Festival panafricain d’Alger 2009 : organisation et contenu à la hauteur de l’événement

Publié le Mis à jour le

Alger – « Je peux dire, sans exagération aucune, que nous avons gagné le pari ». La satisfaction du ministre algérien de la Culture, Khalida Toumi, est à la mesure de la réussite qu’a connue la deuxième édition du Festival culturel panafricain d’Alger (5-20 juillet 2009) aussi bien dans la richesse de la programmation que de l’organisation pratique sur le terrain.

logo_panaf2009 

Le 4 juillet, veille de l’ouverture officielle, une parade de près de trois heures donne le ton avec des camions-chars — ornés aux couleurs de 53 pays — qui ont sillonné des artères de la capitale algérienne. Premier acte du démarrage du Panaf, ce défilé géant a précédé l’ouverture officielle, le 5 juillet au complexe sportif Mohamed Boudiaf, de la manifestation. Concoctée par l’Algérien Kamel Ouali, la chorégraphie d’ouverture a été un tableau relatant la vitalité d’un continent où l’Humanité a pris naissance et les résistances multiples que ses peuples ont mises en œuvre pour faire face aux dominations venues de l’extérieur.

Une préparation minutieuse

Pour la mettre en place, Ouali a sillonné pendant deux ans l’Afrique pour s’informer, dans le but de montrer avec fidélité la richesse culturelle des différentes zones géographiques du continent. Sur scène, cela a donné une fresque colorée et significative qui restera dans les mémoires. Après cela, le programme pouvait être déroulé, donnant l’occasion aux 8000 artistes invités de faire étalage de leur savoir-faire, tout en collant au thème du Festival axé sur le renouveau et la renaissance de l’Afrique.

La préparation de l’événement – décidée par l’Union africaine – a duré trois ans et demi. Un budget de plus de 40 milliards de francs CFA a été mobilisé pour son organisation. Plusieurs colloques ont été organisés, qui ont permis à des chercheurs, hommes politiques, leaders d’associations ou d’organisations, etc. d’échanger sur les anthropologues africains, la pensée de Frantz Fanon, les modèles d’avenir pour les cinémas d’Afrique, le théâtre africain entre tradition et modernité, l’entreprise coloniale et les luttes de libération en Afrique, les littératures africaines, les femmes africaines à l’épreuve du développement. S’y ajoutent des défilés de mode, des résidences d’écriture, d’artistes, des expositions sur les arts anciens et contemporains, le patrimoine immatériel, l’’artisanat d’art, la photographie, les bandes dessinées.

Le festival a permis à quelque 2.860 danseurs, 160 écrivains, éditeurs, conférenciers, poètes, conteurs, 232 cinéastes, 600 artisans, 2.300 chanteurs et musiciens de s’exprimer ou de présenter les résultats de leur travail. 41 pièces de théâtre ont été jouées par des troupes d’une vingtaine de pays, tandis que 9 expositions d’art visuel, 500 spectacles musicaux et la projection d’environ 150 films programmés. De grandes stars de la musique (Youssou Ndour, Mory Kanté, Ismaël Lô, Manu Dibango, Cesària Evora, Cheb Khaled) et de la diaspora (Kassav’, Ana Costa) ont joué devant un public enthousiaste qui a collé massivement à tous les autres plateaux.

Des dizaines de guides

Seul le cinéma a pâti de la coïncidence des heures de projection avec les débuts des spectacles théâtraux et musicaux. Au théâtre, 41 pièces ont été interprétées. Les metteurs en scène ont porté, à travers des satires sociales, des scénarios politiques, leur regard sur la marche du continent, son histoire, sa vie de tous les jours, ses désillusions, ses espoirs. Les cinéphiles, eux, ont eu droit à un colloque sur « des modèles d’avenir pour les cinémas d’Afrique », une rétrospective des films africains (primés à Ouagadougou et Carthage notamment), une présentation de dix courts métrages sur le thème l’Afrique vue par, etc.

Trois générations de cinéastes se sont retrouvées à Alger pour présenter leurs films et participer à un colloque. Les ‘’anciens’’, Mahama Johnson Traoré (Sénégal), Moustapha Alassane (Niger), Timité Bassori (Côte d’Ivoire) ont échangé avec de plus jeunes, Newton Aduaka (Nigeria), Teddy Mattera (Afrique du Sud), Alain Gomis (Sénégal) et ceux de la génération intermédiaire, Abderrahmane Sissako (Mauritanie), Gaston Kaboré (Burkina Faso), Balufu Bakupa Kanyinda (République démocratique du Congo), John Akonfrah (Ghana), Ousmane William Mbaye, Mansour Sora Wade (Sénégal), etc.

Mais avant la mise en œuvre du programme du Festival d’Alger, les autorités algériennes ont fait preuve de rigueur et de méthode dans l’organisation. Sous l’égide du Premier ministre, président du Comité national d’organisation, le comité exécutif présidé par le ministre de la Culture comprend un coordonnateur et huit chefs de départements gérant les différents axes du programme. Il existait même une commission de contrôle chargée de s’assurer que les festivaliers sont dans de bonnes conditions et que les manifestations se déroulent comme prévu. On s’entendait souvent poser les questions suivantes : Est-ce que tout se passe bien ? Vous ne manquez de rien ?

Par ailleurs, quelques dizaines de guides ont été mis à contribution pour accompagner les festivaliers aux spectacles et les ramener à leurs lieux d’hébergement. Ces guides sont des étudiants algériens et d’autres nationalités africaines. Ils ont aidé invités, artistes et journalistes à se retrouver dans l’organisation de cette manifestation. Leur travail commençait dès l’aéroport où ils participaient à l’accueil des festivaliers. A la fin, ils ont reconduit les festivaliers à l’aéroport.

« Les cimes de l’excellence et du sublime »

Rien n’a été négligé du point de vue infrastructurel ou sécuritaire pour exécuter la programmation riche, variée et représentative de l’activité culturelle sur le continent. Les centres culturels, espaces, théâtres de verdure et autres complexes ont été réhabilités et équipés en matériels de sonorisation et d’éclairage dernière génération. Le Palais de la Culture, la Bibliothèque nationale, six musées nationaux, un palais des expositions, l’Ecole supérieure des Beaux-Arts ont aussi servi de cadre à des activités.

Environ 300 journalistes ont couvert l’événement auquel différents festivals ont été intégrés : théâtre, danse, cinéma. Ils ont travaillé dans un centre de presse jouxtant leur hôtel situé à quelques encablures du centre-ville de la capitale algérienne. Le Village des artistes, véritable joyau architectural, a été construit en neuf mois à Zeralda (environ 30 kilomètres d’Alger). D’une capacité de 1250 chambres de deux lits chacune, l’infrastructure qui ressemble à un campus universitaire, offre toutes les commodités : un centre de presse, des salles de conférence, de spectacle et de répétition, une antenne médicale, entre autres.

Le souci de faire profiter au plus grand nombre d’Algériens le Festival culturel panafricain a conduit à la décentralisation dans 27 grandes villes algériennes qui ont accueilli des spectacles en dehors d’Alger, la capitale, où une vingtaine d’espaces fermés et autant de places publiques ont reçu des artistes.

Ainsi, comme l’a souligné le ministre de la Culture, Khalida Toumi, « les hommes de culture venus des quatre coins de l’Afrique, se sont rencontrés dans des ateliers de formation, dans des espaces dédiés au savoir (…). Ils ont atteint les cimes de l’excellence et du sublime, avec la culture africaine qui reflète la belle image des créateurs et artistes du continent ».

Belle partition des Sénégalais

Massamba Lam, ancien directeur du Musée de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), a participé au colloque sur les anthropologies africaines au cours duquel l’œuvre de Cheikh Anta Diop (1923-1986), entre autres sujets, a été abordée. Babacar Diop dit Buuba (historien et enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar), Sylvain Sankalé (critique d’art) et Eugénie Rokhaya Aw Ndiaye (journaliste, directrice du Centre d’études des sciences et techniques de l’information) sont intervenus lors du colloque sur Frantz Fanon.

Pour leur part, Fatou Sow Sarr, chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN Cheikh Anta Diop), Awa Badiane de l’Association des juristes sénégalaises, et Odile Ndoumbé Faye, secrétaire exécutive de l’Association des femmes africaines pour la recherche et le développement (AFARD), ont pris part au colloque sur ‘’les femmes africaines à l’épreuve du développement’’. Honoré en même temps que d’autres dramaturges et acteurs africains, Ousmane Diakhaté, directeur général du Théâtre national Daniel Sorano, a aussi présenté une communication lors du colloque sur ‘’le théâtre africain entre tradition et modernité’’.

Les passages de Youssou Ndour (7 juillet) et Ismaël Lô (12 juillet) à l’Esplanade Riad El-Feth ont été suivis par un public nombreux et enthousiaste. Les deux musiciens et leurs groupes ont assuré. Avant de monter sur cette scène qui a vu défiler de grandes stars de la musique africaine, Youssou Ndour a été un des acteurs de la chorégraphie d’ouverture du Panaf (5 juillet) au cours de laquelle il a notamment chanté son titre Wake Up.

Ballet national La Linguère

Le 12 juillet, le Théâtre national d’Alger a refusé du monde pour la prestation de la Troupe dramatique de Sorano qui a interprété la pièce Une saison au Congo mise en scène par Mamadou Seyba Traoré. Très applaudie, la troupe a réussi un sans-faute. Malick Pathé Sow et son groupe ont plutôt opté pour les échanges en jouant avec les Algériens Samira Brahmia et Mohamed Rouane. C’étaient des rencontres de styles différents représentatifs d’une musique africaine authentique jouée avec des instruments traditionnels. De leur côté, Yoro Ndiaye et Yoon Wi ont été appréciés à l’APC de Kouba, au Casif de Sidi Fredj, au Théâtre de verdure d’Alger, autant de lieux qui ont permis au ‘’musicien baay faal’’ de faire montre de la maturité acquise depuis la sortie de son premier album en 2005. Cette participation restera pour lui une belle expérience.

Les pensionnaires du Ballet national La Linguère du Théâtre Daniel Sorano, conduits par leur directeur Bouly Sonko, sont restés fidèles à la réputation établie par leurs devanciers. Ils ont fait bonne impression aux Algériens qui se sont déplacés en masse au Casif de Sidi Fredj. Avec deux prix (meilleure danseuse et meilleure réalisation scénique), la compagnie de danse Bakalama s’est illustrée lors de la 5-ème édition du Festival international des danses populaires de Sidi Bel Abbès. Les protégés de Malal Ndiaye, directeur artistique du groupe, se sont aussi produits au Palais des Congrès d’Oran (8 juillet), au Théâtre de verdure de Mascara (9 juillet) et au Théâtre de verdure d’Ain Temouchent (10 juillet).

L’écrivain Nafissatou Dia Diouf, elle, a reçu le Prix littéraire du magazine panafricain Continental Jeune espoir, lancé à l’occasion du Festival d’Alger. Elle gagne ainsi un abonnement d’une période de 24 mois au magazine et une campagne promotionnelle d’une valeur de 15.000 euros dans les colonnes du magazine et sur son site Internet, pour chacune de ses trois prochains ouvrages. Le photographe Pape Seydi a participé à l’exposition Reflets d’Afrique au Musée national d’art moderne et contemporain d’Alger. Il y a présenté une chronique quotidienne de travaux photographiques traduisant les multiples interrogations introspectives sur la responsabilité individuelle de l’homme pour le respect et le bien-être.

Une belle brochette de cinéastes

Le Sénégal était aussi bien représenté à la résidence des bédéistes dirigée par le dessinateur Alphonse Mendy dit T.T Fons. En plus de l’auteur de Goorgorlu, Samba Ndar Cissé et Malang Sène ont aussi participé à l’atelier qui a débouché sur la publication d’un recueil de contes et légendes.

Pour le volet cinéma, une quinzaine de films réalisés par des Sénégalais, entre 1955 et 2008, ont été projetés dans le cadre du panorama programmé dans les salles du complexe Riad El-Feth. Etaient présents au Panaf : Mahama Johnson Traoré (membre du jury qui a retenu deux projets sénégalais pour une coproduction avec l’Algérie), Momar Thiam, Mansour Sora Wade, Ousmane William Mbaye, Moussa Touré, Alain Gomis, Cheikh Ngaïdo Bâ (président de l’Association des cinéastes sénégalais), Laurence Attali, Thierno Faty Sow, Khalilou Ndiaye (exploitant, distributeur, directeur du Festival Image et Vie).

Un hommage a été rendu, le 15 juillet, au poète Léopold Sédar Senghor (1906-2001), dans le cadre du programme théâtre. A cette occasion, une soirée poétique a été organisée. La styliste Claire Kane a participé au défilé de mode qui avait pour objectif de montrer l’importante contribution de l’Afrique à la mode internationale. Directrice artistique du défilé, Claire Kane a présenté une mini-collection de tenues en similicuir, à l’effigie de différents drapeaux de différents Etats africains. Pour sa part, Mariam Diop, propriétaire de la ligne de prêt-à-porter Nomade’s, s’est inspirée du patrimoine culturel du continent, présentant boubous et foulards de différentes couleurs et formes.

Aboubacar Demba Cissokho

Alger, le 22 juillet 2009

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