Cinéma : Khouribga rend hommage au pionnier et militant Tahar Cheriaa

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Le film de Mohamed Challouf, Tahar Cheriaa à l’ombre du baobab, projeté en ouverture de la 19-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (16-23 juillet 2016), revient sur le parcours et les combats que le fondateur des JCC – son père spirituel – portait avec les pionniers du cinéma sur le continent.

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« Les hommes politiques font du cinéma, nous, nous faisons des films ». Cette phrase du cinéaste sénégalais Ousmane Sembène (1923-2007) résume presque à elle seule la philosophie militante et progressiste qu’il partageait avec son complice tunisien Tahar Cheriaa (1927-2010), historien et critique de cinéma auquel le réalisateur Mohamed Challouf a consacré un documentaire en cours de finition.

De fait, le documentaire est un hommage aux pères fondateurs qui ont travaillé pour « une image digne de l’Afrique ». Une option partie du constat que l’indépendance politique n’avait pas de sens sans l’indépendance économique. Ce travail de mémoire sur le « panafricanisme du cinéma », soutenu par une extraordinaire recherche d’archives, a été fait pour exprimer « ma reconnaissance à quelqu’un à qui je dois ma connaissance de l’Afrique », avait expliqué en décembre 2014 à Tunis Mohamed Challouf, qui rencontre Tahar Cheriaa, pour la première fois à Ouagadougou, en 1985.

Les dix premières minutes du film sont consacrées à l’enfance de Cheriaa, petit berger à Sayada, un village de pêcheurs, où il est né le 5 janvier 1927. Son destin change lorsqu’il est envoyé à l’école. Devenu professeur d’arabe, il enseigne à Sfax, devient chef de Service du cinéma au ministère tunisien de la Culture (1962) avant de créer les JCC, dont la première session se tient du 4 au 11 décembre 1966. Il est décédé le 2 novembre 2010 à Tunis.

L’hommage de Mohamed Challouf à ce « vieux dingue » qu’est Tahar Cheriaa va au-delà du combat anticolonialiste de celui-ci, pour intégrer tous ceux qui, animés d’un idéal progressiste, se sont donnés corps et âme à ce combat pour la visibilité des valeurs de civilisation sur des écrans libérés de l’emprise paternaliste de multinationales féroces. Tahar Cheriaa à l’ombre du baobab – baobab sous lequel il palabrait des heures et des heures avec les anciens, au premier rang desquels se trouve le Sénégalais Ousmane Sembène, avec qui le Tunisien avait créé et nourri une complicité nationaliste.

Cheriaa admirait en son ami l’homme de lettres qui a écrit des livres. Dans ce travail de réécriture de l’Histoire, véritable manifeste pour l’existence d’un cinéma au service des aspirations des peuples à l’indépendance, la liberté et la dignité, il s’est établi une relation singulière entre les deux hommes. Il y a eu des divergences, qui n’ont pas, pour autant, causé de rupture.

Les deux ont joué un rôle éminent dans la création des Journées cinématographiques de Carthage (JCC, 1966), de la Semaine du cinéma africain devenu Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO, 1969) et de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI, 1970).

Avec, entre autres, l’Ivoirien Timité Bassori, le Nigérien Moustapha Alassane, les Sénégalais Paulin Soumanou Vieyra, Ababacar Samb, Djibril Diop Mambety, Mahama Johnson Traoré, le Sud-Africain Lionel Ngakane, le Syrien Mohamed Malas, les Egyptiens Youssef Chahine, Taoufiq Salah (Egypte), il a porté une vision fondée sur une stratégie de libération des écrans. Son combat pour une visibilité des films africains sur le continent a valu la prison à Tahar Cheriaa, accusé d’être un communiste, pour avoir voulu nationaliser l’importation et la distribution de films en Tunisie. Il a été accusé de complot, parce qu’il remettait en cause la mainmise des grandes compagnies de distribution sur la diffusion des films sur les écrans en Afrique.

En plus de cette lutte pour l’image de l’Afrique dans les salles, Cheriaa et les autres cinéastes de sa génération ont surtout dépassé les divisions artificielles créées par la colonisation, posé les bases d’un dialogue entre l’Afrique du nord et l’Afrique au sud du Sahara, entre le continent et le monde arabe.

Le documentaire de Mohamed Challouf permet en outre, comme le dit l’Ethiopien Hailé Gerima, de comprendre que le cinéma africain est né dans la lutte. « Nous ne sommes pas beaucoup à rester sur notre position que nous étions Africains », regrettait Tahar Cheriaa vers la fin de sa vie, face aux stratégies de division que le néocolonialisme continue de perpétuer dans les Etats africains et à l’individualisme qui s’est installé dans la démarche des cinéastes, plus préoccupés à défendre leur chapelle personnelle qu’à être dans un mouvement d’ensemble.

Pour revenir à la conviction fondamentale des pionniers comme Tahar Cheriaa, que la culture, au service de la construction de l’homme, doit être le fondement du développement économique et social de peuples toujours en lutte.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 16 juillet 2016

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