Il y a six ans, disparaissait le saxophoniste sénégalais Bira Guèye

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L’auteur-compositeur et saxophoniste sénégalais, Bira Guèye, décédé le dimanche 27 décembre 2009 à Pikine (banlieue dakaroise), à l’âge de 76 ans,a été un acteur depuis la seconde moitié des années 1940, doublé plus tard d’un formateur et d’un observateur avisé. ‘’Tonton Bira’’ ou ‘’Pa Bira’’, comme on le surnommait dans son quartier et dans le milieu de la musique, a été inhumé le même jour au cimetière de Pikine.

Enfant, il fréquente le Daara pour y apprendre le Coran avant d’être inscrit à l’école primaire à la fin des années 1930. Mais il ne fera pas de longues études, se contentant du Certificat d’études décroché au milieu des années 1940. Sa passion pour la musique prend le pas. Il quitte l’école. Il est déjà un talentueux chanteur de kasak, rituels initiatiques de chants et de danse organisés pour les circoncis le soir autour du feu. Il travaille dans l’armée, non pas comme soldat — ce qu’il voulait devenir — mais comme employé civil.

Bira Guèye a 15 ans lorsqu’il intègre, en 1948, la ‘’Lyre africaine’’, un prestigieux orchestre de l’époque, qui avait son studio au sous-sol du marché Sandaga. Il y suit des cours de musique. D’abord à la batterie. Puis, il touche à d’autres instruments avant d’adopter le saxophone. La ‘’Lyre africaine’’ animait dans les restaurants du centre-ville dakarois, pour un public essentiellement composé de colons français, d’intellectuels et de bourgeois locaux. En 1950, Bira Guèye, son ami Makhourédia Guèye (1924-2008) — comédien qui était d’abord connu pour ses talents de saxophoniste — et d’autres encore créent, sur les cendres de la ‘’Lyre africaine’’, le ‘’Harlem Jazz’’.

Festival mondial des Arts nègres

Bira Guèye connaît son heure de gloire en 1966. Cette année-là, le président Léopold Sédar Senghor, qui organisait la première édition du Festival mondial des Arts nègres, demande aux artistes de proposer une composition originale. Lui, Guèye, crée une chanson en wolof, Ibrahima Mbengue, directeur des programmes de Radio Sénégal, lui trouve une choriste : Mada Thiam, grande diva de la scène musicale d’alors. Les deux forment l’orchestre ‘’Galayaabe’’ et le morceau qu’ils composent est dénommé ‘’Festival’’. Il est retenu comme hymne du rendez-vous auquel prend part le gratin du monde artistique et intellectuel noir.

Le saxophoniste tire un grand bénéfice du Festival mondial des Arts nègres : Senghor lui accorde une subvention, et, en 1970, il représente le Sénégal au Festival international de la jeunesse et des étudiants à Sofia, capitale de la Bulgarie. Il y croise Kouyaté Sory Kandia (1933-1977), vedette adulée de la Guinée des Indépendances et un des griots attitrés du président Sékou Touré, et Dexter Johnson, saxophoniste nigérian qui deviendra cofondateur et directeur musical du « Star Band » de Dakar.

A la mort de sa complice Mada Thiam, Bira Guèye ne fera plus partie d’orchestre, préférant se retirer de la scène. Plus ou moins, puisque qu’il fait des apparitions pour animer des soirées avec son saxophone.

Guèye a été aussi formateur. Thione Ballago Seck et son frère Mapenda sont passés sous son aile protectrice. Baaba Maal a fait un bref séjour chez lui, pour apprendre. Il a dispensé des cours au Conservatoire de Dakar, encadré l’orchestre de l’Union nationale des jeunes aveugles du Sénégal. Ces dernières années, Bira Guèye était membre de la commission d’identification du Bureau sénégalais du droit d’auteur sénégalais (BSDA). Son avis sur le patrimoine musical national, de même celui de Mademba Diop (décédé) y était particulièrement apprécié.

Le Chevalier de l’Ordre national du Lion Bira Guèye a collaboré avec Boy Marone, jeune chanteur de Pikine en qui il voyait une relève et un talent qui pouvait assurer à cette ville de la banlieue de la capitale sénégalaise un rayonnement culturel. Même éloigné de la scène, ‘’Tonton Bira’’ était un observateur avisé de l’évolution de la musique au Sénégal. Ainsi il ne manquait pas une occasion de donner son appréciation, dénonçant souvent l’absence de recherche dans les productions locales.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 27 décembre 2015

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