Jean-Marc Ela, huit ans après : une pensée toujours vivifiante

Publié le Mis à jour le

Il y a huit ans, le 26 décembre 2008, disparaissait à Vancouver (Canada), le sociologue, anthropologue camerounais Jean-Marc Ela. Intellectuel fécond et puissant, ce théologien a marqué de son empreinte les recherches africaines en sciences sociales, s’illustrant aussi par ses prises de position courageuses pour la liberté, la justice et la dignité.

jean-marc_ela

Dans son essai intitulé Cheikh Anta Diop ou l’honneur de penser (L’Harmattan, 1989), consacré à une lecture de l’œuvre intellectuelle et de la pensée de l’historien et homme politique sénégalais, le sociologue, anthropologue et théologien camerounais Jean-Marc Ela a cette conclusion : « La véritable fidélité à cet homme de culture qui nous a rendu notre mémoire se traduit par tout ce qui nous permet de réactualiser sa foi en l’homme africain et de retrouver sa force de travail et de recherche pour échapper à la pire domestication qui soit, celle de l’esprit ».

De Jean-Marc Ela, décédé il y a huit ans, le 26 décembre 2008, à l’âge de 72 ans, nous pouvons dire la même chose, parce qu’il s’est efforcé d’être fidèle à cette ligne fondamentale. Cet intellectuel discret mais terriblement fécond et puissant, a porté, toute sa vie, une pensée claire, dissidente et rebelle, fondée sur un refus obstiné de toute compromission.

Mort au Canada, où il a vécu les treize dernières années de sa vie, ‘’le veilleur’’, ainsi que l’a surnommé son compatriote Achille Mbembe, reste une figure incontournable de l’intelligentsia camerounaise, qui a apporté une précieuse contribution aux recherches africaines en sociologie et sciences sociales, et dont les écrits rendent compte de questions aussi importantes que celles de l’Etat, des cultures africaines, de l’adaptation de la théologie – il était homme d’église – aux ressorts et besoins des croyances endogènes…

Intellectuel de son temps, Jean-Marc Ela s’est fait le porte-parole des aspirations légitimes de populations – confrontées à l’injustice, à la pauvreté, au chômage, à l’exclusion – à plus de liberté et de respect pour leur dignité. Et parce qu’il persistait à vouloir faire la lumière sur l’assassinat de son ami, l’historien et théologien Engelbert Mveng, il s’exile en 1995 au Canada.

Ela savait qu’il était certainement le suivant sur la liste d’un régime réfractaire à la critique de ses dérives. Hommage à ce penseur qui écrit dans son livre-hommage à Cheikh Anta Diop : « Quand l’Afrique retrouvera toute sa capacité de penser, alors elle se remettra debout, libre et fière ». J’ai, pour ma part, une relation particulière avec cette pensée riche et vivifiante, et cette posture militante si mobilisatrice pour les luttes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 26 décembre 2016

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s