alain Gomis a rendu hommage aux réalisateurs guinéen Cheick Fantamady Camara, « ce grand soldat du cinéma récemment disparu et qui continue de nous inspirer », sénégalaise Khady Sylla, Ousmane Sembene, et Burkinabè Adama Sallé. Alain Gomis a également eu une pensée pour le photographe Kiripi Katembo et le cinéaste Idrissa Ouédraogo.

« C’est un grand honneur de recevoir ce trophée pour la deuxième fois », a-t-il déclaré avant de remercier toute son équipe, sa comédienne, mais aussi les Congolais. « Cette formidable actrice, Véro Tshanda Beya, je voudrais dire aux Kinois et aux Congolais de RDC à quel point nous pensons à eux. »

Mais il a avant tout dédicacé son prix à « la jeunesse et aux jeunes réalisateurs et à réalisatrices », qu’il a appelé à « se battre », déplorant l’attitude des « grands opérateurs ». « On parle de moins en moins de culture et de plus en plus de commerce », s’est désolé le réalisateur, estimant que le « cinéma est en danger aujourd’hui ».

Pour sa part, Ousmane William Mbaye a décroché le premier prix dans la catégorie ‘’documentaire’’ avec son film ‘’Kemtiyu – Séex Anta’’, portrait de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986). Abdoulahad Wone, lui, a reçu le prix de la meilleure série pour ‘’Tundu Wundu’’. Pour les courts-métrages, le Poulain d’or est allé à la Marocaine Violaine Maryam Blanche Bellet (Maroc) pour son film Hymenee.

Voici le palmarès complet du Fespaco 2017 :

COMPETITION OFFICIELLE : LONGS METRAGES DE FICTION

— Etalon d’or : Félicité d’Alain Formose Gomis (Sénégal)

— Etalon d’argent : L’orage africain – Un continent sous influence de Sylvestre Amoussou (Bénin)

— Etalon de bronze : A mile in my shoes de Saïd Khallaf (Maroc)

COMPETITION OFFICIELLE : FILMS DOCUMENTAIRES

— Premier prix : Kemtiyu, Séex Anta (Kemtiyu, Cheikh Anta) d’Ousmane – William Mbaye (Sénégal)

— Deuxième prix : Congo ! Le silence des crimes oubliés de Gilbert Balufu (R.D. Congo)

— Troisième prix : A Footnote In Ballet History ? de Abdel Khalek HISHAM (Egypte)

COMPETITION OFFICIELLE : FILMS DES ECOLES AFRICAINES DE CINEMA

— Prix du meilleur film de fiction : Down side up de Peter OWUSU – University of Legon (Ghana)

— Prix du meilleur film documentaire des écoles de cinéma : Nubuke de Aryee Bismark – National Film and télévision Institute (Ghana)

— Prix spécial des écoles africaines de cinéma : Héritage de Fatoumata Tioye Coulibaly (Mali)

OFFICIELLE : SERIE TELEVISUELLE

— Meilleure série télé : Tundu Wundu – Abdoulahad Wone (Sénégal)

— Prix spécial du jury : Aphasie –  Hyacinthe Hounsou (Côte d’Ivoire)

COMPETITION OFFICIELLE : FICTION COURT METRAGE

— Poulain d’or : Hymenee de Violaine Maryam Blanche Bellet (Maroc)

— Poulain d’argent : The bicycle man de Twiggy Matiwana (Afrique du sud)

— Poulain de bronze : Khallina hakka khir de Mehdi M. Barsaoui (Tunisie)

— Mention spéciale du jury : A Place For Myself de Marie Clémentine Dusabejambo (Rwanda)

PRIX TECHNIQUES ET ARTISTIQUES

— Prix du meilleur montage : L’interprète d’Olivier Meliche Koné (Côte d’Ivoire)

— Prix de la meilleure musique : Le puits de Lotfi Bouchouchi (Algérie)

– Prix du meilleur décor : The Lucky Specials de Rea Rangaka (Afrique du Sud)

– Prix du meilleur son : Félicité d’Alain Formose Gomis (Sénégal)

– Prix de la meilleure image : Zin’naariya ! (L’alliance d’or) de Rahmatou Kéïta (Niger)

– Prix du meilleur scénario : La forêt du Niolo d’Adama Roamba (Burkina Faso)

– Prix de la meilleure interprétation féminine : A la recherche du pouvoir perdu de Mohammed Ahed Bensouda (Maroc)

– Prix de la meilleure interprétation masculine : Wùlu de Daouda Coulibaly (Mali)

–Prix de la meilleure affiche : The Lucky Specials de Rea Rangaka (Afrique du Sud)

–Prix Oumarou Ganda (meilleure première œuvre) : Le puits de Lotfi Bouchouchi (Algérie)

–Prix Paul Robeson : Frontières d’Apolline Traoré (Burkina Faso)

PRIX SPECIAUX

–Prix Félix Houphouët-Boigny du Conseil de l’Entente : Frontières d’Apolline Traoré, Burkina Faso

— Prix CEDEAO de l’intégration pour le meilleur film ouest africain : Frontières d’Apolline Traoré du Burkina.

— Prix UNICEF : La rue n’est pas ma mère de Jérôme N Yaméogo  (Burkina Faso)

— Prix de la ville de Ouagadougou : La rue n’est pas ma mère de Jérôme N Yaméogo  (Burkina Faso)

— Prix « Sembène Ousmane » de EcoBank : Wùlu de Daouda Coulibaly  (Mali)

— Prix « Soumanou Vieira » de la Fédération africaine de la critique cinématographique (FACC) : A mile in my shoes de Said Khallaf (Maroc)

— Prix « Signis » : « The Lucky Specials » de Rea Rangaka (Afrique du sud)

— Mention spéciale à « A mile in my shoes » de Said Khallaf du Maroc par le jury de l’Association catholique mondiale de la communication (SIGNIS).

— Prix « Thomas Sankara »  de la Guilde africaine des Réalisateurs et producteurs : A Place For Myself de Marie Clémentine Dusabejambo (Rwanda)

— Prix « de la chance » de la LONAB : A Place For Myself de Marie Clémentine Dusabejambo (Rwanda)

— Prix de l’ONG WaterAid pour l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement : Le puits de Lofti Bouchouchi (Algérie)

— Prix santé et sécurité au travail : Bons baisers de Morurua de Larbi Benchiha (Algérie)

— Prix spécial de l’Assemblée nationale : L’orage africain – Un continent sous influence de Sylvestre Amoussou (Bénin)

— Prix Union européenne et ACP : Kemtiyu, Séex Anta (Kemtiyu, Cheikh Anta) de Ousmane William Mbaye (Sénégal) et « The bicycle man » de Twiggy Matiwana (Afrique du sud)

Aboubacar Demba Cissokho

Ouagadougou, le 4 mars 2017

 

Berlinale 2017 : quelques échos

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Entre les nombreuses projections de films en compétition officielle ou dans les autres sections (Forum, Génération, Panorama), les conférences de presse et diverses rencontres, voici des échos de la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin (9-19 février).

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== VISA : Le réalisateur sénégalais Alain Gomis, en compétition à la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin pour Félicité (Grand Prix du jury au palmarès), s’était réjoui de la présence des trois comédiens principaux de son film, Véro Tshanda Beya, Gaétan Claudia et Papi Mpaka, tout en déplorant le fait qu’ils ont eu des problèmes à avoir le visa pour l’Europe, ne l’obtenant que la veille de leur départ de Kinshasa (République démocratique du Congo). A ce sujet, le cinéaste a eu une réflexion qui a fait sourire les journalistes et critiques présents dans la salle : « C’est quand même déplorable cette histoire de visas et les difficultés d’en obtenir un pour venir en Europe. On parle beaucoup de Trump aujourd’hui, mais Trump est en Europe depuis quelques années déjà ».

== DELEGATION SENEGALAISE : Pour cette 67-ème édition du Festival international du film de Berlin, une forte délégation est présente, pour à la fois accompagner et soutenir la projection de deux films en compétition, Félicité d’Alain Gomis (long métrage) et Khalé Bou rérr d’Abdou Khadir Ndiaye, et, pour les officiels de la Direction de la cinématographie (Hugues Diaz et Abdoul Aziz Cissé), parler de la nouvelle dynamique engagée avec le Fonds de promotion du cinéma et de l’audiovisuel (FOPICA) et envisager des partenariats avec les cinémas de pays représentés au festival. Oumar Sall et Souleymane Dia (CINEKAP producteur d’Alain Gomis pour l’Afrique) ont fait le voyage, de même que, dans le groupe, il y a aussi le professeur Maguèye Kassé, enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et critique d’art, Adama Seydi et Alpha Sadou Gano, de l’Académie des métiers. Des Sénégalais installés à Berlin se sont joints à eux le jour de la première mondiale. Mais l’absence remarquée de l’ambassadeur du Sénégal en Allemagne a été déplorée, suscitant une incompréhension, le diplomate ayant reçu une notification et la fiche technique du programme autour de Félicité et de Khalé bu rérr.

== FETE : Le samedi 11 février, la première mondiale de Félicité s’est prolongée au « Silent Green » de Berlin, où une fête a réuni de nombreux professionnels du cinéma (réalisateurs, producteurs, programmateurs, critiques, officiels de la Berlinale…). La soirée a été organisée en partenariat entre le lieu où elle s’est déroulée, ‘’Jour2Fête’’, ShortCut Films, le Fonds (sénégalais) de promotion de l’industrie cinématographique (FOPICA), Andolfi, Granit Films et Cinekap. En plus de l’animation assurée par deux DJ et un batteur, les festivaliers présents ont vu défiler sur un écran des images du tournage de ‘’Félicité’’ dont certaines n’ont pas été montées dans la version finale du film.

== MARCHE : l’un des lieux les plus courus de la Berlinale a été le Marché du film européen (European Film Market), où des rendez-vous importants se donnaient entre professionnels de différentes branches de la chaîne de production et de vie d’un film. Ici, ce sont des producteurs qui vont à la rencontre de structures ou de fonds de financements, là, des programmateurs et directeurs de festivals croisent des réalisateurs pour miser sur la présence de films dans leurs rencontres. Toutes les parties du monde sont représentées à cette grande foire, à travers des stands montés sur trois niveaux d’un immense bâtiment auquel on a accès, comme pour les autres lieux de la Berlinale, après un contrôle des badges et des tickets. Il s’agit, à la fin, d’avoir un compte exact des statistiques du festival.

== MESSAGES : le Festival international du film de Berlin est connu pour être un lieu où les messages politiques traversent les différents actes, de la sélection des films (choix audacieux) à la cérémonie de clôture au cours de laquelle les prix sont remis aux films en compétition. Cette 67-ème édition n’a pas échappé à la règle, les prises de position ayant été affirmés par des cinéastes préoccupés par les injustices de leur temps. Le 18 février, lors de la cérémonie de remise des trophées, on a eu droit à un florilège. En voici des morceaux choisis. Esteban Arangoiz   : « Je veux dire au gouvernement mexicain que la seulement façon de lutter contre la violence est d’investir dans l’éducation et la culture. Nous cherchons les 43 étudiants disparus (en septembre 2014). Nous les attendons ». En recevant le Prix Alfred Bauer (un Ours d’argent) pour son film Pokot (Spoor), la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland s’est fait l’écho d’un monde troublé que le cinéma, les arts en général, peuvent aider à comprendre. « Nous vivons des moments difficiles. Nous avons besoin de nouvelles perspectives. Nous avons besoin de films importants pour notre planète », a-t-elle dit. Le Sénégalais Alain Gomis, lui, a eu un mot sur les luttes en cours sur le continent africain pour le respect des constitutions, évoquant notamment les élections à venir en République démocratique du Congo, où il a tourné son film Félicité. Avant de quitter la scène où il était venu prendre son trophée (Grand Prix du jury), il a lancé : « Justice pour Théo ». Pour sa part, le réalisateur palestinien Raed Andoni, qui a remporté le prix du meilleur documentaire, pour son film Istiyad Ashbah (Ghost Hunting), a fait résonner dans la grande salle du Berlinale Palast les turbulences liées au conflit israélien. Il a crié sa colère « contre l’occupation de territoires palestiniens », ajoutant : « Il n’est pas normal que des Palestiniens  soient encore réfugiés alors qu’ils ont une terre qu’il faut libérer de l’occupation ».

Aboubacar Demba Cissokho

Berlin, le 18 février 2017

« Maman Colonelle », l’humanité d’une policière pour redonner goût à la vie

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Le documentaire Maman colonelle du réalisateur congolais Dieudo Hamadi, présenté dans le cadre du Forum de la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin (9-19 février), a reçu le Prix des lecteurs du Tagesspiegel et un autre de la part du jury œcuménique. Récompenses méritées pour ce film qui dresse le portrait d’une policière portée par un humanisme rare dans sa mission régulière de protection des citoyens. Elles peuvent être aussi être saluées comme un encouragement à ce jeune auteur qui creuse son sillon.

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Pour Dieudo Hamadi, qui a réalisé le film dans un contexte particulièrement hostile, avec des moyens limités, l’idée de mettre en lumière le travail de Maman Colonelle s’est imposée parce que le personnage s’illustre avec courage et abnégation dans la protection de femmes et d’enfants victimes des violences de la guerre en République démocratique du Congo.

La démarche artistique du cinéaste fait voir, sur les traces d’ Colonel Honorine Munyole (la policière), les blessures d’une guerre déclenchée il y a une vingtaine d’années et le dénuement dans lequel des femmes et des enfants tentent de remonter la pente, de reprendre goût à la vie et de redonner sens à leur part d’humanité et de dignité souillée et bafouée.

Dans le Sud-Kivu, où débute le film de 72 minutes, puis à Kisangani où elle est mutée, Mama Colonelle, veuve et mère de sept enfants (quatre biologiques et trois adoptés) apparaît, pour les veuves et les orphelins, comme celle qui vient, en plus d’assurer la sécurité, apporter un réconfort moral contribuant à un remembrement d’individus blessés dans leur chair. Sur fond de croyances religieuses, les enfants auxquels elle apporte son soutien sont accusés de sorcellerie. Dieudo Hamadi a réalisé ce film avec peu de moyens, filmant lui-même. Il met le doigt sur des phénomènes auxquels, malheureusement, les populations locales se sont habituées.

Dans un travail de véritable psychologue, la policière recueille les témoignages les plus poignants sur des histoires de viol, de violences sexuelles, faisant voir l’humanité et la sensibilité d’un agent qui n’en reste pas moins l’agent qui incarne une autorité crainte et respectée par ses collègues et les populations et crainte par ceux qui seraient tentés de semer le désordre.

Maman Colonelle se déplace vers les populations, soutient des enfants orphelins ou abandonnés, accusés de sorcellerie, aide à la reconversion de femmes qui avaient presque perdu goût à la vie. Elle réussit à les mettre ensemble : des enfants qui n’ont plus de mères et des femmes seules qui vont ainsi réapprendre à vivre, à sentir et à donner de l’amour.

Le documentaire de Dieudo Hamadi pose, à travers ce travail sur une policière, de dures réalités sociopolitiques, le drame d’une guerre ‘’oubliée’’, les défaillances de l’Etat dans la protection des citoyens, l’insécurité causée par l’appétit pour les ressources naturelles du Congo, la question du non respect des décisions de la Cour internationale de justice – qui a condamné l’Ouganda et le Rwanda à dédommager les victimes.

Colonel Honorine Munyole que le réalisateur suit de très près, dans son travail et dans ses activités à la maison, est le symbole de personnes qui ont décidé de ne pas céder à la fatalité et de faire plus que le travail pour lequel elles sont payées. Leurs combats quotidiens portent l’espoir et le souci de préserver la dignité humaine.

Avec ce film, le jeune Dieudo Hamadi, 33 ans, a réussi au moins deux choses : il s’inscrit dans cette tendance de plus en plus marquée dans le cinéma africain de donner à voir la vie de gens ordinaires et de lieux peu mis en lumière ; sa démarche artistique lui fait prendre une voie ouvrant sur un langage qui lui est propre, loin de la tendance à l’uniformisation des productions.

La promesse était déjà dans ses deux précédents films, qui exploraient des univers connus mais peu abordés ou alors, s’ils le sont, c’est dans une superficialité qui ne laisse pas percevoir les enjeux sociaux et politiques.

En 2013, Hamadi avait réalisé Atalaku, dans lequel il suivait un « crieur » engagé par des politiciens pour mener leur campagne. Dans le contexte des premières élections démocratiques organisées en 2011, le film montre avec subtilité la cacophonie qui les a entourées, entre velléités de fraudes et achat de conscience des électeurs.

Ce souci de mettre le doigt sur les failles et absurdités du système est aussi au cœur du documentaire Examen d’Etat. Tourné, comme Maman Colonelle, à Kisangani, la ville natale de Dieudo Hamadi, Examen d’Etat raconte le parcours du combattant des 500 000 lycéens candidats à l’obtention de l’équivalent congolais du baccalauréat. En suivant un groupe d’élèves dans leurs derniers mois de préparation, il fait voir les nombreuses entraves, en faisant percevoir l’urgence des défis à relever pour une société gangrenée par la corruption et l’incurie des élites politiques.

Aboubacar Demba Cissokho

Berlin, le 18 février 2017

Alain Gomis : «Les rêves qui nous sont dictés nous détruisent»

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Le réalisateur sénégalais Alain Gomis, lauréat du Grand Prix (Ours d’argent) du jury de la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin (9-19 février), pour son film Félicité, espère que cette récompense va aider d’autres personnes à « transmettre de l’énergie » et à « construire quelque chose sur le long terme ». Pour lui, il s’agit, avec cette œuvre, de « se réapproprier quelque chose en se disant que les rêves qui nous sont dictés nous détruisent ». Entretien.

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Quel est votre ressenti après avoir reçu le Grand Prix du jury de la Berlinale ?

C’est la famille, les amis, les messages des gens, qui font le plaisir du lendemain. Les petites attentions, les coups de téléphone qui touchent beaucoup. Parce que tout ça est très long. C’est beaucoup de temps de travail, de persévérance. Moi, ce à quoi je pense tout de suite, c’est comment on va réussir à transformer ça. Que ce qui se passe autour du film, chacun puisse en profiter et se féliciter d’une certaine façon. Pour pouvoir, chacun à sa façon, prendre ce petit moment et le transformer dans ce qu’il fait. J’espère que ça va aider d’autres à transmettre de l’énergie, mais on a besoin les uns des autres. Il faut absolument qu’on y arrive, parce qu’au final, les prix c’est bien, mais on ne les mange pas. Ce n’est pas ça qui nous nourrit. Ce qui est important, c’est qu’on arrive à construire quelque chose sur le long terme. Se dire que ce n’est pas un film ou une personne, de temps en temps, qui compte. Ce qui compte, c’est ce qu’on arrive, de génération en génération, à construire ensemble, à prendre conscience de nous-mêmes, à prendre conscience de nos erreurs, de nos limites et de ce qu’on est capable de faire, d’accepter d’avancer ensemble. Qu’on arrête les jalousies trop nombreuses, les séparations, etc. Nous sommes des hommes et des femmes, c’est donc des choses qui arrivent dans toute société, mais que ça ne nous empêche pas d’avancer. Le problème c’est ça. On se met des bâtons dans les roues. Au-delà du manque de solidarité, c’est une volonté de faire tomber l’autre. Moi je crois au collectif que nous sommes et je sens des choses arriver. C’est le petit espoir que j’ai. C’est cette façon dont je voudrais vivre ce prix. C’est plus en regardant vers l’avenir.

Ce soutien pour le film, cette idée du collectif, vous les aviez sentis avant même l’obtention de ce prix ?

Oui, parce que même sur les réseaux sociaux, le film était porté par beaucoup de gens. Jusqu’à présent, il y a beaucoup de gens qui ne l’ont pas vu. Le problème n’est pas tant le film lui-même – certains l’aimeront, d’autre ne l’aimeront pas. Il est juste de gagner sa place de façon honnête et d’élargir. En tout cas, nous, on a travaillé honnêtement. C’est un film qui a sa particularité. Ce n’est pas un film qui vient tel qu’on voudrait qu’il soit. On n’a pas épousé les formes de la ‘’réussite’’, on est venu avec notre personnalité, notre façon de parler, notre façon de mettre en image. Qui est la mienne du coup. Qui n’est pas celle de toute l’Afrique ou de la diaspora. Chacun a son identité. Mais en tout cas, pour moi, c’était important d’avancer en disant : « On est comme ça. Vous prenez ou vous ne prenez pas, mais on ne va se plier ». C’est là-dessus que moi je suis fier de tous ceux qui ont travaillé avec moi. Ce sont des gens qui sont restés droits, dignes et simples. C’est ce qui me touche.

Et il est important de faire entendre ce son de cloche, ce langage ?

C’est vrai qu’on est à Berlin. Il y a toujours une volonté de plier le cinéma africain à une seule chose. Aujourd’hui, on voit des auteurs de nationalités et de personnalités différentes. C’est ça qu’il faut imposer d’une certaine façon. C’est casser les présupposés, les choses génériques qui voudraient englober tout le monde, parce que ça se vend plus facilement. On vit dans un monde où les produits qui sont résumables, étiquettables, se vendent plus facilement. Donc on sert les gens et les cultures dans des caricatures. Chacun d’entre nous a un travail important à faire pour briser les caricatures. Pour moi, à travers ce film, la chose la plus importante c’était surtout de rendre hommage aux quartiers populaires qui subissent les lois de la caricature. Finalement, avec toutes les télévisions qui entrent dans tous les foyers, qu’est-ce qu’on vend aux gens ? On vend aux gens une vie qui n’est pas la leur, en leur disant : « C’est mieux ailleurs, c’est mieux là-bas. Là-bas, le soleil brille mieux, etc. ». Or, on crée une espèce de société où on prend untel qui a réussi et on le montre. Mais en fait, c’est 1% des gens. Cette société, si elle est construite pour 1% de la population, ça ne va pas. Les 99% regardent la télévision en espérant faire partie des 1%. Il y a un problème. Donc, c’est sortir des caricatures, du langage uniformisé, etc. C’est aussi pour se réapproprier la réalité d’une certaine façon. Ou le rêve, parce que le cinéma c’est aussi ça. Mais il faut se réapproprier quelque chose en se disant que les rêves qui nous sont dictés nous détruisent. Ils nous détruisent de l’intérieur. On ne se considère plus comme des personnes qui vivent des vies dignes. C’est comme si nos vies ne valaient plus rien. Ça c’est grave. Avoir des sociétés entières, des gens qui n’ont plus d’espoir autre que dans le départ, c’est grave. Ça veut dire que nous n’avons plus confiance en nous-mêmes, on ne construit plus sur place. Après, il ne faut pas nier la difficulté. Je pense que c’est ce que fait ce film. Il entre vraiment dans la difficulté quotidienne. Beaucoup de nos amis et de nos compatriotes sont des héros au quotidien. Il faut gagner la journée, pour beaucoup de gens. C’est ça la réalité. Si on nous demande de faire du divertissement, il n’y a pas de problème. J’aime le divertissement. Pour moi, le film est pour donner de l’espoir. Il est aussi pour dire qu’il faut continuer à travailler, parce que pour beaucoup de gens c’est trop difficile.

Comment sont nées l’histoire de ce film et l’idée de le tourner en République démocratique du Congo ?

Au départ, les personnes qui m’ont inspiré sont toutes au Sénégal et en Guinée-Bissau. L’idée de tourner le film au Congo est venue du fait que, quand j’ai entendu cette musique, je pouvais transposer ce que je voulais dire à travers la musique et le personnage d’une chanteuse. Et puis, ce qui m’a intéressé c’est que, quand on arrive dans un endroit qu’on ne connaît pas, on essaie de voir si ce qu’on raconte existe aussi chez l’autre. Et ça l’enrichit d’une certaine façon. L’autre enrichit ce que vous êtes en train de dire. Vous lui dites : « Voilà quelle est mon histoire ». Et lui, il vous dit comment il la comprend et comment il la chanterait. Il y a un mouvement où il vous la prend et se la réapproprie. Du coup, l’histoire devient plus grande que si vous la faisiez tout seul. C’est comme quelqu’un qui écrit une chanson et demande à une chanteuse de l’interpréter. Là-bas (au Congo), c’est beau et fort. Et, entre le Mandiak que je suis et ces gens qui chantent ces chansons, des Luba, il y a des similitudes fortes.

Donc un coté personnel ?

Oui, bien sûr. C’était aussi essayer d’investir notre quotidien et cette façon de vivre la vie, la mort. Les morts et les vivants, nous vivons ensemble. Dans notre quotidien, j’entends. Ça fait partie de nos traditions, de notre culture. J’ai retrouvé cela chez eux. Et le film investit aussi cela.

Dans vos précédents films, comme dans celui-ci, Félicité, il y a ce souci de faire des lieux de tournage le centre de monde. Est-ce que vous sentez que vous êtes dans cette démarche ? Quel est le retour que vous avez ?

Là, on est dans les premiers jours. Ce qui donne le meilleur retour, ce sont les projections avec le public. Là, c’est la presse. Je n’ai pas encore fait de débats. Je vais commencer à partir de la semaine prochaine. Je suis très curieux, parce que c’est ce retour qui me dira les vraies choses. On a besoin de la presse et des festivals, pour que les films accèdent aux gens. Mais ensuite, c’est avec le public qu’il faut avoir un dialogue. Ce que je peux dire, vis-à-vis de la presse, sur les premiers films, il y avait une volonté d’englober tout. Là, j’ai l’impression que les gens comprennent qu’on parle d’hommes et de femmes. J’entends de plus en plus de gens, quelle que soit leur nationalité, me dire que la femme qui chante Félicité (Véro Tshanda Beya), leur ressemble. C’est ça qui me plaît, qu’on se rende compte que les gens ne viennent pas pour découvrir ou faire du tourisme. Ils viennent apprendre des choses sur eux-mêmes. Comme moi j’ai appris, dans d’autres films, des choses sur moi-même. Dans les films, et même dans les chansons, c’est ça le plaisir. Vous rencontrez des personnages, des gens qui vous ressemblent. Dans les contes aussi. C’est fait pour ça. Tant mieux si à ce moment-là, on ne se demande pas d’où vient le personnage, quelle est sa couleur de peau, quelle est sa culture… C’est ça la force du conte. C’est qu’il peut raconter une part de vous.

Un mot sur la production du film, dans laquelle on trouve le Sénégal, le Gabon et la République démocratique du Congo. Une manière de dire que l’Afrique doit financer son cinéma, pour lui permettre de raconter sa part de rêve ?

Nous devons mais nous pouvons. C’est difficile parce que le cinéma coûte cher, mais c’est vrai que je suis très fier, dans ce film, d’avoir une partie de coproduction européenne et il y a une partie de coproduction africaine transversale. Il y a le Sénégal, majoritaire grâce au FOPICA (Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuelle) – ça change les choses. Le Gabon, où il n’y a pas un seul jour de tournage, est entré dans le film. On a une technicienne gabonaise, Nadine Otsobogo, formidable maquilleuse. Et la RD Congo qui, bien que ne versant pas d’argent, a donné la moitié de l’équipe du film. Le film est nourri de cette ville de Kinshasa. Pour moi, c’est une production africaine (Sénégal, Gabon, RD Congo). Je suis très fier de ça, juste pour dire : « Continuons comme ça ». Il faut travailler avec l’Afrique du Sud où il y a des structures de postproduction, le Kenya qui avance aussi dans le cinéma, l’Ethiopie. Pour récupérer un peu de souveraineté et d’indépendance. Forcément, quand vous venez demander de l’argent à des Américains ou à des Allemands, ils ont des intérêts pour une vision de l’Afrique particulière. On ne peut pas le leur reprocher, ils sont ce qu’ils sont. Donc pour avoir de la liberté, il faut contrebalancer cela avec d’autres sources de production. Là, il y a le Liban, j’en suis très content. Il faut voir si on peut travailler avec l’Asie. C’est difficile, on ne va pas se cacher les choses, parce que plus il y a de productions et de coproductions, plus ça fait des administrations lourdes. Mais on peut le faire et c’est même absolument indispensable, je crois.

Propos recueillis à l’hôtel Marriott de Berlin, le dimanche 19 février 2017

Aboubacar Demba Cissokho

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FESPACO 2017 : les projections parallèles

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La 25è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), prévue du 25 février au 4 mars 2017, propose, en plus de la programmation de films en compétition officielle (105), et du panorama des productions hors compétition, des projections parallèles. Une vingtaine d’œuvres seront ainsi montrées dans des séances dédiées.

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I/ == HOMMAGES

  1. Sembene ! de Samba Gadjigo (Sénégal)
  2. Tahar Cheriaa, à l’ombre du baobab de Mohamed Challouf (Tunisie)
  3. Destin commun, hommage à 3 éclaireurs du 7eme art de Stéphane Vieyra (Sénégal)

II/ == SEANCES SPECIALES  

  1. Turbulences 2016 de Daniel Kamwa (Cameroun)
  2. Bienvenue au Gondwana de Mamane (Niger)
  3. Il a déjà tes yeux de Lucien Jean Baptiste (France)

III/ == CARTE BLANCHE VUE D’AFRIQUE   

  1. Un film avec toi de Jean-Daniel Lafond (Canada)

IV/ == L’AFRIQUE VUE PAR…

Accra Power de Sandra Krampelhuber/Andrea Verena Strasser (Autriche)

Dahra, 11 Karmattani Awkay, After, Amogidbale… de Francesco Sincich (Italie)

Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté de Nicolas Wadimoff (Suisse)

Kolwezi On Air d’Idriss Gabel (Belgique)

L’homme qui répare les femmes- la colère d’Hippocrate de Thierry Michel (Belgique)

L’uomo  che dipingeva sulle donne (l’homme qui peignait sur les femmes) d’Annamaria Gallone (Italie

La belle At The Movies  (la belle au cinéma) de Cecilia Zoppelletto (Italie)

Le blanchiment des troupes coloniales de Jean-Baptiste Dusseaux (France)

Les paupières fermées de la Centrafrique d’Alfredo Torrescalles (Espagne)

10  Nakom de Norris Daniela Kelly/ Pittman TW (USA/Ghana)

11  Pieds nus de Christian Carmosino (Italie)

12  Salsa opus d’Yves Billon (France)

13  Shashamane d’Amati Giulia (France)

14  Un président au maquis de Laurent Goussou-Deboise (Burkina Faso)

15  Yenepa (une famille burkinabè) de Victorien Vialar (France)

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 5 février 2017

Orchestra Baobab : ‘’Tribute To Ndiouga Dieng’’, un nouveau disque, fin mars

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Tribute To Ndiouga Dieng est le titre du nouvel album de l’Orchestra Baobab, le premier depuis près de dix ans. Sa sortie est prévue le 31 mars 2017 chez World Circuit, maison de production anglaise qui a produit les trois précédents disques du groupe sénégalais.

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Pour lancer la promotion de son nouvel opus l’Orchestra Baobab a effectué du 31 janvier au 4 février 2017 une mini-tournée au Royaume Uni. Le disque est dédié à Ndiouga Dieng, membre du groupe décédé le 10 novembre 2016, à l’âge de 69 ans.

« Notre séjour devrait durer une semaine. Nous y allons pour trois dates. C’est pour lancer la promotion de notre album qui va sortir le 31 mars prochain », nous avait indiqué Balla Sidibé, membre du groupe, à la veille du départ du groupe, dimanche dernier. C’était deux jours après un spectacle donné au restaurant ‘’L’Endroit’’, à Dakar.

La tournée a débuté le 31 janvier par le Roundhouse, à Londres, et s’est poursuivie au Royal Concert Hall de Glasgow (2 février) pour se terminer au Howard Assembly Rooms de leeds (4 février), indique le site du producteur, sur lequel l’album Tribute to Ndiouga’’ est déjà en prévente.

Balla Sidibé nous a signalé que ce disque est composé de dix titres inédits. World Circuit a déjà sorti Foulo, un single extrait de l’opus. « Ce sont des titres dont je suis l’auteur. J’en ai chanté un avec Thione Seck et un autre avec Cheikh Lô », a précisé Sidibé, un des piliers de cette formation créée en 1970.

Enregistré au studio Moussa X, à Dakar, le nouvel album dédié à Ndiouga Dieng (1949-2016) est le quatrième produit par World Circuit, après Pirate’s Choice (décembre 1996), Specialist In All Styles (septembre 2002) et Made In Dakar (octobre 2007). L’Orchestra Baobab avait effectué son retour sur scène en 2001, consécutif à une ‘’pause’’ d’une quinzaine d’années.

De l’album ‘’Tribute To Ndiouga Dieng’’, World Circuit dit qu’il est dans le même style que les précédents fondés sur une symbiose de la musique afro-cubaine et des rythmes et mélodies du continent africain en général (chants wolofs, sérères et mandingues, rythmes et harmonies de la Casamance…) et d’influencesjazz.

L’artiste-chanteur sénégalais Ndiouga Dieng, auquel le disque est dédié, est l’un des piliers de l’Orchestra Baobab, décédé dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 novembre 2016, à Dakar, à l’âge de 69 ans. Dieng, héritier d’une longue lignée de griots, était une voix dont la force et la présence n’avaient d’égale que la puissance et la profondeur de la poésie des mots et messages qu’il a portés pendant plus de 45 ans.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 5 février 2017