Papa Wemba, une belle idée de la vie

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En 1992, Papa Wemba – Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, à l’état-civil sortait chez Real World l’album Le Voyageur, sur lequel figure, en ouverture, l’anthologique Maria Valencia. C’était le premier des trois albums de l’artiste produits par le Britannique Peter Gabriel qui, en bon connaisseur, était tombé sous le charme de cette voix de ténor ensoleillée.

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Cette rencontre artistique avec Gabriel est intervenue plus de vingt ans après le début de l’aventure musicale de Papa Wemba, qui s’est finalement achevée ce dimanche 24 avril 2016, à l’aube, sur la scène de la neuvième édition du Festival international des musiques urbaines d’Anoumabo, à Abidjan, où il a trouvé la mort. Il avait 66 ans.

L’onde de choc que l’annonce de sa mort a créée en Afrique est à la mesure de la richesse d’une carrière bien remplie, de son talent à dire les pulsions de son peuple, à chanter l’amour, à témoigner pour les  enfants que la société a mis en marge…Bref, à la mesure du bonheur que Papa Wemba a mis dans le cœur de ses semblables, en traversant le temps et en réunissant des générations de mélomanes autour de belles mélodies.

Le regard de l’étoile qu’a été et reste Wemba sur sa société a été porté au monde à travers une voix unique, héritée d’une mère pleureuse professionnelle. Il en fallait de la bouteille et du cran pour s’imposer dans un environnement où les stars étaient Tabu Ley Rochereau, le Grand Kallé (Joseph Kabasele) ou encore François Luambo Luanzo Makiadi (Franco). Papa Wemba n’en manquait pas.

Il faut le réécouter pour réentendre sa petite voix chanter La vie est belle, dans le film du même nom, de Dieudonné Mweze Ngangura et Benoît Lamy, dont il était l’acteur principal. Cette voix que les tendances rock ou pop qu’il a ajoutées à la rumba n’ont réussi à inhiber. Parce qu’elle était si forte et si expressive qu’elle avait elle-même valeur d’instrument.

Cette voix faisait danser, faisait réfléchir, savait susciter les émotions les plus fortes. Elle dénonçait aussi. Comme en 1997, dans So Why ?, un projet artistique sponsorisé par le Comité international de la Croix rouge, où il chante avec le Sénégalais Youssou Ndour, les Sud-Africains Jabu Khanyile et Lucky Dube, l’Angolaise Lourdes van Dunem et le Nigérian Lagbaja, pour appeler à la fin des guerres en Afrique.

Papa Wemba, c’était aussi une très belle idée de la vie, que symbolisait son appartenance à la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (SAPE). Mais avec lui, ce n’était ni de la frime ni une envie de paraître faisant ressembler certaines personnes à des bouffons. Ce n’était pas superficiel. Une vraie philosophie sous-tendait ses mises soignées.

La SAPE, pour Papa Wemba, c’était un style, un savoir-être, un art de mettre en valeur de manière harmonieuse des formes et des couleurs au service des messages qu’il véhiculait à travers ses chansons.  Le vidéo-clip du morceau Yolele, de l’album Emotion (1995), est une parfaite illustration de ce souci de donner sens au port vestimentaire et de le mettre au service d’une démarche artistique. Profondeur esthétique, donc.

La générosité et le sens du partage qui l’animaient ont conduit cet enfant originaire du Kasaï Oriental à collaborer avec de nombreux artistes aux styles divers : ses compatriotes Tabu Ley Rochereau, Ray Lema, Pape Kallé, Wendo Kolosoy, Koffi Olomidé – qui a débuté sa carrière à ses côtés –, Lokua Kanza – composteur sur l’album ‘’Emotion’’ – le Camerounais Manu Dibango, le Sénégalais Youssou Ndour, la Béninoise Angélique Kidjo, entre autres. C’est son humilité qui le pousse vers Félix Wazekwa, qui lui a écrit des chansons quand il était en panne d’inspiration.

Deux derniers actes symbolisant cette idée du partage qui a été comme un fil rouge de son parcours : il fait partie des stars africaines qui ont accepté une reprise de leurs chansons par le quatuor du Magic System. Son succès Yolele est sur l’album Radio Afrika (2015) du groupe abidjanais ; c’est à ce même Magic System, organisateur du Festival international des musiques urbaines d’Abidjan, que Wemba dit oui pour parrainer la neuvième édition de ce rendez-vous culturel.

Et comme pour fixer durablement cette amitié dans la mémoire collective des mélomanes, c’est sur une scène de ce festival que le musicien est tombé, le micro la main. Au service de la musique.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 25 avril 2016

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