« Tribute To Ndiouga Dieng » de l’Orchestra Baobab : le souffle continu d’un esprit

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Le nouvel album de l’Orchestra Baobab, Tribute To Ndiouga Dieng, sorti le 31 mars 2017 chez World Circuit, porte et perpétue le souffle d’un esprit de création fondé sur la rencontre et la fusion de mélodies africaines et de sonorités afro-cubaines.

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Les influences cubaines, à la source desquelles le groupe a toujours puisé pour créer sa musique, sont présentes dans ce nouveau disque enregistré entre Dakar et Londres. Dix titres qui portent la marque d’une formation dont le son et la ligne défient le temps et font danser des générations successives de mélomanes.

Les années passent mais il y a la constance dans une démarche artistique ancrée, comme les racines de l’emblématique baobab le sont dans la terre, dans une profondeur de sens qui en assure sa pérennité. La discrète mais essentielle ligne de basse de Charly Ndiaye, un des socles de sagesse sur lesquels le groupe s’appuie, est là. Il y a aussi l’énergie du percussionniste et batteur Mountaga Koité, le souffle des saxophonistes Issa Cissokho et Thierno Koité, les guitares de Yakhya Fall et René Sowatché, nouveau pensionnaire de la maison, le trombone de Wilfried Zinsou.

Pour Tribute To Ndiouga Dieng, premier produit discographique du groupe depuis 2007, l’Orchestra Baobab a invité Cheikh Lô à chanter avec Balla Sidibé sur Magnokouto. Il a aussi rappelé Thione Seck, qui y a fait ses débuts dans la musique sénégalaise dite moderne, pour faire apprécier sa maîtrise vocale sur Sey. Dans tous ces titres, le groupe fait apprécier une identité bâtie, depuis 1970, sur ce mariage entre sonorités latino-cubaines et des mélodies de différentes aires culturelles du continent.

Cet opus a, dans son ensemble – mis à part le morceau Sey, un ancrage en Casamance. Il doit cette couleur au fait que les neuf autres morceaux ont été réarrangés par Balla Sidibé, originaire de cette partie du Sénégal située dans l’ancien royaume du Gaabu. Et pour mieux graver cette empreinte, qui mieux que le joueur de kora Abdoulaye Cissokho dit Baboulaye, nourri à cette sève et sensible à l’option de faire se rencontrer et faire dialoguer des univers artistiques ? Son doigté, comme un fil rouge, tisse un lien puissant entre les dix morceaux de cet album dédié à un ancien du groupe, Ndiouga Dieng (1947-2016).

Ses notes transmettent par ailleurs un hommage mérité à toute la lignée de griots que le Gaabu a produits – anonymes ou connus comme le légendaire Lalo Kéba Dramé – et dépositaires d’un patrimoine d’histoires contées et chantées. Et quand on y ajoute la justesse avec laquelle les cuivres sont valorisés, on est réconcilié avec cette idée que la musique rendue est le résultat d’un savant dosage entre maîtrise instrumentale et vocale, et talent dans les arrangements.

Tribute To Ndiouga Dieng, c’est aussi les références à cette période d’effervescence culturelle postindépendances, dont la Guinée dirigée par Sékou Touré a été le symbole et l’exemple pour l’Afrique de l’Ouest. Toutes choses qui assoient la permanence d’un son, d’une marque, d’une époque où la musique était – elle l’est un peu moins aujourd’hui – dans cet esprit d’affirmation d’une présence.

Et que dire de la prestation de Balla Sidibé, lead-vocal sur neuf des dix titres ? Maître d’œuvre dans la réalisation du disque, ce pilier du Baobab réussit, avec, par exemple, Foulo, Fayinkounko, Natalia (belle réplique de Rudy Gomis à Balla Sidibé), et surtout Caravana, à faire atteindre à sa voix des sommets que les mélomanes avertis percevront certainement dès la première écoute.

De Tribute To Ndiouga, on peut dire sans risque de se tromper, en reprenant le guitariste et composteur guinéen Manfila Kanté (1946-2011) à propos de l’album M’Bemba de son ami Salif Keita : « Ceux qui veulent danser seront satisfaits. Ceux qui ne veulent pas trop de boucan seront satisfaits. Et ceux qui veulent de la poésie seront satisfaits ». C’est dit !

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 7 avril 2017

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