Ndèye Khady Niang, une passion de la danse

Publié le Mis à jour le

La danseuse, chorégraphe et productrice de spectacles sénégalaise Ndèye Khady Niang, décédée dimanche 29 août 2010, à l’âge de 66 ans, a si fortement marqué la vie culturelle nationale que, même après sa retraite de la scène, elle continuait de fasciner ses compatriotes.

Ndeye Khady Niang 

Ndèye Khady Niang avait tout pour faire la carrière qu’elle a menée depuis le milieu des années 1950. Consciente de son talent, elle avait, dès son jeune âge, compris que c’est dans la danse et la chorégraphie qu’elle se ferait un nom chez elle et à l’extérieur. « Dieu m’a attribué des dons incroyables, un pouvoir particulier. J’ai tout eu grâce à la danse », disait-elle dans une longue interview-portrait parue en octobre 2007, dans les colonnes du magazine dakarois Week-End.

Ndèye Khady Niang est née à Médina, très populaire quartier dakarois, réputé pour ses night-clubs et ses bals-poussières, haut lieu de la scène artistique et culturelle de l’époque. A 7 ans, son père l’envoie à l’école mais elle n’y reste pas plus de six mois. Elle n’avait d’yeux que pour la danse. Bien que le père, un Mouqadam (grand disciple) d’El Hadji Ibrahima Niasse, important guide religieux dans la confrérie musulmane des Tidianes, s’oppose catégoriquement à ce qu’elle s’adonne à cet art, elle réussit à détourner de temps à autre sa vigilance sous les yeux d’une maman qui l’admirait, mais n’osait pas contredire l’époux rigoriste.

Dans ses confidences au magazine Week-End, Ndèye Khady Niang raconte que son père la rasait et l’envoyait tous les week-ends, périodes de fêtes et de manifestations, au commissariat de police pour qu’on l’y garde. Mais à force de fréquenter les policiers, elle sympathise avec eux au point qu’elle les accompagnait dans leurs rondes pour disperser les manifestations non autorisées. Le ‘’deal’’ était que les recettes de la soirée devaient être partagées.

C’est ainsi que Ndèye Khady Niang commence à se faire un nom. De sorte que parmi les admirateurs qu’elle fascine lors des différentes fêtes auxquelles elle participe, il y avait Doudou Ndiaye Rose. Celui-ci appréciait particulièrement une jeune fille au talent précoce et passée maîtresse dans l’art d’exécuter la presque totalité des danses traditionnelles wolof.

Malgré cette ‘’reconnaissance’’, elle n’avait toujours pas la bénédiction de son père pour mener librement une carrière de danseuse, bien qu’elle ait fait son choix. La passion de sa fille étant plus forte que tout, le père finit par céder parce qu’il s’était rendu compte que même le président Léopold Sédar Senghor s’intéressait à ce que faisait Ndèye Khady Niang.

Le poète fait appel à elle par l’intermédiaire de Maurice Sonar Senghor alors directeur du Théâtre du Palais. Première ‘’victoire’’ sur un père conservateur. Mais pour qu’elle intègre le Ballet national du Sénégal (créé en 1960), à la demande de Doudou Ndiaye Rose, Maurice Sonar Senghor et Abdou Mama Diouf, il a fallu de nouveau le ‘’coup de pouce’’ du président Senghor pour convaincre le père de Ndèye Khady Niang. L’adolescente avait alors 15 ans.

Dès lors, commence pour elle une carrière internationale. Le monde lui ouvre ses portes, elle multiplie les déplacements – en 2007, elle brandissait fièrement son trentième passeport – et les prix glanés lors de concours qu’elle ne perdait jamais.

Le ‘’lien’’ entre Léopold Sédar Senghor était en lui-même révélateur du talent, de la grâce et de la prestance de Ndèye Khady Niang. C’est la petite histoire d’un président qui, même s’il avait du mal à accepter la danse wolof telle qu’elle se faisait voir dans les cérémonies familiales (baptêmes, mariages, etc.), ne résista pas au charme de la jeune et prometteuse artiste. C’est peut-être aussi là qu’il faut aller chercher le secret de la longue et riche carrière de Ndèye Khady Niang la Médinoise.

Sur les vingt dernières années de sa vie, elle s’est muée en productrice de spectacles avec un souci double : transmettre son savoir-faire et son expérience aux jeunes et faire voyager des danseuses professionnelles à travers le monde. C’est en sa qualité de productrice qu’elle engageait « plus de 50 danseuses pour faire le tour de l’Europe », en compagnie de Maguette Wade, célèbre animateur de l’émission Télé-Variétés de la télévision publique sénégalaise.

Danseuse, chorégraphe, productrice de spectacles mais aussi observatrice avisée de la scène. Ndèye Khady Niang avait un regard critique sur la pratique de la danse par la nouvelle génération. « Moi je ne ferai jamais une chose pareille. Peut-être aussi que c’est parce que les générations se sont pas les mêmes (…) C’est la stricte et triste vérité. Danseuse rime maintenant avec indécence, incorrection, dévergondée », disait-elle dans son entretien avec le magazine Week-End.

Ce n’est pas pour rien que c’est vers elle que la chanteuse Coumba Gawlo Seck s’est dirigée en 2007 pour trouver la danseuse qui lui rendrait, dans un clip, le style traditionnel bien connu des anciens. Sur les planches du Théâtre national Daniel Sorano, l’expérimentée Ndèye Khady Niang donna le meilleur d’elle-même pour ce qui restera l’une de ses dernières apparitions ‘’officielles’’.

Coumba Gawlo Seck est peut-être parmi les deniers artistes de renom auxquels elle a apporté son appui. Ndèye Khady Niang a été généreuse dans sa carrière. Elle a partagé : « J’ai aidé pas mal de musiciens, en particulier Youssou Ndour, à tenir en haleine un public, en leur apprenant des pas de danse ».

L’ancienne ‘’toupie de Sorano’’ avait effectué en 2004 le pèlerinage à La Mecque. Réagissant à la mort de l’artiste, sur les ondes de la Radio Futurs médias, le chroniqueur sportif Abdoulaye Diaw, qui avait effectué le voyage aux lieux saints de l’islam avec elle, disait que pour les Sénégalais elle restera pour toujours «Ndèye Khady Niang, l’artiste au talent pur ». Pour l’éternité.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 29 août 2010

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