Espace Kuyan Baa, « pont culturel » au cœur de la Casamance 

Publié le Mis à jour le

Le promoteur culturel sénégalais Omar Camara travaille à la construction de l’espace culturel à Ziguinchor (sud du Sénégal), dont la vocation sera, en plus de contribuer au désenclavement de la région, d’être un cadre de dialogue et d’échanges entre artistes de divers horizons.

Dans son plaidoyer pour la réalisation de ses ambitions, Omar Camara sollicite le soutien du président de la République dans la mise en œuvre prochaine du programme d’animation de l’espace culturel ‘’Kuyan Baa’’, dont l’inauguration est prévue en avril 2017.

« On veut finaliser et inaugurer en avril 2017. Il serait bien que le président de la République, même s’il ne soutient pas matériellement la réalisation du projet, soit au courant de nos efforts pour le développement de notre région et nous aide dans la mise en œuvre du programme », dit-il.

« De l’autre côté », en France, « il y a des partenaires qui sont prêts à soutenir, mais c’est surtout sur le plan local que ça ne répond pas tellement », a-t-il dit, rappelant que les travaux de construction de l’espace culturel ont débuté en 2006, sur un terrain de 1700M2, avec les fruits de la vente de tableaux d’artistes.

L’idée de construire cet espace culturel, explique Oumar Camara, est partie du souci de créer une résidence d’artistes après neuf édition de ‘’Z’Arts’’, la rencontre internationale des arts de Ziguinchor, au cours desquelles des artistes ‘’venus de tous les horizons’’ se rencontraient pour échanger et ensuite participer à des expositions itinérantes.

« Pont culturel »

« Pour avoir les premiers moyens, on vendait les toiles. C’est avec ça que nous avons acheté les premières parcelles », ajoute Camara, diplômé de l’Ecole nationale des arts, qui, de cette manière, voulait participer au développement socioculturel et artistique de sa région. Selon lui, le budget de l’hébergement faisant 47% du budget global, « il fallait, pour continuer à organiser Z’Arts, créer une structure qui nous appartient, où les artistes viendraient en résidence ».  C’est ainsi que, en France où il réside, il a créé une association pour avoir des financements dans le cadre de la coopération décentralisée.

C’est la ville des Mureaux (France), par le biais de son département ‘’coopération’’, qui a pris en charge la construction de la bibliothèque multimédia déjà réalisée, et c’est le département des Yvelines qui finance la case à impluvium de 12 chambres, pour la résidence des artistes, a signalé Omar Camara. A côté, « nous avons prévu une sale polyvalente de 300 places pour venir en soutien aux femmes dans le cadre de leurs activités artisanales et de création artistique », a-t-il ajouté, rappelant que les travaux de construction ont commencé en  janvier 2013 avec une centaine de jeunes qui y travaillent de manière bénévole.

« Ces jeunes sont les bénéficiaires directs du projet, parce qu’il est réalisé dans leur quartier, a poursuivi Camara. La construction de la bibliothèque est achevée. On est sur la construction de la salle polyvalente. Il reste à engager la construction de la résidence. On veut vraiment participer au développement de notre région et de notre pays. »

Soulignant que ce projet « n’est pas seulement destiné aux Sénégalais », le promoteur estimant qu’il est « important que l’Etat soit au courant ». Il dit avoir reçu, de la part de ses partenaires français, une proposition de créer un « pont culturel »  entre la France et le Sénégal, à travers des ateliers, expositions, défilés de mode, ateliers pour les enfants…

Un Festival pour accompagner Kuyan Baa

L’inauguration de l’Espace culturel Kuyan Baa, en avril 2017, devrait se faire en même temps que la première édition d’un Festival des minorités culturelles transfrontalières, annonce l’expert en politiques culturelles, Moustapha Tambadou, soulignant, à ce sujet, que mettre les expressions ethnolinguistiques de la Casamance qui se retrouvent de l’autre côté des frontières de la Casamance peut être « un puissant facteur d’intégration ».

Il a dit que l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) et l’Afrique du Sud sont intéressées. « Les démarches continuent, et je pense que vers l’inauguration du centre (avril 2017), on pourra en même temps lancer la première édition de ce festival », a ajouté l’expert, ancien fonctionnaire du ministère de la Culture.

Moustapha Tambadou a relevé que, dans son expérience de professionnel de la culture, qui a duré trente ans, concernant la Casamance, « il y a une donnée majeure : l’enclavement culturel de la région ». Il a ajouté : « Les gens ont un discours rituel. Aujourd’hui encore, le rituel est dans tous les discours : on parle de la nécessité de désenclaver la Casamance sur le plan culturel, mais dans les actes il n’y a rien. Or, en matière de culture, tous les professionnels vous le diront, la frustration identitaire est la chose la plus dangereuse ».

Quand on frustre les identités, « il y a un phénomène de repli sur soi, qui peut amener la violence. C’est pourquoi, sur cette question casamançaise, il est absolument impératif de s’occuper de la mise en œuvre de politiques de développement culturel », a-t-il poursuivi.

« Une idée géniale »

Il s’agit, selon Moustapha Tambadou, de « protéger et promouvoir les expressions culturelles de la Casamance, protéger et promouvoir les expressions culturelles en Casamance, pour que cette région se sente elle-même et se sente partie prenante du Sénégal ».

« C’est ça la donnée politique majeure. C’est ça que nous encourageons, a insisté Moustapha Tambadou. Quand j’ai rencontré Omar Camara, je lui ai dit que pour cette politique culturelle, on avait besoin d’infrastructures d’accès. C’est tout le Sénégal qui est pauvre en infrastructures d’accès. Où aller au théâtre ? Où aller aux concerts ? Où aller au cinéma ? Au Sénégal, il n’y a pas d’infrastructures. »

Sur l’entreprise de Camara consistant à construire « une infrastructure d’accès de haute qualité, dotée d’une technologie de pointe », Tambadou a dit qu’elle est « très importante », relevant que, ‘’malheureusement, l’Etat ne finançait plus des initiatives immobilières des privés’’.

« Camara a eu une idée géniale : tout en construisant, il développe des activités. L’espace culturel de Ziguinchor est déjà actif : il organise des défilés de mode, des sessions de renforcement de capacités des artistes ; il a des projets d’échanges avec la ville des Mureaux », s’est réjoui l’expert, estimant que « toutes ces activités sont d’une importance culturelle fondamentale et doivent être encouragées et appuyées par l’Etat ». Il a ainsi lancé un appel au ministère de la Culture pour qu’il s’intéresse à toutes ces activités culturelles développées par des artistes casamançais, et que ces artistes bénéficient des mêmes soutiens que tous les autres acteurs culturels du pays.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 5 août 2016

 

 

 

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