Ségou/Exposition – ‘’Fali Galaka’’ : les ânes ségoviens au cœur d’un questionnement artistique

Publié le Mis à jour le

Du 1-er au 4 février 2018, la station-service Daou de Ségou, Boulevard de l’Indépendance, sur la Route nationale N°6, a abrité l’exposition ‘’Fali Galaka’’  de la photographe Delphine Gatinois, qui a allié installation et performance autour d’un personnage particulier mais très visible dans l’univers de cette contrée du Sahel qu’est Ségou : l’âne. Il ne s’agissait pas de se livrer à une opération de défense de la cause d’animaux en péril – même si le sort qui est mis en lumière peut incliner à cela – mais d’un projet qui, partant de dynamiques socioculturelles  internes, tente de poser un regard créatif et de faire ressortir une dimension artistique.

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Le nom ‘’Galaka’’ est celui l’on donne aux sandales en plastiques portées pour aller dans l’eau. « Ce sont des chaussures bon marché que les apprentis des cars de transport ‘’Sotrama’’ portent », explique l’artiste, précisant qu’il s’agit, avec le titre de la présentation, d’un jeu de mots, un clin d’œil pour mettre la lumière sur l’âne et cette utilisation du caoutchouc lui servant par ailleurs de chicote.

Il y a « cette image de l’animal qui est considéré comme maudit, un peu comme le dernier élément d’une hiérarchie », et des photos de différentes chicotes – un bâton enroulé de caoutchouc – mises en parallèle, pour « voir et faire voir à quel point la ligne peut changer mais continue de contribuer au même processus », souligne Delphine Gatinois, inscrite, non plus dans l’organisation d’expositions éphémères, mais dans une démarche qui questionne des processus, des habitudes, des modes de pensée et de vie.

Mais pourquoi une installation et une performance dans une station-service ? « Il y a beaucoup de stations-services qui sont en stand-by, n’ont plus de réservoir, répond la photographe. Ce sont des lieux intéressants, des espaces sonores. »

‘’Fali Galaka’’, c’est un focus sur les ânes « qui se font bien tabasser ». « Cela peut se comprendre quand on creuse dans le contexte socioculturel d’ici, mais la question que l’on peut se poser est : ‘pourquoi l’âne continue d’être l’objet d’une représentation aussi négativement chargée ?’ » Surtout à Ségou, au cœur du Mali, où une grande population d’ânes de la contrée se retrouve.

« L’âne est un outil de travail, et dans la conception admise, c’est une espèce animale qu’on n’a pas besoin de respecter », rapporte Delphine Gatinois, précisant que la question n’est pas de défendre une quelconque cause animale, mais de « faire en sorte qu’à travers cette exposition qu’on puisse essayer de lire les choses sociologiquement. » Et pour cette raison, entre autres, l’exposition ‘’Fali Galaka’’ ne peut être ponctuelle. Elle pose des questions appelées à être discutées en permanence.

En même temps que les soins vétérinaires, portés par l’ONG Spana, il y a l’aspect artistiques. Il s’agit de proposer « autre chose : pendant que s’opèrent les soins sur les ânes blessés par les coups de chicotes, sensibiliser à travers cette fresque ». « Il y a la dénonciation des maltraitances, mais, pour moi, c’est une occasion pour offrir à la vue de tout le monde cette forme de médiation qui renvoie en même temps à une partition musicale », affirme Delphine Gatinois. Rien que pour ça, sa proposition avait largement sa place dans le ‘’Off’’ du Festival sur le Niger.

Ségou, le 5 février 2018

Aboubacar Demba Cissokho 

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