« Jiw », l’album-semence de Sahad & The Nataal Patchwork

Publié le Mis à jour le

Lancé le 25 mars 2017, l’album Jiw, le premier de Sahad & The Nataal Patchwork, est à la fois l’aboutissement d’un long chemin de quête et de recherches et le point de départ d’une aventure d’exposition d’une idée de la pratique artistique.

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Il y a bien sûr de l’inspiration, de la créativité, des mots et des mélodies de cet album qu’on aura du mal à classer dans un tiroir ou un rayon. Mais il y a aussi et surtout une forte dose d’images ayant un rapport à la terre, à la culture, à l’histoire et à une cosmogonie dont les traits sont visibles à travers l’iconographie du produit.

La profondeur de champs des photos de couverture de Jiw place d’emblée l’univers du groupe dans les contours d’un espace plus grand, commun à des hommes et des femmes de diverses origines et cultures. Le centre de ce cercle que dessinent Sahad Sarr et ses amis se trouve en eux. Dans le processus de création d’une œuvre artistique ou d’un discours, le lieu d’où l’on parle est important.

‘’Nataal Patchwork’’, le miroir qui renvoie à la diversité des mélodies et sonorités qui se croisent dans la proposition musicale du groupe – lequel puise à toutes les sources – se nourrit de tous les vents qui fécondent son projet. La voix quasi métallique de Sahad Sarr est posée sur des rythmes ancrés dans une tradition d’airs africains – d’Afrique de l’Ouest, notamment. Ils s’inscrivent dans ce cadre qu’ils prolongent en sérère, wolof, anglais et français. La tonalité thématique de l’album est contemporaine, abordant des questions sociales, politiques…

Jiw, c’est huit ans de recherches, de réflexions, de questionnements qui seraient le résultat d’une humanité de luttes et d’engagements. L’être humain est au centre du cercle du groupe sénégalais. Ce cercle est le symbole d’une introspection. Jiw c’est aussi l’espoir que l’on place dans la graine plantée dans la terre. Ça prend les contours d’une métaphore, pour dire que chaque individu, mis dans les conditions de mettre en valeur ses potentialités intrinsèques, peut s’affirmer et contribuer à changer positivement la société dans laquelle il vit.

Salaamaleg, fort opportunément, ouvre l’album – sur des auspices d’une paix espérée, à Faagaagal, un appel à explorer les richesses intérieures présentes en chaque être humain, en passant par le très politique Indépendance/Dipàndaa, qui questionne le désir d’autonomie et de souveraineté culturelle et économique souhaitée et célébrée…

Cette tonalité, artistiquement, socialement et politiquement engagée est dans les autres titres de ce disque qui procure fraîcheur, énergie et foi en la possibilité, pour la musique de faire bouger des lignes. N’est-ce pas Fela Anikulapo Kuti, une des sources d’inspiration du groupe, qui disait que « la musique est une arme » ?

A l’écoute, le mélomane peut sentir la justesse et la précision dans les harmonies et les arrangements, le talent dans la création d’un univers artistique où se croisent cadences d’afrobeat, mélodies mandingues et sérères, sonorités peul, rythmes wolof, soupçons de rock et vibrations jazzy.

Dans sa promenade, le groupe explore des expressions artistiques (contes, récits…) dont chacun est, depuis des millénaires, un moyen de raconter des histoires, de toucher les âmes et de les conscientiser. Sur scène – cela se voit depuis plus de cinq ans maintenant – le groupe offre un spectacle total dont la mise en scène en dit long sur les ambitions légitimes de musiciens ayant des choses à dire.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 3 avril 2017

 

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