Moridja Kitenge Banza, un art teinté d’histoire et de politique

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L’artiste congolais Moridja Kitenge Banza a été sélectionné pour l’exposition internationale de la 12-ème édition de l’art africain contemporain, Dak’Art, (3 mai-3 juin 2016). Il s’agira pour lui d’un retour dans une manifestation où il avait fait forte impression en 2010.  

Kitenge

L’artiste-plasticien congolais Moridja Kitenge Banza, lauréat du Grand Prix de la biennale Dak’Art 2010, a une théorie de sa pratique artistique fortement teintée d’histoire et de politique. Il a le verbe et les mots pour en parler, si bien qu’il y a le plaisir à l’entendre s’exprimer.

En résidence de création d’un mois, grâce à la maison d’édition Vives Voix, Banza a présenté le fruit de sa réflexion dakaroise – débutée le 15 janvier dernier -, vendredi 18 février, à un public d’acteurs culturels, d’artistes et de journalistes, témoins d’un travail, visiblement simple, mais d’une profondeur réelle.

Fortement imprégnée par l’histoire et l’actualité politique de son pays et des lieux où il se pose au gré de ses pérégrinations, la production de l’artiste parle à celui qui la contemple. Même si son travail semble expressif, Moridja Kitenge Banza se fait un plaisir de ‘’lire’’ ses œuvres pour un public intéressé.

A Dakar, il ne s’est pas limité à créer des œuvres. Il s’est surtout livré à un travail de réflexion sur son art, sa démarche. Une sorte de bilan d’étape permettant de se projeter et de définir de nouvelles orientations.

« Au-delà de la production d’œuvres, j’ai fait le choix de réfléchir aussi à tout mon travail d’artiste pour les années à venir, a-t-il expliqué. Précisément pour cette année où j’envisage de mettre en place pas mal de projets et de voir tout ce que je pourrais faire pour 2012. »

Il y a des maquettes qui vont être réalisées l’année prochaine ou peut-être dans deux ans, poursuit l’artiste dont le séjour à la résidence ‘’Vives Voix’’ s’est structuré autour de questions essentielles : « Est-ce que je continue ce que je fais ? Est-ce que ça m’intéresse ? Comment je le continue ? Comment est-ce que j’essaie de faire suivre différents projets ? »

Sur les murs de la résidence, Moridja Kitenge Banza a affiché son Map Of Identity, une carte témoin des voyages et déplacements qui nourrissent son travail. C’est peut-être pour cela que les visiteurs qui voient ses œuvres peuvent sentir un lien, même si, au départ, Banza lui-même n’avait pas intégré cet aspect.

Dans son projet artistique, le Congolais se sert de l’autre comme ‘’miroir’’. Pour avoir un recul, dit-il, il essaie de voir si la personne qui est en face de lui a les mêmes problèmes, les mêmes préoccupations ou interrogations. De là, il rebondit pour d’un problème plus global.

Dans ses œuvres, Banza dénonce la mainmise de pays ou de multinationales sur les ressources d’autres pays, au détriment des populations à la base ; il n’apprécie pas l’inertie des élites politiques du continent face à la situation de pauvreté de leurs peuples.

En France, où il vit et travaille depuis 2003, l’artiste s’est prononcé de manière claire, à travers l’œuvre intitulée L’hymne à nous ou eldorado, contre la politique d’intégration du gouvernement français. Moridja Kitenge Banza, lui, veut rester lui-même pour « contribuer à la construction de son pays ».

Cette connotation politique s’est vue dans le résultat de sa résidence de création à Dakar. Il a présenté au public des dessins, dans une référence à Van Gogh, pour évoquer justement « la permanence de la tragédie » du Congo, symbolisée par la bataille autour des ressources minières du pays.

Même s’il réside en France, et peut rester un an sans retourner chez lui à Kinshasa, Moridja Kitenge Banza garde un lien constant avec sa famille. Les informations que celle-ci lui donne sur la situation politique de son pays, ajoutées à celles qu’il lit dans la presse le guident dans son travail.

Cet artiste qui considère l’art comme une thérapie lui permettant de se libérer, a reçu une formation aux Beaux-Arts de Kinshasa et de Nantes, avant de décrocher un master en développement culturel des villes à l’Université de la Rochelle. Il a débuté par la peinture, puis il a intégré la vidéo dans son travail de création, lequel part de l’Histoire pour tenter d’éclairer le présent.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 20 février 2011 

 

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