FESPACO 2017/LETTRES DE OUAGA – Troisième partie (3/4)

Publié le Mis à jour le

Lors de la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars), nous avons partagé une chronique quotidienne, pour parler de la manifestation sous un regard décalé, permettant, nous l’espérons, d’en appréhender l’importance, les enjeux et les défis liés à son existence même.

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== Jour 5 —
Fespaco : fièvre filmique et sécuritaire

Bonjour,

La soirée de projection de films en compétition pour l’Etalon d’or de Yennenga, mercredi au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, a donné lieu à des scènes que seule cette biennale donne à voir. Un orage africain – un continent sous influence, de Sylvestre Amoussou (Bénin), et Félicité, d’Alain Gomis (Sénégal), ont été suivis par public hystérique, dans la salle du ciné Burkina laquelle, du coup, s’est avérée trop petite pour contenir les cinéphiles qui se sont pressés pour venir les voir.

Le premier film a fait salle comble parce que le réalisateur, joyeux et léger dans sa démarche artistique, s’est illustré, par le passé, par des œuvres (Africa Paradis et Un pas en avant – les dessous de la corruption) où les slogans et la comédie sont combinés dans la tentative de mise en lumière et de dénonciation des problèmes du continent africain à la souveraineté duquel le réalisateur, Amoussou, tient.

Le second long métrage, lauréat du Grand Prix du jury à la Berlinale 2017 (9-19 février), a été précédé d’une certaine aura, dont les cinéphiles, critiques et professionnels étaient curieux de voir et comprendre la trame. Il est tout aussi vrai que son réalisateur, Alain Gomis, est désormais suivi, depuis sa consécration à l’édition 2013, par l’Etalon d’or du Yennenga, récompense suprême au Fespaco.

Déjà le matin, à la projection presse de Félicité, un public nombreux a pris d’assaut la salle, la remplissant. Depuis 2003, année de ma première couverture du festival, je n’ai jamais vu une projection destinée aux journalistes, organisée tous les jours à 8h, faire l’objet d’autant d’intérêt et de curiosité.

Pour le film de Sylvestre Amoussou, comme celui d’Alain Gomis, il est resté du monde à l’extérieur du ciné Burkina. Et à l’intérieur, certains spectateurs se sont assis sur les allées. La projection de Félicité a été retardée de 20 minutes, pour calmer les nerfs qui commençaient à se surchauffer et permettre à un grand nombre de spectateurs d’assister à la projection.

Il en est ainsi pour de nombreux films programmés à cette manifestation cinématographique, pour laquelle l’engouement du public ne s’est jamais démenti. Même si la question de la sélection des œuvres est en débat. Je reviendrai sur ce sujet précis.

Tout cela se déroule dans une ambiance festive il est vrai – j’en ai déjà parlé dans une précédente chronique – mais marquée par un corset sécuritaire sans précédent. L’état du monde, le contexte géopolitique sous-régional et international marqué par le terrorisme – que le Burkina Faso a malheureusement expérimenté en janvier 2016 et continue de vivre de manière sporadique – le populisme et des craintes de déstabilisation, sont certainement à l’origine des nombreuses mesures prises pour parer à toute éventualité. Fouilles systématiques à l’entrée des salles, des hôtels, du siège du Fespaco, barrages à différents endroits de la ville, patrouilles régulières d’éléments de la police… Tout est fait pour assurer la quiétude des festivaliers qui, même s’ils sont aussi nombreux que les autres années (environ 4000 visiteurs), ne donnent pas l’impression d’être là. Parce que dispersés aux quatre coins de Ouagadougou, mais en communion pour le cinéma.

A demain,

Ouagadougou, le 1er mars 2017

== Jour 6 — Fespaco : vie de journaliste

Bonjour,

Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou n’est pas la plus grande manifestation consacrée aux œuvres cinématographiques et audiovisuelles par hasard. Tout ou presque y est grand. Et pour le journaliste appelé à couvrir cette biennale, plus que pour les autres festivaliers, il y a là une occasion exceptionnelle de vivre des moments à conter et de témoigner sur des tranches de vie, des films et des rencontres qui sont nombreuses et souvent intéressantes.

Mais comment le faire ? Comment arriver à rendre compte à ses lecteurs, auditeurs et téléspectateurs de la vie de ce festival tout en suivant le rythme effréné des projections ? Trouver le temps d’être sur le terrain du festival et dans les colonnes ou ondes de son organe reste un casse-tête qui demande une organisation précise, une discipline et…des sacrifices.

Après une nuit bien chaude, passée entre les salles, les boites de nuit ou les maquis comme le célèbre Taxi-Brousse, il faut bien se réveiller à 7 heures pour aller suivre la projection presse, prévue à 8 heures, dans l’une des deux grandes salles de Ouagadougou (ciné Neerwaya ou Burkina). Quand on est emballé par la qualité du long métrage projeté, on sort prendre une tasse de café – sans sucre généralement – avant de revenir s’installer tranquillement sur le fauteuil pour regarder quatre ou cinq courts métrages à la suite.

Quelques échanges avec des professionnels ou amis croisés dans les couloirs meublent le temps qui sépare du déjeuner qu’il faut prendre plus ou moins rapidement, de préférence dans un restaurant ou un maquis proche de la salle où est programmée la séance suivante à 16 heures. Deux heures après, le journaliste se retrouve dans un autre cadre pour suivre deux films à la suite (18h 30 et 20h 30). Là, il a le choix entre avaler un morceau et se remettre dans un fauteuil pour le film de 22h 30. Mais de toute façon, il va falloir manger et pour ça, pas de souci.

Le journaliste doit aller faire des envois à sa rédaction, mais il ne peut résister à la tentation de rester écouter de la musique, papoter avec des amis à l’endroit où il va prendre ce dîner. Ces moments sont précieux en général : c’est l’opportunité qui est offerte de croiser des acteurs, réalisateurs ou autres professionnels du cinéma, pour arranger une interview à venir, décrocher des anecdotes sur l’histoire du Fespaco, etc.

Comment tenir ce rythme, sans flancher ? On peut être perdus ou déboussolés, mais il y a quelques astuces si on veut tirer le plus grand profit du festival qui ne se tient que tous les deux ans : savoir pourquoi on vient au Fespaco, même si, sur le terrain, il est difficile de ne pas improviser ; cocher sur le programme général des projections et des rencontres professionnelles ce que l’on veut voir en sachant que des imprévus peuvent survenir à tout moment ; ne pas oublier de prendre des pauses café pour tenir…

C’est difficile, très difficile même. Pour un festival normal mais plus pour le journaliste invité à être ‘’les yeux et les oreilles’’ des nombreux cinéphiles qui auraient aimé être là et qui ne sont pas. Tellement difficile que pour certains journalistes, la parade consiste à réchauffer de vieux articles – toujours les mêmes – gardés au frigo. Et très souvent aussi, des marronniers reviennent. C’est ça aussi le Fespaco.

A demain,

Ouagadougou, le 2 mars 2017

Aboubacar Demba Cissokho

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