« L’éclosion silencieuse » : expression d’une vision spirituelle de réalités changeantes

Publié le Mis à jour le

L’exposition intitulée L’éclosion silencieuse de l’artiste sénégalais Daouda Ndiaye, en cours jusqu’au 25 novembre au Village des arts, à Dakar, est à la fois le reflet d’une quête d’expressions picturales et le produit d’une vision du monde fondée sur une articulation entre les influences de traditions endogènes et des pratiques occidentales.

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Le titre de l’exposition, L’éclosion silencieuse, suggère que la cinquantaine de propositions exposées à la galerie Léopold Sédar Senghor du village est le fruit d’une longue maturation, étant entendu que la dernière présentation individuelle de Daouda Ndiaye remonte à l’année 1998.

Les toiles et installations proposées aux visiteurs sonnent ainsi comme le résultat d’un processus bien pensé – mais en réalité jamais achevé – et ayant en définitive pour but de façonner une identité visuelle faite de transversalité, autant dans les thèmes abordés que dans les matières utilisées et les univers représentés.

Chaque artiste a des préoccupations individuelles qui naissent d’un vécu. Les productions de Daouda Ndiaye sont le fruit de regards sur les mondes d’hier et d’aujourd’hui, de chez lui et d’ailleurs. Sa constante mobilité géographique fait que, dans son interrogation de la matière, il s’imprègne de choses vues et entendues, et les croise pour féconder son inspiration.

Dans sa mise en situation de cette vision, il donne, par exemple, tout son sens à la formule « rien ne se perd tout se transforme », redonne forme, volume et vie à du papier-journal en l’enroulant pour le transformer en baguettes.

Entre les mains de Daouda Ndiaye, ces condensés de messages et d’informations ayant déjà servi ont une signification nouvelle, même s’ils restent un résumé de l’histoire d’individus, de groupes d’hommes et de femmes, de peuples divers.

Ndiaye donne à apprécier un propos qui va au-delà des classifications, se joue des cloisons. Il est dans une démarche qui exalte une articulation, un ‘’dialogue’’ entre une tradition d’artistes récupérateurs de l’univers culturel dans lequel il a grandi et des influences extérieures.

Cela se vit et se lit dans les tableaux dont les noms sont en même temps des évocations de l’humain dans ses activités, son imaginaire, son rapport avec le temps, l’environnement, le spirituel, etc.

De L’éclosion silencieuse sont nées des pièces renvoyant aux origines et à des traditions ancestrales (‘’Initiation’’, ‘’rituel’’), à la femme (‘’Yaay’’, ‘’Femme’’), aux mutations socioculturelles (‘’LMD – Lutte, Musique, Danse »).

‘’Barrière identitaire’’, ‘’Gora’’, ‘’Envie’’, ‘’Benn’’, ‘’Njolloor’’, ‘’Ouakam’’, ‘’Buzz’’, ‘’L’habit ne fait pas le moine’’ sont autant de lieux de questionnements multiples. Les non-dits d’une intimité enfouie sous les coups de pinceaux se cachent derrière l’acte de création lui-même en tant que moyen d’élévation physique et spirituelle.

A travers le blanc, une lumière bien dosée, l’expression des couleurs vives, le monochrome, les contreplaqués, les regards, les mouvements, des croisements, se dessine le second niveau de lecture d’une vie dont les cauris et la cola – autres matières utilisées par Daouda Ndiaye -, essaient de relater la tragédie et le sens.

Le public venu le 4 novembre dernier au vernissage de L’éclosion silencieuse a pu voir, à travers une performance, une partie de ce processus de création qui ne s’arrête jamais en réalité.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 23 novembre 2015

 

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