Taïeb Louhichi : « Il faut continuer à faire des films pour préserver le rêve »

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Le cinéaste tunisien Taïeb Louhichi pose, dans son option, la brûlante problématique de la préservation du rêve, une démarche que renvoie ‘’La danse du vent’’, film présenté à la XIXe édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (26 février – 5 mars 2005).

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Dans La danse du vent, Youssef, réalisateur, prépare un film et fait des repérages dans le sud tunisien. Sa voiture tombe en panne en plein désert. Livré à lui-même, il cherche du secours mais ne voit que du sable autour de lui. Résigné, Youssef s’installe dans un abri de fortune tout en continuant de rêver à son film.

« Ce qui est important, c’est de voir comment nous pouvons continuer à filmer, à faire des images parce que nous sommes dans un contexte uniformisé et hostile qui élimine et rejette tout ce qui ne lui ressemble pas même jusque dans le rêve », disait le cinéaste dans un entretien qu’il nous avait accordé.

Ce film, explique Louhichi, est né du rejet d’un autre scénario qui n’a pas passé le cap des commissions. Taïeb dit avoir tenu à faire ce film malgré toutes les difficultés pour préserver ce rêve. « Comment préserver le rêve ? Par le rêve lui-même. On est capable de résister, de pouvoir tenir. C’est un peu la situation de tout créateur aujourd’hui », dit Taïeb Louhichi ajoutant que La danse du vent s’adresse à tous ceux qui se reconnaissent dans ce réalisateur, à tout porteur de rêve.

« Malgré toutes les déficiences, il y a un choix. Celui qui veut le trésor trouve la clé. Je choisis un autre chemin : la résistance par l’image, par le rêve. Nos cultures, nos pays ne peuvent qu’en bénéficier. Encore faudrait-il que nos œuvres leur parviennent », poursuit le réalisateur.

« L’essentiel du film se déroule dans le désert, espace de liberté infinie. Même s’il n’est pas facile de l’habiter encore moins de la dompter par la caméra. Mon film tente plutôt une voie créatrice. J’ai d’ailleurs choisi mon ami Mohamed Chouikh pour incarner le rôle du cinéaste, le sien et le mien, mais qui doit être représentatif de nous tous », dit encore Louhichi pour qui la résistance passe aussi par l’organisation d’un vrai marché.

« Il faut amener l’Union africaine, la Ligue arabe, l’UNESCO à organiser un vrai marché. Mais il est douteux que ça soit possible », explique-t-il ajoutant : « Il faut que les films africains de bonne qualité deviennent un enjeu. Il faut travailler pour les projeter partout. »

A ce propos, il a regretté l’arrêt de l’organisation des Rencontres cinématographiques de Dakar (RECIDAK), manifestation créée en 1990 à l’initiative de la journaliste Annette Mbaye d’Erneville. « Pourquoi cette initiative a-t-elle été arrêtée ? s’est interrogé Louhichi. Malgré le peu de moyen, il y avait un accueil et une chaleur tels que l’on ne peut que souhaiter une pérennisation de la rencontre. »

Lancées en 1990, les RECIDAK ont été cédées en 1997 par leur fondatrice Annette Mbaye d’Erneville au ministère sénégalais de la Culture. Elles ont repris en 2002 avant de s’arrêter à nouveau.

Taïeb Louhichi, après des études de cinéma à l’Institut de formation cinématographique et à l’École de Vaugirard à Paris, obtient un Doctorat en lettres et sociologie à l’Université Paris VII. Il réalise par la suite de nombreux courts métrages, tels que Le Metayer (1976), primé à Carthage, Cabourg, Paris et Oberhausen, Kër Joe Ouakam (1994), La Force des petits (1999). La danse du vent a obtenu le Prix spécial du jury au festival du film arabe de Rotterdam (Pays-Bas), le Prix de la cinéphilie et du meilleur acteur au festival de Khouribga (Maroc).

Aboubacar Demba Cissokho

Ouagadougou, le 3 mars 2005

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