Ecrire nous-mêmes notre histoire…

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Dakar, le 21 novembre 2015 — J’ai lu, toute la journée du vendredi 20 novembre 2015, de nombreux commentaires sur le traitement de la prise d’otages à l’hôtel Radisson de Bamako par les médias français, France24, Radio France internationale (RFI), ITélé, entre autres. Les uns s’indignant de la ‘’condescendance’’ dans les propos des journalistes français sur les Forces spéciales maliennes, d’autres ‘’demandant’’ presque à ces mêmes médias d’être ‘’plus équilibrés’’ dans le traitement de l’information. Presque tous se désolant de l’absence des médias du continent africain sur le terrain. Je respecte ces points de vue, mais je pense très sincèrement que nous posons mal les termes du problème ainsi que les véritables enjeux liés à la bataille de l’information et au contrôle, que dire, le formatage des opinions.

France24 et RFI sont des médias de propagande au service de la volonté de puissance de l’Etat français, essentiellement en Afrique subsaharienne. Un exemple : c’est sur un plateau de France24 qu’un des leaders du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, sécessionniste), est allé, en avril 2012, « proclamer l’indépendance l’Azawad », un territoire fictif…Paris accepterait-il qu’un ressortissant corse ou breton aille proclamer l’indépendance de sa région sur l’ORTM (Mali) ?

Les dirigeants français, de droite comme de gauche, ont la même attitude paternaliste vis-à-vis de nous, convaincus qu’ils sont que sans l’Afrique, leur pays ne serait qu’une puissance moyenne. Eh bien, pour ‘’légitimer’’ cette position, il faut des outils comme France24, RFI, l’Institut français – oui il faut museler les élites artistiques –, qui travaillent les esprits. Ma religion sur la nature des médias occidentaux, français notamment, et de leur posture quand il s’agit de traiter l’Afrique au sud du Sahara dans leurs programmes, est faite depuis longtemps.

S’indigner de ce paternalisme, c’est bien, mais je pense que nous devons travailler à avoir nos propres médias, indépendants, suffisamment puissants et engagés pour dire l’information et lire la réalité, selon notre point de vue. Aucun media n’est neutre, ne serait-ce que dans le choix des sujets à mettre en avant et dans l’angle de traitement.

Le journaliste que je suis a toujours honte de voir que nous ne prenons jamais la mesure de ce qui est réellement important et essentiel pour nous. Deux conditions majeures, entre autres, sont à remplir à mon sens : un leadership politique fort et éclairé pour comprendre que la bataille de l’information est cruciale et mérite donc un engagement clair, des moyens matériels et humains considérables ; des responsables de médias suffisamment conscients des enjeux politiques et culturels liés à l’information, pour considérer que son contrôle et sa diffusion méritent des projets éditoriaux bien élaborés, des stratégies bien pensées et les moyens conséquents pour les mettre en œuvre. Au stade actuel, nous n’avons ni l’une ni l’autre. Et c’est ça qui est dommage !

J’en suis presque arrivé au point où je ne m’indigne plus de l’attitude – de la condescendance – des médias occidentaux, parce que c’est à nous de nous prendre en charge. Il n’y a aucun média neutre, chacun choisit et traite les sujets selon un point de vue dicté par la culture, l’éducation, l’économie, les intérêts privés ou géostratégiques… Comprenons-le pour mettre en place des médias libres, indépendants avec des journalistes et techniciens bien formés capables de dire notre point de vue sur nous et sur le monde ! Arrêtons de nous endormir sur la natte des autres.

Aboubacar Demba Cissokho

 

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Une réflexion au sujet de « Ecrire nous-mêmes notre histoire… »

    khayoba abdoulaye diop a dit:
    21 novembre 2015 à 5 h 30 min

    Les médias d’Etat français sont les plus en vue. Mais le privé français s’est trouvé une place dans cette brèche que l’inactivisme des Africains à créer. Le Point.fr, Le Monde.fr en France et surtout des sites d’information espagnols ont récemment montré un intérêt particulier pour le continent sous leur propre prisme évidemment. Quand il y a eu la dernière tentative de coup d’Etat en Gambie voisine, certains médias locaux sénégalais se sont abreuvés à la source du quotidien Le Figaro.Je comprends que le scoop puisse tomber entre les mains de n’importe qui , parce qu’étant lié au hasard mais reprendre des dépêches d’agences de presse occidentales est malheureusement considéré chez beaucoup de tes confrères comme argent comptant.

    Aimé par 1 personne

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