« La mosquée » de Daoud Aoulad Syad : une réflexion intéressante sur diverses problématiques

Publié le Mis à jour le

Apparemment simple dans sa forme mais d’une profondeur thématique et esthétique remarquable, le long métrage ‘’La mosquée’’ de Daoud Aoulad Syad aborde, au-delà du sujet aux allures de faits divers, des problématiques sociales et politiques sérieuses.

La mosquée

Au cœur de l’histoire, une mosquée construite pour les décors d’un précédent film, ‘’En attendant Pasolini’’ (du même réalisateur). Après ce film, tous les décors ont été détruits sauf cet édifice religieux. D’où la colère de Moha, le propriétaire du terrain sur lequel il se trouve. Il se bat pour faire détruire la mosquée.

Ceux qui seraient tentés de considérer ce film comme une suite ‘’logique’’ du long métrage ‘’En attendant Pasolini’’ ont tout faux. Hormis ce bout de film (la mosquée), aucun autre élément ne sert de prolongement au précédent long métrage de Daoud Aoulad Syad.

Dans ‘’La mosquée’’, Moha est obsédé par la récupération de son terrain au point de traiter de mécréants les habitants du village. L’imam lui conseille de ne pas céder à la tentation de détruire la mosquée. Mais il ne l’entend pas de cette oreille. Il continue, malgré les menaces et railleries, d’espérer récupérer ce qu’il n’a jamais cessé de considérer comme son bien.

Pour Daoud Aoulad Syad – qui lui-même apparaît dans le film, l’objet du conflit n’est qu’un prétexte pour évoquer des sujets aussi importants que la relation d’un peuple au religieux et au sacré, la place du droit individuel, la question du patrimoine, entre autres. Les décors de Zagora servant de cadre au film sont magnifiques et changent de ceux qu’on a l’habitude de voir dans les productions marocaines récentes.

Syad touche à la relation contradictoire et aux rapports de confrontation entre un sacré collectif construit sur des mythes, des idées toutes faites, et le droit personnel, individuel. Son film est aussi, à travers le personnage du représentant de l’Etat, une réflexion sur la médiation, cet élément qui fait le lien entre deux parties en conflit.

De manière subtile, le réalisateur critique des tares de la société à travers les personnages de l’imam opportuniste qui ne recule devant rien pour occuper ce poste à la place des vrais, du politicien dans son rôle de corrupteur et marchand d’illusion plutôt habile à ne faire signe qu’à l’approche de scrutins…

Daoud fait preuve de courage et d’audace en affrontant la question du sacré dans une société marocaine où les références en la matière sont bien assimilées. Même s’il pêche un peu dans le montage et la direction d’acteur, il réussit le travail de composition et de réflexion. Ce qui permet de donner quelque part une dimension anthropologique à son travail. Sans tomber dans la caricature et la transgression.

Pour faire ce film, il dit avoir consulté des savants et autres oulémas, mais il évite de parler des versets du Coran pou justifier telle ou telle prise de position. On y sent un conflit sur l’interprétation des textes mais pas plus. Certains trouveront qu’il n’est pas allé au bout de l’audace artistique en faisant détruire la mosquée.

Aboubacar Demba Cissokho

Tanger, le 26 Janvier 2011

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