Meïssa Fall : «Je redonne vie aux pièces de vélo usées»

Publié le Mis à jour le

Rencontrer Meïssa Fall et échanger avec lui de son art, c’est faire avec lui l’anatomie du vélo, objet utilitaire dont il interroge les différentes pièces pour en faire des objets d’art. Du 15 octobre au 15 novembre 2016, ce quinquagénaire saint-louisien est venu exposer, au Just 4 U à Dakar, ses propositions chargées d’histoire et de symboles. Sous le titre Du vélo à l’art. Il parle avec amour de sa pratique et des résultats qu’il aimerait faire connaître à travers le monde.

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Vous développez tout un art à partir des pièces détachées du vélo. Une façon de dire qu’au-delà de son utilitaire, le vélo dit autre chose ?

Il y a du vélo-littérature, du vélo-poésie, du vélo-passion, du vélo-fou, du vélo-humour, du vélo-tendresse… Mais moi, je dis vélo d’art. La bicyclette, non seulement c’est un moyen de locomotion, mais pas n’importe lequel. Ce sont des pièces qui ont été bien pensées dans la tête, bien usinées, bien faites, de sorte qu’elles sont solides. Une bicyclette, on peut la laisser sur une terrasse pendant quatre ou cinq ans et la retaper, la remette à neuf. La bicyclette ne meurt pas. Il n’y a que ses pièces qui s’usent… Je transforme les pièces usées et je leur donne une seconde vie. La bicyclette, c’est comme la natation, ça ne s’oublie pas. Il y a aussi les souvenirs du vélo qui sont gravés dans notre mémoire. C’est pour cela que je veux immortaliser ces moments de notre enfance et dire à ceux qui, aujourd’hui, roulent en voiture, qu’ils peuvent aussi revivre les beaux moments que la bicyclette leur a offerts quand ils étaient petits. Je veux aussi dire aux gens de ne pas abattre des arbres pour en faire des objets d’art.

Chez vous, le vélo est une histoire de famille. Votre grand-père, votre père, étaient réparateurs de vélos. Mais d’où vient, pour vous, l’idée que le vélo c’est aussi de l’art ? L’idée que le vélo, ce n’est pas seulement un objet à réparer, mais un objet auquel on peut donner une nouvelle vie…

Ça m’est venu quand je nettoyais les vélos à l’atelier de mon père. En nettoyant les vélos, je les transformais en des objets, parce que les bicyclettes ont des formes humaines et animales. Avec la bicyclette, on a la patte avant, la patte arrière, la basse, le haut-banc, la selle, la tige de selle, la fourche, le guidon, les freins, les patins, les rayons, les moyeux, les axes, les billes, les clavettes…Il y a énormément de pièces dans une bicyclette. Je n’ausculte que les pièces qui sont usées. Une pièce non usée, je n’ai pas envie de l’ausculter. Ça me fait mal d’ausculter une pièce qui peut rouler encore. Mais les pièces qui sont usées, je leur donne une seconde vie, pour qu’elles nous rappellent notre enfance. Pour qu’elles nous disent de faire du vélo pour ne pas polluer notre environnement. Pour qu’il y ait moins de gaz à effet de serre. Si on faisait du vélo une fois par semaine, non seulement on ferait du sport mais on va protéger la couche d’ozone et on ne va passer à la pompe.

Les objets que vous exposez, ce sont des visages humains, des animaux… Il y a aussi des symboles renvoyant à l’univers saint-louisien fortement lié à l’eau, à des mythes. Comment intégrez-vous cela dans votre processus de création ?

Quand on naît à Saint-Louis, on a un lien direct avec le génie du fleuve, Maam Kumba Bang. Le jour du baptême, quand on tue le mouton, on prélève deux petits morceaux de viande, l’un sur le petit bras l’autre sur le grand. Pour dire au génie du fleuve qu’il a un nouveau petit-fils ou une nouvelle petite-fille, venu agrandir sa famille. C’est pour cela que le Saint-Louisien d’origine ne se noie pas dans les eaux du fleuve de Saint-Louis. Il est protégé. C’est pour cela qu’on dit que le fleuve de Saint-Louis n’aime pas les étrangers. Ils s’y noient très rapidement. Nous avons ce lien avec ce génie que nous aimons énormément. Comme Saint-Louis est une ville d’art et d’histoire, pourquoi ne pas utiliser les formes qui nous entourent pour réaliser des œuvres qui vont servir à l’humanité ? Mon rêve c’est de réaliser quelque chose qui est universel…

Vous êtes à Dakar pour vous faire connaître en dehors de Saint-Louis où on ne vous présente plus…

C’est pour faire connaître mon travail et faire passer le message que le vélo peut nous aider à préserver l’environnement et une bonne santé grâce à la pratique du sport. On consomme beaucoup de sucre et d’huile à Saint-Louis. Et les Saint-Louisiens ne font pas d’effort. Quand il n’y a pas de taxi, ils ne bougent pas. Une jeune fille sur une bicyclette à Saint-Louis, c’est comme du cinéma. Tout le monde la regarde avec étonnement. Si on fait du vélo, on fait une prévention pour soi-même. Je veux montrer ce travail partout, pour dire qu’avec la bicyclette on peut préserver l’environnement et faire un travail de mémoire sur ses relations avec elle. Il y a des pays qui ne font que du vélo, mais qui ne connaissent pas l’art que je développe autour des pièces du vélo. J’aimerais partager cela avec tout le monde.

Propos recueillis le     2016, au Just 4 U, Dakar

Aboubacar Demba Cissokho

 

 

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