‘’My Land’’ de Nabil Ayouch : le conflit israélo-palestinien sous un angle humain

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My Land

Le réalisateur Nabil Ayouch, en compétition officielle au Festival national du film marocain (Tanger, 21-29 janvier 2011), s’écarte dans son documentaire ‘’My Land’’ d’un traitement politique du conflit israélo-palestinien, s’attachant plutôt à un angle psychologique et humain du sujet.

La démarche est originale et courageuse : pour un tournage étalé sur une année, Ayouch a fait le déplacement pour aller donner la parole à de vieux réfugiés palestiniens qui ont fui en 1948. Depuis lors, ils vivent dans des camps de réfugiés au Sud du Liban, loin de leur terre natale. Le réalisateur fait entendre cette parole par de jeunes Israéliens qui, loin d’imaginer ce que vivent dans leur chair les réfugiés, s’attèlent à construire une vie sur la même terre. Dans une certaine insouciance.

Tout le film est construit autour de cette confrontation entre deux mémoires qui se font face : d’un côté, celle de vieux réfugiés palestiniens du Sud Liban, figée dans le passé, ne laissant place à aucune perspective, sans horizon clair et dégagé. De l’autre, une mémoire oubliée ou occultée, jamais enseignée.

Entre ces deux mémoires, il y a la réalité, cruelle très souvent, de deux peuples qui se battent pour la même terre. D’où ce dialogue à distance faisant ressortir le côté sentimental et humain d’un sujet qui, vu sous l’angle médiatique, est souvent brouillé.

Mais au-delà de ce travail sur la mémoire, que Nabil Ayouch réussit à mettre en valeur, il y a une utilisation intelligente de l’histoire et de la psychologie des personnages, pour faire voir la détermination dans certains regards et propos, la résignation et le remords dans d’autres.

A la peur, à la crainte, à la suspicion et à la méfiance qui dictent les conduites, les prises de position des uns et des autres, dans un camp comme dans l’autre, le réalisateur essaie d’installer un dialogue, seul à même de créer un certain dépassement.

Le but qui est de concilier, rapprocher des positions plus ou moins éloignées par l’histoire, des faits terriblement douloureux, peut sembler lointain tant, depuis 1948, une histoire et des relations complexes sont venues susciter une crispation.

Dans la forme, le contraste est saisissant : côté israélien, de vastes espaces verdoyants avec liberté d’aller et de venir pour leurs occupants, contrastent avec les chambres exigus, les ruelles sombres et sales par endroits des camps de réfugiés palestiniens.

La musique d’Anouar Brahem donne une touche poétique à l’œuvre dont le côté intime est réel : Nabil Ayouch, de père marocain musulman et de mère juive d’origine tunisienne, est lui-même impliqué, parce qu’ayant vécu ce conflit depuis sa tendre enfance.

Aboubacar Demba Cissokho

Tanger, le 26 janvier 2011

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