Questions sur la volonté des Etats africains à « assumer les demandes de leurs peuples et de leurs artistes »

Publié le Mis à jour le

Khouribga, le 13 septembre 2015 – Le président de la Fondation du festival du cinéma africain de Khouribga, Nour-Eddine Sail, s’est interrogé sur la volonté des Etats africains à « assumer les demandes de leurs peuples et de leurs artistes » à soutenir l’émergence de cinématographiques nationales, relevant que « tout est fait actuellement » pour que celles-ci n’existent pas.

KHOURIBGA 2015

« Nous sommes dans une période, aujourd’hui, où, depuis les trois ans qui viennent de s’écouler et dans les deux ans qui suivent, c’est-à-dire sur un espace temporel de cinq ans, nous sommes obligés de savoir si définitivement nos Etats vont assumer les demandes de leurs peuples et de leurs artistes ou si définitivement nous n’avons rien à espérer d’eux », a-t-il dit, samedi, à l’ouverture de la 18-ème édition du festival du cinéma africain de Khouribga.

Il s’agit de « dire à tous les invités des 21 pays ici présents que cette 18-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga prend un sens assez particulier parce que tout est fait actuellement pour qu’il n’y ait pas de cinématographie plurielle africaine » au sens de l’émergence de cinémas nationaux.

Sail a affirmé qu’il ne faisait « aucune paranoïa » et n’était « absolument pas dans l’esprit du +complotisme+ », constatant ‘’tout simplement que depuis nos indépendances, des années 1960 jusqu’à présent, les pays africains, que ce soit le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud, le Maroc, la Tunisie ou l’Algérie, ne sont pas arrivés, au jour d’aujourd’hui, à exister de la façon dont on peut dire que la cinématographie européenne, ce sont les cinémas allemand, italien, français…

L’ancien directeur général du Centre cinématographique marocain (CCM) a admis que, « bien entendu, il y a un retard historique énorme », dont les responsables d’aujourd’hui ne sont pas responsables.

« Mais nous sommes responsables des décisions que nous avons prises depuis plus de 50 ans, a-t-il poursuivi. Nous sommes dans une période, aujourd’hui, où, depuis les trois ans qui viennent de s’écouler et dans les deux ans qui suivent, c’est-à-dire sur un espace temporel de cinq ans, nous sommes obligés, aujourd’hui, de savoir si définitivement nos Etats vont assumer les demandes de leurs peuples et de leurs artistes ou si définitivement nous n’avons rien à espérer d’eux. »

Si le Maroc a commencé à se présenter comme un modèle qui réussit, il n’est pas encore arrivé à démontrer qu’il est arrivé qu’il est un modèle parfait, a indiqué Nour-Eddine Sail, pour qui « si ce début de modélisation de ce que fait le Maroc peut servir à quelque chose », après les débats de Khouribga et les rencontres à venir à Carthage (fin novembre), « quelque chose pourrait solliciter définitivement tous nos responsables africains pour qu’ils comprennent l’urgence des décisions à prendre et le danger que constitueraient des décisions non prises ». « Ce serait l’équivalent de la mort, ce serait même l’équivalent d’un suicide », a-t-il dit.

Dévoilant le programme des débats de la 18-ème édition du festival de Khouribga, il a annoncé que les participants devraient tenter de répondre à la question suivant, entre autres : à quoi servent les festivals de Khouribga, Ouagadougou, Carthage ?

« Si après toutes ces pratiques, durant ces années, nous n’avons réussi ni à exister ni à faire exister des cinématographies nationales, alors ne serait-il pas plus économique, pour nous tous, à commencer par nos Etats, d’arrêter, d’arrêter de parler et d’arrêter de faire ce pour quoi nous sommes censés être là : des cinématographies libres, libres dans leur expression, responsables dans leur position, accomplies dans leur esthétique et leur écriture », a conclu le président de la Fondation du festival du cinéma de Khouribga.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 13 septembre 2015

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s