Fête peule à l’Espace Timtimol : sur un air de famille autour de Bah Moody

Publié le Mis à jour le

Le visage irradié de joie et de plaisir, l’artiste Mamadou Abou Bah alias Bah Moody savoure les instants de bonheur que lui a procuré l’après-midi de fête promotionnelle offert, samedi 4 juillet 2011, par ses amis de l’Espace Timtimol, qui a rarement aussi bien répondu à sa vocation de cadre d’échanges culturels et artistiques.

Dans la convivialité qui le caractérise depuis son ouverture, Timtimol a été, pendant près de quatre heures, le lieu d’une belle manifestation qui, au-delà de l’aspect festif, a permis de replonger dans les arcanes d’une culture riche où le partage occupe une place de choix.

Bah Moody ne pouvait donc qu’être heureux, lui qui porte en lui une partie de ce patrimoine que revendiquent des millions de personnes à travers le monde. Il voyage, apprend, enregistre et restitue, à chaque fois que l’occasion lui en est donnée, des morceaux d’une valeur artistique singulière.

Samedi, il y a eu un environnement pour entourer et l’accompagner dans ses prestations. D’abord deux expositions qui se croisent et, quelque part, se regardent et se parlent : les photos de Laurence Gavron tirées de la série ‘’Haalpulaar’en’’ et les dessins et la peinture sous-verre de Serigne Ndiaye. S’y ajoutent les parures et autres habits qui ont donné des couleurs au lieu.

Ensuite, les poèmes : au micro pour déclamer quelques vers, Seydou Nourou Ndiaye, poète, éditeur et directeur de la Maison Papyrus Afrique. De lui, les invités (re)découvrent des textes écrits dans les années 1970, évoquant notamment la résistance de peuples en lutte pour la justice sociale, la liberté et la dignité…

Mama Wane, lui, offre un poème dédié à la femme peule. ‘’Le soleil se lève dans les yeux de la femme peul et se couche dans ses yeux’’, dit-il, avant d’évoquer la solitude du poète en insistant sur le dialogue entre ce dernier et cet être abstrait qu’est la solitude qui l’habite et l’inspire dans sa création. Ce récital a été précédé, en guise d’apéritif, d’une tasse de lait caillé servie aux invités. Le thé aussi était là.

Pour jouer sa partition, Penda Sarr, en A capella, offre du Peekaan, cette geste du fleuve qui glorifie en même temps l’histoire des pêcheurs. Dans ses envolées lyriques, elle capte l’attention d’un public presque subjugué par sa voix.

Le terrain était ainsi préparé pour Bah Moody. Mais avant de l’introduire, Mama Wane a eu une pensée pieuse pour Oumar Niang ‘’Mbassou’’, artiste et acteur culturel décédé le 26 juin dernier. Compagnon et manager du musicien Baaba Maal, Mbassou a été un ‘’rassembleur’’ partout où il est passé, de Yelli Taare à Daande Leñol qu’il managé jusqu’à sa disparition.

Puis arrive Bah Moody, la vedette du jour. Paré d’un Faso danfani vert, il s’installe et commence à jouer de sa guitare. Accompagné de deux choristes et d’autres instrumentistes (riiti, hoddu, calebasse), il chante un premier titre dans lequel il exprime un plaidoyer pour l’éducation, un deuxième qui fait l’éloge de l’amitié. Les morceaux s’enchaînent à la grande joie du public qui apprécie l’originalité et la richesse du registre de l’artiste.

Mais « d’où vient-il », Bah Moody ?, se demande Mama Wane. Le nomade Bah Moody lui-même dit qu’il est né au Sénégal et a été baptisé en Mauritanie. Il voyage, s’inspire et offre des sonorités venues de différents lieux, chantant l’attachement à la terre, au terroir, à la famille et vantant les mérites de l’éducation, de la solidarité, des valeurs humanistes. La substance de l’album ’’Rokku mi Rokka’’ (2007) de Youssou Ndour porte sa marque.

Le musicien a dit sa joie de se voir mis au devant de la scène par ses amis de l’Espace Timtimol en collaboration avec le quotidien La Sentinelle. Cela s’est traduit par une prestation de qualité faisant ressortir, selon Bah Moody, une unité culturelle entre les peuls et d’autres communautés.

Le premier intermède a été occupé par Abou Thiam et Amadou Guèye qui ont joué trois morceaux, dont l’impérissable ‘’Daara’’. Ngatamaare et Penda Guissé ont aussi participé à la fête, faisant danser certains invités qui n’ont pu se retenir.

Vers la fin de la fête, le làcciri e haako est servi. Bah Moody remonte sur scène pour accompagner ses invités. Il fait de plus en plus chaud. Et comme pour rafraîchir tout le monde, c’est la pluie qui a mis fin à la partie. Mais l’essentiel était ailleurs : l’objectif de fêter Bah Moody est largement atteint. D’où la joie qui l’habitait au moment où il raccompagnait les amis et invités venus le soutenir.

Aboubacar Demba Cissokho

Dakar, le 4 juillet 2011

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s