Dread Maxim : « Dans notre manière de faire, nous suivons aveuglément les autres »

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A ses débuts, à la fin des années 1990, l’artiste a été présenté comme le ‘’prince du reggae sénégalais’’, un musicien ayant le potentiel pour tenir une position de leader, de locomotive pour un genre ayant du mal à être imposé au Sénégal. Pendant une dizaine d’années (2000-2010), il a entretenu cet espoir en mettant sur le marché national deux albums, ‘’Révélation’’ (2000) et ‘’Jah Fa ya’’ (2003) sur lesquels Dread Maxim – Didier Maxim Amar Mbengue à l’état-civil – s’est fait remarquer et apprécier par sa maitrise du chant et ses textes parlant de paix, d’amour, d’unité africaine, d’enfance déshéritée. Les refrains de ses morceaux étaient souvent repris en chœur dans les nombreux concerts qu’il a donnés à travers le Sénégal.

Mais depuis cinq ans et la promesse d’un album enregistré en 2010 – rangé temporairement faute d’un bon mixage et d’un mastering à la hauteur des exigences de l’artiste –, plus rien ! Au point qu’à l’évocation de son nom, certains mélomanes n’hésitent pas à parler de « talent gâché ». Dread Maxim, lui, considère qu’il n’est qu’au début de sa carrière. A bientôt 40 ans – il les fêtera le 30 septembre prochain –, Il s’apprête à sortir un nouvel album, dont le titre, ‘’Reggaevolution Time’’, suggère fidélité à une philosophie de combat et d’engagement et progrès certain dans son aspect artistique et professionnel. Il était l’invité de l’émission  »Arc-en-ciel », samedi 15 août 2015, sur Al Madina FM.

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Le retour musical à Dakar

« On peut dire ‘Dread Maxim le revenant’. C’est le retour, parce que j’ai été absent un moment (il est en France depuis 2012). Oui, c’est le grand retour. Quand je partais, la réalisation d’un disque faisait partie de mes projets. J’étais aussi parti pour des raisons privées. A un moment donné, j’ai sorti quelques albums ici. En 2010 j’ai été en studio pour produire un album. Finalement, je n’ai pas été satisfait en ce qui concerne le mixage et le mastering. Je me suis dit qu’il faut que je trouve le bon son dont j’ai besoin.

C’était aussi pour moi le moment de présenter ma musique ailleurs qu’au Sénégal. Les reggae est une musique internationale, et j’avais l’impression, à un moment donné, que j’ai fait une partie du boulot au Sénégal pour me présenter et être connu. Restait la partie internationale. Pour cela, il a fallu que je voyage, que je parte en Europe pour créer une base là-bas aussi. Dans ce que je fais, j’essaie de faire passer un message de paix, un message d’unité, un message d’amour. Ce message ne peut pas s’arrêter dans les frontières du Sénégal. Ce message est universel. Donc il est nécessaire pour nous de bouger un peu, de tourner et de parcourir le monde pour faire passer le message. »

Dread Maxim en Europe

« Il y avait beaucoup de Français qui, de passage au Sénégal, avaient eu écho de ce que j’ai fait, qui ont ramené de la musique à moi en Europe et l’ont partagée. C’est comme ça que, de bouche à oreille, les choses se sont passées. J’ai fait beaucoup de concerts en France, en Europe en général. Pendant tout ce tour que j’ai fait, j’ai pu glaner beaucoup d’informations et pu apprendre plein de choses, et ce n’est pas encore fini.

Pour 80 % des concerts, ce sont des gens qui ont eu écho de ce que j’ai fait et qui m’ont connu au Sénégal et qui se sont dit : « Le mec, il est à côté. Il faut qu’il vienne jouer chez nous ». J’ai joué dans plusieurs provinces en France. Je joue souvent en Belgique. J’ai fait pas mal de concerts en Italie aussi. J’ai fait quelques festivals aussi. Je n’ai pas de groupe à moi, mais j’ai beaucoup de musiciens qui me connaissent et avec qui je joue. »

L’album ‘’Reggaevolution Time’’, « cadeau de fin d’année »

« Reggaevolution Time : dans ce titre, il y a reggae, évolution et révolution. Quand je parle d’évolution, je parle d’évolution des consciences, évolution dans notre manière de voir les choses. Je sens que les choses ont l’air de ne pas trop s’améliorer. On n’arrête pas de chanter pour la paix, l’amour, mais les guerres continuent de plus belle. Quand on parle de révolution, on a tendance à penser à quelque chose de brutal, mais la révolution c’est d’abord un changement dans les manières de penser. On est en train de bosser sur l’album. Notre souhait est de le livrer comme cadeau de fin d’année (2015). Il s’appellera ‘’Reggaevolution Time’’ : le reggae pour l’évolution, le reggae pour la révolution. Je me demande où est-ce qu’on va.

‘’Sunugaal’’ : ce morceau est né de plusieurs questions que je me pose et que, je pense, beaucoup de gens se posent. En parlant du Sénégal, je vois une pirogue. A mon avis, cette pirogue est sur une grande mer. Je parle de notre situation par rapport à notre évolution. En parlant de ce monde d’aujourd’hui, j’ai l’impression que notre pirogue est en train de suivre le grand paquebot de l’Occident. Sachant que ce paquebot de l’Occident ne sait pas à quel port jeter ses amarres. C’est comme si nous, nous suivions aveuglément les autres dans notre manière de faire.

J’ai chanté aussi à propos du temps. Ils disent : « Time is money » (le temps c’est de l’argent). Et je me suis : ‘’Dites-moi, pourquoi ceux qui ont le temps n’ont souvent pas d’argent et ceux qui ont l’argent n’ont souvent pas le temps. Et pourtant le temps c’est de l’argent. Normalement si on a le temps, on doit avoir de l’argent ». Le titre du morceau c’est ‘’Maximes du temps’’ : c’est une compilation de maximes qui parlent du temps, de nos différentes manières de l’appréhender. »

Abdourahmane Wane ‘’Countryman’’

« J’ai fait un hommage à un ami et frère, qui s’appelait Abdourahmane Wane ‘’Countryman’’. Vu le travail qu’on a eu à faire ensemble, et vu tout le souhait qu’il avait pour la musique au Sénégal, le reggae en particulier. Il était venu en force, il a fait bouger les choses, il a organisé pas mal de choses (concerts, festivals, etc.). Il se donnait à fond. C’est une personne que j’ai beaucoup respectée, admirée et aimée. Je me suis dit qu’il fallait que je lui rende hommage à travers une chanson, pour que les gens qui ne l’ont pas connu, le connaissent et pour que son âme et son esprit restent à jamais.

Sur l’album, c’est (le Sénégalais) Alune Wade ‘’Markus’’ qui a joué la basse. Je ne le connaissais pas avant. C’était une bonne surprise. C’est le producteur qui le connaissait déjà. C’est au studio qu’on s’est rencontrés pour la première fois. Le courant est passé très vite, il a aimé d’un coup et il s’est donné. Je n’ai pas été déçu. J’ai aussi bossé avec des Français, des Allemands, et des Sénégalais. Ces Sénégalais ont joué du tama et du xalam. L’objectif était de donner un cachet, une particularité à la musique reggae. J’avais envie de faire sentir ce feeling africain et de faire participer nos instruments traditionnels dans la musique. Tout en faisant attention à ne pas changer le visage… »

Les attentes du public sénégalais

« Je pense qu’il y a beaucoup de pression derrière. Par rapport à mes débuts, par rapport au chemin que j’ai fait et aux produits que j’ai eu à présenter, je pense qu’on me demande toujours plus. On essaie d’être à chaque fois présent, d’avoir quelque chose de consistant à donner. Quand je fais de la musique, c’est d’abord une envie de partager ce que je pense, ce que j’ai dans le cœur, ma vision de la vie. C’est pour moi le rendez-vous du donner et du recevoir. Je vois la situation globale de l’Afrique, du monde, je me pose des questions et j’essaie de trouver des réponses à ces questions et les partager avec ceux qui en ont besoin. En parlant de talent, je pense qu’il est inné. Il est toujours là. Avec ça, on essaie de donner ce que l’on attend de nous. Pour nous, c’est une mission. La mission est longue, ça peut prendre beaucoup de temps. Ce n’est pas parce que je n’étais pas présent que je ne fais plus de la musique.

Je comprends cette attente, parce que j’ai commencé à donner à un moment, et on attend toujours de recevoir. C’est vrai que ça a pris du temps, mais moi j’ai une autre conception du temps. Pour moi, le temps n’existe que dans la pensée et il faut du temps pour que tout arrive. La musique, l’art en général, c’est une chose où il faut se laisser aller sur les vagues des mélodies et de l’inspiration. »

Aboubacar Demba Cissokho

Propos recueillis au cours de l’émission ‘’Arc-en-ciel’’, sur Al Madina FM (Dakar), le samedi 15 août 2015

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