Cheikh Anta Diop bientôt dans les programmes d’enseignement : un pas en avant

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La première semaine de commémoration des trente ans de la disparition de l’historien et homme politique sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986) s’est achevée le mercredi 10 février 2016 sur l’annonce en Conseil des ministres, par le président sénégalais Macky Sall, de sa décision de promouvoir « les œuvres, enseignements et recherches » du parrain de l’université de Dakar. Un grand pas en avant dans la reconnaissance de la contribution de l’homme à placer l’Afrique au cœur de l’Histoire de l’humanité, et la première récompense d’efforts entrepris il y a deux ans par des Sénégalais de divers horizons.

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 « Le Président de la République demande au Gouvernement, en particulier aux Ministres chargés des Infrastructures, de l’Enseignement supérieur, de l’Education et de la Culture, de promouvoir auprès des jeunes et des étudiants notamment, les œuvres, enseignements et recherches de cet illustre fils du Sénégal… », indique le communiqué du Conseil des ministres.

Le texte ajoute que M. Sall a invité ces ministres à « engager, dans les meilleurs délais, la réalisation d’un projet de valorisation du village de Thieytou (où repose Cheikh Anta Diop), qui devra intégrer l’édification d’un centre de documentation et d’exposition sur sa vie et son legs ».

En Conseil des ministres, le président sénégalais à « saisi l’occasion de la commémoration du trentième anniversaire de sa disparition, pour rendre, au nom de la nation, un vibrant hommage au Professeur Cheikh Anta DIOP, un savant d’exception qui a fortement contribué au rayonnement scientifique, politique et culturel du Sénégal, de l’Afrique et du monde noir ».

Où en est-on ?

 Le 8 février dernier, à l’UCAD 2, lors de l’hommage conjoint de l’Institut panafricain de stratégies (IPS) et du Molefi Kete Institute (MKI) sur la pertinence et l’actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, le Dr Dialo Diop, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), avait évoqué « cette revendication de plus en plus massive pour un enseignement systématisé, évalué, organisé et structuré de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes de l’éducation ».

« Il faut que vous sachiez que c’est un processus qui est en cours. A la suite d’une pétition initiée par des compatriotes du Québec et qui, au moment où elle a été remise au Premier ministre, avait déjà recueilli 15 mille signatures », a-t-il dit. Selon l’enseignant Daouda Guèye, membre du groupe ‘’JangCAD’’, qui a lancé la pétition, celle-ci a recueilli 30 mille signatures à ce jour.

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Exposition des initiateurs de la pétition. Des ouvrages de Cheikh Anta Diop en exergue

Dialo Diop a signalé que les services de la Primature ont engagé une équipe de la question et mis en place une commission compétente, « qui a commencé ses travaux préliminaires et en est à l’étape de confection de fiches pédagogiques, parce qu’ils (les membres de la commission) ses ont rendus compte que si on veut introduire la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes alors que la majorité des enseignants en activités ignorent cette pensée, il est nécessaire de combler cette lacune ».

Dialo Diop a ajouté : « Les fonctionnaires de l’Inspection générale de l’éducation nationale sont en train d’élaborer des fiches pédagogiques avant de déterminer selon quelles méthodes et procédures elles vont être transmises aux enseignants et incluses dans les programmes de formation des futurs enseignants qui ne sont pas encore sortis des écoles de formation comme la Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation (FASTEF) ».

‘’JangCAD’’, pour « aller au-delà du rituel de la commémoration

Dans le programme de commémoration des trente ans de la disparition de Cheikh Anta Diop – qui s’étale sur deux mois -, l’exposition des initiateurs de la pétition pour l’enseignement de la pensée de l’homme dans les écoles et universités du Sénégal, le 6 février 2016, a suscité un intérêt qui s’est traduit par la visite de nombreux étudiants, qui ont pu apprécier les images et les extraits de déclarations et d’ouvrages de l’anthropologue.

La pétition a été lancée il y a deux ans, rappelle Daouda Guèye, enseignant et membre du groupe ‘’JangCAD’’ qui porte l’initiative, constatant « l’intérêt du public à prendre connaissance des écrits et idées de Cheikh Ana Diop ». « Ce qui nous conforte dans notre conviction que la pensée de Cheikh Anta Diop doit être introduite et enseignée dans les programmes scolaires. La pétition a été lancée il y a deux ans, lors du 28è anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop », a ajouté Guèye. L’année dernière, une caravane, partie de Dakar, avait fait escale dans quatre autres villes du Sénégal (Thiès, Mbour, Louga et Saint-Louis), a-t-il rappelé.

Au cours de ce voyage, les pétitionnaires ont visité des établissements scolaires et des universités  pour échanger sur la pensée de Cheikh Anta Diop et recueillir des signatures. Un travail qui a aujourd’hui trouvé un écho favorable auprès des pouvoirs publics. Ainsi, une commission dirigée par un inspecteur général de l’éducation nationale au sein de laquelle  siègent Dialo Diop, Aboubacry Moussa Lam, Daouda Guèye, entre autres. Deux semaines avant le début des activités de commémoration des trente ans de la disparition de Cheikh Anta Diop, « le chef de l’Etat, en recevant le comité d’organisation, avait dit ne pas comprendre pourquoi la pensée de Cheikh Anta Diop n’était pas enseignée à l’école », a rapporté Daouda Guèye, précisant que Macky Sall avait alors fait la promesse qu’il va « tout mettre en œuvre pour que cela devienne une réalité ».

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Exposition des initiateurs de la pétition. Un étudiant prend connaissance d’idées et de déclarations de Cheikh Anta Diop

Le groupe ‘’JangCAD’’ est né en 2014 entre Sénégalais, dont certains sont établis à l’étranger – au Canada essentiellement -, pour « aller au-delà du rituel de la commémoration et corriger l’anomalie qui fait qu’ailleurs la pensée de Cheikh Anta Diop est revisitée, enseignée et que dans son propre pays, ça ne soit pas le cas, de manière systématisée », a rappelé l’enseignant.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 11 février 2016

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