Le côté ‘’romanesque et complexe’’ du président Wade

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Le livre du journaliste sénégalais Cheikh Diallo intitulé ‘’Si près, si loin avec Wade’’ (Hachette, 2006, 195 pages) est une somme de succulentes notes sur l’ancien président sénégalais.

Diallo-Wade

Dans « une position appréciable de spectateur privilégié de la géographie du pouvoir libéral, du jeu des hommes d’influence, de leur grandeur d’âme et de leur petitesse, de leur ego mais aussi de l’illusion de leur puissance », l’auteur, un ancien chef du service politique du quotidien Le Soleil, s’attache non pas à ressortir les traits dominants du chef de l’Etat, à comprendre sa psychologie, étudier sa mécanique, mais à « le montrer tel qu’il est », qu’il le connaît, « avec ses défauts, ses colères jupitériennes, ses fous rires, son amour ombrageux et exclusif ».

L’auteur qui travaille aujourd’hui à l’Agence nationale de l’Organisation de la conférence islamique (ANOCI), s’adresse surtout à ceux qui veulent découvrir « Abdoulaye Wade comme il se laisse voir en privé, dans son jardin, en famille et avec ses principaux collaborateurs… » Homme singulier, Abdoulaye Wade s’offre au lecteur à travers les pages très digestes du livre de Cheikh Diallo, dans une intimité contenue mais évocatrice de sa personnalité vraie, ses amours de jeunesse et d’aujourd’hui.

Ainsi découvre-t-on qu’à l’école William qu’il fréquente de 1941 à 1947, le chef de l’Etat a créé ‘’A l’ombre du baobab’’, un journal dans lequel il signe un éditorial exhortant ses camarades à ne pas gaspiller l’eau, source de vie. L’élève « bagarreur, espiègle, doué, mais mauvais perdant » de l’école de la rue de Thiong, ayant « toujours zéro de conduite » pour la discipline notée sur 40, se révèle aussi être « un mauvais musicien ». Le jeune Abdoulaye Wade a « un côté un peu dandy qui saute aux yeux », raconte Cheikh Diallo soulignant que près de soixante après, « il (Wade) garde dans un coin de sa mémoire quelques fragments de discours amoureux ».

« Il a béguin fou pour une beauté intellectuelle, Mariama Bâ (…), déclare aussi sa flamme à la très coquette Annette Mbaye d’Erneville, brillante pédagogue et ancienne journaliste ». Dans le même temps, poursuit l’auteur, Abdoulaye Wade est « épris » d’Henriette Carvalho, la mère de Pierre Sané, ancien secrétaire général d’Amnesty International. S’il est aussi dynamique en classe qu’en matière de conquêtes amoureuses, c’est parce que « c’était le genre de garçon pas forcément beau, mais qui (…) faisait craquer » les jeunes filles.

Le côté politique de l’homme occupe une bonne place dans le livre de Cheikh Diallo, qui va de la création du Parti démocratique sénégalais (PDS) – ‘’parti de contribution’’, en 1974 — aux ‘’coups de feu de Rufisque’’ ayant précédé l’accession à la présidence de la République en mars 2000, en passant par la volte-face de Djibo Kâ entre les deux tours de la présidentielle, les larmes de Amath Dansokho, compagnon de lutte.

Les deuxième et troisième parties de l’ouvrage  – 195 pages – sont consacrées à des portraits de proches collaborateurs de Wade. Le ‘’pré carré’’ du président va de Viviane Wade (Vert, de son nom de jeune fille), ses ‘’yeux bleus’’, son ‘’point fixe’’, ‘’la Sénégalaise d’ethnie toubab’’ qui ne veut pas du titre de ‘’Première dame’’, à Macky Sall, actuel Premier ministre.

Dans les lignes qui lui sont consacrées, le lecteur découvre en Abou (Abdoulaye Wade) « un étudiant absolument exceptionnel » (Viviane Wade). Les deux enfants du couple Wade, Karim, le « mystère », et Syndiély, la jeune femme faite « discrétion, humilité et ouverture », passent aussi sous la plume de Cheikh Diallo.

Tout comme Pape Samba Mboup, qui n’hésiterait pas à sauter d’un immeuble si Wade le lui demandait, Farba Senghor, une montre réglée sur celle de son mentor », Abdoulaye Baldé, l’imperturbable ‘’crack’’, ‘’capable d’attendre la tempête les mains les poches’’.

Il y a aussi Aminata Tall dont Abdoulaye dit qu’elle se trompe ‘’souvent’’ dans ses choix, Macky Sall, le ‘’turbo lent à l’allumage mais prêt à aller loin’’ et, enfin, Idrissa Seck. Cheikh Diallo qualifie ce dernier de ‘’jeune loup qui n’a pas su cacher ses crocs’’. Seck a « toujours eu de belles montres » mais jamais la bonne heure, pressé qu’il est d’atteindre le sommet de l’Etat.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 19 Juillet 2006

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