Le Festival mondial des Arts nègres de 1966, cinquante ans après

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Le premier Festival mondial des Arts nègres (FMAN), dont le cinquantenaire est célébré cette année (2016), s’est tenu du 1er au 24 avril 1966, à Dakar. Reporté à trois reprises (1961, 1963, 1965), il se tient finalement au moment où le Sénégal fêtait ses six ans d’indépendance. Réunissant plusieurs disciplines et toutes les générations, le festival avait eu le souci de « montrer et de restituer l’expression créative d’années de lutte et de reconquête de la dignité des peuples noirs ».

fman-1966-affiche

Dans une lettre adressée à Lamine Diakhaté, ministre de l’Information et des Télécommunications en avril 1963, le président Léopold Sédar Senghor fixe les objectifs de cette manifestation recommandée par les participants aux deux congrès des écrivains et artistes noirs (Paris 1956 et Rome 1959).

Pour le premier président de la République du Sénégal, il s’agissait de « parvenir à une meilleure compréhension internationale et interraciale, d’affirmer la contribution des artistes et écrivains noirs aux grands courants universels de pensée et de permettre aux artistes noirs de tous les horizons de confronter les résultats de leurs recherches ».

Guy Etcheverry, conseiller personnel du chef de l’Etat, déclarait à la presse lors d’une visite à Paris que le festival était destiné à « faire apparaître l’affirmation solennelle des valeurs de la négritude ».

Pendant 24 jours, la capitale sénégalaise accueille des célébrités du monde de la culture (écrivains, artistes, etc.) et des sommités politiques. Il y avait notamment Duke Ellington, André Malraux (ministre français des Affaires culturelles), Joséphine Baker, Alioune Diop (fondateur de la revue Présence africaine), Katherine Dunham, Langston Hughes, Aimé Césaire, etc. Ils étaient venus prendre part à ce que les Haïtiens ont appelé « les états généraux de la négritude ».

A l’ouverture du colloque sur « la fonction et la signification de l’Art nègre dans la vie du peuple », le président Senghor déclare que le festival n’est pas une manifestation ordinaire. C’est, précise-t-il, « une entreprise bien plus révolutionnaire que l’exploration du cosmos ». Aux yeux du poète, les acteurs du festival participent à « l’élaboration d’un nouvel humanisme qui comprendra, cette fois, la totalité des hommes sur la totalité de notre planète Terre ».

Une association sénégalaise du Festival mondial des Arts nègres est mise sur pied. Présidée par Alioune Diop, fondateur de la revue Présence africaine, elle est chargée de coordonner les différentes activités inscrites au programme de la manifestation. Les manifestations ont lieu au musée dynamique — construit spécialement à cet effet –, au village artisanal de Soumbédioune, au Palais de justice (pour l’exposition d’art contemporain), à Gorée, pour évoquer l’esclavage, au Théâtre national Daniel Sorano, inauguré huit mois plus tôt, le 17 juillet 1965, à l’hôtel Ngor-Diarama.

Quant à la cathédrale du Souvenir africain de Dakar, elle abrite les spectacles d’inspiration religieuse ou spirituelle. Différentes compétitions sont organisées en littérature, arts plastiques, cinéma et musique. C’est l’artiste-peintre sénégalais Ibou Diouf qui a conçu l’affiche du festival.

Tirant le bilan du premier Festival mondial des Arts nègres, le commissaire national pour l’organisation, Souleymane Sidibé, déclarait dans une interview accordée à l’Agence de presse sénégalaise (APS), que le festival avait atteint ses objectifs. « Il a révélé le nègre à lui-même (…) Il a mis l’accent sur l’unité de l’art nègre dans sa diversité », avait-il dit.

Les organisateurs ont accueilli un total de 2226 personnes. Le budget du festival était estimé à 150 millions de francs CFA. La communauté libanaise a participé à hauteur de 15 millions à l’effort financier. Venues de 37 pays dont 30 africains, la plupart des délégations étaient conduites par des ministres. 425 journalistes de 40 pays (dont 17 africains) ont couvert les festivités qui ont attiré vers la capitale sénégalaise plus de 20.000 touristes.

Le musée dynamique a enregistré plus de 20.000 visites, le village artisanal de Soumbédioune plus de 15.000, le spectacle sons et lumières de Gorée a reçu 23.500 spectateurs. Le prix des entrées aux différents spectacles variait entre 300 et 1500 francs CFA.

Lors de la rencontre, l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986) et le sociologue et militant panafricaniste africain-américain, William Edward Burghardt Du Bois (1868-1963), ont reçu le prix du 1er Festival des Arts Nègres, récompensant « l’écrivain qui a exercé la plus grande influence sur la pensée nègre du XXe siècle ».

Le premier festival fut suivi par le Festival of African Arts and Culture (FESTAC), au Nigeria, en 1977). Dans un autre style et une autre orientation politique, Alger a accueilli deux éditions du Festival culturel panafricain (PANAF, 1969 et 2009). En 2010, à l’initiative du président Abdoulaye Wade, Dakar accueille le Festival mondial des Arts nègres, une troisième édition qui voulait porter « une vision nouvelle d’une Afrique libérée, fière, créative et optimiste ». Le Brésil, « terre de métissage et de diversité culturelle », en était le pays invité d’honneur.

Pour marquer le cinquantenaire de la première édition, la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture (CAC/SEN), avec le soutien du gouvernement du Sénégal, a organisé les 8, 9 et 10 novembre 2016, entre autres activités, un colloque international intitulé : Le 1er Festival Mondial des Arts nègres : Mémoire et Actualité (1966-2016) ».

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 12 novembre 2016

 

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