FESPACO : les débuts de l’aventure

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Les débuts du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) ont résulté du souci de cinéphiles de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) d’offrir une visibilité aux films africains en Afrique même et de débats entre cinéastes africains de l’époque qui s’étaient retrouvés aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC). La 25è édition de la manifestation est prévue du 25 février au 4 mars 2017.

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Dans son essai intitulé Le Fespaco, une affaire d’Etat(s) (L’Harmattan, 2012), Colin Dupré rappelle les origines du grand rendez-vous du cinéma sur le continent. Il souligne notamment qu’en novembre 1968, devant le constat que les écrans étaient encore « colonisés », des cinéphiles posent la question sur l’invisibilité du cinéma africain et proposent des projections publiques et la création d’un festival du cinéma africain, à Ouagadougou.

« L’idée est venue du centre culturel franco-voltaïque de l’époque, Claude Prieux », raconte Aminata Salembéré, alors réalisatrice à la Radiotélévision voltaïque (RTV), dans des propos rapportés par Dupré. Mme Salembéré fait partie du comité d’organisation du festival, qui élit son premier bureau le 11 décembre 1968. La première édition du ‘’Festival de cinéma africain de Ouagadougou’’ se tient du 1er au 15 février 1969, placée sous le ‘’haut patronage du chef de l’Etat’’.

C’est donc sur un terrain propice et préparé que des cinéastes africains viennent faire valoir leur volonté de créer un cadre de rencontre permettant de voir leurs productions dont des copies existaient déjà à Ouagadougou. L’historien et critique de cinéma Tahar Cheriaa (1927-2010), nous racontant ses souvenirs lors de la XIXe édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (26 février – 5 mars 2005), avait dit qu’au cours d’un « séminaire très réduit à Hammamet en octobre 1968 », des cinéastes avaient fait le point sur « cet artisanat d’art qui passe par le truchement de quelques appareils comme la caméra au départ, le projecteur ou l’écran à l’arrivée ».

« De cette réunion de réflexion entre copains, il est ressorti l’idée de faire un relais pour venir seconder les Journées cinématographiques de Carthage qui n’en étaient qu’à leur deuxième session », avait expliqué Cheriaa. Il avait ajouté : « Ce festival (les JCC) était contesté par les majors et ceux pour qui le cinéma est une industrie et les films des produits industriels. Pour eux, il n’était pas question d’en faire un objet culturel. Comme les JCC étaient menacées de ne pas continuer, on s’est dit qu’il devait y avoir un autre festival en Afrique ».

« Après le séminaire de Hammamet, Sembene Ousmane a pris son bâton de pèlerin pour chercher un Etat qui veuille bien héberger un petit truc qu’on appellerait ce qu’on voudra, explique le cinéaste. Il est passé en Côte-d’Ivoire, parce que tout le monde partait dans ce pays en se disant que c’est développé. Mais, ça n’a pas marché avec Félix-Houphouët Boigny. »

Et c’est à Ouagadougou, souligne Tahar Cheriaa, que Sembene rencontre Sangoulé Laminzana, « un vieux général retraité de l’armée française devenu chef de l’Etat et qui, par chance, était amateur de films ». « Il avait un projecteur 16mm et il achetait des films qu’il suivait chez lui. Quand Sembene est venu lui parler du projet, il a répondu : ‘’ah bon, il y a des films africains ? Tu en fais toi ?’’ Quand Sembene lui a répondu oui, il a dit : +j’aimerais bien les voir. Venez, on fait tout. Ça coûte combien ?’’ ».

Tahar Cheriaa ajoute que c’est ainsi que la manifestation s’est faite avec « ce vieux qui était admirable de naïveté ». « Ils (les cinéastes) ont apporté les films dont ils ont parlé. C’était en avril 1969. Le père Lamizana était au premier rang lors des projections parce qu’il aimait bien voir des films. Et c’était la première fois qu’il voyait des films faits par des Noirs », raconte Cheriaa.

« Dans les faits, les autorités par l’intermédiaire de la délégation spéciale de la ville de Ouagadougou accordent une exonération des taxes habituellement prélevées sur les spectacles. Exonéré de ces taxes (10% des recettes nettes de la manifestation) pour le festival, le Comité d’organisation a donc pu disposer des recettes dans leur totalité », écrit Colin Dupré dans son essai Le Fespaco, une affaire d’Etat(s), citant Hamidou Ouédraogo, auteur du livre Naissance et évolution du Fespaco de 1969 à 1973 (   ). Dupré ajoute que le président Lamizana a lui aussi offert « une aide budgétaire, venant de ses propres fonds, d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de Francs CFA ».

La réalisatrice Alimata Salambéré a été la présidente du comité d’organisation du premier festival en 1969. Elle a été secrétaire permanent du festival, de 1982 à 1984, et a été aussi ministre de la Culture (1983), puis ministre de l’Information (1987-1989). Le nombre de films effectivement projetés était de 30 : neuf du Sénégal, quatre du Cameroun, quatre du Niger, deux de Haute-Volta, un du Bénin, quatre de France, un des Pays-Bas et cinq classés dans une section ‘’Autres’’.

Pour Tahar Cheriaa, cette édition de 1969, qu’on pourrait appeler maintenant, a posteriori, expérimentale. Et l’idée de l’urgence de faire quelque chose était celle des cinéastes ouest-africains qui étaient majoritaires lors de la réunion de Hammamet. « Je dois être honnête », a-t-il dit en précisant qu’il y avait notamment les Sénégalais Sembene Ousmane, Ababacar Samb, le Nigérien Moustapha Alassane.

Il ajoute : « Le Premier ministre et le ministre de la Culture de Haute-Volta se sont dit : ‘’Il faut qu’on aide ces gens-là. On va remettre ça l’année prochaine’’. Les cinéastes ont dit : ‘’non, on a convenu avec Carthage, qui est en difficulté, d’y aller tous l’année prochaine (1970). On va tous se ruer là-bas. On veut être nombreux là-bas parce que ça risque d’être décisif’’ ».

Cheriaa était en prison alors que se déroulait la première édition du Festival de cinéma africain à Ouagadougou, mais le ministère tunisien de la Culture a continué à organiser les JCC qui, heureusement, se réjouit-il, ne se sont pas arrêtées. « On va plus loin avec la création d’une Fédération panafricaine des cinéastes. La FEPACI est née sur les papiers aux JCC de 1970. Le premier bureau a eu comme secrétaire général le Sénégalais Ababacar Samb », rappelle-t-il. L’année suivante, en 1971, il y a eu la deuxième édition du festival de Ouagadougou. C’est en 1972, deuxième étape des débuts, que la manifestation a pris le nom de Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 27 janvier 2017

 

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