FESPACO 2017/LETTRES DE OUAGA – Première partie (1/4)

Publié le Mis à jour le

Lors de la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars), nous avons partagé une chronique quotidienne, pour parler de la manifestation sous un regard décalé, permettant, nous l’espérons, d’en appréhender l’importance, les enjeux et les défis liés à son existence même.  

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== Jour 1 — Fespaco : un festival à créer !

Ce samedi 25 février 2017, s’ouvre la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le plus grand rendez-vous cinématographique sur le continent. Entre mercredi et vendredi et jusqu’à lundi, des milliers de festivaliers (professionnels, journalistes, critiques, cinéphiles…) ont rallié, ou vont le faire, la capitale du Burkina Faso pour venir vivre ces moments de cinéma uniques. Territoire où se trament des histoires que seuls peuvent comprendre et aimer ou détester les passionnés du 7è Art, ce festival tient. Contre vents et marées.

Moments uniques, oui. Parce que ce n’est qu’à Ouagadougou qu’une magie opère depuis des décennies : beaucoup d’incertitudes font parfois planer des doutes sur la tenue ou non de la manifestation qui finit toujours par avoir lieu ; les habitués, mais surtout ceux qui viennent pour la première fois, vont constater et déplorer les problèmes liés à une organisation encore tatillonne, l’absence de programmes et de catalogues imprimés le jour de l’ouverture du festival, impairs qui ne  joueront en rien sur le fait que les salles de projection seront prises d’assaut ; le ‘’miracle’’ qui fait que l’on peut avoir un badge le jour même de l’ouverture alors que les procédures d’accréditation ont été closes au moins deux mois avant…

Le seul programme détaillé disponible et affiché au siège du festival est celui des…concerts de musique prévus à différents endroits de Ouagadougou, alors que les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel présentant un film ou un produit sont souvent obligés de s’organiser pour donner des indications sur les heures et lieux de déroulement de leurs activités. Le Fespaco, le festival où le rêve et l’idéal panafricains sont brandis à coup de slogans, mais qui est devenu, au fil des éditions et du désengagement progressif des Etats pour la chose cinématographique, le lieu de fantasme des experts et des critiques les plus audacieux, entretenant un regard somme toute bizarre sur des créations dont beaucoup, il est vrai, portent elles-mêmes les stigmates d’une aliénation infantilisante.

Mais quoi alors ? Oui, il ya un bien un ‘’mais’’ pour comprendre pourquoi et comment un tel événement, lancé en 1969, arrive à se tenir régulièrement depuis près de cinquante ans. Les signes que ce festival dont l’un des ténors des précurseurs du cinéma en Afrique, Sembène Ousmane (1923-2007), a une fois dit qu’il « porte » les cinéastes africains, sont visibles sur les visages, à chaque coin de rue de Ouagadougou – avec l’effervescence notée chez le plus petit commerçant, les hôteliers, les chauffeurs de taxi, etc.

Dans ces conditions, un éminent critique burkinabè peut rappeler, dans un grand éclat de rire, qu’il n’a pas été mis à la retraite de la fonction publique, mais seulement « remis à la disposition de madame pour emploi ». Au Fespaco, la bonne formule n’est jamais loin pour détendre l’atmosphère, faire oublier les difficultés ou contourner un obstacle. Ce Fespaco, il faudra bien le créer un jour.

A demain.

Ouagadougou, le 25 mars 2017

== Jour 2 — Fespaco : esprit rebelle

La 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) a débuté samedi après-midi, comme les précédentes, par une cérémonie d’ouverture au cours de laquelle les organisateurs ont tenté de proposer aux festivaliers un cocktail dont les éléments étaient à la fois enracinés dans la culture du terroir profond et ouverts sur du contemporain.

La star ivoirienne du reggae, Alpha Blondy, qui avait promis que ça allait « déchirer », a tenu promesse, après une première partie, inutilement longue il est vrai, marquée par des discours, une intéressante parade des masques et arts de la rue, un spectacle équestre, des prestations musicales de différents artistes burkinabè, dont l’emblématique Smockey, star du hip-hop local et leader d’un mouvement ‘’Le Balai citoyen’’, très en vue depuis un peu plus de trois ans pour faire entendre la voix des masses.

En fait, la dimension politique de l’après-midi n’a échappé à personne, le Fespaco étant ce festival qui en porte, depuis ses débuts, en 1969, les ingrédients, même si la machine administrative qui le gère n’est pas tout à fait saisie de cette fibre.

Cet esprit rebelle, les cinéastes le portent dans leurs œuvres comme dans leurs prises de position. Les Burkinabè aussi, eux qui ont répondu par des applaudissements nourris au maire de Ouagadougou, Armand Béouindé, qui a exprimé le désir de faire retrouver à la biennale le lustre que le capitaine Thomas Sankara lui avait insufflé dans les années 1980.

Comme obligé de suivre la mouvance, le ministre de la Culture Tahirou Barry espère que cette édition sera celle du « renouveau », citant dans son discours…Sankara, et annonçant un monument à sa mémoire. Célébrant les « valeurs républicaines »  dans ce « pays du peuple insurgé, du 30 et 31 octobre 2014, qui a su briser, au prix de mille sacrifices, les chaînes de l’esclavage de tous ordres et qui entend marcher fièrement vers le champ lumineux de la liberté ». Alpha Blondy, lui aussi, parle de Sankara et de Norbert Zongo, chante « Ouaga rack », une composition spéciale.

« Tuez Sankara, des milliers de Sankara naitront »…Cette déclaration, Thomas Sankara l’avait faite quelques mois avant son assassinat par des bourreaux auxquels, près de trente ans après, son esprit et sa vision d’une Afrique libre, digne et indépendante s’imposent. Ne dit-on pas que les idées ne meurent pas ?

C’est cet idéal que portait aussi l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop, esprit dissident s’il en est, auquel le réalisateur Ousmane William Mbaye a consacré un documentaire en compétition dans la section documentaire de cette 25-ème édition du Fespaco. Et c’est lui que je cours voir au ciné ‘’Neerwaya’’. Dans le contexte panafricain du Fespaco, ce film devrait avoir une résonnance singulière.

Ouagadougou, le 26 février 2017

Aboubacar Demba Cissokho

 

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