‘’Aji-Bi, les femmes de l’horloge’’, documentaire joyeux sur fond de réflexion sur le traitement réservé au Noirs au Maroc

Publié le Mis à jour le

La jeune réalisatrice marocaine Raja Saddiki pose dans son documentaire ‘’Aji-Bi, les femmes de l’horloge’’ (66mn, 2015), au-delà du portrait de coiffeuses et esthéticiennes sénégalaises de Casablanca, des pistes d’une réflexion sur la question de fond du traitement, souvent humiliant, réservé aux Noirs dans ce pays du Maghreb et, plus généralement, en Afrique du nord.

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Raja Saddiki, la réalisatrice du film

‘’Aji-Bi, les femmes de l’horloge’’, présenté en compétition officielle à la 9-ème édition du Festival international du film de femmes de Salé (28 septembre-3 octobre), c’est la vie de Marième, une Sénégalaise de 20 ans qui vit à Casablanca, la capitale économique du royaume chérifien.

A travers l’histoire de Marième, on rencontre plusieurs autres femmes qui travaillent avec elle, à l’ancienne Médina. Elles sont coiffeuses, esthéticiennes, mères de famille, soutiens de famille partagés entre une régularisation au Maroc et une traversée vers l’Europe…

« En sortant de chez moi, chaque jour, je passais en taxi dans l’ancienne Médina et je voyais des femmes qui faisaient des tresses dans la rue », explique la réalisatrice Raja Saddiki, qui s’est alors mise à se poser des questions sur elles : « Comment vivent-elles ?  Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? »

L’idée de faire de ces interrogations un film documentaire lui est venue en 2011, quand Raja Saddiki a été au Sénégal où elle a vu comment, en tant que Marocaine, elle a été bien accueillie et bien traitée pendant son séjour.

« J’ai vu comment elles (les Sénégalaises) étaient généralement mal traitées ici », dit-elle, ajoutant : « J’ai trouvé ça injuste, parce que nous, quand on part au Sénégal en tant que Marocain, on a un accueil chaleureux. On nous montre ce qui est Marocain à Dakar, par exemple la grande mosquée, la rue Mohamed V. J’ai trouvé ça un peu injuste, d’autant que nous, Marocains, nous ne sommes pas blancs. Moi, mon grand-père était noir ».

Raja Saddiki estima que « ces femmes gagnent bien leur vie, mais la société marocaine a un regard assez dur sur elles. Je pense qu’à partir du moment où on est noir au Maroc, on a de sérieux problèmes. Ailleurs aussi, mais je parle du Maroc parce que c’est mon pays, c’est là que je vis… »

« J’ai vraiment senti l’injustice d’autant plus que quand je suis seule, on ne m’insulte pas, mais quand je suis avec des amies sénégalaises, je reçois des pierres aussi, des remarques », poursuit la réalisatrice, ajoutant que « certaines personnes ont une vision arriérée ».

Pour elle, « il fallait en parler, pas pour avoir la prétention de régler les choses, mais pour pousser à la réflexion ». « Nous sommes tous des humains et c’est ce qui compte avant tout. Quand je dis vision arriérée des choses, je pense aux gens qui pensent que quand on est noir on est esclave. Ici au Maroc, on garde ça dans notre langage. Il faut évoluer, on est au-delà des couleurs, des races. On est humains avant tout et c’est quelque chose qui s’oublie certaines fois ».

« C’est une totale incompréhension de ma part, insiste Saddiki. Mais j’ai l’intime conviction que c’est très dur d’être noir au Maroc, après avoir fait ce documentaire, après avoir côtoyé plusieurs personnes, après avoir moi-même été lapidée certaines fois avec des amis sénégalais. Je le prends très mal et je pense qu’il était indispensable d’en parler… »

Aboubacar Demba Cissokho

Salé, le 5 octobre 2015

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