Pour « La cause », un collectif de slameurs fait entendre ses mots  

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Le collectif dénommé ‘’Dalal Slam’’, composé de treize slameurs, a présenté, le samedi 27 mai 2017, un recueil de textes intitulé La cause, abordant, dans une diversité de styles, des thématiques sociales, politiques, humanitaires, sur fond d’amour des mots comme moyens de célébrer solidarité, espoir et humanisme.

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Editée chez Materia Scritta, cette publication de 179 pages donne la parole à «  des auteurs de proses poétiques en symbiose », qui défendant « la même cause comme l’épine qui défend la rose des mains saccageuses qui osent la déflorer au risque de se brûler », souligne le prologue.

Pour les auteurs de cette anthologie, « le slam, c’est cette flamme qui fait jaillir les mots de nos âmes, le slam, c’est la muse du poète, la plus belle des dames ». Anthologie « ancrée sur les pages et figée sur les membranes des lectauditeurs pour gagner d’autres oreilles, d’autres mains, d’autres cœurs », « elle sort les mots de l’ombre pour apporter de la lumière sur les espaces sombres de nos cerveaux ».

De fait, ce collectif, « bâti autour de la diversité de langue et de culture des slameurs qui le composent » interroge, par le biais de ces formidables outils que sont les mots, une réalité et des maux qui peuvent conduire à désespérer, mais dont les orfèvres qu’ils sont tirent des leçons à semer la paix, le dialogue et l’amour.      

Dieuwrine J, dont les textes ouvrent le recueil, dit « non à la guerre » après avoir décrit un « Sénégal d’aujourd’hui », qui, « telle une plaie contagieuse/Ou une blessure mortelle », est selon lui, « celui de tous les dénis »,« l’intolérance gagne tous les mortels/tout acte est corrompu d’intérêt caché ».

Au cœur du cri de Camou MC l’Africain, il y a un plaidoyer pour la paix, cette « vieille femme moche et vilaine » derrière laquelle traînent « souffrance, désespoir, massacre ». Il avoue en même temps son inquiétude : « Mais la haine et ses acolytes, au guet, autour d’elle/Fusils, bombes, et armes de tout genre à la main/Attendent le bon moment pour s’emparer d’elle/Soutenus dans la tâche par l’Etre humain/Avide de pouvoir, inconscient qui se fout d’elle/Je n’ai que trop pitié de ma Belle/La Paix ». Camou MC l’Africain chante aussi la femme noire, « sœur, amour, cœur, mère », qui « garde intact son teint, jamais ne le déteins », n’a « jamais besoin de crème solaire », et « dont la mélanine protège des rayons de lumière ».

Les ‘’plumes rebelles’’, Dimélo et Rafall, qui dans un très beau morceau intitulé ‘’Ce texte est’’, en fait un hymne à la création poétique : « Un mot, un verbe, un lot de textes/Une bouche, une langue, un contexte/Qui attestent que nos écrits fusent/Un peu partout dans la salle et détectent/Les regards de ses adeptes. »

Entre les ‘’lunatiques’’ d’Amadou Moustapha Dieng, dont le réveil est « un rêve pourri des uranies » – conté avec une « langue inerme » et une « salive épineuse » – et Ceptik qui aurait « aimé être de ces poètes qui ont du swing dans chaque vers, qui sont si forts à dire aux rimes qu’elles sont si belles sans chanter faux », il y a la route de Muwossa, ‘’l’aède contemporain’’, qui « trace le chemin sur lequel l’homme chemine avec des idées dont il se nourrit ».

Il y a aussi M.L.E Moraliste qui a « envie de faire l’amour » et dit : « Harmonieusement bâtis par notre sens et notre Morale. Marchons découverts, enlevons tous les voiles. Si la vie existe c’est parce que Dieu a fait l’Amour. Sur la base d’une générosité partout visible ». MTD, lui, ne veut plus de « ce monde noir et ténébreux »,« des femmes malheureuses, confrontées à la barbarie des coups et des insultes de la part de leurs maris (…) qui enfermaient leurs femmes dans des sortes de cachots », préférant « un monde de rêves avec de magnifiques couleurs ».

Samira tente de se définir, dans le long slam : « Je suis celle qui baisse son regard certes, qui le détourne au besoin. Car quand il se pose sur un être, il ne voit que son âme. Car lui-même en est une fenêtre ». Elle parle aussi de « la vierge (qui) se prostitue, tue le temps en prose ». « Je suis faite de figures de style, dit-elle plus loin dans un autre texte. Celles qui se nourrissent de la boulimie des oxymores. Je suis faite d’abandons, de voiles levés. Récurrence d’addictions. Je suis faite d’un cri strident. Celui de l’annonce d’une nouvelle vie. »

C’est ce « cri strident » qui donne certainement à ces aventures de création les contours d’un « acte de guerre » que mènent les plumes et les voix de cette anthologie, « pour faire changer les choses ». La cause est tout à la fois : « union des styles. Pont de lianes et de langues et de langages culturels. Zeugma intellectuel et textuel qui s’énonce avec l’autre, l’Europe et l’alter ego ».

Ses auteurs nous demandent de les lire et de les écouter « en convoquant tous (nos) sens comme le fleuve Sénégal qui charrie plusieurs saveurs aux succulences sécréteuses de salives plurielles ». Avec le slam, comme avec la création artistique dans son essence, les rêves et espoirs les plus fous sont permis. « J’aurais aimé rendre plus beau chacun des mots que je vous sers. Ne jamais être à court d’émoi, ne jamais être pris à défaut. J’aurais aimé dire à ma mère combien je l’aime pour chaque vœu ». Avec Ceptik, et en attendant l’album sonore sur lequel certains textes seront déclamés, La cause est entendue. Slam !!!

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 28 mai 2017

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