Thomas…

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En ce jour anniversaire de ta disparition physique, le 15 octobre 1987, je prends le temps de t’écrire pour te faire, en quelques lignes, non pas un compte rendu de la tache révolutionnaire – que tu as commencée et que tu nous as confiée – mais un petit point de la situation, sachant très bien que tu sais, en visionnaire que tu as été, ce qui se passe.

Thom !

« La graine semée il y a 30 ans (une génération !!!) est en train de donner des fruits au Burkina… La question est de savoir comment faire pour que les senteurs enivrantes parviennent dans les autres pays… », me disait il y a quelques jours mon ami Ousmane Boundaoné. Oui, les luttes politiques en cours sur le continent, sont menées par une jeunesse débarrassée de toutes ces attitudes de soumission et d’aplatissement et qui s’est fait sienne cette idée si simple et si juste : chaque peuple doit pouvoir, en toute liberté, écrire son histoire et donner la trajectoire qu’il souhaite à sa destinée.

« Je souhaite qu’on garde de moi l’image d’un homme qui a mené une vie utile pour tous », disais-tu. Ton passage n’a pas été vain, puisque tu as montré à une jeunesse qui ne t’a pas connu et qui porte aujourd’hui tes idéaux dans ses combats pour le respect, la dignité et le progrès, qu’il est possible de transformer la société dans le sens des intérêts des peuples africains.

Il est possible de rester debout. Comme l’ont montré Samori Touré, Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobe, Amilcar Cabral, Modibo Keita… C’est l’énergie salvatrice de ces patriotes qui nous porte aujourd’hui. C’est celle qui porte les jeunesses d’Afrique, de Dakar à Brazzaville, d’Abidjan à Bujumbura, de Yaoundé à Ndjamena, de Libreville à Bamako, de Kinshasa à Banjul. Avec la certitude et la conviction chevillées au corps que la victoire est au bout. Elle est proche.

Ce combat est sans fin. Il fait notre humanité. Il est sans fin, parce que – l’actualité nous en donne toujours la preuve – les forces hostiles à la marche du continent vers le progrès, la souveraineté politique et économique, la réalisation de l’Etat fédéral sont plus que jamais actives et déterminées, avec des méthodes plus insidieuses que celles qui ont conduit à ton élimination physique.

En t’assassinant, le 15 octobre 1987, tes bourreaux ont, malgré eux, réussi une prouesse : celle de donner plus de vigueur à cet idéal de progrès scandé le 4 octobre 1984, à la tribune des Nations unies : « Sept millions d’enfants, de femmes et d’hommes (la population du Burkina Faso à l’époque), refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim, de soif, tout en n’arrivant pas à vivre véritablement depuis un quart de siècle d’existence comme Etat souverain, siégeant à l’ONU ».

« A la révolte passagère, simple feu de paille, devait se substituer pour toujours la révolution, lutte éternelle contre la domination ». Cette cause, pour laquelle tu es mort, vaut pour moi et tous ceux de ma génération qui refusent la fascination pour un ailleurs hostile et décadent, la démission, la résignation, la désertion, la forclusion.

La lutte pour le triomphe de cette cause vaut tous les sacrifices. En homme de devoir, toi, tu as fait ta part de la route. De fort belle manière. Et pour ça que tes idées et prises de positions courageuses et justes ont germé et poussé dans les esprits de jeunes dont beaucoup n’étaient pas nés le 15 octobre 1987. Par deux fois, octobre 2014 et septembre 2015, ton programme politique a porté les Burkinabè, de Ouahigouya à Banfora, en passant par Bobo-Dioulasso et Koudougou, pour faire échec à un groupuscule de réactionnaires attachés à ne voir « leur » pays évoluer que sous l’emprise des démons.

Et même ça, tu l’avais prédit (septembre 1987) : « Je ne pense pas que Blaise (Compaoré) veuille attenter à ma vie. Le seul danger, c’est que si lui-même se refuse à agir, l’impérialisme lui offrira le pouvoir sur un plateau d’argent en organisant mon assassinat. Même s’ils parvenaient à m’assassiner, ce n’est pas grave ! Le fond du problème, c’est qu’ils veulent bouffer, et je les en empêche ! Mais je mourrai tranquille car plus jamais, après ce que nous avons réussi à inscrire dans la conscience de nos compatriotes, on ne pourra diriger notre peuple comme jadis ».

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 15 octobre 2015

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