El Hadji Samba Sarr, un humaniste en éveil constant

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Le réalisateur, scénariste et producteur sénégalais, El Hadji Samba Sarr, décédé samedi 8 mai 2010 à Dakar à l’âge de 41 ans, s’est illustré, pendant sa courte mais riche carrière par un dynamisme et une énergie lui permettant d’alterner fictions et documentaires humanistes.

Samba Sarr

D’un caractère sympathique et jovial, El Hadji Samba Sarr aimait les échanges et discussions sur le cinéma, la réalisation de films, le devenir de la profession de cinéaste au Sénégal, l’importance de la critique. Il animait avec passion aussi bien des débats informels que des forums ou entretiens avec les journalistes.

Né le 18 septembre 1968 à Dakar, Sarr est attiré par le 7-ème Art dès sa tendre enfance. Autodidacte, il a appris le cinéma sur des plateaux, des ateliers, au Sénégal et au Burkina Faso. Il se perfectionne en formation continue au Média Centre de Dakar, à l’Ecole de cinéma de Madrid (Espagne), à Dragon Films (Belgique).

Il poursuit son apprentissage au Studio West, en Autriche, au Centre des Ecritures cinématographiques d’Andé et à l’Ecole de Cinéma Louis Lumière (France), avant de se consacrer à l’animation d’ateliers cinéma pour enfants au Sénégal et au Brésil.

Le réalisateur avait pris l’option de « partager (ses) émotions, le quotidien et le rêve de (ses) contemporains », s’attachant, au fil de ses productions, à ressortir l’humanité dans le jeu de ses personnages. La démarche d’El Hadji Samba Sarr consistait à faire parler les ‘’petites gens’’, comme le cinéaste Djibril Diop Mambety (1945-1998) avec qui il a travaillé dans la première moitié des années 1990.

Il se lance dans la réalisation en 1996 avec la fiction ‘’Liberté et loi’’, avant de réaliser, en 1999, le documentaire de 11 minutes intitulé ‘’Les pileuses de la Médina’’. Dans ce film produit par le Média Centre de Dakar, il s’intéresse à des villageoises qui, après les récoltes, viennent à Dakar s’adonner à une activité essentielle dans la production du couscous de mil.

Le cinéaste se révèle au grand public en 2002 avec ‘’Amulyakar, les sans-espoir’’, une fiction de 26 minutes dans laquelle un jeune garçon, Modou, issu d’une famille pauvre, tombe dans la délinquance dont il cherche à s’extraire par le football.

‘’Amulyakar, les sans-espoir’’ a obtenu le Prix du public au Festival du film de quartier de Dakar, une Mention spéciale au festival Ko digital de Barcelone. Sélectionné au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), à Clermont-Ferrand, (France), il a été diffusé sur la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS), TV5, Canal France international (CFI).

Suivent, dans la filmographie d’El Hadji Samba Sarr, ‘’La Louvière, ville-musée’’ (2003), ‘’Soldats des planches’’ (2005), ‘’Le livre dans la bibliothèque’’ (2005) – Prix Fellini-UNESCO au Festival Ciak Junior (Venise, Italie), ‘’Fence’’ (2005), ‘’Le plume qui parle’’ (2006), ‘’Dakar cherche de l’Oxygène’’ (2006), ‘’Semis dispersés’’ (2007).

Avec ‘’Graines que la mer emporte’’, Sarr a remporté en octobre dernier le Prix du meilleur documentaire de l’édition 2009 du Festival international du film d’Afrique et des îles (La Réunion). Il s’attache tout au long de son documentaire à témoigner du calvaire de ces candidats à l’émigration, pris dans la désillusion qui les éloigne de leurs espoirs les plus fous des débuts.

Ce film raconte la vie des enfants immigrants qui rêvent d’un Eldorado où ils pourraient réaliser leurs rêves. Ils nourrissent toutes les ambitions après la traversée qui les conduit des côtes ouest-africaines aux îles Canaries.

En 2009, il avait aussi réalisé ‘’La Discorde’’, un court métrage fiction posant la problématique du choc culturel. Aliou, un ouvrier d’usine conservateur décide, après le décès de sa mère, de revenir s’installer au village avec toute sa famille. Sur place, il épouse une deuxième femme, Coura, fille du chef de village. Se sentant trahie par son père et désorientée face à cette tournure inattendue de sa vie, Paulèle se soucie du chagrin de sa mère.

‘’La Discorde’’ a été en compétition à la 21-ème édition du Fespaco (février-mars 2009), et dans la sélection officielle du Festival Vues d’Afrique de Montréal (avril 2009).

El Hadji Samba Sarr était membre de l’Association des cinéastes sénégalais (CINESEAS) et de la Société des auteurs et compositeurs dramaturges (SACD – France). Il avait aussi fondé ‘’Ebène Productions’’, une société de production et de distribution.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 8 mai 2010

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