Henrike Grohs, une dernière séance

Publié le Mis à jour le

La directrice du Goethe Institut (Centre culturel allemand) en Côte d’Ivoire fait partie des seize victimes de l’attentat qui a eu lieu le 13 mars 2015 à Grand-Bassam (40 Km d’Abidjan). 

« Aboubacar, tu vas me faire une séance de photos. Tu me les enverras puisque tu as mon e-mail ». Avec le sourire qui illuminait son visage et la sincérité se dégageant de ses propos, Henrike Grohs ne savait pas – moi non plus – que nous étions en train de nous dire au-revoir. C’était le 6 mars dernier, au bord de la lagune Ebrié, lors de la neuvième édition du Marché des arts du spectacle africain (MASA).

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Elle était contente de me voir immortaliser son visage, son sourire et sa silhouette dans le cadre de l’initiative ‘’J’aime ma Lagune’’, qui explore la relation entre la ville d’Abidjan et son plan d’eau lagunaire. Trois jours plus tard, je lui disais qu’elle était attendue à Dakar – après que son ticket a été tiré au sort lors d’une tombola organisée par Air Côte d’Ivoire et qu’elle devait choisir la ville où elle voulait passer quelques jours. Henrike ne reviendra pas à Dakar…

Des individus à la vision étriquée du monde ont décidé qu’elle et quinze autres hommes et femmes n’avaient pas le droit de faire la fête, de profiter de la vie. Henrike, c’était la joie de vivre, une aisance à instaurer un dialogue intelligent, fructueux et détendu avec son interlocuteur, quel qu’il soit. Le courant est vite passé dès notre première rencontre en février 2013, à Johannesburg, où elle servait. Nous sommes revus quelques jours plus tard, au Fespaco 2013, à Ouagadougou. Elle m’y présenta Desiree von Trotha, réalisatrice du magnifique documentaire Woodstock in Timbuktu — the Art of Resistance. Le DVD du film que la cinéaste m’offrit à cette occasion est le témoin de cette rencontre.

Puis vint le MASA 2014, à Abidjan où elle avait été affectée en décembre 2013 comme directeur du Goethe Institut Côte d’Ivoire. Avant de s’installer d’ailleurs dans la capitale ivoirienne, elle m’avait demandé de lui ‘’filer’’ des contacts d’amis ivoiriens…Elle a certainement fait la même chose avec d’autres, étant entendu qu’elle avait beaucoup d’amis. Il y a ensuite eu Dakar (Salon international de la musique africaine, édition 2014), Abidjan de nouveau… Autant de rencontres et de moments qu’elle a illuminés de son humanité et de sa simplicité. Ce sont les mots et le sourire de cette âme profondément humaine – signes d’amour à la vie – qui me resteront. Parce qu’il ne sera jamais question de céder à la peur ou à la panique que veulent installer dans nos vies des écervelés dont on ne saura jamais ce qu’ils veulent. Merci à Aisha Dème de m’avoir offert l’opportunité de croiser la silhouette de Henrike Grohs.

Oui, Xuman, tu as raison de dire que « le choc est différent quand on connait une victime des attentats ». A travers Henrike, nous voyons toutes les autres victimes des attentats de Bassam, le 13 mars 2015. Vous êtes en paix, vous êtes en vie !

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 14 mars 2016

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