« Pégase » de Mohamed Mouftakir : interrogations artistiques sur un imaginaire refoulé

Publié le Mis à jour le

Le Marocain Mohamed Mouftakir poursuit, dans son long métrage ‘‘Pégase’’, un questionnement à entrées multiples sur un imaginaire structuré autour de rapports à des symboles et à un sacré omniprésent.

Pegase

Le film, lauréat du Grand Prix Ousmane Sembène de la 13-ème édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (10-17 juillet 2010), est expérimental en ce sens que chaque spectateur devient, et c’est le but du jeu, un réalisateur qui s’interroge sur son rapport à un réel refoulé.

Avec ses personnages dédoublés, une utilisation judicieuse de l’espace et du temps, Mouftakir suscite, ici, des débats sur de nombreux sujets touchant à l’imaginaire. L’histoire, ou plutôt l’idée de départ, se désintègre et la construction du film se fait alors avec des débris.

Mohamed Mouftakir ne s’interdit pas de rêver. Il a joué avec des symboles forts dans le monde arabo-musulman, le cheval, les planches coraniques, les vêtements, la virilité. Le corps est lieu d’exercice de ce travail sur l’imaginaire.

Au-delà d’une exploitation érotique du cheval, ‘’Pégase’’, film déroutant par moments, est dans une ligne de recherche de la vérité. C’est secouant si l’on y ajoute une chronologie très mouvementée, structurée autour d’éléments très puissants. D’une certaine manière, il remet en cause la dramaturgie linéaire.

Le réalisateur essaie de se tenir au travail sur une idée. Même si la fragilité de celle-ci fait qu’elle peut se perdre, Mouftakir s’efforce de la maintenir en vie. Même hors de la salle, le débat se prolonge avec la volonté, pour le spectateur, de comprendre.

Mouftakir se définit comme ‘’réalisateur de longs métrages frustré’’. Avec ce premier long métrage, il entame une nouvelle phase de sa carrière cinématographique avec l’idée de développer et de donner suite au concept ébauché dans ses courts métrages.

Dans le travail de réalisation où la musique joue un rôle important, il tue l’acteur pour faire naître en lui le personnage, entrant ainsi dans une phase de composition. Mais parfois Mouftakir pèche en essayant de faire expliquer des situations par des personnages. Du coup, il lâche par moments le spectateur qui, ayant décodé une intrigue, ne cherche plus à comprendre.

‘’Pégase’’ propose aussi des dialectiques puissantes (ombre/lumière, masculin/féminin, intérieur/extérieur, sacré/profane) sur lesquelles des acteurs bien dirigés réussissent une belle interprétation.

Dans les nombreuses thématiques abordées, celle du dédoublement, dominant aujourd’hui dans le cinéma, apparaît nettement : ‘’Qui suis-je ? Qui est l’autre ? Logique, pourrait-on dire, tant le monde actuel est secoué par des crises d’identités. Preuve supplémentaire de cette tendance, le personnage central du film refuse de voir le refoulé.

Aboubacar Demba Cissokho

Khouribga, le 19 juillet 2010

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