CHRONIQUES

« Regard sur le passé », l’épopée musicale de Samory Touré

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Il y a 120 ans, le 2 juin 1900, s’éteignait à Ndjolé, au Gabon, l’Almamy Samori Touré, fondateur de l’empire du Wassoulou, résistant à la pénétration coloniale française en Afrique de l’Ouest. Evocation de l’épopée musicale Regard sur le passé qui l’inscrit dans la mémoire collective.  

En 1969, le Bembeya Jazz National met en musique, dans la tradition des griots de l’empire mandingue, Regard sur le passé, anthologie qui raconte son épopée. C’est en 1968, alors que se préparait le dixième anniversaire de l’accession de la Guinée à l’indépendance, que débute l’histoire de cette œuvre magistrale écoutée encore aujourd’hui comme un hymne

A la résolution d’un peuple de définir une estime de soi à partir d’une histoire et d’un patrimoine revisités, pour redonner fierté à des peuples dont la dignité a été niée pendant des décennies de colonisation. Le processus de création et d’enregistrement de Regard sur le passé ont été supervisés par le président Sékou Touré. Le directeur du label étatique de production Syliphone, Aboubacar Kanté, supervise les répétitions.  

Sékou Touré voyait en sa propre personne comme le continuateur de la lutte de Samory Touré. « Le 29 septembre 1958, la Révolution triompha, nous vengeant définitivement de cet autre 29 septembre 1898, date de l’arrestation de l’empereur du Wassoulou, l’Almamy Samory Touré », dit le texte de l’épopée chantée par le Bembeya. Le morceau, symbole d’une politique culturelle définie comme moyen d’émancipation pour le peuple de Guinée, est devenu au fil des ans instrument de propagande pour Sékou Touré et le Parti démocratique de Guinée (PDG). En 1971, le Bembeya le titre « Chemin du P.D.G. »

https://www.youtube.com/watch?v=T6-_SMaJExg

La structure du début du morceau lui imprime une certaine solennité : des cuivres qui l’ouvrent sur un ton quasi militaire, aussitôt prolongés par le balafon dont la touche est prolongée par la guitare du génial Sékou Diabaté Bembeya. Au bout d’un peu plus de deux minutes de mise en branle de l’orchestration, la voix d’Aboubacar Demba Camara s’élève pour faire écho au récit du trompettiste Sékou ‘’Le gros’’ Camara. Celui-ci pose le sujet : « L’air que vous entendez est une composition en l’honneur de l’empereur du Wassoulou, l’Almamy Samory Touré, dont la lutte anti-colonialiste a donné naissance aux plus belles chansons de geste d’Afrique. Ecoutez, écoutez fils d’Afrique, écoutez femmes d’Afrique, écoutez aussi jeunes d’Afrique – espoir de demain, une page de la glorieuse histoire africaine. »

La réussite ‘’technique’’ de la chanson repose sur un dialogue entre le lyrisme emprunté aux grands griots chargés de transmettre l’histoire des peuples, les belles notes des instruments. Il y a donc lechant, le récit et l’histoire que racontent Sékou ‘’Le gros’’ et Aboubacar Demba Camara. Pour camper davantage le contexte, le premier dit : « Il est des hommes qui, bien que physiquement absents, continuent et continueront à vivre éternellement dans le cœur de leurs semblables. Sont de ceux-là l’Almamy Samory Touré, empereur du Wassoulou, le roi de Labé, l’illustre Alpha Yaya Diallo, et Moryfingdjan Diabaté, symbole de l’amitié, dont les restes glorieux viennent de rejoindre la terre natale qu’ils ont aimée et défendue leur vie durant. Le colonialisme, pour justifier sa domination, les a dépeints sous les traits de rois sanguinaires et sauvages. Mais, traversant la nuit des temps, leur histoire nous est parvenue dans toute sa gloire. »

Au début de l’année 1969, le jour de la célébration de la fête de l’indépendance, le Bembeya joue le titre au Palais du Peuple de Conakry. Cet événement était loin d’être isolé. Il faisait partie d’un programme, lequel comprenait le rapatriement de la dépouille de Samory Touré, mort le 2 juin 1900 au Gabon, et de celle du roi de Labé, Alpha Yaya Diallo, déporté, lui, en Mauritanie où il est décédé. Au Festival panafricain d’Alger (juillet 1969), le Bembeya joue le morceau et y obtient la médaille d’argent.

A ces mots, Demba Camara rappelle les termes de l’hymne du Wassoulou pour, en filigrane, dresser un portrait moral de Samory Touré : « Si tu ne peux organiser, diriger et défendre le pays de tes pères, fais appel aux hommes plus valeureux ; Si tu ne peux dire la vérité en tout lieu et en tout temps, fais appel aux hommes plus courageux ; Si tu ne peux être impartial, cède le trône aux hommes justes ; Si tu ne peux protéger le faible et braver l’ennemi, donne ton sabre de guerre aux femmes qui t’indiqueront le chemin de l’honneur ; Si tu ne peux exprimer courageusement tes pensées, donne la parole aux griots ; Oh Fama, le peuple te fait confiance. Il te fait confiance parce que tu incarnes ses vertus. »

Les différents affrontements entre les troupes du Wassoulou et celles coloniales (1881-1898) constituent le reste du récit, mettant en lumière le stratège et le politique qu’incarnait l’empereur Samory Touré. Jusqu’à son arrestation le 29 septembre 1898.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 2 juin 2020

Musique – Mory Kanté en dix chansons

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« Icône de la musique africaine », « ambassadeur de la culture mandingue et guinéenne », « légende », entre qualificatifs ont été utilisés ce vendredi 22 mai 2020 à l’annonce du décès, à l’âge de 70 ans, de l’auteur-compositeur guinéen Mory Kanté. Celui que certains critiques ont surnommé « le griot électrique » – certainement en référence au fait qu’il a joué avec la première kora électrifiée – a connu le succès planétaire grâce à sa reprise en 1987 du titre Yéké Yéké, un single vendu à des millions d’exemplaires. Mais bien avant cette exposition hors des frontières du continent, Kanté a construit une œuvre. Il laisse un répertoire dans lequel il fait se croiser son héritage familial d’une longue tradition de conteurs, chanteurs, poètes et historiens, avec les influences que sa trajectoire lui a fait rencontrer et aimer. Issu d’une famille de griots de la préfecture de Kissidougou, Mory Kanté est né en 1950 à Albariya, en Haute-Guinée. Il a fait ses classes au Mali, le pays de sa mère, Fatoumata Kamissoko, auprès notamment de sa tante, Manamba Kamissoko. Après un bref passage à l’Institut des Arts du Mali, il « se cherche » pendant environ trois ans avant d’intégrer en 1971 la Rail Band ou officiait déjà un certain Salif Keita. Mory Kanté y joue au balafon, l’instrument fétiche de sa famille. Il est ensuite deuxième voix et en devient le chanteur principal à partir de 1973.

1 – Soundjata – L’exil (1975)

C’est au sein de cette formation qu’il chante en 1975 les péripéties de l’exil de Soundjata Keita (1222). Ce morceau peut être vu considéré comme la suite d’une première partie interprétée par…Salif Keita en 1970. Là où Keita a conté la prise de pouvoir de Soundjata, Mory Kanté, lui, rapporte comment, dans cette quête du pouvoir, le fondateur de l’empire du Manding avait été chassé et contraint à l’exil avec sa mère Sogolon. D’une durée de près de 28 minutes, Soundjata s’ouvre sur le magnifique doigté du guitariste Djelimady Tounkara – qui en reste la ligne directrice – accompagné et habillé par les cuivres, dont le saxophone du génial Tidiani Koné, le chef d’orchestre. 

2 – Mali Sadio (1978)

Après dix ans passés à apprendre et à maîtriser les ressorts de cette tradition, à Bamako, il arrive en 1978 à Abidjan où les conditions de travail sont meilleures et les opportunités plus nombreuses avec de nombreux labels et des studios. C’est dans ce contexte et cette ambiance qu’il reprend Mali Sadio, un classique du répertoire ouest-africain, qui conte l’histoire d’amour entre un hippopotame et une charmante jeune fille. Kanté décide de faire de la kora l’instrument central de son dispositif. La démarche est peu appréciée dans la famille, mais il réussit son ‘’coup’’, séduit le public et tape dans l’œil de producteurs…

3 – Mariage  (1981)

La résolution de faire de la kora son instrument de prédilection prise, Mory Kanté pose les premiers jalons de son style fruit de la rencontre entre des éléments de son héritage familial et des ingrédients d’influences pop, rock d’Occident. Même si cette démarche n’est pas très bien vue par des puristes attachés à une ligne « authentiquement africaine ». Mais il séduit les mélomanes, commence à engranger du succès, tape dans l’œil de producteurs. C’est ainsi que le label du producteur africain-américain Gérard Chess, Ebony, enregistre son premier disque en 1981, Courougnégné. , sur un ton disco et funk, offre un mélange entre sonorités africaines et occidentales, sur fond dialoguent instruments dit traditionnels et électriques. C’est sur cet album – qui le fait connaître au-delà de l’Afrique de l’Ouest, sur le reste du continent – que se trouve le titre Mariage.

4 – Wari Massilani (1984)

Après avoir enregistré, en 1981 aux Etats-Unis, son premier album, Courougnégné, qui le fait connaître hors des frontières de l’Afrique de l’Ouest, Mory Kanté revient à Abidjan. Mais il était devenu évident pour lui d’élargir son horizon en sortant du continent. Il arrive à Paris en 1984 avec comme armes la foi en ses aptitudes et son envie de se faire connaître la démarche de rencontre et de dialogue qu’il porte. La décennie 1980 est celle qui a vu un grand nombre de musiciens et groupe venus d’Afrique exploser sur les scènes européennes. La vague porte le Guinéen qui enregistre en 1984 le disque Mory Kanté à Paris. C’est sur cet album produit par le Nigérian Aboudou Lassissi que se trouve le titre Wari Massilani – sur la puissance parfois destructrice qu’a acquis l’argent dans les relations humaines – dans lequel on sent clairement l’intégration des synthétiseurs. A partir de là, invité à différents festivals, il multiplie les concerts en Europe. En France, il joue à la Mutualité, au New Morning, au festival du Printemps de Bourges…

5 – Teri Ya (1986)

Au milieu des années 1980, la voix de Mory Kanté est sollicitée pour des actions de solidarité. Il participe, en 1985 avec d’autres artistes originaires du continent dont Manu Dibango, à l’initiative « Tam Tam Pour L’Ethiopie », disque dont l’objectif de l’enregistrement et de la vente était de réunir des fonds pour les personnes victimes de la faim en Ethiopie. Dans la foulée, il fait la connaissance du producteur américain David Sancious, qui lui fait enregistrer son troisième album, Ten Cola Nuts (avril 1986, Barclay). Le titre du disque – image à l’appui – fait clairement aux vœux de bonheur que l’on exprime notamment à l’occasion de mariages. Sur ce disque, il y a le magnifique Téri Ya, dans lequel il fait l’éloge très spirituel de l’amitié et des relations humaines. Il était pour ainsi dire bien entouré pour cette œuvre mixée par le Sénégalais Abdoulaye Soumaré : Willy N’For (bass), Joseph Kuo (batterie), David Sancious aux claviers, Jane Shorter au saxophone ténor, Djanka Diabaté aux chœurs, entre autres.

6 –  Yéké Yéké (1987)

Désormais reconnu comme l’un des musiciens qui font bouger et danser des mélomanes de tous les horizons, Mory Kanté sort, en 1987, un nouveau disque sur lequel il reste fidèle à l’option de faire du dialogue des cultures un moment de fête, que suggère le titre de l’opus, Akwaba Beach. Le titre Yéké Yéké (déjà présent sur le disque Mory Kanté à Paris, 1984) dont la reprise et le réarrangement étaient un pari pour lui. Le « coup », si l’on peut le qualifier ainsi, a été réussi. Il diffère de la première version – joué sur un tempo disco – en ce sens qu’il est marque un tournant plus funk que l’on retrouve sur les autres morceaux de l’album Akwaba Beach. Il est à la tête du classement établi par l’hebdomadaire américain Billboard, est remixé, repris dans différentes langues (mandarin, hindi, portugais…). Il se vend à plus de six millions d’exemplaires et propulse Mory Kanté dans le gotha des artistes africains les plus connus à travers le monde.

7 — Mankéné (1990)

Sur le disque Touma (Le moment), les mélodies sont sans doute les plus belles de toutes celles que Mory Kanté et ses musiciens ont pu poser dans la construction de ce « pont » entre sonorités africaines du Mandé et rythmes occidentaux. L’artiste guinéen y invite notamment Carlos Santana qui sublime le titre Soumba de sa guitare. Même si le rythme peut faire penser une prédominance des instruments occidentaux, le travail bien fait ressortir le rôle important que jouent les instruments classiques – balafon, ngoni, kora… – dans les harmonies et le dialogue avec la voix. Le titre Mankéné est symbolique du résultat de la démarche. La voix posée de Mory Kanté et ses mots, accompagnés de jolis chœurs, du balafon d’El Hadj Djéli Sory Kouyaté, qualifient le monde de « malade » (mankéné) du fait des injustices sociales et des inégalités qui se creusent. 

8 — Mali-ba (1996)

Il était dans l’ordre naturel des choses pour Mory Kanté de rendre hommage au Mali pour ce que ce pays lui a apporté dans la constitution de sa personnalité artistique et sociale, et aux Maliens pour les valeurs d’hospitalité, de dignité, de respect de la parole dans lesquelles il se retrouve. L’éloge donne Mali-ba (le grand Mali), sur l’album Tatebola. L’espoir que l’on peut avoir dans ses relations avec les autres, l’amour et la confiance qui peuvent être placés en eux. Il y rend donc hommage à toutes les personnes qui ont fait de son passage au Mali un moment de joie et de bonheur.

9 — Djou (2004)

La décennie 1990-2000 n’a pas servi à confirmer la belle réussite de Yéké Yéké ayant valu tous les honneurs à Kanté. Et c’est de retour en Guinée, où il avait mis en place un complexe pour aider à la promotion des plus jeunes, qu’il enregistre Sabou, une véritable célébration pour les instruments dits traditionnels (kora, balafon, tambour d’aisselle, flûte, djembé, doundoung…). Ce très beau disque est un hommage appuyé à la tradition musicale qui l’a porté. Mama est sans nul doute le morceau sur lequel il exprime cette reconnaissance : il y chante ses parents, sa mère Fatoumata Kamissoko notamment – dont il porte le nom du père (Djéli Mory Kamissoko). Sur le même disque, Mory Kanté – ambassadeur de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – fait, dans le titre Djou (l’ennemi), un beau plaidoyer contre la faim dans le monde, invitant les dirigeants du monde et les décideurs à travailler à mettre fin à ce fléau qui affecte des dizaines de millions de personnes dans le monde.

10 — La Guinéenne  (2012)

La Guinéenne restera le dernier album de Mory Kanté, celui qui symbolisait à la fois ce réancrage dans ses racines et le souci de continuer à faire rayonner, à partir de la Guinée, la culture de ce pays. Le morceau éponyme est d’abord une chanson d’amour. Par extension, il rend un bel hommage aux femmes de la Guinée et du continent en général, relevant leur résilience, leur courage et leur ardeur au travail dans un contexte socioculturel difficile. Pour un musicien qui s’est toujours défini comme un « voyageur » (Tamala – le voyageur, est le titre d’un de ses disques), « sur la route », le moment était venu de consolider la démarche consistant à travailler à partir d’un terroir qui n’a jamais cessé d’être sa source d’inspiration. Il y était retourné vivre, investissant dans des projets pour lesquels il aurait aimé être accompagné par les pouvoirs publics de son pays.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 30 mai 2020

Musique – Mory Kanté en dix chansons : 10/10 : « La Guinéenne » (2012)

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L’auteur-compositeur guinéen Mory Kanté, décédé le vendredi 22 mai 2020 à l’âge de 70 ans, laisse un répertoire dans lequel il fait se croiser son héritage familial d’une longue tradition de conteurs, chanteurs, poètes et historiens, avec les influences que sa trajectoire lui a fait rencontrer et aimer. Retour sur sa carrière, en dix chansons.

La Guinéenne restera le dernier album de Mory Kanté, celui qui symbolisait à la fois ce réancrage dans ses racines et le souci de continuer à faire rayonner, à partir de la Guinée, la culture de ce pays. Le morceau éponyme est d’abord une chanson d’amour. Par extension, il rend un bel hommage aux femmes de la Guinée et du continent en général, relevant leur résilience, leur courage et leur ardeur au travail dans un contexte socioculturel difficile.   

Pour un musicien qui s’est toujours défini comme un « voyageur » (Tamala, le voyageur, est le titre d’un de ses disques), « sur la route », le moment était venu de consolider la démarche consistant à travailler à partir d’un terroir qui n’a jamais cessé d’être sa source d’inspiration. Il y était retourné vivre, investissant dans des projets pour lesquels il aurait aimé être accompagné par les pouvoirs publics de son pays.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 30 mai 2020

Musique – Mory Kanté en dix chansons : 9/10 : « Djou » (2004)

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L’auteur-compositeur guinéen Mory Kanté, décédé le vendredi 22 mai 2020 à l’âge de 70 ans, laisse un répertoire dans lequel il fait se croiser son héritage familial d’une longue tradition de conteurs, chanteurs, poètes et historiens, avec les influences que sa trajectoire lui a fait rencontrer et aimer. Retour sur sa carrière, en dix chansons.

Une chose est de savoir se hisser au sommet – Mory Kanté a su magistralement le faire entre 1980 et 1990 – une autre est de savoir s’y maintenir non en faisant la même chose mais en sachant se renouveler d’une manière ou d’une autre. La conviction qu’il fallait aller plus loin dans la quête de fusion entre sonorités africaines et occidentales et l’absence d’un management capable de recadrer ont fait prendre à Mory Kanté un chemin ayant conduit à des choix artistiques qui l’ont éloigné de son public.

Ainsi la décennie 1990-2000 n’a pas servi à confirmer la belle réussite de Yéké Yéké ayant valu tous les honneurs à Kanté. Et c’est de retour en Guinée, où il avait mis en place un complexe pour aider à la promotion des plus jeunes, qu’il enregistre Sabou, une véritable célébration pour les instruments dits traditionnels (kora, balafon, tambour d’aisselle, flûte, djembé, doundoung…). Ce très beau disque est un hommage appuyé à la tradition musicale qui l’a porté. Mama est sans nul doute le morceau sur lequel il exprime cette reconnaissance : il y chante ses parents, sa mère Fatoumata Kamissoko notamment – dont il porte le nom du père (Djéli Mory Kamissoko).

Sur le même disque, Mory Kanté – ambassadeur de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – fait, dans le titre Djou (l’ennemi), un beau plaidoyer contre la faim dans le monde, invitant les dirigeants du monde et les décideurs à travailler à mettre fin à ce fléau qui affecte des dizaines de millions de personnes dans le monde.

Aboubacar Demba Cissokho
Dakar, le 30 mai 2020

Musique – Mory Kanté en dix chansons : 8/10 : « Mali-ba » (1996)

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L’auteur-compositeur guinéen Mory Kanté, décédé le vendredi 22 mai 2020 à l’âge de 70 ans, laisse un répertoire dans lequel il fait se croiser son héritage familial d’une longue tradition de conteurs, chanteurs, poètes et historiens, avec les influences que sa trajectoire lui a fait rencontrer et aimer. Retour sur sa carrière, en dix chansons.

Il était dans l’ordre naturel des choses pour Mory Kanté de rendre hommage au Mali pour ce que ce pays lui a apporté dans la constitution de sa personnalité artistique et sociale, et aux Maliens pour les valeurs d’hospitalité, de dignité, de respect de la parole dans lesquelles il se retrouve. L’éloge donne Mali-ba (le grand Mali), sur l’album Tatebola. L’espoir que l’on peut avoir dans ses relations avec les autres, l’amour et la confiance qui peuvent être placés en eux. Il y rend donc hommage à toutes les personnes qui ont fait de son passage au Mali un moment de joie et de bonheur.

Kanté est né en Guinée, au sein d’une famille de griots de la préfecture de Kissidougou, mais c’est au Mali, le pays de sa mère, Fatoumata Kamissoko, auprès notamment de sa tante, Manamba Kamissoko, pensionnaire de l’Ensemble instrumental, qu’il fait son apprentissage. Il s’y forge la stature d’un artiste enraciné dans sa culture et ouvert aux influences étrangères (pop, jazz, rock, musique afro-cubaine…) qui étaient très présentes.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 29 mai 2020

Musique – Mory Kanté en dix chansons : 7/10 : « Mankéné » (1990)

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L’auteur-compositeur guinéen Mory Kanté, décédé le vendredi 22 mai 2020 à l’âge de 70 ans, laisse un répertoire dans lequel il fait se croiser son héritage familial d’une longue tradition de conteurs, chanteurs, poètes et historiens, avec les influences que sa trajectoire lui a fait rencontrer et aimer. Retour sur sa carrière, en dix chansons.

Sur le disque Touma (Le moment), les mélodies sont sans doute les plus belles de toutes celles que Mory Kanté et ses musiciens ont pu poser dans la construction de ce « pont » entre sonorités africaines du Mandé et rythmes occidentaux. L’artiste guinéen y invite notamment Carlos Santana qui sublime le titre Soumba de sa guitare.

Même si le rythme peut faire penser une prédominance des instruments occidentaux, le travail bien fait ressortir le rôle important que jouent les instruments classiques – balafon, ngoni, kora… – dans les harmonies et le dialogue avec la voix. Le titre Mankéné est symbolique du résultat de la démarche. La voix posée de Mory Kanté et ses mots, accompagnés de jolis chœurs, du balafon d’El Hadj Djéli Sory Kouyaté, qualifient le monde de « malade » (mankéné) du fait des injustices sociales et des inégalités qui se creusent.  

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 28 mai 2020

Musique – Mory Kanté en dix chansons : 6/10 : « Yéké Yéké » (1987)

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L’auteur-compositeur guinéen Mory Kanté, décédé le vendredi 22 mai 2020 à l’âge de 70 ans, laisse un répertoire dans lequel il fait se croiser son héritage familial d’une longue tradition de conteurs, chanteurs, poètes et historiens, avec les influences que sa trajectoire lui a fait rencontrer et aimer. Retour sur sa carrière, en dix chansons.

Désormais reconnu comme l’un des musiciens qui font bouger et danser des mélomanes de tous les horizons, Mory Kanté sort, en 1987, un nouveau disque sur lequel il reste fidèle à l’option de faire du dialogue des cultures un moment de fête, que suggère le titre de l’opus, Akwaba Beach. Le clin d’œil à la Côte d’Ivoire où il a passé plus de cinq ans entre 1978 et 1984. Sont présents des réarrangements de morceaux du patrimoine mandingue – Dia, Nanfoulen…- de nouveaux morceaux – Inch’Allah, Africa 2000

Mais il y a surtout le titre Yéké Yéké (déjà présent sur le disque Mory Kanté à Paris, 1984) dont la reprise et le réarrangement étaient un pari pour lui. Le « coup », si l’on peut le qualifier ainsi, a été réussi. Il diffère de la première version – joué sur un tempo disco – en ce sens qu’il est marque un tournant plus funk que l’on retrouve sur les autres morceaux de l’album Akwaba Beach. C’est d’abord aux Pays-Bas que Yéké Yéké figure en bonne place dans les classements des titres les plus écoutés. A travers le monde, différents publics vont danser sur le morceau. En 1988, il est à la tête du classement établi par l’hebdomadaire américain Billboard, est remixé, repris dans différentes langues (mandarin, hindi, portugais, anglais, espagnol, arabe…). Il se vend à plus de six millions d’exemplaires et propulse Mory Kanté dans le gotha des artistes africains les plus connus à travers le monde.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 27 mai 2020