‘’Wallay’’, la fraicheur d’un film sur l’initiation

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Pour son premier film de fiction, Wallay, le réalisateur Berni Goldblat réussit une œuvre pleine d’émotions et d’humanisme, qui procure, par la manière dont elle est réalisée, une fraîcheur et une justesse saluées par le public de la 25-ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 25 février-4 mars 2017), où il a été projeté.  

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Wallay  (« je te jure » en arabe, une expression couramment utilisée en Afrique subsaharienne) est un film qui ressemble à son auteur : joyeux, vivant, sincère dans son expression. C’est d’abord cette option sans prétention – sinon celle de dire son point de vue – qui touche le cinéphile qui le voit. Celui-ci est conforté dans ses premières émotions par la profondeur de la démarche de Berni Goldblat et des thématiques qu’il aborde avec beaucoup de réalisme.

Projeté en avant-première mondiale dans la section Génération de la 67-ème édition du Festival international du film de Berlin (Berlinale, 9-19 février 2017), le film avait déjà séduit un public qui découvrait certainement, à travers le regard du personnage principal, des éléments de culture dont il s’est assurément enrichi.

D’une durée de 84 minutes, Wallay – première fiction de son auteur, après trois documentaires – raconte l’histoire d’Ady (Makan Nathan Diarra), jeune métis franco-burkinabè d’une banlieue française en proie à la délinquance. Soucieux de lui faire passer une initiation et convaincu que, par ce fait, il va grandir, son père se sent obligé de lui faire effectuer un retour aux sources que l’adolescent va intelligemment exploiter à son profit.

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Sur le terrain, le parcours initiatique d’Ady, 13 ans, dans ce ‘’bled’’ objet de toutes sortes de légendes et de fantasmes révèle un pays des origines partagé entre une réalité pas encore totalement assumée et des ‘’traditions’’ solidement établies. Et toute la sincérité du film est dans le regard de ce jeune garçon que son père croyait ramollir.

Ady arrive au pays et ne s’attend pas à ce que chacune de ses rencontres lui réserve une surprise : son oncle Amadou (Hamadoun Kassogué) qui est ‘’investi’’ du devoir de redresser le jeune homme récalcitrant ; Mam, sa grand-mère, remarquablement interprétée par Joséphine Kaboré ; le cousin Jean (Ibrahim Koma), qui sert de guide à Ady.

Ce qui est aussi intéressant avec Wallay, c’est que, faisant confiance au spectateur, le réalisateur le conduit dans le voyage d’Ady dont on épouse les craintes, doutes, tensions. On en apprend sur une manière subtile d’instaurer un dialogue de cultures. Les acteurs de cette aventure sont crédibles, parce que bien dirigés. Le film touche, met à plat des certitudes qu’on ne détient pas seul toute la vérité. On a sa vérité, laquelle, confrontée à celle des autres, doit être relativisée.

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Cette idée du voyage qui est, quelque part, dans la thématique de ce film, rythme la vie de Berni Goldblat depuis plus de vingt ans qu’il a décidé de prendre la route, pour aller à la rencontre d’un humain qu’il fait admirablement ressortir à travers ce film Wallay. Dommage qu’il n’ait pas été en compétition officielle au FESPACO 2017. Mais la salle archicomble qui l’a vu au Ciné ‘’Burkina’’ de Ouagadougou est en soi une belle récompense et une belle promesse pour son réalisateur.

Aboubacar Demba Cissokho

Ouagadougou, le 2 mars 2017

 

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