Omar Seck, le théâtre en grand

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Le comédien de théâtre et acteur de cinéma sénégalais Omar Seck, décédé le 24 mars 2010, à l’âge de 64 ans, a, pendant plus de 40 ans, marqué de son empreinte le théâtre sénégalais, à la fois par son talent, sa prestance sur scène, sa voix et une forte personnalité.

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Né à Dakar le 20 janvier 1946, Omar Seck effectue ses études primaires à l’école Malick Sy et ses études secondaires au lycée Van Vollenhoven (actuel Lamine Guèye). Il trouve sa vocation en 1962 lorsqu’un jour, grâce à un ami, il découvre le Théâtre du Palais. Pendant trois ans, en revenant du lycée, de 18 heures à 19 heures, il suit des cours d’art dramatique avec comme encadreurs trois professeurs : Pierre Richy, un grand du pantomime, avec Jacques Michel et Abdoulaye Dieng Mbadane.

Après cette formation qui a duré trois ans, il sort major de sa promotion, remportant le prix du théâtre, le prix d’interprétation et le premier prix de diction. Ces premières distinctions lui permettent de bénéficier d’une bourse qui devait le mener à Nancy (un an) et à Paris (trois ans). Mais il ne fait pas le voyage pour la France, parce que Maurice Sonar Senghor, alors directeur du Théâtre du Palais l’en dissuade. Celui-ci estimait qu’aller passer quatre ans en France aurait été une perte de temps pour le talentueux Omar Seck.

L’Exil d’Alboury à Sorano

En 1966, année du premier Festival mondial des Arts nègres, Maurice Sonar Senghor – devenu directeur du Théâtre national Daniel Sorano, inauguré en juillet 1965 – le convainc donc d’intégrer la troupe dramatique de cette nouvelle institution. Ses aînés, Abdoulaye Farba Sarr, Doura Mané et Edge Diop, qui venaient de passer trois ans de stage en France, le prennent sous leur aile et l’encadrent. La troupe comptait aussi dans ses rangs Moustapha Touré, Soulèye Mbaye, Guillaume Corréa, entre autres pensionnaires.

Omar Seck intègre alors le groupe en compagnie de Djibril Diop Mambety qui, avant de mener une brillante carrière de cinéaste, a animé les planches du Théâtre national Daniel Sorano. Seck participe ainsi à la mise en scène de classiques, à la création de grandes pièces de théâtre et à des tournées internationales. Benjamin de la troupe, sous la direction du comédien et metteur en scène français Raymond Hermantier, il interprète son premier grand rôle (Laobé Penda) en 1968, dans la mise en scène de la pièce L’Exil d’Alboury, du dramaturge de Cheik Aliou Ndao.

Avec L’Exil d’Alboury, la troupe obtient la médaille d’or du théâtre au premier Festival culturel panafricain d’Alger, en 1969. Omar Seck excellait aussi bien dans la mise en scène de pièces d’auteurs africains, que dans des classiques étrangers comme La Tête d’’Or de Paul Claudel. Son talent et sa maîtrise de son art sont reconnus par les professionnels, critiques et autres organisateurs de rencontres théâtrales.

A Namur (Belgique), où il a joué avec des Allemands, des Français, des Africains, au Festival international du Cameroun (Couronne d’ébène), il gagne des prix. Des décorations aussi. Il est Chevalier de l’Ordre national du Mérite et Officier de l’Ordre national du Lion. En 1986, sous la direction du metteur en scène Boubacar Guiro, il joue Lat Dior dans Niani Bagn na, au stade Demba Diop. En 1999, le Grand Prix du président de la République pour les Arts sonne comme le couronnement d’une carrière accomplie.

« Le théâtre ce n’est pas n’importe quoi »

A la Radio-Télévision, Seck a enregistré plus d’une vingtaine de pièces avec Radio France internationale, dans le cadre du concours interafricain de langue française. Il a reçu le Doura 97, pour la journée mondiale du théâtre, ‘’La couronne d’ébène’’ des rencontres internationales du Cameroun en 1998.

Omar Seck est acteur dans les mises en scène du conte fantastique ‘’Songe au rêve’’ (par) et du roman Les bouts de bois de Dieu, de Sembène Ousmane (par Hughes Aliune Limbvani). Il était pressenti pour interpréter le rôle principal dans la mise en scène de La tragédie du Roi Christophe, pour l’inauguration du monument de la Renaissance africaine, mais il décède dix jours avant.

Lors du deuxième Festival culturel panafricain d’Alger (5-20 juillet 2009), il disait ce qu’il devait au théâtre : « Je dois tout à cet art qui m’a apporté beaucoup de choses, en contribuant à élever mon esprit et en me permettant de faire le tour du monde. En plus, c’est un art très riche ».

Ces dernières années, en artiste expérimenté, il était devenu un observateur avisé de la scène sénégalaise, n’hésitant pas à donner son avis sur la pratique des plus jeunes. En guise de conseil, il leur demandait d’accorder une place importante à la formation, estimant que « le théâtre ce n’est pas n’importe quoi ». Après sa retraite, en 2005, il a continué à travailler avec le Théâtre national Daniel Sorano auquel il était lié par un contrat.

Acteur génial au cinéma

Omar Seck n’était pas seulement un homme de théâtre. Il était aussi un monstre sacré du 7-ème Art. Chaque fois que Seck a habité le personnage qu’il incarne, c’est à la satisfaction des réalisateurs soucieux de bénéficier de son talent et de sa maîtrise professionnelle acquise sur les planches du Théâtre national Daniel Sorano.

De Jom du Sénégalais Ababacar Samb Makharam, en 1981, à L’Absence du Guinéen Mama Keïta et Ramata du Congolais Léandre-Alain Baker en 2009, il est apparu dans une dizaine de films traitant de faits sociaux, culturels et politiques. Omar Seck c’est Gora le gendarme qui parvient, avec tact et fermeté, dans Guelwar de Sembène Ousmane (1992), à ramener le calme dans un village où couvait la menace d’un affrontement interreligieux.

Il est policier dans Le Jardin de papa du Congolais Zeka Laplaine (2002) et Deweneti de la Sénégalaise Dyana Gaye (2006), chômeur doublé d’un activiste syndical dans Un amour d’enfant de Ben Diogaye Bèye (2004).

Ben Diogaye Bèye a fait jouer Omar Seck dans un second film, Dakar…La rue publique (2009), un documentaire dans lequel le réalisateur exprime sa révolte face aux changements intervenus à Dakar, notamment sur le plan architectural. Omar Seck a aussi joué dans Dakar-Clando d’Ousmane William Mbaye (1990), TGV de Moussa Touré (1997) – pour lequel il remporte de Bayard du meilleur rôle, au Festival du film francophone de Namur (1998) – Battu de Cheik Oumar Sissoko (2000), adaptation de La grève des Battu, roman d’Aminata Sow Fall.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 25 mars 2010

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